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Transition : l’imposture continue

  • Photo du rédacteur: Renouvo Demokratik
    Renouvo Demokratik
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture
Le piège des transitions haïtiennes

Par : Yves Pierre,

politologue et membre du Renouveau Démocratique,

Haïti vit depuis des décennies au rythme des transitions bidon. Chaque vacance présidentielle, chaque crise institutionnelle, se transforme en occasion pour les élites de reproduire leurs privilèges sous couvert de pragmatisme ou de « réalisme politique ».

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), arrivé à son terme le 7 février 2026, est l’illustration la plus éclatante de cette imposture : corrompu, incompétent, sans vision, il est à la fois l’enfant et le symbole de l’échec des élites haïtiennes.

Aujourd’hui, face à ce naufrage, ces mêmes élites invoquent la Cour de cassation comme solution. Mais cette institution, qu’elles avaient neutralisée par l’amendement constitutionnel de 2011-2012, n’est plus le verrou démocratique prévu à l’article 149 de 1987.

Ce retournement révèle une duplicité historique : elles ont créé le chaos pour mieux s’y abriter, puis brandissent des institutions qu’elles ont affaiblies comme planche de salut.

1. Le CPT : produit de l’imposture élitaire

Le CPT n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un calcul politique délibéré, conçu par les élites politico-économiques et approuvé par la communauté internationale.

  • Il a été conçu pour gérer l’État au profit de ses créateurs, et non pour servir le pays.

  • Il a échoué sur tous les fronts : la sécurité, l'économie, la justice et le processus électoral.

  • Il a distribué des prébendes et des faveurs, renforçant les oligarchies plutôt que l’État.

Le CPT est donc à la fois le symptôme et l’instrument de l’imposture des élites. Le laisser se prolonger serait non seulement une erreur stratégique, mais aussi un crime politique contre le peuple haïtien.

2. L’élite haïtienne : architecte du chaos

La crise n’est pas uniquement celle du CPT. Elle est la conséquence directe des choix élitaires passés. La Constitution de 1987, dans son article 149, prévoyait un mécanisme clair pour gérer les vacances du pouvoir :

  • le président de la Cour de cassation assurait temporairement la continuité de l’État,

  • pour un délai strict, sous contrôle constitutionnel, et avec l’obligation de provoquer des élections rapides.

  • Par l’amendement constitutionnel de 2011-2012, les élites ont neutralisé ce verrou :

  • La Cour de cassation n’est plus automatique,

  • les crises deviennent des espaces de négociation politique,

  • La continuité de l’État dépend désormais du bon vouloir des acteurs politiques, et non de la Constitution.

Ainsi, les mêmes élites qui ont enfanté le CPT et vidé la Constitution de ses garde-fous osent aujourd’hui réclamer la Cour de cassation comme solution miracle. Cette hypocrisie est manifeste : elles ont conçu le chaos pour mieux le gérer à leur avantage, puis feignent de le résoudre pour légitimer leur position.

3. Le faux dilemme imposé à la jeunesse

Les élites proposent un choix artificiel :

  1. Prolonger le CPT, corrompu et incompétent.

  2. Confier la transition à une Cour de cassation neutralisée et instrumentalisée.

Ce faux dilemme n’est pas une erreur tactique : c’est un piège politique délibéré, destiné à assurer la reproduction de leur pouvoir.

La jeunesse haïtienne, qui représente plus de la moitié de la population, ne peut pas accepter d’être otage de ce scénario. Il faut imposer une troisième voie :

  • Ni CPT prolongé, ni Cour instrumentalisée ;

  • Rupture avec les pratiques élitaires qui ont mené à l’impasse actuelle ;

  • Mise en place d’un processus transparent, inclusif et contraignant, assorti d’une reddition de comptes.

4. Restaurer la souveraineté et l’État de droit

Le 8 février 2026, Haïti doit se réveiller sans le CPT et son corollaire, le gouvernement de Fils-Aimé. Mais se débarrasser de cette gouvernance moribonde ne suffit pas. Il faut :

  • Exiger que les élites qui ont enfanté et protégé le CPT rendent des comptes ;

  • Restaurer la Constitution de la République dans sa version non souillée et de là rétablir la Cour de cassation comme verrou démocratique, non comme alibi politique ;

  • Assurer une transition qui respecte la souveraineté populaire et non les intérêts oligarchiques.

Le CPT a échoué. Les élites ont trahi. La Constitution a été neutralisée. Il est temps de dire : assez ! L’imposture des transitions haïtiennes doit cesser. La rupture doit être totale, courageuse et citoyenne.

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