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- Affaire Jovenel Moïse - Extradition et souveraineté : quand la faiblesse de la justice haïtienne profite aux États-Unis
Par : Sonet Saint-Louis, avocat Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des Sciences économiques de l'université d'État d'Haïti Professeur de philosophie.- La question de l’extradition en Haïti révèle une tension permanente entre la souveraineté nationale, la coopération judiciaire internationale et la lutte contre l’impunité. Elle soulève une interrogation fondamentale : comment collaborer avec des juridictions étrangères sans contourner la Constitution ni dessaisir la justice haïtienne des affaires qui relèvent de sa compétence ? Haïti et les États-Unis sont liés par un traité bilatéral d’extradition ratifié le 9 août 1904 et entré en vigueur le 28 juin 1905. En 1912, Haïti a adopté une loi établissant une procédure interne et accordant un rôle central au pouvoir judiciaire. Une demande d’extradition présentée par un État étranger doit ainsi être transmise par la voie diplomatique, puis soumise au contrôle des juridictions haïtiennes. Il revient à celles-ci d’en examiner la légalité et le bien-fondé. Ce cadre doit également être articulé avec l’article 16 de la Convention de Palerme sur la criminalité transnationale organisée, à laquelle Haïti est partie. L’existence de cette convention ne fait toutefois pas disparaître les règles prévues par le traité bilatéral et la législation nationale. La Constitution de 1987 demeure, par ailleurs, la norme suprême. Son article 41 interdit la déportation des ressortissants haïtiens ou leur expulsion forcée du territoire national. Quant à l’article 276-2, il intègre les traités régulièrement ratifiés dans la législation interne sans les placer au-dessus de la Constitution. Dès lors, une remise à un État étranger ne peut normalement résulter d’une simple décision politique. Elle doit respecter les règles constitutionnelles et les garanties judiciaires applicables. Le précédent Jean-Claude Paul L’affaire du colonel Jean-Claude Paul illustre une conception exigeante de la souveraineté judiciaire. Le 10 mars 1988, un tribunal de Miami l’avait formellement inculpé pour son implication présumée dans un trafic de cocaïne. Les États-Unis avaient alors demandé son extradition afin qu’il soit jugé sur leur territoire. Le président Leslie Manigat avait refusé d’accéder à cette demande. Il avait plutôt invité les autorités américaines à transmettre leurs preuves à la justice haïtienne afin que Jean-Claude Paul soit jugé en Haïti. Cette position reposait sur deux principes : la souveraineté de l’État et la territorialité du droit pénal. La mort soudaine du colonel, la même année, avait mis fin à la procédure. Mais le précédent demeure révélateur : à cette époque, le pouvoir haïtien affirmait encore que les infractions reprochées à un ressortissant national devaient, autant que possible, être jugées par les tribunaux du pays. Quand la remise remplace la procédure d’extradition Cette position s’est progressivement affaiblie. Sous la présidence de René Préval, notamment dans des affaires de trafic de drogue, plusieurs ressortissants haïtiens ont été transférés vers les États-Unis dans des conditions souvent présentées comme expéditives et sans décision judiciaire formelle. En répondant directement à des demandes diplomatiques sans faire pleinement intervenir les juridictions nationales, l’État haïtien a contribué à fragiliser son propre système judiciaire. Les faiblesses institutionnelles, la corruption et la lenteur des procédures ont ensuite facilité la multiplication de telles pratiques. Ce constat place Haïti devant un dilemme. La coopération internationale peut-elle compenser les défaillances d’une justice nationale incapable de traiter certaines affaires complexes ? À partir de quel moment cette coopération devient-elle une ingérence portant atteinte à la souveraineté du pays ? La portée mondiale du droit américain Les transferts de ressortissants étrangers vers les États-Unis ne reposent pas toujours exclusivement sur les mécanismes classiques de l’extradition. Ils peuvent aussi découler de l’exercice d’une compétence extraterritoriale. Les autorités américaines invoquent différents liens de rattachement pour poursuivre des personnes qui ne possèdent pas la nationalité américaine et qui sont soupçonnées d’avoir commis des actes à l’étranger : transactions en dollars, opérations passant par des banques américaines, réunions tenues aux États-Unis ou utilisation de serveurs et de technologies liés à ce pays. Grâce à leur puissance économique et technologique, les États-Unis donnent ainsi à leur droit une portée qui dépasse largement leurs frontières. Le dollar, les infrastructures numériques et le contrôle de certains circuits financiers deviennent des instruments de puissance juridique. Le droit fonctionne alors comme un levier géopolitique. Pour un État institutionnellement fragile comme Haïti, résister à cette extraterritorialité devient particulièrement difficile. L’affaire Jovenel Moïse et le dessaisissement de la justice haïtienne La remise aux États-Unis de Félix Badio et d’autres personnes poursuivies dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse soulève précisément cette difficulté. S’agit-il d’une réponse à l’incapacité de la justice haïtienne à conduire le procès dans un délai raisonnable ? Ou faut-il y voir l’exercice d’une compétence extraterritoriale américaine fondée sur les liens que cette affaire entretiendrait avec les États-Unis ? Ceux qui dénoncent une violation de la Constitution et de la législation haïtienne soulèvent une objection sérieuse. Au moment de certaines remises, le dossier était déjà en cours d’examen devant les juridictions nationales. Après une première instruction, l’affaire avait été portée devant la cour d’appel à la suite des recours exercés par les personnes inculpées. La cour avait ensuite ordonné un supplément d’information, estimant manifestement que l’enquête initiale comportait des insuffisances ou des omissions. Une telle décision devait être fondée sur des éléments précis. Quels actes la cour avait-elle demandé au juge Denis Cyprien d’accomplir ? Quelles omissions empêchaient la juridiction de rendre une décision définitive ? Dans quel délai ces actes devaient-ils être réalisés ? La cour d’appel est, en principe, saisie dans les limites des faits, des personnes et des décisions contestés. Si l’examen du recours révèle l’implication d’une personne qui n’avait pas été visée par l’ordonnance initiale, le dossier doit normalement être renvoyé au juge d’instruction afin que les droits de cette personne soient garantis. Le respect de cette procédure met en jeu trois principes essentiels : le contradictoire, le droit à une défense pleine et entière et le double degré de juridiction. Or, le supplément d’information s’est prolongé pendant de nombreux mois, sans permettre une avancée décisive. Ces lenteurs ont ouvert une brèche dont la justice américaine a directement profité. Le transfert des suspects apparaît ainsi comme le produit d’une double dynamique : l’affirmation de la puissance juridique des États-Unis et l’incapacité de la justice haïtienne à exercer efficacement sa propre compétence. Quand l’exécutif se substitue à la justice La note publiée par le ministère de la Justice pour expliquer la remise des suspects ne dissipe pas toutes les interrogations. Elle soulève notamment des questions de sincérité, de transparence et de légalité. Si les personnes concernées ont été remises à la suite d’une entente informelle entre les autorités haïtiennes de facto et les autorités américaines, alors que leurs dossiers se trouvaient devant la cour d’appel, l’exécutif est intervenu dans une affaire sur laquelle il ne disposait d’aucune autorité juridictionnelle. L’État ne se confond pas avec le gouvernement. Il s’exprime à travers les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Aucun de ces pouvoirs ne détient une part de souveraineté supérieure à celle des autres. La Constitution organise entre eux une séparation, un équilibre et des mécanismes de contrôle. Une remise effectuée à l’insu de la cour d’appel et du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire donnerait pourtant l’impression que la justice reste placée sous la tutelle de l’exécutif. Celui-ci apparaîtrait, à son tour, soumis aux exigences de la puissance américaine. L’illusion de la souveraineté La souveraineté appartient au peuple, non aux institutions qui l’exercent temporairement en son nom. Lorsque les pouvoirs publics contournent les juridictions nationales pour répondre aux exigences d’un État étranger, ce n’est pas seulement l’autorité de la justice qui est affaiblie : c’est la capacité du pays à décider de sa propre destinée. Dans cette affaire, il ne semble donc plus seulement être question de l’application d’un traité ou d’une convention internationale. C’est une véritable géopolitique du droit qui se déploie, dans laquelle les normes juridiques sont progressivement subordonnées aux rapports de force entre les États. La confiance des citoyens dans le droit interne ne peut que s’étioler lorsqu’un pays se montre incapable d’appliquer ses propres règles. La souveraineté devient alors une proclamation constitutionnelle dépourvue d’effectivité. L’enjeu dépasse finalement le sort de quelques accusés. Il concerne la capacité d’Haïti à enquêter, à juger et à rendre justice en son propre nom. Car un État qui renonce à exercer sa compétence judiciaire abandonne aussi une part essentielle de sa souveraineté.
