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- Haïti : transition fantôme, crise réelle, impasse totale
Qui Va Diriger Haiti après le 7 Février 2026? Par : Wilfrid Supréna.- Personne ! A répondu sans sourciller Manioca, une paysanne de Granfond, une localité dans le nord du pays. Elle était venue assister à cette rencontre importante sur les sources d’eau de la localité, qui tarissent périodiquement, et pour cela, une solution appropriée doit être recherchée et trouvée. Sa réponse était tranchante et directe, sans langue de bois. N’est-ce pas ? “ Le vrai pays, le pays profond n’est pas concerné encore et nullement par les démêlés des politiciens (ennes) et politicailleurs ( euses) des grandes villes Frères et Soeurs siamois ( ses) dans la dilapidation des deniers publics, dans la marginalisation de la majorité ( les paysans) la corruption et la prévarication débridées et l’absence d’une vision pour un vrai changement collectif au pays “ ajoute -t-elle! Pour toi, pour moi et pour nous lettrés, semi-lettrés lisant les journaux, écoutant la radio, tapotant sans cesse sur le clavier de l’ordinateur ou du téléphone portable et intelligent, commentant,débattant, épinglant, proposant, acceptant, rejetant et surtout espérant…un retour à une certaine normalité “politique” avec ses corollaires inévitables: “Voye y ale”, “Oubyen”, “ Roule dada w Jan Ou vle”, cette question susciterait des débats longs et houleux et, en dernière analyse, un brin d’espoir pour demain … Un brin de lumière aussi dans la petite tête de nous tous qui parlons et écrivons beaucoup, mais dont l’engagement politique réel tarde à se manifester concrètement sur le terrain! Pas assez de conviction! Oui, beaucoup d’entre nous espèrent encore que de la manche, du chapeau ou du mouchoir des enchanteurs merlins (préstidigitateurs) de la Caricom , de l’OEA, de l’ONU ou de Marco Rubio et de leurs courtiers locaux sortira un gros lapin avec une tête plus grosse que le dôme de la cathédrale du Cap, qui sautera tout en courant pour essayer de rattraper le temps perdu en brandissant la question de la sécurité et des élections… À bientôt! A jamais… On va battre “ la ténèbre “ à midi pour la “ Cour de cassation” … Mais les “ batteurs de casseroles” se font de nos jours très , très rares. Ils sont au Chili, au Brésil, en Turquie, en Guyane , dans Les petites Antilles ou bien dans le collimateur de “ Ice” aux Etats Unis… Manioca n’a pas vécu de visu ces moments de grand tumulte politique d’hier, qui paraissent lointains mais trop répétitifs et même inamovibles… Son nom est indicatif de l’état d’esprit de l’époque , au mois de juillet et de l’année de grâce 1987, où elle a inhalé sa première bouffée d’oxygène sur la planète Terre…… Le pic de la révolte populaire contre le Conseil National de Gouvernement militaire d’alors, communément et pompeusement appelée : “ Rache Manyòk”… Les anciens et anciennes du canton, Les “ grandèt” ou “ granparan” lui rappellent assez souvent l’engagement de son papa au nom de Selondieu, lors sacristain de la chapelle communale en faveur des paysans que les grandons et les usuriers voulaient exproprier pour “ dettes”… Selondieu recevait de temps à autre un prêtre au large front qui parlait du pouvoir de se mettre ensemble comme la seule force pour un changement réel et qui distribuait du kasav et du clairin pendant qu’il officiait, au lieu du pain traditionnel fait avec du blé (importé) et du vin également importés… Les ouailles chrétiennes de la communauté se sont amourachées de cette pratique. La femme de Selondieu, Francilia (Ti Fwan), était institutrice dans la seule école congréganiste du bourg. A l’église, elle chantait et jouait du tcha-tcha…Tandis que son mari frappait le tambour……C’était un couple admirable et respecté … En janvier 1993, à l’époque où la chanson religieuse “ Men l anlè a l ap vini” était très populaire mais très mal perçue par le pouvoir de facto en place, les militaires et les membres de l’Escadron de la mort, connu sous le nom de FRAPH, ont débarqué à Granfond… Des maisons incendiées, des jeunes arrêtés et le couple Francilia et Selondieu obligés de prendre la poudre d’escampette… Laissant deux enfants en bas âge derrière eux, entre les mains des membres de la famille, de la grand-mère, de l’oncle, de la tante et des voisins: Jean Frandieu (8) et Manioca (5). Ils ne sont jamais revenus. De son père et de sa mère, Manioca n’a pas de bons et spécifiques souvenirs, sinon un chant mélodieux et nostalgique que sa mémoire d’enfant a retenu et qui n’a jamais cessé de la hanter depuis: “ Peyzan , Peyzan He.. “ Peyzan , Peyzan Ho.. “ Se pa konsa peyi nou te ye” “ Se pa konsa peyi n ap rete” ... A 17 ans, son grand Frère, son seul lien ombilical a dû fuir lui aussi le canton et le pays pour avoir réclamé la jouissance d’une partie du patrimoine laissé par leurs grands parents…Échappé à une mort certaine Il s’est réfugié dans un îlet-état où il travaille , fonde un foyer et soutient de loin sa petite soeur qu’il a aimée de tout son coeur et de toute son âme pendant qu’ils se battaient pour survivre et rester dignes en mémoire de leurs défunts père et mère.. Toute conversation entre Manioca et son frère finissait et finit toujours de la même façon: ⁃ Quand est ce que tu reviens? ⁃ Jamais ! ⁃ Lâche, capon, tu n’es pas le fils de Selondieu! - Et, toi je te trouve un visa , tu viens avec les enfants et ton mari! ⁃ Jamais, nous mourrons tous à Granfond… ⁃ Bravo, Sanite Bélair et mère poule! A 18 ans, Manioca a rencontré Raoul, appelé Ti Rouge à cause de la couleur de sa peau rappelant les premiers habitants d’Ayti, Quisquéya ou Bohio. Pour certains, Raoul n’était rien d’autre qu’un “ grimaud chaudé” … Très jeune , Raoul s’était déporté lui-même de la Floride, où il naquit, de parents très actifs dans la guérilla urbaine entamée par le PUCH en 1967, qui se sont réfugiés en terre étrangère après l’échec de ce mouvement à tendance insurrectionnelle et sa décapitation, rendue possible par l’infiltration de mouchards au service des forces étrangères… De quatre ans plus âgé que Manioca, Raoul, autrefois drogué et diplômé d’un collège américain en sciences expérimentales, s’est parfaitement entendu avec elle. Six enfants quatre filles , deux garcons comme résultat de cette passion qui a embrasé et tourmenté fiévreusement les deux coeurs dès le premier regard au marché du Limbé, un Samedi de Juin.. Plus d’une quarantaine de leaders communautaires étaient présents lors de la rencontre quand la question était posée… Tous, à l’unanimité, ont répondu dans le même sens que Manioca….. Personne ne s’adresse à nous, paysans! Personne ne s’intéresse à notre façon de vivre! Personne ne nous contacte pour recueillir notre avis, notre façon de voir les choses,nos communautés et notre pays… Laissez-les débattre et écrire leur constitution et leurs lois pour eux, et non pour nous! Laissez-les choisir leurs gouvernants avec leurs amis étrangers pour eux et pas pour nous! Et Manioca de conclure. Après 7 Février 2026, La tragédie des “ illusionnistes “ en politique dans le pays se poursuivra. L’un d’entre eux peut être placé et non élu à la tête du pouvoir. Par le même biais… Avec les mêmes complices bicentenaires! Mais, Haiti va devoir continuer à résister pour préparer la vraie route du changement avec les paysans, Les travailleurs, les commerçants, les artisans , les entrepreneurs , Les professionnels et tous les Haitiens de Bonne volonté…
- La souveraineté des départements au cœur d’une transition de rupture
Proposition de la Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est (CROSE) - PC: Jacmel info - Cette démarche réaffirme le droit des territoires à reprendre la maîtrise de leurs ressources, de leurs institutions locales et de leurs choix collectifs, face à un centralisme qui a failli à protéger, à développer et à sécuriser les communautés. L’échec des quatre (4) dernières années de transition a débouché sur une crise impensable. De là, on a constaté un grand écart par rapport aux idées qui devraient ouvrir la voie à de meilleures institutions. Le plus grand choc pour la population concerne la sécurité. Tout déplacement est devenu un luxe. Cette situation a paniqué toutes les catégories sociales, sans exception, même les bandits. Nous vivons tous dans l’insécurité, ce qui a conduit à un choc humanitaire national. Malheureusement, les autres communes du pays, en dehors de la zone métropolitaine, ont toujours été traitées comme des espaces de seconde zone. Alors, on se trouve face à une impasse où il s’avère nécessaire de rebondir au plus tard le 07 février 2026, ce qui constitue une urgence. La CROSE et ses alliés, soucieux de continuer à travailler pour le mieux-être de la population, proposent un « réveil territorial » (processus où les territoires –régions, départements, villes, sections communales – reprennent en main leur développement en valorisant leurs ressources locales, en renforçant la participation des acteurs locaux et en créant des stratégies adaptées à leurs réalités), pour replacer le pays sous les rails de l’état de droit en un an. Avec la mise en place d’une gouvernance de rupture qui s’organisera autour de trois (3) piliers (légal, de compétence, social et territorial) dans l’esprit de la Constitution de 1987 amendée, avec un exécutif bicéphale (un Président et un Premier ministre). Du coup, on mettra en place un organe de contrôle des actes du gouvernement qui sera l’Organe de Contrôle de la Transition (OCT). Cet organe comprendra onze (11) membres (un par département et un de la diaspora) et participera au choix des membres du cabinet. Là, on doit penser à intégrer des personnes effectivement vivant au sein des départements. Trois aspects importants sont à prendre en considération : la sécurité, l’apaisement social et les élections. Le gouvernement doit trouver un moyen de relancer la production agricole et d’aider les masses à produire et à réduire la dépendance alimentaire. Plusieurs autres mécanismes sont pris en compte, dont le « vetting » des ministres, des directeurs généraux et des secrétaires d’état, sans oublier les membres du Conseil électoral. Dans ce cadre de réflexion, l’exécutif s’arrangera pour que les dépenses d’investissement se fassent au prorata des espaces départementaux. Trop de dépenses sont effectuées dans l’Ouest. La CROSE et ses alliés recommandent de commencer les élections au plus bas niveau pour favoriser le dynamisme institutionnel et l’installation d’élus légitimes. Autrement dit, on peut commencer par les collectivités territoriales, puis passer au Parlement, avant d’atteindre les présidentielles. Cette conception réduira les pressions sur les dirigeants les plus proches de la population. Du coup, on aura déjà un brin de légitimité pour organiser toute rencontre avec les autres partenaires.
