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L'année 2026 sera celle de la révolte légitime!

  • Photo du rédacteur: Renouvo Demokratik
    Renouvo Demokratik
  • 4 janv.
  • 5 min de lecture

Par : Sonet Saint-Louis av,

Professeur de droit constitutionnel à l'université d'État d'Haïti et de méthodologie de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État.

L’année 2025 s’achève dans un contexte où l’autorité de l’État disparaît dans des rues dominées par la criminalité organisée. Nos facultés d’enseignement supérieur et nos églises sont réduites en ruines.

L’année 2026 doit être celle d’une révolte légitime contre un système qui ne produit que des morts : la mort que l’on voit partout, la mort des hommes et des femmes, la mort des institutions, la mort des consciences.

Les masques sont tombés. Heureusement ! On ne peut pas se déclarer progressiste quand on pille l’argent du Trésor public et qu’

on installe un système de corruption qui hypothèque l’avenir.

Vous ne pouvez pas vous donner le statut d’intellectuel quand vous n’avez aucun engagement public et que vous ne défendez ni la justice ni la vérité. Le triomphe du bien commun ne peut se réaliser sans une éthique : une éthique des vertus. Car la politique ne peut se passer des vertus. L’excellence citoyenne n’est pas possible dans la perversion et le détournement de la loi. Sinon, la justice ne sera qu’une abstraction. Il est plus facile d’accumuler des actes d’injustice que d’être constamment juste. On le voit dans l’administration publique haïtienne : des fonctionnaires sont révoqués pour avoir dénoncé la corruption des gouvernants. Nous ne devons jamais nous associer à une action injuste pour contourner une difficulté ou résoudre un problème.

L’injustice est la solution facile. La société haïtienne a besoin d’une quête de perfection. La vertu politique est fondée sur les actions positives des gouvernants, celles qui permettent aux citoyens d’atteindre leur but supérieur au sein d’une collectivité organisée selon un ordre juste et moral.

L'année 2026 doit être celle de la révolution éthique, politique et intellectuelle dans notre pays déchiré. Nous mettrons définitivement un terme aux mêmes discours qui, au bout de chaque journée, font peser la même facture sur le peuple et sur le pays.

Le peuple meurt, pendant que les élites pourries et réactionnaires persistent dans leurs manœuvres de diversion et de manipulation en annonçant des élections qu’elles savent ne pouvoir avoir lieu dans les circonstances actuelles. Elles détournent l’attention pour se maintenir au pouvoir, sans être capables de gouverner réellement, dans un pays où le peuple apprend à survivre sans l’État.

Cette classe dominante, qui récuse nos droits par des vices cachés, n’a pourtant aucune force. La véritable force, c’est le peuple. Le pouvoir qu’elle exerce ne se maintiendra que tant que le peuple y croira.

Comment croupir dans la misère et accepter que les mêmes visages, affreux, depuis trois décennies, continuent de diriger et de profiter des privilèges du système ? Quand viendra donc la révolte légitime ? Il y a quelque chose de fondamental que le peuple, en tant que collectivité nationale, doit comprendre : il ne s’agit pas d’être de gauche ou de droite, mulâtre ou noir ; c’est la nation qui doit enfin décider de mettre fin à ce système qui s’oppose à la vie.

Face au drame haïtien, le silence, forcé ou voulu, des intellectuels n’est pas acceptable. Car la stratégie du système corrompu, c’est de rendre inutiles les hommes et les femmes intègres, patriotes et compétents. Il les intimide sans cesse. Notre détermination sans faille à vouloir changer la vie en Haïti doit trouver un écho international, parce que c’est aussi là que se joue l’avenir d’Haïti. Parler à l’international, mobiliser les réseaux universitaires et les organisations de foi, ce n’est pas un renoncement à ce que nous sommes, bien que nous fassions face à une communauté internationale dont les actions ne sont pas toujours fondées sur le droit, mais sur la loi du plus fort et la persistance d’une politique de puissance et de domination. Notre position, au contraire, révèle notre lucidité dans un monde de plus en plus interconnecté, contrairement à ceux qui parlent sans cesse de souveraineté tout en admettant la soumission et la domination brutale étrangère dans les affaires internes d’Haïti.

Tout en restant haïtien jusqu’aux orteils, je crois en l’internationalisation des peuples et des nations, ainsi qu’en une coopération internationale respectueuse des valeurs nationales. Les États-Unis et le Canada, qui se situent dans notre hémisphère occidental, comptent, en raison de leur place dans l’économie mondiale, pour le reste de la planète. Ils doivent aussi compter pour nous, Haïtiens.

Elites décentralisées

Notre tâche, c’est de créer une Haïti à habiter comme un rêve. Cette responsabilité incombera aux élites décentralisées que nous préparons. Un pays, c’est d’abord un ensemble de rêves individuels et collectifs qui coexistent sur son territoire.

L’avenir d’Haïti, j’insiste là-dessus, passe par le déplacement du centre intellectuel, culturel et économique vers les régions. Cette stratégie favorisera l’émergence d’élites décentralisées qui prendront en charge le développement de leurs communautés et en assureront la pérennité par le commerce, l’industrie et l’éducation.

Je travaille pour une nouvelle génération de politiciens, d’entrepreneurs et de scientifiques dévoués au bien commun. Les problèmes sont dans la pratique, et c’est dans la pratique qu’il faut les résoudre. Le politicien vertueux s’attache à résoudre les problèmes fondamentaux de son peuple à la suite d’un diagnostic fondé sur une réflexion critique rigoureuse.

La recherche du savoir scientifique et du savoir-faire est capitale dans cette quête du bien commun et du bien-être national ; mais la connaissance peut aussi devenir un mal si elle se met à servir la cause d’une politique axée sur la corruption de l’espace public, sous toutes ses formes.

Quelque chose doit changer. Ce n’est pas le peuple qui doit fuir devant la défaillance de gouvernants corrompus. C’est le pouvoir corrompu qui doit craindre un peuple déterminé à changer le cours de l’histoire. C’est la voie que nous devons tracer dans les jours à venir.

La jeunesse qui part dans toutes les directions à la recherche d’un mieux-vivre a beaucoup souffert. Souffrir ne veut pas dire abandonner. Fuir la misère et l’insécurité généralisée ne veut pas dire perdre.

Fuyez la facilité et l’argent facile ! On devient géant quand on s’apprête à souffrir pour faire triompher la justice et une cause collective. La capacité à accepter la souffrance fait douter les forts, les place dans l’incertitude, sape leur confiance et les rend vulnérables.

La vie d’un peuple commence et naît dans le profond désespoir. C’est au-delà de toute désespérance qu’il parvient à créer un récit qui étonne.

En guise de vœux, que l’année 2026 soit celle où la nation haïtienne, résiliente, accédera à une lumière nouvelle, dans cette obscurité que nous devons chasser tous ensemble, en mettant fin à la répétition du chaos et en ouvrant un nouveau sentier.

Par la tradition chrétienne à laquelle je suis lié, axée sur l’éminence de la dignité humaine, l’exigence de justice et le sens des responsabilités, je souhaite à la communauté nationale une bonne fête de l’Indépendance, et plus précisément aux habitants de La Gonâve, mon île bien-aimée, auxquels je suis profondément attaché. Puissent-ils trouver, dans leur rédemption prochaine, une nouvelle raison de vivre et d’espérer — comme moi-même.

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