- Haïti : Élections suspicieuses et hold-up constitutionnel
Par : Sonet Saint-Louis avocat.- Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État d'Haïti Professeur de philosophie. À deux mois du scrutin annoncé pour le 13 décembre 2026 par le Conseil électoral provisoire (CEP), de sérieux doutes persistent quant à la possibilité pour le pays de se doter véritablement d’élus en 2027. Même si le scrutin a lieu à la date prévue et qu’un président est élu, une crise politique sans précédent pourrait éclater. Selon les données actuellement disponibles, environ 500 000 électeurs seraient inscrits, alors que le CEP viserait un objectif de 3 à 4 millions. Une question légitime s’impose donc : que fera l’institution si cet objectif n’est pas atteint d’ici au 13 décembre ? Des candidats sans électeurs : voilà qui en dit long sur l’état de la démocratie haïtienne. Il convient également de déterminer dans quel département se concentre le plus grand nombre d’inscrits. Tout candidat souhaitant briguer la présidence d’Haïti devrait se poser cette question. Les deux départements qui comptent le plus grand nombre d’électeurs sont en effet sous l’emprise de gangs armés. Qu’adviendrait-il si un candidat à la présidence réalisait, de manière peu crédible, un raz-de-marée dans le Nord — à la faveur de bourrages d’urnes, de falsifications de procès-verbaux ou de votes attribués à des personnes décédées ou déplacées — et était proclamé président de la République, alors qu’il obtiendrait des résultats relativement faibles, voire nuls, dans les autres départements ? Serait-il le président de la République d’Haïti ou celui du département du Nord ? Comment pourrait-il décider au nom de la République sans le consentement du peuple ni mandat véritablement national ? Pour certains, cette hypothèse doit être écartée. Pourtant, la question de la non-participation massive des citoyens demeure entière. L’expression « élection suspicieuse » ne désigne ni une catégorie juridique stricte ni un concept permettant, à lui seul, d’analyser juridiquement la situation. Dès lors, quelle institution pourrait prononcer l’annulation des élections, et sur quelle base juridique ? Le contexte préélectoral est déjà inéquitable. Selon certains acteurs, le pouvoir de transition disposerait de son propre parti en lice, avec le risque évident d’utiliser les ressources de l’État pour mener campagne. Toute élimination d’un candidat en l’absence de motifs juridiques sérieux serait perçue comme un acte arbitraire visant à barrer la route aux principaux concurrents du pouvoir. Des règles « taillées sur mesure » et la lourdeur administrative excessive du CEP risquent également d’exclure arbitrairement de nombreuses forces politiques et des candidats potentiels. C’est donc toute la transparence du processus électoral qui est remise en cause. Si ces failles ne sont pas corrigées et si les élections ne sont pas reportées, la journée du 13 décembre ne sera qu’une journée de slogans démocratiques. Elle consacrera Haïti comme une démocratie de façade, minée par la dégradation morale et éthique, la corruption généralisée et l’extrême pauvreté de la majorité. La communauté internationale veut-elle maintenir ce simulacre de démocratie au détriment du développement réel du pays, afin de préserver une stabilité de façade synonyme de chaos permanent ? Le peuple a des droits, mais ceux-ci ne lui sont pas garantis. Le hold-up constitutionnel et l’imbroglio annoncé Avant même l’assassinat du président Jovenel Moïse, les normes avaient déjà été balayées. Sous sa présidence, les mandats des députés et des sénateurs ont expiré sans que des élections ne soient organisées. Les dirigeants successifs ont ensuite légiféré par décret : Ariel Henry ; le CPT et Garry Conille ; le CPT et Alix Didier Fils-Aimé ; puis Alix Didier Fils-Aimé. Autant de configurations d’un pouvoir bicéphale associant le président et le Premier ministre. Depuis la présidence de Jovenel Moïse, la volonté d’imposer une nouvelle Constitution ou des réformes majeures en dehors du cadre légal prévu par la Charte de 1987 est au cœur du scandale juridique. Les premiers amendements, adoptés sous l’administration de René Préval, n’ont contribué ni à clarifier le texte de 1987 ni à faire progresser le droit haïtien. Il s’agissait d’un bricolage juridique dénué de cohérence. Or, la Constitution de 1987 interdit formellement toute modification constitutionnelle par voie référendaire. Tenter d’imposer un nouveau texte constitutionnel par cette méthode constituerait un coup de force juridique et remettrait automatiquement en cause les élections que le pouvoir de facto affirme vouloir organiser à la fin de l’année. Organiser simultanément des élections générales et un référendum constitutionnel, à deux mois seulement du 13 décembre 2026, alors que le peuple ne connaît pas le contenu des changements envisagés, serait une folie politique lourde de conséquences. Pour que les deux consultations aient lieu le même jour, encore faudrait-il que la législation le permette. Or, la loi fondamentale interdit sa propre modification par référendum. Dans notre système démocratique, le peuple exerce sa souveraineté en élisant ses représentants. Ceux-ci exercent ensuite leurs fonctions dans un cadre constitutionnel établi, qui définit leurs prérogatives, leur statut et la durée de leur mandat. Mais dans quel cadre les citoyens désigneront-ils leurs représentants si la norme fondamentale appelée à régir leur pouvoir n’est encore ni connue ni validée ? Si le référendum constitutionnel se tient simultanément avec les élections générales, quelle Constitution encadrera les futurs élus ? Ces questions, que le pouvoir de facto et le CEP jugeront peut-être banales, se poseront légitimement le soir du scrutin. Un imbroglio constitutionnel majeur et une crise politique sans précédent attendent donc la nation haïtienne. Des citoyens pourraient être élus pour appliquer une Constitution clandestine dont seuls Alix Didier Fils-Aimé et ses soutiens, nationaux et internationaux, connaîtraient le contenu. Compte tenu des soupçons qui circulent, d’autres contradictions doivent être envisagées. Que fera la nation si, à la suite d’un vote manipulé et non éclairé, le peuple approuve la création d’un Parlement monocaméral supprimant le Sénat tout en élisant, le même jour, des sénateurs ? Qu’adviendra-t-il si les citoyens approuvent l’harmonisation des mandats, portant à cinq ans ceux de tous les élus, ainsi que le transfert d’une compétence législative, comme la décharge à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ? Que deviendront alors les principes de permanence du Sénat, de continuité démocratique et institutionnelle de l’État, ainsi que le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale ? Cette absence de réponses claires et précises révèle un échec manifeste. Une transition politique menée avec intelligence doit établir une chronologie cohérente pour mettre en œuvre ses choix stratégiques et atteindre ses objectifs. Une transition sans chronologie, au risque de l’irréparable Après le départ des Duvalier, les militaires de 1986 avaient, dans certains cas, au moins fait preuve d’intelligence, avant de se fourvoyer en renversant des régimes démocratiquement élus. Il faut le reconnaître : sans le coup d’État insensé du général Henri Namphy contre Leslie Manigat, le 19 juin 1988, cette fragile transition démocratique aurait pu placer Haïti sur la voie de la stabilité institutionnelle après la chute des Duvalier. Les successeurs des Duvalier avaient établi une chronologie logique. Ils savaient que la nature de leur pouvoir était tout autre. Après le départ du président Jean-Claude Duvalier, ils avaient mis en place des mécanismes juridico-politiques de transition en constatant la caducité de la légalité duvaliériste. Le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, à l’instar des militaires et de ses prédécesseurs, n’a pas établi une chronologie cohérente de la transition. Il a plutôt joué la carte de la démagogie politique en plaçant son pouvoir de fait sous l’égide de la Constitution de 1987, alors même que celui-ci n’entretient aucun lien réel avec elle. Comme sous les régimes militaires, les velléités de l’actuel pouvoir de facto de conserver le contrôle du pouvoir risquent de placer Haïti sur la voie de l’irréparable. Ce pouvoir cherche à nier la réalité pour la faire coïncider avec ses désirs et ses intérêts politiques partisans immédiats.
- ALERTE : Élections en Haïti. Par qui, pour qui, et dans quel dessein ?