- Transition : l’imposture continue
Le piège des transitions haïtiennes Par : Yves Pierre, politologue et membre du Renouveau Démocratique, Haïti vit depuis des décennies au rythme des transitions bidon. Chaque vacance présidentielle, chaque crise institutionnelle, se transforme en occasion pour les élites de reproduire leurs privilèges sous couvert de pragmatisme ou de « réalisme politique ». Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), arrivé à son terme le 7 février 2026, est l’illustration la plus éclatante de cette imposture : corrompu, incompétent, sans vision, il est à la fois l’enfant et le symbole de l’échec des élites haïtiennes. Aujourd’hui, face à ce naufrage, ces mêmes élites invoquent la Cour de cassation comme solution. Mais cette institution, qu’elles avaient neutralisée par l’amendement constitutionnel de 2011-2012, n’est plus le verrou démocratique prévu à l’article 149 de 1987. Ce retournement révèle une duplicité historique : elles ont créé le chaos pour mieux s’y abriter, puis brandissent des institutions qu’elles ont affaiblies comme planche de salut. 1. Le CPT : produit de l’imposture élitaire Le CPT n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un calcul politique délibéré, conçu par les élites politico-économiques et approuvé par la communauté internationale. Il a été conçu pour gérer l’État au profit de ses créateurs, et non pour servir le pays. Il a échoué sur tous les fronts : la sécurité, l'économie, la justice et le processus électoral. Il a distribué des prébendes et des faveurs, renforçant les oligarchies plutôt que l’État. Le CPT est donc à la fois le symptôme et l’instrument de l’imposture des élites. Le laisser se prolonger serait non seulement une erreur stratégique, mais aussi un crime politique contre le peuple haïtien. 2. L’élite haïtienne : architecte du chaos La crise n’est pas uniquement celle du CPT. Elle est la conséquence directe des choix élitaires passés. La Constitution de 1987, dans son article 149, prévoyait un mécanisme clair pour gérer les vacances du pouvoir : le président de la Cour de cassation assurait temporairement la continuité de l’État, pour un délai strict, sous contrôle constitutionnel, et avec l’obligation de provoquer des élections rapides. Par l’amendement constitutionnel de 2011-2012, les élites ont neutralisé ce verrou : La Cour de cassation n’est plus automatique, les crises deviennent des espaces de négociation politique, La continuité de l’État dépend désormais du bon vouloir des acteurs politiques, et non de la Constitution. Ainsi, les mêmes élites qui ont enfanté le CPT et vidé la Constitution de ses garde-fous osent aujourd’hui réclamer la Cour de cassation comme solution miracle. Cette hypocrisie est manifeste : elles ont conçu le chaos pour mieux le gérer à leur avantage, puis feignent de le résoudre pour légitimer leur position. 3. Le faux dilemme imposé à la jeunesse Les élites proposent un choix artificiel : Prolonger le CPT, corrompu et incompétent. Confier la transition à une Cour de cassation neutralisée et instrumentalisée. Ce faux dilemme n’est pas une erreur tactique : c’est un piège politique délibéré, destiné à assurer la reproduction de leur pouvoir. La jeunesse haïtienne, qui représente plus de la moitié de la population, ne peut pas accepter d’être otage de ce scénario. Il faut imposer une troisième voie : Ni CPT prolongé, ni Cour instrumentalisée ; Rupture avec les pratiques élitaires qui ont mené à l’impasse actuelle ; Mise en place d’un processus transparent, inclusif et contraignant, assorti d’une reddition de comptes. 4. Restaurer la souveraineté et l’État de droit Le 8 février 2026, Haïti doit se réveiller sans le CPT et son corollaire, le gouvernement de Fils-Aimé. Mais se débarrasser de cette gouvernance moribonde ne suffit pas. Il faut : Exiger que les élites qui ont enfanté et protégé le CPT rendent des comptes ; Restaurer la Constitution de la République dans sa version non souillée et de là rétablir la Cour de cassation comme verrou démocratique, non comme alibi politique ; Assurer une transition qui respecte la souveraineté populaire et non les intérêts oligarchiques. Le CPT a échoué. Les élites ont trahi. La Constitution a été neutralisée. Il est temps de dire : assez ! L’imposture des transitions haïtiennes doit cesser. La rupture doit être totale, courageuse et citoyenne.
- 12 janvier : nous ne sommes plus en deuil, nous sommes en révolte
Par : Novavox, Notre Éditorial. Seize ans après le séisme, il faut arrêter de mentir : Haïti n’est pas victime d’un destin cruel. Haïti est prise en otage par ceux qui prétendent la diriger. Le 12 janvier 2010, la terre a tremblé. Depuis seize ans, ce sont les dirigeants, les clans, les réseaux, les profiteurs, les “élites” autoproclamées et les puissances tutrices qui secouent Haïti jusqu’à l’os. Le séisme n’a pas détruit l’État. Il a simplement révélé qu’il était déjà mort. Depuis seize ans, on nous demande de commémorer. De pleurer. De nous recueillir. De “ne pas politiser la douleur”. Mais comment ne pas politiser ce qui est, précisément, le résultat d’une politique de l’abandon, de la prédation, de la lâcheté organisée ? Le 12 janvier n’est pas une tragédie naturelle. C’est un acte d’accusation. Car pendant seize ans, ceux qui contrôlent le pays ont transformé la catastrophe en rente. Ils ont fait du chaos un modèle économique. Ils ont fait de la misère un capital politique. Ils ont fait de la souffrance un spectacle. Ils ont pillé les fonds de reconstruction. Ils ont marchandé les institutions. Ils ont négocié la sécurité comme on négocie un contrat. Ils ont laissé les gangs devenir des autorités de fait. Ils ont transformé la République en zone franche de l’impunité. Et pendant ce temps, on nous répète que “c’est compliqué”, que “le pays est difficile”, comme si ces formules creuses suffisaient à expliquer l’effondrement. Non. Ce qui ronge Haïti, ce sont ceux qui, Haïtiens comme étrangers, depuis seize ans, se repaissent du désastre qu’ils prolongent. Le peuple haïtien ne manque pas de courage. Il manque d’un État qui ne soit pas un cartel. Il manque d’institutions qui ne soient pas des comptoirs. Il manque de dirigeants qui ne soient pas des prédateurs. Le vrai séisme, aujourd’hui, n’est plus dans la terre. Il est dans la conscience collective. Il est dans cette évidence que beaucoup refusent encore de dire à voix haute : Haïti ne se relèvera pas tant que ceux qui l’ont détruite continueront à la gouverner. Seize ans après, nous n’avons plus le luxe de la neutralité. Nous n’avons plus le luxe de la patience. Nous n’avons plus le luxe de la commémoration silencieuse. Le 12 janvier ne doit plus être un jour de larmes. Il doit devenir un jour de rupture. Un jour où l’on cesse de demander. Un jour où l’on commence à exiger. Un jour où l’on arrête de survivre pour commencer à se battre. Parce que la mémoire des morts n’a de sens que si elle sert à protéger les vivants. Parce que le pays ne changera pas tant que nous accepterons que les mêmes mains continuent de le détruire. Parce que la dignité n’est pas un slogan , c’est un combat. Aujourd’hui, 12 janvier 2026, nous ne sommes plus en deuil. Nous sommes en révolte. Et c’est peut-être la première bonne nouvelle depuis seize ans.
