Haïti : transition fantôme, crise réelle, impasse totale
- Renouvo Demokratik
- il y a 2 jours
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Qui Va Diriger Haiti après le 7 Février 2026?
Par : Wilfrid Supréna.-
Personne ! A répondu sans sourciller Manioca, une paysanne de Granfond, une localité dans le nord du pays. Elle était venue assister à cette rencontre importante sur les sources d’eau de la localité, qui tarissent périodiquement, et pour cela, une solution appropriée doit être recherchée et trouvée. Sa réponse était tranchante et directe, sans langue de bois. N’est-ce pas ?
“ Le vrai pays, le pays profond n’est pas concerné encore et nullement par les démêlés des politiciens (ennes) et politicailleurs ( euses) des grandes villes Frères et Soeurs siamois ( ses) dans la dilapidation des deniers publics, dans la marginalisation de la majorité ( les paysans) la corruption et la prévarication débridées et l’absence d’une vision pour un vrai changement collectif au pays “ ajoute -t-elle!
Pour toi, pour moi et pour nous lettrés, semi-lettrés lisant les journaux, écoutant la radio, tapotant sans cesse sur le clavier de l’ordinateur ou du téléphone portable et intelligent, commentant,débattant, épinglant, proposant, acceptant, rejetant et surtout espérant…un retour à une certaine normalité “politique” avec ses corollaires inévitables: “Voye y ale”, “Oubyen”, “ Roule dada w Jan Ou vle”, cette question susciterait des débats longs et houleux et, en dernière analyse, un brin d’espoir pour demain … Un brin de lumière aussi dans la petite tête de nous tous qui parlons et écrivons beaucoup, mais dont l’engagement politique réel tarde à se manifester concrètement sur le terrain! Pas assez de conviction!
Oui, beaucoup d’entre nous espèrent encore que de la manche, du chapeau ou du mouchoir des enchanteurs merlins (préstidigitateurs) de la Caricom , de l’OEA, de l’ONU ou de Marco Rubio et de leurs courtiers locaux sortira un gros lapin avec une tête plus grosse que le dôme de la cathédrale du Cap, qui sautera tout en courant pour essayer de rattraper le temps perdu en brandissant la question de la sécurité et des élections… À bientôt! A jamais…
On va battre “ la ténèbre “ à midi pour la “ Cour de cassation” … Mais les “ batteurs de casseroles” se font de nos jours très , très rares. Ils sont au Chili, au Brésil, en Turquie, en Guyane , dans Les petites Antilles ou bien dans le collimateur de “ Ice” aux Etats Unis…
Manioca n’a pas vécu de visu ces moments de grand tumulte politique d’hier, qui paraissent lointains mais trop répétitifs et même inamovibles…
Son nom est indicatif de l’état d’esprit de l’époque , au mois de juillet et de l’année de grâce 1987, où elle a inhalé sa première bouffée d’oxygène sur la planète Terre…… Le pic de la révolte populaire contre le Conseil National de Gouvernement militaire d’alors, communément et pompeusement appelée : “ Rache Manyòk”…
Les anciens et anciennes du canton, Les “ grandèt” ou “ granparan” lui rappellent assez souvent l’engagement de son papa au nom de Selondieu, lors sacristain de la chapelle communale en faveur des paysans que les grandons et les usuriers voulaient exproprier pour “ dettes”…
Selondieu recevait de temps à autre un prêtre au large front qui parlait du pouvoir de se mettre ensemble comme la seule force pour un changement réel et qui distribuait du kasav et du clairin pendant qu’il officiait, au lieu du pain traditionnel fait avec du blé (importé) et du vin également importés… Les ouailles chrétiennes de la communauté se sont amourachées de cette pratique.