Notre Éditorial, Par: Alain Zéphyr, sociologue. Le champ politique haïtien est happé par une crise institutionnelle d’une ampleur jamais observée. La récente visite de M. Randin, secrétaire général de l’OEA, à Port-au-Prince, s’inscrit dans une dynamique de soutien au processus électoral, censé mener à des élections présidentielles et législatives en décembre 2026. Aujourd’hui, Haïti ne compte aucune autorité issue du suffrage universel. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est gouverné par une succession de nominations exécutives, sans mandat populaire, sans légitimité électorale, sans contre-pouvoirs institutionnels. Les mandats parlementaires ont expiré, les collectivités territoriales sont vacantes, et l’État opère comme un provisoire durci en système. La transition haïtienne, pensée comme un pont, s’est transformée en un labyrinthe. Elle incarne le poids des inerties politiques, des intérêts établis, des influences étrangères et des élites qui administrent l’urgence plutôt que d’édifier la stabilité. Dans ce cadre, la visite de l’OEA rappelle que le processus électoral haïtien se déroule sous une tutelle diplomatique implicite, signe direct de l’effondrement de l’État. Un processus électoral sous emprise armée et sous tutelle diplomatique La transition interminable est devenue à la fois l’instrument de ceux qui prospèrent dans l’absence de contrôle démocratique et un traumatisme collectif pour une population privée de son droit premier: choisir ses dirigeants. Les élections se tiendront en Haïti avec des acteurs nationaux affaiblis, des structures provisoires et des partenaires internationaux dont l’influence dépasse parfois celle des Haïtiens eux‑mêmes. Pourtant, si les élections de 2026 doivent avoir un sens, elles doivent répondre à une exigence fondamentale: redonner au peuple haïtien la maîtrise de son destin politique. Cela implique: un climat de sécurité garantissant un vote libre; des institutions électorales crédibles; une rupture avec la logique de transition perpétuelle; une clarification du rôle des acteurs internationaux; une réaffirmation de la souveraineté populaire comme principe non négociable Les préparatifs électoraux en Haïti s’effectuent à l’ombre lourde de ces exigences démocratiques essentielles, tandis que les gangs contrôlent les espaces où se concentre une part décisive du corps électoral. La mise en mouvement de la machine électorale coïncide avec une vague de massacres d’une brutalité inédite dans l’Artibonite, à Port‑au‑Prince, à Kenscoff et à Gressier, ainsi qu’avec une répression visant les organisations paysannes et les militants de la démocratie. L’attaque du centre de formation de l’Institut de Technologie et d’Animation Communautaire (ITECA) à Gressier, suivie de l’enlèvement et de la décapitation de son directeur de programmes, Willard Vancol, constitue le dernier épisode de cette escalade meurtrière. La perversion du processus démocratique en instrument d’impunité. La coexistence de ces deux dynamiques, la mécanique électorale en marche et la décomposition du pays, fait surgir un paradoxe manifeste: comment organiser des élections dans un pays où les électeurs ne peuvent plus circuler, se réunir, s’exprimer ni être protégés? Il apparaît que les élections engagées, menées par des forces éloignées des préoccupations de la majorité citoyenne, ne visent pas à résoudre la crise haïtienne, mais à consacrer le rapport de force qui prévaut aujourd’hui. Une telle issue reviendrait à légitimer les gangs armés et à prolonger leur impunité. Dans les circonstances actuelles, une interrogation centrale s’impose: comment empêcher que les scrutins ne consacrent la victoire des gangs armés ou des forces politiques qui leur sont adossées? L’intensification de la violence, plutôt que la restauration de la sécurité, constitue désormais le levier central pour entraver la participation électorale et orienter l’offre politique vers la protection des gangs. En réduisant le corps électoral par la peur, ces forces transforment l’impunité en une stratégie de conquête. Les élections en cours en Haïti relèvent donc d’une véritable perversion démocratique. Sous le prétexte de la stabilisation ou du renforcement institutionnel, elles légitiment et consolident les gangs armés, responsables de crimes odieux contre le peuple haïtien. Ce glissement correspond à ce que les théoriciens de la crise démocratique nomment « démocratie confisquée », où les institutions électorales servent à légitimer le pouvoir de ceux qui détiennent la violence. La continuité du chaos Dans cette architecture dévoyée, la violence devient un instrument de régulation politique: elle réduit la participation, façonne l’offre électorale et transforme l’impunité en principe d’ordre. Les élections ne corrigent plus la crise; elles la reproduisent. Elles ne restaurent pas la souveraineté populaire; elles la dissolvent dans la domination armée. Par exemple, des plateformes politiques liées à des acteurs de la violence haïtienne tentent de réconcilier le pays sans justice ni désarmement. En évacuant les exigences fondamentales de justice et de désarmement, ces initiatives deviennent la dernière audace des défenseurs du chaos : faire passer la normalisation des gangs pour un projet national, et substituer à la démocratie une forme de gouvernance où l’impunité tient lieu de contrat social. D’ailleurs, un candidat typique à cette élection est l’un des responsables de l’effondrement actuel, ayant dilapidé les caisses publiques et faisant l’objet de sanctions internationales pour son soutien aux gangs armés ou pour le blanchiment d’argent. De telles candidatures installent une offre politique en rupture totale avec la demande pressante et urgente de sécurité, de justice et de mieux‑être exprimée par le peuple haïtien. Ce qui se trame autour des élections n’est pas nouveau. Il prolonge l’action des faiseurs du chaos, qui mobilisent les gangs armés, l’affaiblissement institutionnel et le démantèlement des conquêtes démocratiques pour empêcher le peuple haïtien de réaliser ses aspirations à la liberté et à la dignité. Ensemble, ces pratiques illustrent une dynamique de régression démocratique organisée, où les acteurs violents cherchent à transformer la crise en une structure de pouvoir pérenne. La contre‑offensive souveraine Face à ces tentatives, nous opposons notre lucidité politique et notre patriotisme. Face à ces démarches néocoloniales et déshumanisantes, nous opposons notre humanité, notre fidélité au pays et la conscience aiguë de notre historicité. Face à ces manœuvres, nous affirmons notre offre politique de gauche, capable de reprendre le territoire, de protéger la population, de restaurer la démocratie et de rétablir la sécurité comme bien public. Et face à ces entreprises, nous appelons les progressistes et les patriotes à assumer la tâche historique de reconstruire la souveraineté en replaçant le territoire, la sécurité collective, les services essentiels et la justice sociale au cœur de l’action politique.
- NÒT KONSÈNAN ASASINAY DIREKTÈ RADYO KOMINOTÈ TI BOUKAN FM NAN, MESYE WILLARD VANCOL
Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal (SAKS) ak yon gwoup Radyo Kominotè Ayisyen Prèske (3) semèn aprè gang ki tabli nan komin Gresye (Sidwès Pòtoprens) te atake Sant Fòmasyon Enstiti Teknoloji ak Animasyon (ITECA, sig fransè) ki nan seksyon kominal Ti Boukan, se nouvèl lanmò Mesye Willard VANCOL, Direktè Radyo Kominotè Ti Boukan an (96.3 FM), ki rive jwenn nou. Prèske twa (3) semèn aprè disparisyon li, alòske li te nan espas ITECA a jou atak bandi yo (20 dawout 2026), nan yon kominike pou laprès li pibliye, ITECA di lapolis dekouvri rès kò kamarad Willard. Nouvèl rache trip sa konfime yon lòt fwa lavi moun pa reprezante anyen nan Ayiti jounen jodi a. Gouvènman an, lapolis, lame, fòs entènasyonal pou sekirite yo, youn pa rive garanti respè dwa lavi popilasyon an toutbon. Se dilere sa. SAKS ak Radyo kominotè ki siyen nòt sa a pa kache kòlè yo fas ak asasina Mesye Willard VANCOL la. Se konsa tou nou endinye lè chak jou nou leve se nouvèl masak, kidnapin ak lòt fòm vyolans ki fè kenken nan tout medya nan peyi a. Fòk sa fini. Mesye Willard VANCOL se yon sitwayen wòdpòt fòs lanmò yo pote ale. Radyo kominotè ayisyen yo pèdi yon moun total. Soti nan Radyo Vwa Klodi Mizo rive nan Radyo Ti Boukan FM, mete sou kontribisyon li pote nan divès lòt Radyo kominotè kòm manm Asanble Jeneral SAKS, kamarad Willard se yon moun ki respire yon lè ki fèt ak konviksyon epi angajman pou pwogrè. Li pa janm pran nan kraponnay depi se pou koz pou chanjman sosyal la nan enterè Mas Popilè yo. N ap toujou sonje sa. Inisyativ pou amelyore kondisyon lavi nan peyi a pran yon gwo kou. Sant Fòmasyon ITECA genyen depi prèske 50 lane Gresye a, se kamarad Willard ki t ap kowòdone li. Se yon veritab espas ki t ap bay lavi tete nan komin nan. Depi atak gwoup kriminèl yo, popilasyon an lage de bra pandye li ap danse yaya kont lamizè. Se yon gwo kout ponya nou pran. SAKS ak Radyo kominotè ki siyen nòt sa a voye tout senpati pou fanmi, zanmi ak lòt kamarad asasinay sa a lage nan gwo lapenn. N ap kontinye egzije pou bonjan mezi pran pou garanti pwoteksyon lavi ak byen popilasyon an toupatou nan peyi a. Konsa tou n ap mande popilasyon an toujou sonje: pa gen delivrans k ap soti okenn kote, se DIVÈS KALTE MOBILIZASYON nou k ap pèmèt nou jwenn wout pou nou soti nan sa nou ye a. Toutotan nou pa rive, se pou nou kontinye mache ak je nou kale nan bonjan tèt kole. Non ak siyati: • SAKS • Radyo Bwa Kayiman • Radyo Vwa Pèp lakay • Radyo Vwa Peyizan Sid • Radyo Enperyal (Radio Impérial) • Radyo louvri je • Radyo Batay Peyizan • Radyo Vwa Peyizan Nòdes • Radyo Peyizan Abriko Siyati yo: Wisnel Mondelice Zamor Muscade Pou Radyo kominotè Batay Peyizan Radyo Vwa Peyizan Nòdes, Reprezantan: Rodelin Desormes Keslina Toussaint, Radyo Vwa Peyizan Nòdes, 103.1 FM Howbant Wisler Marc Arthur, Radio Imperial Dorceley Macule, Radyo Bwa Kayiman Mabray Mel Sen Nikola Radyo louvri je Imeldonne Aulyse, Radio Vwa Peyizan Sid, VPS
- Joseph Willard Vancol, director of Ti-Boukan FM in Haiti, murdered