- Solidarité indéfectible avec le Venezuela face aux agressions impériales
À l’orée de 2026, un coup fatal est porté au Venezuela, au mépris de la souveraineté des peuples. Par : Marcel Poinsard Mondésir, Que devient le couple Maduro? Ouvrons nos yeux. Un mauvais départ. Un mauvais début d’année. Une preuve de plus que le comportement belliciste du va-t-en-guerre s’amplifie, s’impose, et que l’impérialisme redouble de brutalité et d’avidité. Souvenons-nous de Panama. Rafraichissons nos mémoires. Autour du 20 décembre 1989, l’assaut fut lancé après une semaine de vacarme assourdissant autour de la Nonciature. Puis vint la descente, l’arrestation de Manuel Noriega et la mise en scène d’une victoire annoncée. Les accusations étaient les mêmes : drogues, corruption, menace régionale. Mais ce qui était réellement dans la ligne de mire, c’était le Canal de Panama — un enjeu stratégique, économique et géopolitique majeur. Aujourd’hui, les gringots ont planté leurs griffes dans l’or noir et les réserves de gaz du Venezuela. Pour eux, ces ressources ne relèvent pas de la souveraineté d’un peuple, mais d’un droit acquis. Le sous-sol du pays de Chávez leur appartient déjà dans leur imaginaire impérial. Ce coup de poing, ce coup de rapine, cette bossalité contre la volonté du peuple vénézuélien doit renforcer notre conviction : les bandits à cravate comme les bandits à sapate exécutent, sans l’ombre d’un doute et sans faille, le plan de mise à mort du pays de Dessalines et de son peuple, un plan voulu et orchestré par l’impérialisme américain. Ki di Ti BBQ, Ti Lanmò Sanjou, Ti Izo, Ti Kris la, ak tout lòt yo—tankou Ti Martelly, Ti CPT ak konsò yo— kontinye ap valse san yon sèl epeng titèt pa pike yo. Se konsa yo deside fini ak nou, pèp Ayisyen. C’est le magister dixit. Alors que les sediciosos traditionnels de Doral et de Coral Gables, à Miami, acclament sans surprise une victoire factice, le peuple haïtien, fidèle à ses principes, réaffirme sa solidarité envers le peuple vénézuélien et le gouvernement bolivarien de Nicolás Maduro.
- Interventionnisme, ressources stratégiques et fragilisation du multilatéralisme : une lecture critique des dynamiques impériales contemporaines
Par : Yvito Mackandal , Membre du Réseau d'Organisation Zone Ouest (ROZO). Résumé Cet article propose une analyse critique des logiques d’interventionnisme unilatéral au sein du système international contemporain, en prenant pour point d’observation les actions dirigées contre le Venezuela. Il examine la manière dont les discours de légitimation, les enjeux énergétiques et les rivalités géopolitiques contribuent à fragiliser les institutions multilatérales et à accroître les risques systémiques dans un contexte marqué par la multipolarité nucléaire. -PC: China News- 1. Introduction : un ordre international sous tension Les récentes pratiques d’intervention militaire soulèvent des questions cruciales sur la stabilité du système international. L’usage de la force en dehors des cadres normatifs du droit international, surtout lorsqu'il provient d’une superpuissance militaire, érode le multilatéralisme. L’épisode vénézuélien, marqué par des tentatives de neutralisation du président Nicolás Maduro, illustre les tensions croissantes entre souveraineté étatique, rivalités géostratégiques et gouvernance globale. 2. Unilatéralisme et déclin des institutions multilatérales L’interventionnisme unilatéral s’inscrit dans une dynamique qui tend à marginaliser les mécanismes collectifs de régulation internationale. L’Organisation des Nations Unies, déjà confrontée à des défis structurels, voit sa capacité de médiation affaiblie lorsque des États puissants agissent en dehors de son cadre décisionnel. Cette situation rappelle les limites historiques de la Société des Nations, dont l’incapacité à contraindre les grandes puissances avait précipité la désintégration. La répétition de tels schémas pourrait annoncer une crise de légitimité pour le multilatéralisme contemporain. 3. La construction discursive de la légitimité interventionniste Les interventions militaires sont souvent précédées d’un récit normatif justifiant l’usage de la force. Les accusations de violations des droits humains, de dérives autoritaires ou de criminalité transnationale constituent des éléments centraux de cette stratégie discursive. La littérature en relations internationales souligne que ces narratifs fonctionnent comme des instruments de persuasion destinés à créer un consensus international favorable à l’ingérence. Ils participent d’une « moralisation stratégique » qui masque souvent des objectifs géoéconomiques ou géopolitiques plus profonds. 4. Ressources énergétiques et continuité des logiques extractives Le Venezuela, détenteur des plus importantes réserves pétrolières mondiales, occupe une position stratégique dans l’économie énergétique globale. L’analyse critique met en évidence la continuité entre les pratiques extractives héritées de la période coloniale et les formes contemporaines de pression exercées sur les États riches en ressources. Les tentatives de déstabilisation politique ou économique peuvent être interprétées comme des mécanismes visant à garantir l’accès privilégié de grandes entreprises transnationales aux ressources stratégiques. Cette dynamique s’inscrit dans ce que plusieurs auteurs qualifient de « néocolonialisme énergétique ». 5. États rentiers, dépendance structurelle et vulnérabilité politique Les États dont l’économie repose largement sur l’exploitation de ressources naturelles se trouvent souvent dans une position de vulnérabilité structurelle. Lorsqu’ils refusent de conclure des accords jugés favorables aux intérêts des multinationales occidentales, ils peuvent être exposés à des sanctions, à des opérations clandestines ou à des tentatives de changement de régime. Ces pratiques contribuent à l’affaiblissement des institutions publiques, à l’appauvrissement des populations et à la reproduction de cycles de dépendance, tels que décrits par la théorie de la dépendance et les approches postcoloniales. 6. Rivalités géopolitiques et risques d’escalade systémique L’enlèvement ou la neutralisation d’un dirigeant allié de puissances nucléaires telles que la Russie ou la Chine peut être interprété comme un signal stratégique susceptible d’alimenter les tensions internationales. Dans un contexte de multipolarité nucléaire, les risques d’escalade involontaire sont particulièrement élevés. Les théories de la sécurité internationale soulignent que les interactions entre grandes puissances peuvent produire des dynamiques d’« escalade incontrôlée », où des actions unilatérales déclenchent des réactions en chaîne difficilement maîtrisables. 7. Conclusion : vers une crise systémique du multilatéralisme L’usage unilatéral de la force, combiné à la compétition pour les ressources stratégiques et aux rivalités géopolitiques, contribue à fragiliser l’architecture du multilatéralisme. Dans un monde où plusieurs États disposent d’arsenaux nucléaires, la possibilité d’un conflit systémique représente une menace existentielle pour l’humanité. La question centrale demeure celle de la capacité du système international à contenir les logiques de puissance et à préserver les mécanismes collectifs de régulation.
- Les interventions américaines en Amérique latine et dans les Caraïbes ne se sont pas toujours déroulées comme prévu.