La femme de Selondieu, Francilia (Ti Fwan), était institutrice dans la seule école congréganiste du bourg. A l’église, elle chantait et jouait du tcha-tcha…Tandis que son mari frappait le tambour……C’était un couple admirable et respecté …
En janvier 1993, à l’époque où la chanson religieuse “ Men l anlè a l ap vini” était très populaire mais très mal perçue par le pouvoir de facto en place, les militaires et les membres de l’Escadron de la mort, connu sous le nom de FRAPH, ont débarqué à Granfond… Des maisons incendiées, des jeunes arrêtés et le couple Francilia et Selondieu obligés de prendre la poudre d’escampette… Laissant deux enfants en bas âge derrière eux, entre les mains des membres de la famille, de la grand-mère, de l’oncle, de la tante et des voisins: Jean Frandieu (8) et Manioca (5). Ils ne sont jamais revenus.
De son père et de sa mère, Manioca n’a pas de bons et spécifiques souvenirs, sinon un chant mélodieux et nostalgique que sa mémoire d’enfant a retenu et qui n’a jamais cessé de la hanter depuis:
“ Peyzan , Peyzan He..
“ Peyzan , Peyzan Ho..
“ Se pa konsa peyi nou te ye”
“ Se pa konsa peyi n ap rete” ...
A 17 ans, son grand Frère, son seul lien ombilical a dû fuir lui aussi le canton et le pays pour avoir réclamé la jouissance d’une partie du patrimoine laissé par leurs grands parents…Échappé à une mort certaine Il s’est réfugié dans un îlet-état où il travaille , fonde un foyer et soutient de loin sa petite soeur qu’il a aimée de tout son coeur et de toute son âme pendant qu’ils se battaient pour survivre et rester dignes en mémoire de leurs défunts père et mère..
Toute conversation entre Manioca et son frère finissait et finit toujours de la même façon:
⁃ Quand est ce que tu reviens?
⁃ Jamais !
⁃ Lâche, capon, tu n’es pas le fils de Selondieu!
- Et, toi je te trouve un visa , tu viens avec les enfants et ton mari!
⁃ Jamais, nous mourrons tous à Granfond…
⁃ Bravo, Sanite Bélair et mère poule!
A 18 ans, Manioca a rencontré Raoul, appelé Ti Rouge à cause de la couleur de sa peau rappelant les premiers habitants d’Ayti, Quisquéya ou Bohio. Pour certains, Raoul n’était rien d’autre qu’un “ grimaud chaudé” …
Très jeune , Raoul s’était déporté lui-même de la Floride, où il naquit, de parents très actifs dans la guérilla urbaine entamée par le PUCH en 1967, qui se sont réfugiés en terre étrangère après l’échec de ce mouvement à tendance insurrectionnelle et sa décapitation, rendue possible par l’infiltration de mouchards au service des forces étrangères…
De quatre ans plus âgé que Manioca, Raoul, autrefois drogué et diplômé d’un collège américain en sciences expérimentales, s’est parfaitement entendu avec elle. Six enfants quatre filles , deux garcons comme résultat de cette passion qui a embrasé et tourmenté fiévreusement les deux coeurs dès le premier regard au marché du Limbé, un Samedi de Juin..
Plus d’une quarantaine de leaders communautaires étaient présents lors de la rencontre quand la question était posée… Tous, à l’unanimité, ont répondu dans le même sens que Manioca…..
Personne ne s’adresse à nous, paysans!
Personne ne s’intéresse à notre façon de vivre!
Personne ne nous contacte pour recueillir notre avis, notre façon de voir les choses,nos communautés et notre pays…
Laissez-les débattre et écrire leur constitution et leurs lois pour eux, et non pour nous! Laissez-les choisir leurs gouvernants avec leurs amis étrangers pour eux et pas pour nous!
Et Manioca de conclure. Après 7 Février 2026, La tragédie des “ illusionnistes “ en politique dans le pays se poursuivra. L’un d’entre eux peut être placé et non élu à la tête du pouvoir. Par le même biais… Avec les mêmes complices bicentenaires!
Mais, Haiti va devoir continuer à résister pour préparer la vraie route du changement avec les paysans, Les travailleurs, les commerçants, les artisans , les entrepreneurs , Les professionnels et tous les Haitiens de Bonne volonté…












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