BY : Development and Peace - Caritas Canada Rest in peace, Vancol It is with deep sadness that we learned of the tragic murder of Joseph Willard Vancol, director of the Ti-Boukan FM community radio station and coordinator of the ITECA Haiti Training Center in Petit Boucan, Gressier, Haiti. On Thursday, August 20, gangsters attacked the training center and its experimental farm, a project supported by Development and Peace ― Caritas Canada over the years. Two employees were on site; one was injured, and Vancol was abducted. His body was found yesterday, September 9, in the woods near the center. We echo ITECA’s tribute to a “committed and principled activist” who, for more than 20 years, contributed to strengthening farmers’ associations and promoting popular culture in Haiti. Vancol played a significant role in our work with ITECA, and his death represents a major loss for our program in Haiti. We honor his commitment to his community and his work in training, community communication, and local development. We call for a full investigation into this murder and for justice to be served for Joseph Willard Vancol. In the face of the violence plaguing Haitian society, protecting those who serve their communities is more necessary than ever. Our prayers and thoughts are with Vancol’s family, his loved ones, his colleagues at ITECA and Ti-Boukan FM, and the entire Gressier community. We stand in solidarity with them at this difficult time. Joseph Willard Vancol, directeur de Ti‑Boukan FM en Haïti, assassiné Par: Development and Peace - Caritas Canada Repose en paix, Vancol C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris l’assassinat de Joseph Willard Vancol, directeur de la radio communautaire Ti‑Boukan FM et coordonnateur du Centre de formation d’ITECA Haïti à Petit Boucan, Gressier. Le jeudi 20 août, des hommes armés ont attaqué le centre de formation et sa ferme expérimentale, un projet soutenu depuis plusieurs années par Développement et Paix, Caritas Canada. Deux employés se trouvaient sur les lieux : l’un a été blessé et Joseph Willard Vancol a été enlevé. Son corps a été retrouvé hier, 9 septembre, dans les bois près du centre. Nous faisons écho à l’hommage d’ITECA à un « militant engagé et intègre » qui, pendant plus de vingt ans, a contribué au renforcement des associations paysannes et à la promotion de la culture populaire en Haïti. Vancol a joué un rôle essentiel dans notre travail avec ITECA, et sa mort constitue une perte majeure pour notre programme en Haïti. Nous honorons son engagement envers sa communauté et son travail au service de la formation, de la communication communautaire et du développement local. Nous appelons à une enquête complète sur ce meurtre et à ce que justice soit rendue à Joseph Willard Vancol. Face à la violence qui ravage la société haïtienne, protéger celles et ceux qui servent leurs communautés est plus nécessaire que jamais. Nos pensées et nos prières accompagnent la famille de Vancol, ses proches, ses collègues d’ITECA et de Ti-Boukan FM, ainsi que toute la communauté de Gressier. Nous leur exprimons notre solidarité en cette période douloureuse. ( Traduction NovaVOX)
- Haïti face à l’insécurité : l’heure du réveil citoyen
Par: Marcel P. Mondésir.- Haïtiennes, Haïtiens, du dedans et du dehors, bonjour. Malheureusement, nous sommes toujours là à nous plaindre, à compter nos victimes et à pleurer à gorge déployée, parfois dans nos mouchoirs. D’autres n’osent même pas le faire. Un discours sans fin sur l’insécurité devient notre menu principal, haïtiennes et haïtiens, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. On dirait même une note grave mal accordée qui perce le tympan et rend la musique inaudible. Chaque jour, dans les différentes couches de la société, on égrène les disparus, les kidnappés, les victimes inconnues et, dans l’intervalle, les bourreaux font circuler, avec une arrogance telle, dans leurs messages, les images de leurs cruautés commises sur certaines victimes, pour ne pas dire “leurs proies”, compte tenu de la façon dont ils les traitent. Certains des kidnappés ont passé quasiment trois mois dans l’enfer des geôles des bandits. Tel est le cas de l’un des principaux spécialistes de la sécurité du pays : l’Inspecteur général James Boyard et de son enfant mineur. Il a été chef de cabinet de Mario Andrésol, qui a lui-même occupé des postes stratégiques au sein de la PNH — directeur de la DCPJ, puis directeur général — avant d’être nommé ministre de la Défense. Haïtiens, sommes-nous dans le monde de la fiction ou vivons-nous un cauchemar ? Comment comprendre que les deux institutions chargées de veiller à la protection de nos vies et de nos biens, et d’assurer notre sécurité physique, ne puissent même pas nous fournir le moindre détail ni la moindre explication sur l’un de leurs cadres, kidnappé depuis trois mois déjà ?E si nou mande ba nou James Boyard ak tout pitit li tou vivan. Quelle sera la réponse de son chef hiérarchique ? Tournons-nous vers ITECA. Les parents, les paysans à travers le pays et tous les camarades de Willard Vancol, moi compris, pleurent la mort de cet homme vertical et digne d’honneur, dont les restes ont été retrouvés hier, après la razzia des bandits de Gressier, dans la localité de Ti Boukan, où se trouvent les locaux de l’ITECA, institution de formation et d’accompagnement des structures paysannes. Quelles explications les responsables de la sécurité vont-ils fournir aux parents des deux adolescentes kidnappées hier, en compagnie de leur chauffeur, un jour seulement après l’ouverture des classes ? Tout le monde revoit les images ou réécoute les déclarations tonitruantes du gouvernement en général et des responsables du CSPN concernant les dispositifs de sécurité mis en place pour la rentrée. Pèp Ayisyen gen yon pwovèb ki di : « Kay koule kapab twonpe solèy men pa lapli ». Les menteurs/gagoteurs se font vite rattraper par ce rapt des deux petites innocentes, commis le 9 septembre tôt dans la matinée. Haïtiennes et Haïtiens du dedans comme du dehors, il est plus que temps pour le réveil réel de la conscience, il est plus que temps pour que nous disions effectivement NON à cette mort lente du pays, il est plus que temps, indignés, de nous affranchir et de nous dresser contre ces incapables, ces sous-fifres, ces opportunistes. Ils nous avilissent, ils nous détruisent. La résignation n’a plus sa place.
- TPS : Une victoire morale significative pour les Haïtiens
Les évêques américains alertent sur les risques d'expulsions massives Par : Novavox, la rédaction. WASHINGTON — Alors que la crise humanitaire et sécuritaire continue de s’aggraver en Haïti, l’Église catholique américaine appelle l’administration Trump à suspendre les expulsions massives de ressortissants haïtiens vers leur pays d’origine. Dans une lettre adressée au président Donald Trump le 8 septembre, l’archevêque Paul S. Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, a demandé la mise en place d’un moratoire sur les renvois, estimant que les conditions actuelles ne permettent pas d’assurer un accueil sûr et organisé pour les personnes expulsées. « Je vous implore d’éviter de mettre davantage en danger des vies humaines innocentes », a écrit l’archevêque, soulignant l’absence de mécanismes adéquats pour garantir la réintégration des Haïtiens renvoyés au pays. La fin du TPS suscite de vives inquiétudes Le statut de protection temporaire, connu sous le sigle TPS, accordé à Haïti a pris fin le 27 juillet. Ce dispositif permettait à des ressortissants haïtiens présents aux États-Unis de rester légalement sur le territoire et d’y travailler en raison des conditions dangereuses qui y prévalaient. Depuis cette échéance, plusieurs centaines d’Haïtiens ont déjà été expulsés. Le Département de la Sécurité intérieure a notamment indiqué qu’un vol à destination d’Haïti transportait des personnes condamnées pour des crimes violents. Les évêques américains reconnaissent que certaines personnes peuvent être exclues du bénéfice d’une protection au terme d’un examen individuel. Ils dénoncent toutefois le caractère potentiellement indiscriminé des expulsions et leurs conséquences pour les familles, les communautés et certains secteurs essentiels de l’économie américaine. Une crise haïtienne toujours profonde En Haïti, la violence des gangs, l’effondrement des institutions et l’insécurité généralisée continuent de rendre le retour particulièrement périlleux. Les autorités américaines recommandent d’ailleurs à leurs citoyens de ne pas se rendre dans le pays. Pour l’archevêque Coakley, renvoyer massivement des Haïtiens dans ce contexte risque non seulement d’exposer des vies humaines, mais aussi d’aggraver la crise haïtienne. Il estime également que cette politique pourrait contredire les objectifs stratégiques des États-Unis dans l’hémisphère occidental. Les expulsions pourraient par ailleurs provoquer des pénuries de main-d’œuvre dans des domaines tels que la santé, où de nombreux Haïtiens travaillent déjà. Elles risquent aussi de séparer des familles dont les membres ne disposent pas tous du même statut légal. « La force de nos communautés dépend en grande partie du bien-être de ces familles », a déclaré l’archevêque. Un appel à une solution politique durable La Conférence des évêques catholiques des États-Unis soutient également l’American Dream and Promise Act de 2025. Ce projet de loi offrirait une voie légale et durable aux bénéficiaires du programme DACA, arrivés aux États-Unis durant leur enfance, ainsi qu’aux personnes bénéficiant ou ayant bénéficié du TPS. Au-delà du cas haïtien, les évêques demandent ainsi une politique migratoire fondée sur l’examen individuel des situations, la protection des familles et le respect de la dignité humaine. Pour Haïti, la question dépasse désormais le seul cadre migratoire. La crise impose une réponse internationale immédiate, mais viable uniquement si elle s’appuie sur une solution haïtienne authentique, endogène et respectueuse de la souveraineté du peuple haïtien. ------------------------- Voici le texte intégral de la lettre, traduit en français par NovaVOX. 