Par: Scott Neuman , National Public Radio ( NPR) 2 Janvier 2026 .- La campagne de pression orchestrée par le président Trump contre le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro s’impose comme le dernier épisode d’une longue tradition d’interventions américaines dans le bassin caribéen. Héritée de la doctrine Monroe de 1823 et pleinement déployée au XXᵉ siècle, cette logique impériale s’est inlassablement drapée dans le discours officiel de la défense des intérêts américains et de la lutte contre le communisme. Les derniers mois, les frappes américaines contre des navires que la Maison-Blanche accuse de transporter de la drogue vénézuélienne, la saisie de pétroliers vénézuéliens et, plus récemment, une frappe de la CIA sur un quai vénézuélien illustrent une politique régionale fondée sur la fermeté, héritée du président Theodore Roosevelt. Cette politique s'appuie sur la doctrine Monroe, initialement formulée par le président James Monroe pour dissuader les puissances européennes de s'ingérer dans la région. Roosevelt, qui avait lui-même combattu l'Espagne à Cuba en 1898, a étendu cette doctrine pour affirmer le droit des États-Unis d'agir unilatéralement comme gendarme régional, en utilisant la force militaire pour renforcer la pression diplomatique et promouvoir leurs intérêts. Après la Seconde Guerre mondiale, et surtout depuis la révolution cubaine qui a porté Fidel Castro au pouvoir à La Havane, l'attention s'est principalement portée sur la prévention de ce que Washington considérait comme la propagation potentielle du communisme dans la région. « Pendant la guerre froide, les interventions étaient surtout clandestines. Dans les années 1980, on commence à observer des actions plus ouvertes », explique Eduardo Gamarra, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l'Université internationale de Floride. La politique américaine dans la région reposait sur le déni stratégique, explique Gamarra. Cela impliquait de dissuader les acteurs non américains présents dans la région. « Au XIXe siècle, cela désignait les Européens ; au XXe siècle, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, cela désignait l'Union soviétique », explique-t-il. Cela a engendré, après la Seconde Guerre mondiale, une conception partagée par les États-Unis et de nombreux gouvernements de droite en Amérique latine selon laquelle le communisme « n'était pas originaire des Amériques », explique Edward Murphy, professeur d'histoire à l'université d'État du Michigan. « Ils justifiaient cette position par la doctrine Monroe, car il s'agissait d'une idéologie étrangère qu'il fallait éradiquer des Amériques. » Au milieu des années 1980, les États-Unis sont « passés de la guerre froide à la guerre contre la drogue » dans la région, selon Gamarra. La politique américaine, fondée sur la doctrine Monroe, a façonné la région au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, conduisant à des interventions ouvertes et secrètes qui ont souvent — mais pas toujours — abouti à de mauvais résultats et à des conséquences imprévues. Voici cinq exemples : Le renversement du gouvernement du Guatemala En 1954, le président Dwight D. Eisenhower s'inquiétait d'un programme de réforme agraire au Guatemala qui nationalisait les propriétés de la United Fruit Company (aujourd'hui Chiquita Brands International), une entreprise américaine. Cette initiative avait été mise en œuvre sous la présidence de Jacobo Árbenz, le deuxième dirigeant démocratiquement élu du Guatemala, dont le mandat avait débuté en 1951. Le secrétaire d'État John Foster Dulles accusa Árbenz d'instaurer ce qu'il qualifia de « règne de la terreur de type communiste ». Selon Gamarra, les États-Unis « ont réagi en sapant l’autorité d’Árbenz et en soutenant un coup d’État militaire ». La CIA a mené avec succès une opération secrète de guerre psychologique visant à déstabiliser le gouvernement d'Árbenz tout en soutenant un coup d'État pour le renverser. Le putschiste Carlos Castillo Armas, qui a succédé à Árbenz, fut le premier d'une série de régimes autoritaires brutaux soutenus par les États-Unis à gouverner le Guatemala avant le retour d'un pouvoir civil au milieu des années 1980. Le renversement d'Árbenz par les États-Unis a enhardi les éléments de droite du pays, les incitant à mener une campagne de répression, explique Murphy. « En réalité, le renversement d'Árbenz a renforcé les forces illibérales au Guatemala. » Murphy affirme que ce qui s'est passé au Guatemala est devenu un modèle à suivre pour d'autres gouvernements répressifs de droite de la région, comme le Chili. L'invasion de la baie des Cochons Peu après son entrée en fonction en 1961, le président John F. Kennedy approuva un plan secret visant à renverser le dirigeant cubain Fidel Castro, dont les liens avec l'Union soviétique s'étaient considérablement renforcés depuis sa prise de pouvoir deux ans auparavant. Cette opération secrète, initialement conçue sous l'administration Eisenhower, reposait sur une force d'environ 1 400 exilés cubains entraînés par la CIA, chargés de s'emparer de la baie des Cochons, sur la côte sud de Cuba, et de déclencher un soulèvement populaire contre Castro. L'invasion de la baie des Cochons s'est soldée par un désastre. Castro a ordonné à quelque 20 000 soldats de se rendre sur la plage, contraignant la majeure partie des forces d'invasion soutenues par les États-Unis à capituler. Plus de 100 hommes ont été tués. Cet incident a constitué un camouflet majeur pour les États-Unis. Le débarquement de la baie des Cochons a convaincu Castro et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev que les États-Unis tenteraient une nouvelle invasion de Cuba. Castro a persuadé Khrouchtchev qu'il avait besoin de l'arme nucléaire soviétique à Cuba pour dissuader toute nouvelle agression américaine, ce qui a précipité la crise des missiles de Cuba en 1962. La confrontation qui s'en est suivie au sujet des missiles a mené les États-Unis et l'Union soviétique au bord de la guerre nucléaire avant que Kennedy et Khrouchtchev ne parviennent à un compromis délicat qui a permis d'éviter un conflit direct entre les deux superpuissances. Il s'agissait d'une confrontation extrême de la Guerre froide qui a failli dégénérer en catastrophe nucléaire, explique Gamarra. Les conséquences à long terme, poursuit-il, ont abouti à « un embargo malavisé qui n'a pas modifié le régime et qui, au contraire, a renforcé les liens de Cuba avec l'Union soviétique, puis avec la Russie ». L'invasion américaine de la Grenade En 1983, l'île de Grenade, dans le sud des Caraïbes, traversait une période d'instabilité politique après le renversement, en 1979, du Premier ministre Eric Gairy par Maurice Bishop, un dirigeant socialiste allié à Cuba et à l'Union soviétique. « Cuba gagnait du terrain dans les Caraïbes », explique Gamarra.La Maison Blanche du président Ronald Reagan se méfiait de l'implication de La Havane dans la construction d'un grand aéroport international à Grenade, qui n'avait obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne qu'en 1974. Lors de son premier déploiement majeur en zone de combat depuis la fin de la guerre du Vietnam, les forces américaines ont débarqué le 25 octobre 1983 dans le cadre de l'opération Urgent Fury. Reagan a justifié cette intervention par des préoccupations sécuritaires régionales et la nécessité de protéger les étudiants en médecine américains inscrits à la faculté de médecine de l'université St. George's de l'île. Malgré une résistance plus forte et des difficultés logistiques plus importantes que prévu, les forces américaines n'ont duré que quelques jours. Les États-Unis ont contribué à la mise en place d'un gouvernement provisoire et des élections ont eu lieu en 1984. Depuis lors, la Grenade a connu une gouvernance démocratique stable, avec des élections et des transitions pacifiques du pouvoir. Aujourd'hui, elle est généralement considérée comme plus stable politiquement que la plupart de ses voisins caribéens. Le soutien américain aux Contras nicaraguayens Après des décennies de soutien américain à la famille Somoza, oppressive et corrompue, qui régnait sur le Nicaragua, Anastasio Somoza fut renversé en 1979 lors d'un soulèvement populaire mené par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Daniel Ortega, marxiste convaincu et figure de proue du FSLN, prit alors le pouvoir. Le président Reagan s'opposait aux Sandinistes et, en 1981, il a émis une directive secrète demandant que l'aide américaine soutienne un groupe d'insurgés anti-sandinistes connus sous le nom de Contras. En 1982, le Congrès américain adopta l'amendement Boland afin de bloquer le soutien des États-Unis aux Contras. Malgré ces restrictions, l'administration Reagan continua secrètement d'aider le groupe par le biais d'un système de vente illégale d'armes à l'Iran, dont les profits étaient reversés aux rebelles nicaraguayens. Lorsque l'opération fut révélée, elle devint l'un des plus grands scandales de la présidence de Reagan : l'affaire Iran-Contra . « La guerre des Contras a été dévastatrice – socialement, économiquement et politiquement », déclare Murphy. Malgré les tentatives pour le renverser, Ortega est resté au pouvoir et a remporté une victoire électorale décisive en 1984. Il a perdu en 1990 face à Violeta Chamorro , une riche propriétaire de journal ayant fait ses études aux États-Unis, qui a occupé le poste de présidente jusqu'en 1997. « Au final, c’est… le soft power qui a conduit à la défaite des Sandinistes aux élections et à la victoire des Chamorros », note Gamarra. Par la suite, la position politique d'Ortega a évolué, s'éloignant du marxisme, et il a remporté les élections de 2006, 2011, 2016 et 2021. Aujourd'hui, Ortega est président du Nicaragua aux côtés de son épouse, la coprésidente Rosario Murillo. Murphy affirme qu'Ortega est différent aujourd'hui, un gouvernement qui « ressemble davantage à un gouvernement Somoza qu'à un gouvernement sandiniste, car il s'agit d'une dictature familiale ». Ortega et Murillo, que Murphy appelle « le pouvoir derrière le trône », ont « suivi presque à la lettre ce que faisait Somoza ». L'invasion américaine du Panama Bien que brutal et corrompu, le général panaméen Manuel Noriega a été utile aux États-Unis dans les années 1980, en raison de sa coopération avec la CIA qui a permis aux Contras d' établir une base d'opérations au Nicaragua. Mais le trafic de drogue de Noriega , notamment ses liens avec le célèbre narcotrafiquant colombien Pablo Escobar, fit rapidement de lui un fardeau pour les États-Unis. Dès 1986, les preuves de plus en plus nombreuses de ses liens avec les cartels de la drogue, des exécutions extrajudiciaires et de la vente de secrets américains à des gouvernements d'Europe de l'Est étaient embarrassantes. En 1988, des grands jurys fédéraux à Miami et à Tampa inculpèrent Noriega pour racket, trafic de drogue et blanchiment d'argent. L'année suivante, le président George H.W. Bush entra en fonction. Bush avait brièvement dirigé la CIA dans les années 1970, à une époque où Noriega était considéré comme un atout précieux pour le renseignement. Mais en 1989, Bush décida que Noriega devait être destitué. L'administration soutint une tentative de coup d'État manquée en octobre. Deux mois plus tard, Bush lança l'opération Just Cause , une invasion menée par 20 000 soldats américains qui aboutit au renversement de Noriega et à son arrestation par les autorités américaines. Depuis l'éviction de Noriega, le Panama a maintenu une démocratie stable, avec des élections régulières et pacifiques et une croissance économique significative. Gamarra affirme que le Panama est un rare exemple d'intervention américaine réussie dans la région. « Nous sommes intervenus et nous avons destitué Manuel Noriega », déclare-t-il. « Nous avions un plan de sortie clair, ce qui n'est pas le point fort des États-Unis ailleurs », explique Gamarra, faisant référence à l'importance accordée à la capture de Noriega lors d'une opération militaire rapide et ciblée. Aujourd'hui, ajoute-t-il, « du moins en ce qui concerne son système économique, [le Panama] reste un pays extrêmement prospère ». Cependant, Murphy est moins optimiste. « Je ne pense pas que l'invasion soit responsable de quoi que ce soit de positif qui soit arrivé par la suite », dit-il, « si ce n'est le fait que Noriega n'était plus au pouvoir. ***Publié en anglais par NPR sous le titre U.S. interventions in Latin America and the Caribbean haven’t always gone as planned . Traduction : Novavox.