8 septembre 2026 Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie L’honorable Donald J. Trump Président des États-Unis 1600, avenue Pennsylvania Washington, DC 20500 Monsieur le Président, J’écris mû par une profonde inquiétude pastorale face au nombre croissant d’Haïtiens rapatriés de force depuis les États‑Unis. Je sollicite humblement votre soutien. Ces derniers jours, 47 personnes ont été assassinées, plus de 20 blessées et plus de 50 enlevées lors d’un acte de violence inqualifiable perpétré par des gangs à Port‑au‑Prince. Le drame est d’autant plus insoutenable que les victimes étaient des familles déplacées, dont des enfants, qui cherchaient refuge dans une église. Avec le Saint‑Père, le pape Léon XIV, et mes frères évêques, nous exprimons notre proximité spirituelle avec les victimes et implorons la libération rapide de tous les otages. En tant que citoyens de ce grand pays, nous portons une responsabilité morale considérable — responsabilité qui vous incombe en particulier, Monsieur le Président, en tant que chef d’État. Aussi, je vous demande respectueusement: à quoi servent la richesse et l’influence dont nous avons été bénis, si ce n’est de les mettre au service de l’humanité? Je reconnais, comme je l’ai exprimé lors de notre rencontre au début de l’année, l’importance de la régulation de l’immigration et de l’application de la loi fédérale en matière migratoire. Je reconnais également que les difficultés auxquelles Haïti est confrontée existaient bien avant votre entrée en fonction, et que la situation y demeure complexe et multiforme. Parallèlement, je sais que vous mesurez le rôle essentiel que jouent les États‑Unis dans la promotion de la dignité humaine et de la valeur intrinsèque de toute En cette année marquant le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine, nous nous rappelons les origines de notre nation, des débuts modestes mais animés par des idéaux nobles et inspirés. Au cœur de ces idéaux se trouve la conviction que chaque être humain est doté par son Créateur de droits inaliénables.Je vous exhorte aujourd’hui, Monsieur le Président, à défendre ces droits fondamentaux, dont le droit à la vie demeure le plus essentiel. Je souhaite profondément que ce récent et tragique exemple de vie humaine brutalement éteinte, presque en toute impunité, ne soit qu’une irrégularité en Haïti. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je vous implore de ne pas exposer davantage d’innocents en poursuivant les expulsions vers Haïti, surtout en l’absence d’un dispositif capable d’assurer leur accueil et leur réintégration dans des conditions de sécurité et de stabilité. Cette approche ne fera qu’aggraver la crise actuelle et compromettre vos objectifs stratégiques pour l’hémisphère occidental. Je vous prie d’exercer votre autorité, telle que prévue par la Constitution américaine, afin d’accorder un départ différé aux Haïtiens résidant paisiblement aux États‑Unis. Il va de soi que certains Haïtiens pourraient être exclus de cette mesure au cas par cas, ce qui préserverait la capacité de votre administration à promouvoir la justice et la sécurité publique. Dans le même temps, vous reconnaîtriez les contributions économiques et sociales considérables de nombreux hommes et de nombreuses femmes, en particulier dans des secteurs vitaux tels que les soins de santé. L’Église catholique demeure profondément sensible à la situation de nombreuses familles, notamment celles dont le statut migratoire est mixte, et qui tireraient un bénéfice direct de cette aide. La vitalité de nos communautés repose en grande partie sur le bien‑être de ces familles. Au‑delà de ce soulagement immédiat, les évêques américains vous assurent de leur soutien et de leurs prières pour une réforme de nos lois migratoires, longtemps attendue. Nous continuerons à travailler avec votre administration et le Congrès pour y parvenir, dans l’intérêt du pays et de tous les Américains. L’Église poursuivra également son action, en coordination avec les gouvernements américain et haïtien, pour accompagner le peuple haïtien par des œuvres de miséricorde, vers un pays plus sûr, plus stable et plus favorable au développement humain intégral. Je vous remercie sincèrement, Monsieur le Président, de bien vouloir prendre en considération cette demande. Je vous assure de mes prières, ainsi que de celles offertes pour votre administration. Comme toujours, je demeure respectueusement en Christ, Le très révérend Paul S. Coakley, Archevêque d’Oklahoma City, Président de la Conférence des évêques catholiques des États‑Unis Copie conforme: L’honorable Marco Rubio, secrétaire d’État L’honorable Markwayne Mullin, secrétaire à la Sécurité intérieure
- Willard Vancol : héritier d’une lutte née dans le sang du 6 décembre 1929
Radio Révolte rend hommage à un infatigable militant de la cause paysanne et de la communication populaire, lâchement assassiné après son enlèvement à Ti Boukan. La communauté radiophonique haïtienne et le mouvement paysan sont en deuil. Joseph Willard Vancol, figure emblématique de la communication communautaire et de l’éducation populaire, a été retrouvé sans vie le 9 septembre 2026 dans un espace forestier de l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) à Ti Boukan, commune de Gressier, près de trois semaines après son enlèvement lors d’une attaque armée contre le centre de formation de l’ITECA. Un parcours ancré dans la lutte paysanne Membre fondateur du Mouvement Unité du Peuple des Cayes (MUPAC), Joseph Willard Vancol incarnait cet engagement profond en faveur de l’émancipation des masses populaires, qui caractérise le mouvement démocratique haïtien. Son combat pour une information libre et accessible l’a conduit à fonder, avec d’autres camarades, la radio Vwa Klodi Mizo aux Cayes, en hommage à Claudy Museau, lui aussi assassiné par l’armée d’occupation lors du coup d’État de 1991. Cette station communautaire est née de la volonté de plusieurs organisations locales, dont le MUPAC, de donner une voix aux paysans et aux exclus du système médiatique traditionnel. Marchaterre, 6 décembre: la mémoire d’une résistance que Willard Vancol a prolongée Joseph Willard Vancol fut l’un des camarades à l’origine de la mobilisation du 6 décembre 1988 à Marchaterre, organisée pour commémorer le massacre du 6 décembre 1929 et exiger justice pour les paysans assassinés par les marines américains. Le 6 décembre 1929, sous la première occupation américaine (1915–1934), environ 1 500 paysans haïtiens manifestaient pacifiquement aux Cayes contre les conditions économiques, la hausse des taxes et l’arrestation de trois leaders de la protestation. Les troupes du Corps des Marines des États-Unis, équipées de mitrailleuses, ont ouvert le feu sur la foule, tuant plus d’une trentaine de paysans et en blessant 51 autres. La mobilisation du 6 décembre 1988 s’inscrivait donc dans une longue tradition de résistance populaire face aux forces d’occupation et aux politiques néolibérales imposées à Haïti. Elle témoignait de la continuité de la lutte paysanne pour la souveraineté nationale et la justice sociale, une lutte à laquelle Joseph Willard Vancol a consacré sa vie. Ce n’est pas un hasard si Joseph Willard Vancol est devenu la cible des milices et des paramilitaires opérant sous contrat aux ordres des forces obscurantistes, tant internes qu’externes. Son engagement constant aux côtés des paysans et sa dénonciation des injustices en faisaient une cible privilégiée pour ceux qui cherchaient à maintenir le peuple haïtien dans la soumission. Un engagement sans faille pour l’ITECA En tant que coordonnateur de l’ITECA, Joseph Willard Vancol a œuvré sans relâche au renforcement des organisations paysannes. L’ITECA, fondé en 1978, s’est donné pour mission d’accompagner les communautés rurales dans leurs luttes collectives pour transformer leur réalité politique et socio-économique. L’ITECA intervient notamment dans l’accompagnement des paysans, l’éducation populaire, l’agriculture locale et l’écologie, l’accès des communautés à l’eau potable et la formation. Son travail au sein de cette institution s’inscrivait dans une vision claire: celle d’une Haïti où les paysans et les paysannes deviennent les acteurs de leur propre développement. Membre du conseil d’animation de SAKS Joseph Willard Vancol siégeait également au conseil d’animation de la Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal (SAKS), une organisation qui a joué un rôle déterminant dans l’émergence et la consolidation des radios communautaires en Haïti. Directeur de l’information de Radio Ti Boukan FM C’est à Gressier, à Radio Ti Boukan FM, qui émet sur la fréquence FM 96.5, que Joseph Willard Vancol exerçait ses fonctions de directeur de l’information. Cette radio communautaire, installée au Centre de formation de l’ITECA à Petit-Boucan (Ti Boukan), était devenue, sous sa direction, un espace de débat, d’information et d’éducation populaire, au service d’une conscience citoyenne et des communautés de la banlieue sud de Port-au-Prince. Le silence des autorités La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) avait appelé les autorités à prendre « toutes les dispositions nécessaires » pour retrouver Joseph Willard Vancol, déplorant le « silence » des autorités face aux démarches entreprises à la suite de cette disparition. Malgré plusieurs correspondances adressées aux autorités soi-disant chargées de la sécurité, aucune communication publique n’avait été faite pour témoigner de la volonté de ces dernières de faire la lumière sur son sort. L’insécurité en Haïti: un projet planifié Il est aujourd’hui impossible de parler de la mort de Joseph Willard Vancol sans évoquer les responsabilités. L’insécurité en Haïti est planifiée. Elle n’est pas le fruit du hasard ni d’une simple dérive criminelle: elle résulte d’une stratégie délibérée de déstabilisation, avec la complicité même de l’État. Les gangs reçoivent des armes et des munitions en provenance des États-Unis, notamment de la côte de Floride, et opèrent en toute impunité. Ils sont les exécutants d’un projet de déstabilisation et de dépossession territoriale, en complicité avec un terrorisme d’État aux ordres des architectes du chaos. Ce sont ces mêmes forces obscurantistes, internes comme externes, qui ont fait de Joseph Willard Vancol une cible. Combien de cadavres faudra-t-il encore pour que les forces progressistes et la gauche se mobilisent, s’il en reste? La question n’est pas rhétorique. C’est un cri d’alarme. Chaque militant tombé est une voix arrachée au peuple. Chaque silence complice est une victoire pour ceux qui veulent étouffer l’espérance d’un projet de renouveau conçu par les opprimés pour eux-mêmes. Un hommage mérité Radio Révolte salue la mémoire d’un camarade dont l’engagement ne s’est jamais démenti. Joseph Willard Vancol laisse derrière lui un héritage précieux: celui d’une communication au service du peuple, d’une éducation qui libère et d’un militantisme qui refuse de plier face à l’obscurantisme. Sa disparition tragique, survenue dans un contexte de violence armée qui frappe durement les citoyens, les communautés rurales et les professionnels des médias en Haïti, rappelle l’urgence de défendre les valeurs pour lesquelles il a vécu et donné sa vie. Camarade Joseph Willard Vancol, ta voix continuera de résonner dans les ondes de toutes les radios communautaires qui se battent pour un Haïti plus juste. Pour le Collectif de Radio Révolte: Capitaine Benoît Batraville Directeur exécutif Commissaire Défilé Membre de la rédaction