- Agression impériale au Venezuela : Haïti répond par la solidarité
Alors que les membres du CPT s’enferment dans un silence assourdissant face à l’intervention américaine au Venezuela et à la capture de Nicolás Maduro, les organisations progressistes haïtiennes multiplient les prises de parole pour condamner cette ingérence impériale et proclamer leur solidarité active avec le peuple vénézuélien agressé. Le Renouveau Démocratique ,via son blog NOVAVOX, ne se contente pas de dénoncer l'intervention étrangère. Il inscrit sa position dans la longue tradition des luttes pour l'autodétermination des peuples . Pour ce mouvement, la capture de Nicolás Maduro et l’ingérence américaine ne sont pas des épisodes isolés, mais l’expression d’une logique impériale persistante, qui nie la souveraineté nationale et cherche à imposer la barbarie au détriment de la volonté populaire. Dans ses déclarations, le Renouveau Démocratique rappelle que la solidarité haïtienne avec le peuple vénézuélien est une exigence morale et historique. Haïti, première République noire issue d’une révolution victorieuse contre l’esclavage et l’oppression coloniale, ne saurait rester indifférente face à une agression qui réactive les mêmes mécanismes de domination. NOVAVOX affirme avec force que choisir son camp, c’est choisir l’autodétermination, la dignité et la résistance contre la barbarie et la manipulation impériale. Le parti RASIN Kan Pèp la condamne l'attaque militaire de l’administration Trump contre le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse. Il y voit une violation grave du droit international et de la souveraineté des peuples, tout en saluant la résistance du peuple vénézuélien face aux tentatives impériales de piller ses ressources. RASIN Kan Pèp critique également le silence et la dépendance du Conseil présidentiel de transition haïtien envers Washington, soulignant que cet événement révèle la fragilité d'un système impérial en déclin. Pour le parti, ce tournant historique appelle les forces politiques à défendre la souveraineté et les intérêts des classes populaires. La Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est (CROSE ) condamne l’ingérence américaine contre Nicolás Maduro et le peuple vénézuélien, qu’elle considère comme une attaque contre la souveraineté des nations. Elle rappelle l’héritage d’Haïti, première République noire, et ses liens historiques avec le Venezuela, affirmant que toucher à ce pays revient à porter atteinte à la dignité haïtienne. CROSE rejette la Doctrine Monroe et l’impérialisme économique visant à piller les richesses des peuples. Elle dénonce aussi l’hypocrisie des États-Unis, silencieux face au chaos en Haïti, et critique l’absence de solidarité des dirigeants haïtiens. L’organisation appelle les peuples des Amériques à s’unir contre l’hégémonie, les Haïtiens à se lever moralement et politiquement, et la communauté internationale à respecter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. KonTraPèPLa condamne avec force l’acte de « piraterie internationale » perpétré par l’administration Trump contre Nicolás Maduro et Cilia Flores. L’organisation qualifie cette opération d'enlèvement et y voit l’expression d’un effondrement moral des puissances impérialistes, prêtes à violer leurs propres lois et à bafouer le droit international pour imposer leur volonté. Elle dénonce l’hypocrisie d’un empire en déclin qui recourt à des méthodes extrêmes pour maintenir son hégémonie. Enfin, la Centrale Unitaire des Travailleurs et Travailleuses des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH) condamne avec force l’enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, survenu après des bombardements meurtriers ayant coûté la vie à des dizaines de Cubains et de Vénézuéliens. Pour CUTRASEPH, cet acte constitue une violation flagrante du droit international. C'est une atteinte à la souveraineté des peuples et une menace directe contre la paix mondiale. L’organisation appelle à une mobilisation internationale des forces progressistes afin d’exiger la libération immédiate du couple présidentiel, de mettre fin aux pratiques prédatrices et de défendre l’autodétermination des peuples. Elle souligne que cette agression montre la dangerosité d’un impérialisme en déclin, prêt à utiliser des méthodes extrêmes pour s’imposer, rendant l’unité et la résistance des peuples plus urgentes L’unité des peuples, seule arme contre l’impérialisme Les différentes organisations progressistes haïtiennes – Renouveau Démocratique, RASIN Kan Pèp la, CROSE, KonTraPèPLa et CUTRASEPH – convergent autour d’un même constat : l’enlèvement de Nicolás Maduro et de Cilia Flores par l’administration Trump, accompagné de bombardements meurtriers, constitue une violation flagrante du droit international et une attaque directe contre la souveraineté des peuples. Ce consensus militant traduit une volonté de replacer Haïti dans son rôle historique de nation pionnière de l’autodétermination, héritière de Dessalines et solidaire du Venezuela, terre libérée grâce au soutien haïtien à Bolívar. Au‑delà de la dénonciation, ces organisations mettent en lumière la crise de l’impérialisme américain, qu’elles décrivent comme un système en déclin, mais d’autant plus dangereux qu’il recourt à des méthodes extrêmes pour maintenir son hégémonie. Elles soulignent que cette agression n’est pas un épisode isolé, mais l’expression d’une logique impériale persistante qui menace la paix mondiale. D’où l’exigence d’une mobilisation internationale et populaire, rassemblant travailleurs, intellectuels, artistes et mouvements progressistes, pour défendre l’autodétermination, la dignité et la souveraineté des peuples. Cette unité est présentée comme la seule voie capable de freiner l’arbitraire, de préserver la paix et de garantir un avenir commun face aux puissances prédatrices.