- Willard Vancol : la preuve que la terreur gouverne
Par: NovaVOX, Notre Éditorial.- Haïti traverse une nuit historique. Une nuit où les journalistes sont traqués, les paysans déplacés, les organisations communautaires attaquées, et les voix libres réduites au silence par des groupes armés qui opèrent en toute impunité. Dans cette obscurité, chaque parole devient un acte de courage, chaque micro une menace, chaque vérité un risque. C’est dans cette nuit que Willard Vancol, journaliste communautaire, éducateur populaire et coordonnateur de Ti Boukan FM, a été tué lors des attaques meurtrières de Gressier. Il n’a pas disparu : on l’a fait disparaître. Sa mort n’a rien d’un accident. C’est un acte politique. C’est un crime. C’est une attaque contre la liberté d’expression et contre le peuple haïtien. Willard Vancol a été soustrait à l’espace public, puis privé de vie, dans un contexte de violence organisée où les gangs armés imposent leur loi, tandis que les autorités haïtiennes se taisent, se dérobent ou se montrent incapables d’agir. Ce silence officiel n’est pas neutre : il est une forme de renoncement, parfois même une complicité passive. Willard Vancol n’était pas un journaliste « neutre ». Il était un journaliste engagé, proche des communautés rurales, défenseur de l’accès à l’eau, animateur de programmes éducatifs et passeur de savoirs populaires. Il donnait la parole aux invisibles. Dans un pays où la parole défie l’ordre établi, cela faisait de lui une cible. Il a été visé pour son rôle social, éducatif et journalistique, pour ce qu’il incarnait, pour ce qu’il portait, pour ce qu’il refusait de taire. Willard Vancol n’est pas un chiffre. Nous refusons que son nom soit noyé dans les statistiques de la violence. Nous refusons que sa mort devienne une normalité. Nous refusons que les journalistes haïtiens soient traités comme des cibles sacrificielles. Willard Vancol est un symbole. Un drapeau. Une ligne rouge. Une preuve tragique que la liberté d’expression en Haïti est en état d’urgence. Nous appelons les communautés haïtiennes, en Haïti et dans la diaspora de Montréal, Paris, New York, Miami, Santiago et d’ailleurs, à : porter son nom dans les rues, interpeller les chancelleries, exiger des réponses, refuser le silence, refuser l’oubli, refuser la normalisation de la terreur. Nous demandons justice. Nous demandons la vérité. Nous nous tenons d’une seule voix, dans une solidarité ferme et indéfectible, aux côtés de l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), de la Société d’animation et de communication sociale (SAKS), de Radyo Kominotè Ti Boukan et de Radyo Klodi Mizo. Nous réaffirmons avec force notre exigence : que toute la lumière soit faite sur ce crime, que les responsables soient identifiés, et que justice soit rendue. Il s’est écoulé vingt‑et‑un jours depuis son enlèvement, vingt‑et‑un jours d’ombre et d’inquiétude, vingt‑et‑un jours qui ne doivent jamais se muer en silence consenti. Aujourd’hui, la confirmation de son décès impose une vérité brutale : la vie d’un journaliste haïtien a été fauchée parce qu’il portait la parole des siens. Nous demandons justice pour Willard Vancol. Et nous persisterons à l’exiger. Car défendre Willard Vancol, c’est défendre chaque journaliste haïtien, chaque paysan déplacé, chaque voix menacée, chaque communauté qui refuse de mourir dans le silence, et c’est dire que sa mort expose la faillite de ceux qui devaient garantir la sécurité publique.
- Mobilisation populaire autour du TPS : une reconfiguration silencieuse du rapport de force
Par: La Rédaction de NovaVOX.- La mobilisation populaire est devenue l’un des leviers les plus décisifs pour les Haïtiens dans la bataille du TPS. Stratégique, persistante et ciblée, la diaspora haïtienne a exercé une pression multilatérale, portée par des organisations telles que Haitian Bridge Alliance et UndocuBlack Network. Leur campagne, déployée dans plusieurs États, s’appuie sur une série d’actions coordonnées : Les rassemblements communautaires organisés à New York, en Floride et au Massachusetts ont souligné le coût politique de l’inaction ; Les campagnes d’appels téléphoniques, menées à travers des milliers de communications adressées aux bureaux des élus, ont exercé une pression constante. Et l’engagement direct auprès des législateurs, porté par les leaders de la diaspora, a présenté le TPS comme une nécessité à la fois humanitaire et économique. Selon de nombreux analystes, cette mobilisation a fait passer le TPS d’un dossier migratoire marginal à un enjeu de tension bipartisane au Congrès, démontrant qu’une pression coordonnée et soutenue peut provoquer un mouvement législatif même dans un contexte de forte polarisation. À Foley Square : la communauté haïtienne réaffirme «Nous appartenons ici» Des centaines de manifestants se sont rassemblés le 28 août 2026 à Foley Square, dans le Lower Manhattan, pour dénoncer la résiliation du statut de protection temporaire (TPS) accordé aux immigrants haïtiens. Le rassemblement, organisé par des organisations communautaires haïtiennes et des défenseurs des droits des migrants, est intervenu quelques semaines après la fin officielle de la désignation TPS d’Haïti, le 27 juillet, à la suite d’une décision de la Cour suprême autorisant le département de la Sécurité intérieure des États-Unis à mettre fin aux protections accordées à treize pays. Les défenseurs estiment qu’environ 40 000 Haïtiens, rien qu’à New York, sont directement concernés, exposés au risque d’expulsion et de perte de leur autorisation de travail. Les intervenants du rassemblement ont souligné la crise humanitaire provoquée par la fin du TPS. Aline Gue, directrice exécutive de Haitian Women for Haitian Refugees, a rappelé que le TPS affecte « chaque facette de la vie d’une personne », du logement à l’emploi. Darnell Benoit, du Flanbwayan Haitian Literacy Project, a affirmé : « Nous sommes ici, nous n’allons nulle part et nous appartenons ici. » -PC: CBS NEW YORK- Les manifestants brandissaient des pancartes exigeant l’arrêt des déportations et scandaient : « Pas de haine, pas de peur, les immigrants sont les bienvenus ici ». Le rassemblement a également mis en lumière l’impact disproportionné sur Little Haiti, à Brooklyn, où l’activité de l’ICE aurait augmenté ces dernières semaines, alimentant une peur diffuse et persistante au sein de la communauté. Au‑delà de la restauration du TPS, les groupes de défense exhortent le Congrès à ouvrir la voie à la résidence permanente. Un grand nombre de manifestants ont appelé les législateurs à adopter l’American Dream and Promise Act, qui étendrait les protections aux titulaires du TPS comme aux Dreamers. Les organisateurs rappellent que seule une intervention législative peut lever l’incertitude, le TPS ayant été conçu comme strictement temporaire. Des responsables locaux ont décrit les Haïtiens comme une « partie indispensable de la ville », soulignant leurs contributions essentielles aux secteurs des soins de santé, de la construction, de l’hôtellerie et des petites entreprises. Pour eux, l’enjeu dépasse la protection temporaire : il s’agit de reconnaître un ancrage social et économique devenu structurel. Rassemblement contre la déportation à Salisbury Le 26 août 2026, des membres du clergé, des défenseurs des droits civils et des résidents haïtiens se sont réunis à Salisbury (Maryland) pour protester contre la fin du statut de protection temporaire (TPS) accordé à Haïti. Le rassemblement, tenu devant le bâtiment du gouvernement du comté de Wicomico, a mêlé prières, discours et remise de lettres exhortant les autorités locales à refuser toute coopération avec les agences fédérales chargées de l’immigration. Les organisateurs ont souligné que la suppression du TPS expose désormais des milliers d’Haïtiens de la région à un risque d’expulsion, malgré leurs contributions essentielles à l’économie locale et à la vie communautaire. Le mouvement, conduit par des leaders religieux et associatifs, s’inscrit dans une mobilisation nationale visant à défendre les droits des bénéficiaires du TPS et à interpeller le Congrès sur la nécessité d’une redésignation au profit d’Haïti. Springfield en marche pour la justice migratoire À Springfield, dans l’Ohio, la communauté haïtienne et ses alliés se sont mobilisés face à l’intensification des opérations d’immigration visant les résidents sans statut. Le 30 août, des leaders religieux et communautaires ont organisé « Unshackle Springfield », un rassemblement qui a réuni près de 300 participants. -PC: Springfield News-Sun- L’événement, marqué par un repas‑partage, des chants et des discours, a mis en avant la dignité et le respect dus aux migrants haïtiens. Viles Dorsainvil, directeur exécutif du Centre de soutien haïtien, a dénoncé des pratiques policières qui, selon lui, « traitent des innocents comme s’ils n’étaient pas des êtres humains ». Le rassemblement s’est conclu par une « Marche de Jéricho » autour de l’hôtel de ville, une procession symbolique inspirée par l’imaginaire biblique de la résistance morale et de la libération collective. Dans les jours qui ont suivi, la tension s’est accrue à la suite de la détention de deux pasteurs, Joubert Adrien et Julio Dumano. Leur arrestation