- Venezuela et Haïti - chaos orchestré
Par : Hugue CÉLESTIN, Membre de: Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) & Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) Du contrôle des ressources à la désarticulation des États récalcitrants, l’histoire des Amériques est traversée par une constante : l’ingérence y apparaît comme un mode de gestion impériale. Le Venezuela et Haïti en constituent aujourd’hui les expressions les plus brutales. La doctrine Monroe, proclamée en 1823 afin de contenir les ambitions coloniales européennes, posait initialement un cadre présenté comme défensif, visant à protéger les jeunes États indépendants d’Amérique latine. Toutefois, cette doctrine fut rapidement réinterprétée et servit de socle idéologique à une conception hégémonique des États-Unis. Au fil du temps, les décisions de Washington s’inscrivent dans une continuité de longue durée, où la protection des intérêts stratégiques prime systématiquement sur le respect de la souveraineté nationale. Pendant que s’impose un silence international sélectif face aux crimes de masse perpétrés par les forces armées israéliennes en Palestine, révélateur d’un ordre moral mondial profondément hiérarchisé, les États-Unis ont une nouvelle fois déplacé le foyer de l’indignation médiatique et diplomatique. Aux premières heures du samedi 3 janvier, une opération menée par des forces armées spéciales, agissant sous la figure désormais banalisée du « gendarme du monde », a plongé le Venezuela dans une rupture politique majeure par l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse. Loin d’être isolé, cet acte s’inscrit dans une stratégie classique, combinant action coercitive directe, désorganisation institutionnelle et construction discursive de l’illégitimité. Le recyclage immédiat des accusations de narcotrafic, de menace régionale et d’autoritarisme illustre le paradigme de l’État-voyou, catégorie politique produite par le centre hégémonique afin de justifier, a posteriori, l’exceptionnalité de la violence exercée. Cette séquence vénézuélienne révèle avec clarté que la capture d’un chef d’État n’est que l’aboutissement d’un long processus de disqualification politique, médiatique et morale, destiné à rendre l’intervention non seulement acceptable mais nécessaire. Elle s’inscrit aussi dans une tradition stratégique déjà à l’œuvre lors de l’invasion du Panama en 1989, officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic et la protection des ressortissants américains, mais visant en réalité à neutraliser un dirigeant devenu encombrant et à renforcer le contrôle des États-Unis sur une zone stratégique. L’incident fabriqué du golfe du Tonkin au Vietnam, la destruction de la Libye en 2011, le coup d’État au Guatemala en 1954 et l’invasion de la Grenade en 1983 obéissent à une même logique. De manière encore plus emblématique, la guerre d’Irak en 2003 fut engagée sur la base de l’accusation fallacieuse de possession d’armes de destruction massive, reprise par Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, puis invalidée par les enquêtes du Senate Intelligence Committee. Celles-ci ont démontré que l’administration américaine avait exagéré, voire manipulé, les renseignements afin de légitimer une guerre motivée par le contrôle du pétrole et le remodelage géopolitique du Moyen-Orient. Maduro et le chavisme L’accession de Nicolás Maduro au pouvoir en 2013, à l’issue d’une élection organisée après la mort de Hugo Chávez, représentait la continuité du projet chaviste, conçu comme une alternative politique au néolibéralisme dominant en Amérique latine. Fondé sur le socialisme bolivarien, ce projet visait la redistribution de la rente pétrolière, le renforcement de l’État social et l’affirmation d’une souveraineté nationale en rupture avec l’hégémonie impériale américaine. Cette victoire fut immédiatement contestée par une opposition nationale et internationale largement soutenue et instrumentalisée par Washington. La conflictualité politique se radicalisa alors, chaque succès institutionnel du pouvoir étant dénoncé comme une dérive autoritaire. Dans le même temps, toute contestation interne fut amplifiée afin de justifier un durcissement continu des pressions extérieures. Face à cet isolement, Maduro a consolidé des alliances stratégiques avec Cuba, la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie, qui lui assurent une protection diplomatique, un soutien économique et un appui militaire. Plusieurs gouvernements latino-américains, l’Union européenne et les États-Unis ne se contentent pas de contester le pouvoir en place : ils imposent des sanctions, des restrictions financières et soutiennent des manœuvres destinées à affaiblir et à discréditer le régime vénézuélien. En parallèle, les alliés de Caracas insistent sur le respect formel de la Constitution et dénoncent avec vigueur l’ingérence impériale. Ils mettent en lumière le contraste entre un interventionnisme guidé par des intérêts stratégiques et le droit souverain d’un État de défendre son autonomie politique et économique. La confrontation entre alliances internationales et pressions extérieures, structurée par la volonté de maintenir des rapports néocoloniaux, redéfinit la place du Venezuela sur la scène mondiale. Le pays incarne ainsi le dilemme de toutes les nations qui osent résister, défendre leur souveraineté nationale, affirmer des projets socialistes à vocation anti-néolibérale et tenir tête aux pressions et ingérences impérialistes. La politique américaine contemporaine à l’égard du Venezuela ne peut être comprise qu’à la lumière de ce cadre historique et structurel. Ressources naturelles et Petrocaribe Selon l’U.S. Energy Information Administration (EIA), le Venezuela détient environ 303 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, principalement concentrées dans la ceinture de l’Orénoque, ce qui en fait le pays disposant des plus importantes réserves d’hydrocarbures au monde (EIA, 2023). Cette richesse aurait pu être transformée en levier d’autonomie politique, de solidarité régionale et de coopération Sud-Sud. Elle est toutefois devenue un prétexte permanent aux sanctions, aux pressions diplomatiques et aux interventions étrangères. Le Venezuela représente depuis longtemps un bastion stratégique que Washington cherche à soumettre à son influence. Sous Hugo Chávez, puis sous Nicolás Maduro, l’État bolivarien a détourné la rente pétrolière des circuits néolibéraux pour soutenir les peuples des Caraïbes et d’Amérique latine, notamment à travers Petrocaribe, lancé en 2005 et offrant du pétrole à des conditions de paiement préférentielles. Ce refus de se plier à l’ordre économique mondial a immédiatement provoqué l’hostilité des puissances capitalistes, qui n’ont cessé de tenter de neutraliser l’État vénézuélien par sanctions, pressions diplomatiques et campagnes de déstabilisation médiatique. Cette richesse pétrolière, conjuguée à la volonté de Caracas de l’utiliser comme levier d’autonomie régionale, a ouvert la voie à des mécanismes concrets de coopération Sud-Sud. À travers Petrocaribe, les États bénéficiaires pouvaient acquérir du pétrole vénézuélien et réinvestir les dividendes réalisés dans des programmes sociaux, des infrastructures ou des services publics. Haïti, membre du mécanisme depuis 2006, fut l’un des principaux partenaires, recevant des milliers de barils de pétrole. Petrocaribe ne se limitait donc pas à une simple aide énergétique, mais constituait une véritable stratégie de pétrodiplomatie solidaire, visant à créer un contrepoids au modèle capitaliste néolibéral et à promouvoir une coopération périphérique autonome, en rupture avec les diktats du FMI et de la Banque mondiale. L’initiative s’est toutefois heurtée à de graves difficultés, sous l’effet combiné de la chute de la production pétrolière vénézuélienne et du durcissement des sanctions économiques américaines. En Haïti, les élites au pouvoir ont exploité cette conjoncture pour détourner une part substantielle des fonds issus du programme. Les audits de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), déposés au Sénat haïtien les 31 janvier et 31 mai 2019, ainsi que le 17 août 2020, ont révélé la gestion frauduleuse de centaines de millions de dollars. Cette malversation a fait du mécanisme de solidarité régionale un symbole éclatant de corruption systémique. La diffusion de ces informations a enflammé l’opinion publique et donné naissance au mouvement des PetroChallengers porté par la jeunesse, exigeant vérité, responsabilité et justice. Ainsi, Petrocaribe illustre à la fois le potentiel d’une coopération anti-impérialiste et les limites que lui imposent la domination capitaliste globale ainsi que la captation des ressources par les élites locales. Là où les peuples tentent de s’autodéterminer, les intérêts étatiques et économiques dominants interviennent pour briser toute autonomie. Cette logique implacable montre que la liberté des nations reste subordonnée aux impératifs du pouvoir et du profit. Hégémonie et chaos Chaque crise régionale, chaque conflit interne sert de prétexte pour imposer une ingérence ou une intervention directe, toujours sous le masque de la défense des valeurs démocratiques. Penser que l’action américaine au Venezuela procède d’un réel souci démocratique relève moins d’une erreur d’analyse que d’une adhésion au discours hégémonique dominant. Du Venezuela à Haïti, la même mécanique se répète : criminalisation des dirigeants, délégitimation des États et asphyxie méthodique des sociétés, conduites vers un chaos prolongé. L’objectif est d’empêcher l’exercice d’une autonomie réelle, en livrant l’État au contrôle d’élites locales et de forces armées informelles. La realpolitik américaine s’y exprime dans sa forme la plus crue, fidèlement résumée par l’adage cynique selon lequel « l’Amérique n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Au Venezuela, ces intérêts se cristallisent autour du contrôle des ressources énergétiques stratégiques. L’enjeu dépasse donc largement le sort d’un gouvernement ou d’un régime. Il s’agit de contenir l’influence croissante de puissances concurrentes comme la Russie et la Chine, tout en adressant un message dissuasif aux peuples qui oseraient emprunter des voies de développement autonomes ou clairement anti-néolibérales. Ainsi, là où la souveraineté persiste, l’instabilité est fabriquée ; lorsque le chaos s’installe, la domination se normalise. C’est dans cette logique impériale, à la fois rationnelle et profondément destructrice, qu’il convient de lire l’intervention américaine. Elle apparaît comme l’expression d’une stratégie cohérente de maintien de l’hégémonie globale, fondée sur la désorganisation systématique des États récalcitrants et la neutralisation de toute alternative souveraine. Venezuela aujourd’hui, Haïti hier et encore demain ailleurs, l’Empire ne pacifie pas, il fracture, puis gouverne sur les ruines. Venezuela à Haïti, la gestion néocoloniale de l’instabilité La trajectoire contemporaine d’Haïti ne saurait être lue comme une simple succession de crises internes ou d’échecs endogènes. Elle est indissociable de la capacité récurrente des masses populaires à se soulever, à contester l’ordre établi et, par moments, à tenter de s’articuler avec certaines fractions des classes moyennes autour d’un projet de refondation sociale et politique. Ces dynamiques, bien que systématiquement fragmentées et étouffées, portent une même constante historique. Elles expriment la volonté de rompre avec un ordre de dépendance et de domination imposé à l’État haïtien depuis l’après-Dessalines et Christophe. À l’instar du Venezuela, chaque tentative d’autonomisation politique en Haïti déclenche une réaction externe quasi mécanique, qui ne cherche jamais à soutenir un processus démocratique endogène, mais à neutraliser sa charge subversive. L’instabilité est produite, entretenue et administrée comme un instrument de contrôle néocolonial. Quand les peuples tentent d’exercer leur souveraineté, le chaos est méthodiquement installé, ouvrant la voie à la mise sous tutelle politique et à la captation des ressources. De Caracas à Port-au-Prince, la même logique impériale gouverne par la fragmentation, la peur et la dépossession, rendant toute alternative souveraine durablement impossible. La réponse américaine, relayée par son ambassade et la « communauté internationale », soutient directement des élites locales rétrogrades chargées d’imposer des gouvernements impopulaires, subalternes aux intérêts étrangers. Ils encouragent la prolifération des gangs-milices, véritables instruments de régulation violente de l’espace social. La gangstérisation devient un mode de gouvernance par le chaos, et enferme le pays dans une dépendance structurelle. L’urgence humanitaire se substitue au débat politique et la souveraineté nationale est ajournée au nom de la sécurité, de la stabilité ou de la lutte contre le crime. L’effondrement est administré, plutôt que résolu, faisant de Haïti un terrain d’expérimentation permanent de la gestion néocoloniale. L’expérience haïtienne révèle la cohérence implacable de la stratégie hégémonique américaine dans la région. Toute tentative de redéfinition autonome du projet national y est traitée comme une menace à écraser. Là où Caracas est étranglé par des sanctions économiques massives et encerclé diplomatiquement, Haïti est maintenu dans une désarticulation permanente, empêché de mener le moindre affrontement politique souverain. Dans les deux cas, il s’agit de préserver un ordre régional construit sur la dépendance, la fragmentation et la soumission totale des peuples, où toute autonomie est punie et toute résistance criminalisée. Dignité et résistance Le drame vénézuélien dépasse largement ses frontières et son gouvernement. Il constitue un avertissement adressé à toutes les expériences socialistes et progressistes du continent, de Cuba au Nicaragua, de la Bolivie au Honduras, du Venezuela lui-même à tous ceux qui osent revendiquer une souveraineté réelle. La dignité constitue ici l’enjeu central et irréductible du conflit. Elle ne se réduit ni à un slogan moral ni à une posture symbolique, mais renvoie à la capacité d’un peuple à décider pour lui-même, à maîtriser ses ressources, à définir ses priorités et à refuser l’humiliation. Défendre la souveraineté du Venezuela, comme celle d’Haïti et de tous les peuples dominés, revient à affirmer que la dignité collective ne se négocie pas et ne se délègue pas aux puissances tutélaires. Cette exigence de dignité, indocile et insoumise, que l’impérialisme cherche à briser, porte en elle la possibilité toujours renaissante de résistance, d’autodétermination et d’un avenir libéré de la dépendance. C’est à partir de cette conscience de dignité et de souveraineté que se dessine la voie de la mobilisation et de l’action collective. Tant que l’impérialisme dictera ses lois, chaque peuple libre restera une cible, et toute souveraineté sera considérée comme une insurrection à punir. Les gouvernements, partis et organisations progressistes, nationalistes, révolutionnaires et marxistes, ainsi que les peuples eux-mêmes, n’ont d’autre choix que de rompre avec l’illusion du dialogue inégal. Il leur revient de reconstruire une intégration régionale et mondiale fondée sur la dignité, l’autodétermination et la justice sociale. Peuples opprimés du monde, debout ! Unissons-nous pour vaincre le capitalisme et l’impérialisme, et imposer enfin un monde de liberté, de justice et de progrès. Bibliographie 1- Editors. (n.d.). Monroe Doctrine – Definition, Purpose & Significance. HISTORY. 2- Powell, C. (2003, February 5). Statement to the United Nations Security Council. United Nations. 3- U.S. Department of Defense. (1989). Operation Just Cause: Report to Congress. Washington, DC: U.S. Department of Defense. 4- U.S. Senate Select Committee on Intelligence. (2004). Report on the U.S. Intelligence Community’s Prewar Intelligence Assessments on Iraq. Washington, DC: U.S. Government Printing Office.
- Le mythe américain du respect de la souveraineté en Amérique latine n’est plus qu’une ruine.
Par Edmund Heaphy, Rédacteur adjoint des affaires étrangères Raidió Teilifís Éireann, média public national irlandais. Dans les années qui ont suivi la capture de Saddam Hussein en Irak en 2003, l'Occident a tiré une dure leçon : le changement de régime par la force était trop chaotique, trop coûteux et trop imprévisible. L'intervention menée par l'OTAN en Libye en 2011, qui a finalement conduit au renversement de Mouammar Kadhafi, n'a fait que confirmer cette leçon. L'État s'est effondré. Une guerre civile a éclaté. Au moment où Barack Obama a dû envisager une intervention en Syrie en 2013, un consensus tacite s'était formé : un changement de régime par la force était exclu, quelle que soit la brutalité du dictateur. Ce consensus est mort avant l'aube ce matin à Caracas. À présent, il devient un peu épuisant d'écrire sur la façon dont Donald Trump a déchiré les règles, bafoué les normes, renversé les précédents, ignoré ses alliés, violé les conventions, écrasé les contraintes, traité le consensus comme une option – choisissez votre cliché éditorial. En apparence, l'opération au Venezuela n'a rien à voir avec les opérations massives menées en Irak ou en Libye. Le parallèle le plus évident est bien sûr celui du Panama en 1989. Les forces américaines ont envahi le pays pour destituer le dirigeant militaire Manuel Noriega, également accusé de trafic de drogue, en Amérique latine. Mais cette opération, qui mobilisa 26 000 soldats, s'éternisa pendant quinze jours jusqu'à la reddition de Noriega, réfugié à l'ambassade du Vatican. On dénombra 23 morts parmi les soldats américains. En comparaison, le raid mené contre la résidence de Nicolas Maduro, située dans l'enceinte militaire ultra-sécurisée de Fort Tiuna à Caracas, a été chirurgical. « C'était incroyable à voir », a déclaré M. Trump cet après-midi. « Aucun militaire américain n'a été tué. Et aucun équipement américain n'a été perdu. » À ces seuls égards, la capture rapide de Maduro marquerait une rupture nette avec les occupations chaotiques du passé. Mais Donald Trump a clairement indiqué que la mission ne s'arrête pas là. Les États-Unis, a-t-il déclaré, dirigeront le Venezuela jusqu'à ce qu'une « transition juste » puisse être menée. Il a parlé de rendre le peuple vénézuélien « riche, indépendant et en sécurité », de mettre fin à ses souffrances. Comme lors des précédentes expéditions américaines, on retrouve la rhétorique de la libération et le prétexte de la construction nationale.Il en va de même pour le calcul du pétrole. Interrogé sur qui dirigerait le Venezuela, M. Trump a immédiatement évoqué la reconstruction des infrastructures du pays par les entreprises énergétiques américaines – et les profits qu'elles en tireraient. «Nous allons bien diriger le pays», a-t-il déclaré. « Ça va rapporter beaucoup d'argent. » Comme l'a décrit M. Trump, l'opération de ce matin ressemblait moins à un raid ponctuel qu'à un acte d'ouverture – et il n'a laissé que peu de place à l'imagination. M. Trump a averti que les États-Unis étaient prêts à lancer « une deuxième attaque, beaucoup plus importante », contre le Venezuela si cela était jugé nécessaire.« Nous n'avons pas peur d'envoyer des troupes au sol si nécessaire », a déclaré M. Trump. Cependant, ce qui aura des répercussions bien au-delà du Venezuela, c'est le principe qu'il a invoqué pour justifier ses actions. Selon lui, il ne s'agit pas seulement de Maduro. Il s'agit de la domination américaine sur l'hémisphère occidental et de la réactivation d'une doctrine vieille de deux siècles, formulée pour la première fois par James Monroe, le cinquième président américain. En 1823, le président Monroe mit en garde les puissances européennes contre toute intervention dans les Amériques, déclarant de fait ces dernières comme la sphère d'influence des États-Unis.« Sous l’administration Trump, nous réaffirmons la puissance américaine de manière très forte dans notre région », a déclaré M. Trump aujourd’hui, affirmant que les États-Unis avaient oublié la doctrine Monroe. « Mais nous ne l'oublions plus. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l'hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question. Cela n'arrivera plus. » Autrement dit, M. Trump a déclaré que les États-Unis se réservent le droit de déterminer unilatéralement qui gouverne les Amériques – et par la force, si nécessaire. Le simulacre de respect de la souveraineté en Amérique latine est terminé, et le consensus post-Irak est mort avec lui. Durant son premier mandat, M. Trump a privilégié les sanctions et la diplomatie. Il a désormais démontré qu'il n'hésiterait pas à recourir à l'action directe. Les dirigeants de gauche de Cuba et du Nicaragua n’auront certainement pas manqué de le relever. Mais il en sera de même pour les rivaux de l'Amérique au-delà de l'hémisphère. Si les États-Unis peuvent faire cela au Venezuela, quel principe empêche la Chine de le faire au président de Taïwan, ou la Russie à un dirigeant des pays baltes ? -------------------------------- *** Publié en anglais sous le titre “ America’s Pretence of Respecting Sovereignty in Latin America Is Over ”, cet article est traduit par NOVAVOX.