a déclenché une série de veillées et de services de prière, rassemblant des centaines de personnes. Ces mobilisations ont attiré des leaders religieux venus de tout le pays, soulignant une solidarité nationale avec les résidents haïtiens de Springfield et une inquiétude croissante quant aux modalités d’application de la politique d’immigration. Pression législative : le Congrès sommé de restaurer le TPS Les expulsions d'Haïtiens suscitent des protestations de la part des dirigeants du caucus d'Haïti. Ayanna Pressley et Yvette Clarke, coprésidentes du House Haiti Caucus, ont publié une déclaration conjointe condamnant les expulsions de ressortissants haïtiens à la suite de la fin du statut de protection temporaire (TPS). Ils ont averti que plus de 350 000 Haïtiens risquent désormais de perdre leur emploi et d'être expulsés des États-Unis. Les législateurs ont décrit les déportations comme « déshumanisantes », soulignant que de nombreux déportés sont renvoyés dans l'emprise des gangs violents et de l'instabilité politique en Haïti. Ils ont souligné que les Haïtiens n'avaient enfreint aucune loi, mais qu'ils étaient traités comme des criminels par l'administration Trump. Les deux législateurs ont exhorté le Sénat à agir rapidement sur la législation visant à rétablir les protections du TPS pour les Haïtiens. Clarke et Pressley ont souligné que le Congrès a le pouvoir d'arrêter ce qu'ils ont qualifié de « choix politique de la cruauté ». Ils ont souligné que la vie des Haïtiens et des Américains est en jeu, tout en mettant en avant les contributions économiques et sociales des communautés haïtiennes à travers les États-Unis . La Chambre avance, le Sénat bloque, la Cour suprême tranche En avril 2026, la Chambre a adopté H.R. 1689 par un vote bipartisan de 224 à 204, dont dix républicains, contrecarrant les efforts de l’administration Trump visant à mettre fin au TPS. Des élues comme Ayanna Pressley et Laura Gillen ont défendu le TPS comme une nécessité humanitaire et un enjeu d’intérêt national. Les défenseurs haïtiens ont salué une « victoire monumentale », soulignant l’impact du lobbying de la diaspora au-delà des lignes partisanes. Mais l’élan s’est brisé au Sénat. En juillet 2026, le sénateur Éric Schmitt a bloqué un projet de loi bipartite visant à prolonger le TPS de trois ans, laissant les protections au bord de l’expiration. Le revers a coïncidé avec la décision 6‑3 de la Cour suprême dans Mullin c. Doe, autorisant le DHS à mettre fin au TPS pour les Haïtiens et les Syriens. L’incertitude croissante a poussé le Congressional Black Caucus et la Haitian Bridge Alliance à organiser des assemblées publiques d’urgence afin de définir les prochaines étapes. Fin des protections : un risque majeur pour la main‑d’œuvre du soin aux États‑Unis Dans un article publié le 31 août 2026 dans Forbes Business, le journaliste Richard Fowler souligne que la fin des protections accordées aux Haïtiens sous le statut de protection temporaire (TPS) exerce déjà une pression inquiétante sur le secteur américain du caregiving. Selon son analyse, des milliers de bénéficiaires du TPS, dont beaucoup travaillent comme aides‑soignants, assistants de vie ou personnels de soutien en milieu hospitalier, risquent de perdre leur autorisation de travail, ce qui crée un dilemme critique à la fois pour les travailleurs et pour le système de santé américain. Fowler rappelle que les Haïtiens sous TPS représentent une part essentielle d’une main‑d’œuvre déjà fragilisée par le vieillissement de la population, la pénurie chronique de personnel et la demande croissante de soins à domicile. La perspective de leur exclusion du marché du travail pourrait aggraver une crise que les établissements de santé tentent de contenir depuis des années. Pour les travailleurs concernés, la fin du TPS signifie non seulement la perte d’un emploi, mais aussi la menace d’une déportation, alors même qu’ils occupent des postes que le système peine à pourvoir. Pour les employeurs, il s’agit d’un choc potentiel : la disparition soudaine d’une main‑d’œuvre qualifiée, expérimentée et indispensable au fonctionnement quotidien des services de soins. L’article met en lumière une contradiction profonde : alors que les États‑Unis dépendent de ces travailleurs pour maintenir la qualité des soins, la politique migratoire actuelle risque de désorganiser un secteur déjà au bord de la rupture. Entre victoires fragiles et menaces persistantes, le TPS devient un test national La mobilisation populaire menée par les organisations de la diaspora et leurs alliés pour défendre le TPS a arraché des victoires indéniables : une visibilité nationale longtemps refusée par les institutions, des alliances élargies qui ont forcé l’ouverture de portes jusque‑là verrouillées, et une pression politique suffisamment forte pour contraindre plusieurs élus à reconnaître l’urgence d’une redésignation du statut. Cette dynamique s’est matérialisée par un geste rare et révélateur : le dépôt, le 22 janvier 2026, d’une pétition de décharge à la Chambre des représentants, qui a réuni les 218 signatures nécessaires, dont quatre républicains, pour forcer l’examen du projet de loi H.R. 1689. Ce texte, l’Haïti TPS Extension Act, a ensuite été adopté en séance plénière par un vote bipartisan de 224 à 204, avec le soutien de dix républicains. Ces avancées restent pourtant précaires, fragilisées par l’incertitude juridique entretenue autour du TPS, par l’intensification des opérations d’immigration et par la vulnérabilité imposée à des travailleurs dont l’autorisation de travail peut être retirée à tout moment. Dans ce paysage, les opportunités exigent une structuration plus rigoureuse du plaidoyer, une coordination inter‑États capable de contrer l’inertie fédérale et une transformation de la mobilisation communautaire en un véritable levier électoral. À l’approche des élections législatives américaines de novembre, le vote haïtien apparaît largement conditionné par la protection du TPS et la régulation des statuts migratoires, devenus des enjeux déterminants pour des dizaines de milliers de familles. La réponse du Congrès à ces attentes pèsera directement sur la participation, la confiance et l’orientation politique d’un électorat haïtien qui refuse désormais de se laisser invisibiliser. ------------------- Merci pour votre fidélité envers Novavox. Votre voix, liée à la nôtre, n’est pas un murmure : elle affirme les prémices d’un renouveau inflexible et les lueurs d’un espoir obstiné qui s’infiltre et persiste, même dans les interstices du chaos.
- Kenscoff : un crime contre l’humanité à ciel ouvert
Le massacre de Kenscoff : d’Haïti au Canada, où est la compétence universelle ? Par: Sonet Saint-Louis Avocat, philosophe Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée à la Faculté de droit et des sciences économiques (UEH). En 2005, j’ai soutenu mon mémoire de maîtrise à l’Université du Québec à Montréal, dans lequel j’avais traité d’un sujet de droit pénal international intitulé : « La preuve par ouï-dire dans un contexte de diversité des systèmes juridiques nationaux ». La notion de crime contre l’humanité y était notamment abordée à travers l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), qui en définit précisément les éléments constitutifs. La notion de crime contre l’humanité n’est pas nouvelle. Elle trouve déjà ses fondements dans la philosophie du droit des gens. Toutefois, la création du Tribunal de Nuremberg, chargé de juger les auteurs des atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale, a constitué une étape déterminante dans son évolution. D’une manière générale, ce crime renvoie à la violation des lois de l’humanité. Sur le plan strictement juridique, le droit international le définit comme un acte inhumain commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile. Après les procès de Nuremberg, la volonté de protéger les lois de l’humanité faisait largement consensus. Le monde avait également pris conscience de la vulnérabilité de la condition humaine. Plus tard, les événements tragiques survenus en ex-Yougoslavie au cours des années 1990 et au Rwanda en 1994 ont conduit à la création de deux tribunaux pénaux internationaux ad hoc, puis à l’établissement d’une cour permanente. Le message était clair : les auteurs d’actes portant gravement atteinte aux lois de l’humanité doivent pouvoir être poursuivis, où qu’ils tentent de se réfugier. La Cour pénale internationale, en tant qu’institution à vocation universelle, fait l’objet de nombreuses critiques, notamment quant à son caractère jugé hégémonique et à sa supposée soumission aux puissances occidentales, auxquelles il est reproché de concentrer la répression sur les crimes commis par les dirigeants des pays du tiers-monde. Elle conserve néanmoins sa pertinence et sa raison d’être. Chaque fois qu’un crime contre l’humanité est commis, la victime ultime est l’humanité tout entière. Ni le territoire ni le temps ne devraient constituer des obstacles absolus à la poursuite de tels crimes. Les juridictions nationales et le principe de complémentarité Dans le contexte des infractions internationales les plus graves — crimes contre l’humanité, génocide et crimes de guerre —, la souveraineté de l’État ne peut plus être considérée comme un principe absolu. La possibilité de poursuivre certains crimes graves au-delà du territoire national est aujourd’hui admise. En matière de répression des crimes internationaux, le principe de complémentarité prévoit que la Cour pénale internationale n’intervient que lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent véritablement exercer leur compétence. Ainsi, la nécessité de protéger l’humanité justifie que certains États, notamment le Canada, se soient dotés de mécanismes leur permettant, dans certaines circonstances, d’exercer une compétence à l’égard des crimes les plus graves commis contre le genre humain. Le principe d’universalité de la répression répond ainsi à l’universalité de la gravité de ces crimes. Le cas de l'ancien premier ministre Jacques Édouard Alexis On se rappelle que l’ancien premier ministre haïtien, le professeur Jacques Édouard Alexis, a été sanctionné par le Canada en raison de sa prétendue complicité dans la perpétration du massacre