- L'année 2026 sera celle de la révolte légitime!
Par : Sonet Saint-Louis av, Professeur de droit constitutionnel à l'université d'État d'Haïti et de méthodologie de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État. L’année 2025 s’achève dans un contexte où l’autorité de l’État disparaît dans des rues dominées par la criminalité organisée. Nos facultés d’enseignement supérieur et nos églises sont réduites en ruines. L’année 2026 doit être celle d’une révolte légitime contre un système qui ne produit que des morts : la mort que l’on voit partout, la mort des hommes et des femmes, la mort des institutions, la mort des consciences. Les masques sont tombés. Heureusement ! On ne peut pas se déclarer progressiste quand on pille l’argent du Trésor public et qu’ on installe un système de corruption qui hypothèque l’avenir. Vous ne pouvez pas vous donner le statut d’intellectuel quand vous n’avez aucun engagement public et que vous ne défendez ni la justice ni la vérité. Le triomphe du bien commun ne peut se réaliser sans une éthique : une éthique des vertus. Car la politique ne peut se passer des vertus. L’excellence citoyenne n’est pas possible dans la perversion et le détournement de la loi. Sinon, la justice ne sera qu’une abstraction. Il est plus facile d’accumuler des actes d’injustice que d’être constamment juste. On le voit dans l’administration publique haïtienne : des fonctionnaires sont révoqués pour avoir dénoncé la corruption des gouvernants. Nous ne devons jamais nous associer à une action injuste pour contourner une difficulté ou résoudre un problème. L’injustice est la solution facile. La société haïtienne a besoin d’une quête de perfection. La vertu politique est fondée sur les actions positives des gouvernants, celles qui permettent aux citoyens d’atteindre leur but supérieur au sein d’une collectivité organisée selon un ordre juste et moral. L'année 2026 doit être celle de la révolution éthique, politique et intellectuelle dans notre pays déchiré. Nous mettrons définitivement un terme aux mêmes discours qui, au bout de chaque journée, font peser la même facture sur le peuple et sur le pays. Le peuple meurt, pendant que les élites pourries et réactionnaires persistent dans leurs manœuvres de diversion et de manipulation en annonçant des élections qu’elles savent ne pouvoir avoir lieu dans les circonstances actuelles. Elles détournent l’attention pour se maintenir au pouvoir, sans être capables de gouverner réellement, dans un pays où le peuple apprend à survivre sans l’État. Cette classe dominante, qui récuse nos droits par des vices cachés, n’a pourtant aucune force. La véritable force, c’est le peuple. Le pouvoir qu’elle exerce ne se maintiendra que tant que le peuple y croira. Comment croupir dans la misère et accepter que les mêmes visages, affreux, depuis trois décennies, continuent de diriger et de profiter des privilèges du système ? Quand viendra donc la révolte légitime ? Il y a quelque chose de fondamental que le peuple, en tant que collectivité nationale, doit comprendre : il ne s’agit pas d’être de gauche ou de droite, mulâtre ou noir ; c’est la nation qui doit enfin décider de mettre fin à ce système qui s’oppose à la vie. Face au drame haïtien, le silence, forcé ou voulu, des intellectuels n’est pas acceptable. Car la stratégie du système corrompu, c’est de rendre inutiles les hommes et les femmes intègres, patriotes et compétents. Il les intimide sans cesse. Notre détermination sans faille à vouloir changer la vie en Haïti doit trouver un écho international, parce que c’est aussi là que se joue l’avenir d’Haïti. Parler à l’international, mobiliser les réseaux universitaires et les organisations de foi, ce n’est pas un renoncement à ce que nous sommes, bien que nous fassions face à une communauté internationale dont les actions ne sont pas toujours fondées sur le droit, mais sur la loi du plus fort et la persistance d’une politique de puissance et de domination. Notre position, au contraire, révèle notre lucidité dans un monde de plus en plus interconnecté, contrairement à ceux qui parlent sans cesse de souveraineté tout en admettant la soumission et la domination brutale étrangère dans les affaires internes d’Haïti. Tout en restant haïtien jusqu’aux orteils, je crois en l’internationalisation des peuples et des nations, ainsi qu’en une coopération internationale respectueuse des valeurs nationales. Les États-Unis et le Canada, qui se situent dans notre hémisphère occidental, comptent, en raison de leur place dans l’économie mondiale, pour le reste de la planète. Ils doivent aussi compter pour nous, Haïtiens. Elites décentralisées Notre tâche, c’est de créer une Haïti à habiter comme un rêve. Cette responsabilité incombera aux élites décentralisées que nous préparons. Un pays, c’est d’abord un ensemble de rêves individuels et collectifs qui coexistent sur son territoire. L’avenir d’Haïti, j’insiste là-dessus, passe par le déplacement du centre intellectuel, culturel et économique vers les régions. Cette stratégie favorisera l’émergence d’élites décentralisées qui prendront en charge le développement de leurs communautés et en assureront la pérennité par le commerce, l’industrie et l’éducation. Je travaille pour une nouvelle génération de politiciens, d’entrepreneurs et de scientifiques dévoués au bien commun. Les problèmes sont dans la pratique, et c’est dans la pratique qu’il faut les résoudre. Le politicien vertueux s’attache à résoudre les problèmes fondamentaux de son peuple à la suite d’un diagnostic fondé sur une réflexion critique rigoureuse. La recherche du savoir scientifique et du savoir-faire est capitale dans cette quête du bien commun et du bien-être national ; mais la connaissance peut aussi devenir un mal si elle se met à servir la cause d’une politique axée sur la corruption de l’espace public, sous toutes ses formes. Quelque chose doit changer. Ce n’est pas le peuple qui doit fuir devant la défaillance de gouvernants corrompus. C’est le pouvoir corrompu qui doit craindre un peuple déterminé à changer le cours de l’histoire. C’est la voie que nous devons tracer dans les jours à venir. La jeunesse qui part dans toutes les directions à la recherche d’un mieux-vivre a beaucoup souffert. Souffrir ne veut pas dire abandonner. Fuir la misère et l’insécurité généralisée ne veut pas dire perdre. Fuyez la facilité et l’argent facile ! On devient géant quand on s’apprête à souffrir pour faire triompher la justice et une cause collective. La capacité à accepter la souffrance fait douter les forts, les place dans l’incertitude, sape leur confiance et les rend vulnérables. La vie d’un peuple commence et naît dans le profond désespoir. C’est au-delà de toute désespérance qu’il parvient à créer un récit qui étonne. En guise de vœux, que l’année 2026 soit celle où la nation haïtienne, résiliente, accédera à une lumière nouvelle, dans cette obscurité que nous devons chasser tous ensemble, en mettant fin à la répétition du chaos et en ouvrant un nouveau sentier. Par la tradition chrétienne à laquelle je suis lié, axée sur l’éminence de la dignité humaine, l’exigence de justice et le sens des responsabilités, je souhaite à la communauté nationale une bonne fête de l’Indépendance, et plus précisément aux habitants de La Gonâve, mon île bien-aimée, auxquels je suis profondément attaché. Puissent-ils trouver, dans leur rédemption prochaine, une nouvelle raison de vivre et d’espérer — comme moi-même.
- Autodétermination ou Barbarie : Notre Camp Est Clair
Par : Novavox, Notre Éditorial. Notre solidarité va au peuple vénézuélien, à sa souveraineté et à son droit inaliénable de décider de son destin. Dans un monde où les puissances se permettent encore de dicter l’avenir des nations, cette affirmation n’est pas un geste symbolique .C'est un acte de positionnement, un refus clair de l’ingérence et de la prédation. Nous réaffirmons notre solidarité avec le Venezuela, son peuple et son gouvernement légitime dans leur combat pour la paix et la souveraineté. Parce que la paix n’est pas un slogan, mais une conquête. Parce que la souveraineté n’est pas une faveur, mais un droit. Parce que les peuples ne sont pas des pions, mais des sujets politiques capables de tracer leur propre horizon. Face aux pressions, aux manipulations, aux campagnes de déstabilisation, nous choisissons la fidélité aux principes : – Le respect des peuples, – La non-ingérence, – La défense des nations qui refusent de plier, – La solidarité entre ceux qui résistent. Dans cette bataille asymétrique où les récits dominants cherchent à travestir la réalité, nous affirmons que la dignité d’un peuple ne se négocie pas. Elle se soutient, elle s’accompagne, elle se défend. Le Venezuela n’est pas seul. Et Haïti, malgré ses blessures, malgré les assauts répétés contre sa propre souveraineté, sait reconnaître les combats justes. Notre parole s’inscrit dans cette tradition : celle des peuples qui refusent l’effacement, qui refusent la tutelle, qui refusent la fatalité. Solidarité, souveraineté, paix. Trois mots. Trois engagements. Trois lignes de front.