de Carrefour-Feuilles. Il a dû se battre pendant plusieurs années afin de faire reconnaître son innocence. Malgré les faussetés qui auraient entaché cette affaire et une certaine subjectivité politique, l’initiative canadienne visant à poursuivre ou à sanctionner les auteurs d’infractions graves s’inscrivait dans une démarche avant-gardiste de protection de l’humanité. Elle reposait notamment sur des mécanismes législatifs adoptés en 1987 et en 2000, conférant au Canada certaines possibilités d’intervention à l’égard de crimes internationaux. Bien que le crime contre l’humanité relève du droit international, cette notion s’impose également au droit national. Certes, le droit pénal demeure l’un des domaines dans lesquels la souveraineté de l’État s’exerce avec le plus de force, notamment à travers le principe de territorialité. Toutefois, la compétence universelle apporte une limite à ce principe lorsqu’il s’agit des infractions internationales les plus graves. Le massacre de Kenscoff est un crime contre l'humanité Le Canada peut-il alors mettre en œuvre sa compétence universelle ? Le massacre de Kenscoff constitue, selon moi, un crime contre l’humanité. Le sang a coulé à Kenscoff dans un contexte où l’objectif aurait été d’empêcher la tenue des élections proposées par le gouvernement. Une attaque systématique dirigée contre une population civile, abandonnée par ses propres dirigeants alors que ceux-ci auraient été informés de la situation, pourrait constituer un fondement sérieux justifiant la saisine d’une juridiction compétente. Haïti n’est pas fermée sur elle-même. Elle est ouverte aux idées et aux principes découlant des lois de l’humanité. La justice universelle ne doit pas être assimilée à une forme de colonialisme judiciaire fondé sur une condamnation sélective. Elle repose avant tout sur l’exigence de respect de l’humanité et de la vie de chaque être humain, que je considère comme un don de Dieu. Les personnes qui nous gouvernent ont fait preuve, à mes yeux, d’une profonde absence d’empathie à l’égard de la population. Un être humain doit être capable d’éprouver un minimum de compassion pour ses semblables. Or, cette empathie semble faire défaut lorsqu’il s’agit des classes populaires, paysannes et de ceux qui n’appartiennent pas aux cercles du pouvoir. Les responsables doivent répondre des actes commis contre ce peuple depuis près de quatre décennies, un peuple qui ne demande pas à ses dirigeants de lui décrocher la lune, mais simplement de lui donner des raisons d’espérer et de croire en l’avenir. Conclusion Ce gouvernement fonctionne comme une véritable machine défaillante, principalement préoccupée par la recherche de l’argent facile, peu importe sa provenance. Si on lui laisse encore la possibilité de décider de l’avenir de notre République, il risque de continuer à sacrifier ce qu’il reste de notre humanité collective. Ainsi, une transition vers une nouvelle gouvernance, destinée à répondre aux graves manquements constatés dans les domaines de la sécurité, de la justice et de la lutte contre la corruption, devrait réunir des personnalités intègres et compétentes. Celles-ci devraient être capables d’engager une véritable réforme électorale en vue d’un retour à la vie institutionnelle et démocratique d’Haïti et, enfin, de jeter les bases d’un nouveau départ. Face au poids des épreuves et à l’accumulation des émotions, il est possible de douter de notre capacité à surmonter la détresse actuelle, tant celle-ci paraît inédite et difficile à supporter. Pourtant, une force d’action collective demeure indispensable, tant au niveau national qu’au sein de la diaspora, afin de redonner confiance à notre peuple et de réaffirmer notre commune humanité.
- Élections en Haïti : les prémices d’une nouvelle “ruelle Vaillant”
Voter sous l’emprise des gangs et d’un décret électoral défaillant : le risque de légitimer la déchéance du pays Par: Michel Soukar, historien.- Le 27 juillet 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié un nouveau calendrier électoral fixant au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielle et législative, ainsi que la ratification populaire des modifications proposées à la Constitution. Pourtant, un précédent calendrier avait déjà fixé le premier tour des élections au 30 août 2026, une échéance qui n’a pas été respectée. Cette situation n’est pas nouvelle. De 2021 à 2026, quatre textes électoraux, dont un décret modificatif, ont été adoptés : les décrets des 5 juillet 2021, 1er décembre 2025, 2 juin 2026 et 2 juillet 2026. Malgré cette succession de textes et les importantes ressources financières consacrées au processus électoral, aucune élection n’a encore été organisée. Ce constat démontre que l’adoption d’un décret électoral et la publication d’un calendrier ne suffisent pas à rendre les élections possibles. En matière électorale, la norme juridique ne peut produire ses effets que si les conditions politiques, institutionnelles et sécuritaires nécessaires à son application sont réunies. Aujourd’hui, il paraît donc plus raisonnable d’envisager la non-tenue des élections plutôt que de considérer leur tenue comme acquise. Aucun discours, aussi rassurant ou véhément soit-il, ne peut faire disparaître la réalité d’un État affaibli et dysfonctionnel, dont certaines parties du territoire échappent à son contrôle effectif. La question électorale dépasse ainsi largement la capacité technique du CEP à installer des bureaux de vote. Elle touche directement à la souveraineté de l’État et conduit à poser plusieurs questions fondamentales : Qui déterminera les territoires dans lesquels les candidats pourront faire campagne :L’Etat ou les gangs? Les citoyens pourront-ils circuler et le suffrage pourra-t-il s’exercer librement ? Le peuple haïtien a-t-il besoin d’élections à n’importe quelles conditions ou d’élections crédibles? La participation à un tel processus ne risque-t-elle pas de conférer une légitimité électorale à la déchéance institutionnelle, plutôt que de favoriser le retour à l’ordre constitutionnel ? Ces interrogations imposent de confronter le droit à la réalité, l’élection à la souveraineté et l’urgence de voter à l’exigence fondamentale de pouvoir voter librement. C’est à la lumière de ces considérations que nous entendons développer les six (6) points essentiels suivants. 1. Absence des conditions préalables et essentielles à la tenue des élections Tout d’abord, en confrontant les prescriptions du Décret électoral du 2 juin 2026 à la situation sociopolitique et sécuritaire actuelle d’Haïti, l’application dudit décret s’avère matériellement impossible. Il existe un contraste entre les exigences du décret et la réalité institutionnelle du pays. En effet, le décret suppose un contrôle territorial de l’État qui n’existe pas actuellement partout. L’article 5 confie au CEP l’organisation et le contrôle des opérations électorales sur l’ensemble du territoire de la République. Le décret prévoit ensuite des BED, des BEC, des centres d’inscription et de vote, des bureaux de vote, des agents électoraux. Or cette architecture repose implicitement sur une condition : l’État et le CEP doivent pouvoir accéder physiquement aux territoires concernés et y exercer leur autorité. Cette condition n’est pas réunie actuellement, notamment pour le territoire. Cela soulève immédiatement plusieurs questions pratiques : comment installer un centre de vote dans une zone contrôlée ou disputée par un groupe armé ? Comment y envoyer des bulletins, des urnes, des tablettes, des agents et des observateurs ? Comment assurer leur retour après le scrutin ? Comment garantir que les électeurs puissent s’y rendre sans subir d’intimidation ? 2. Le décret suppose la libre circulation des électeurs, alors qu’une partie importante de la population est déplacée En effet, l’OIM indiquait déjà en février 2026 que plus de 1,45 million de personnes avaient été déplacées par la violence. La Banque mondiale rapportait encore environ 1,4 million de personnes déplacées en mars 2026. Cependant, le registre électoral repose sur le domicile et l’affectation de l’électeur à un centre d’inscription et de vote. Les articles 57 à 71 organisent précisément le registre. A présent, le registre doit être mis à jour pour que les listes soient arrêtées avant le scrutin. Or le CEP a prévu les inscriptions des électeurs du 20 juillet au 13 octobre 2026, soit pendant 86 jours. En revanche, tous les centres d’inscription et de vote dans le département de l’Ouest n’avaient pas encore été installés. Tous les électeurs ne sont pas encore inscrits et la liste électorale définitive n’est pas établie. Les candidats vont commencer à s’inscrire le 20 août 2026. Dans ces conditions, un calendrier qui sélectionne les candidats avant même de constituer définitivement le corps électoral devient problématique. Les candidatures seront fermées (les 20 août et 2 octobre 2026) avant même la clôture du registre des électeurs (13 octobre 2026). Ainsi, la période des candidatures sera fermée avant même que la liste des électeurs ne soit définitivement établie. Ce chevauchement constitue une anomalie majeure dans la logique du processus. Le CEP va commencer à déterminer qui peut être candidat, alors qu'il n'aura pas encore arrêté la liste définitive de ceux qui vont choisir les candidats. Le problème devient plus sérieux pour certaines candidatures pour lesquelles on exige des listes de sympathisants. Des candidats doivent dresser une liste de citoyens satisfaisant à certaines conditions, alors même que le processus général d'inscription des électeurs n'est pas encore achevé. 3. Le CEP conditionne les élections à deux facteurs qui ne relèvent pas de son ressort En mars 2026, le président du CEP a publiquement identifié deux préalables essentiels à l’exécution du calendrier électoral : un climat sécuritaire acceptable et la disponibilité des fonds nécessaires aux opérations électorales. L’institution juridiquement chargée d’appliquer le décret reconnaît elle-même que son exécution dépend de deux variables qu’elle ne maîtrise pas : la sécurité et le financement. Cela implique que le CEP ne dispose d’aucune garantie quant à la tenue effective des élections. Il est lui-même dans l’expectative. L’application de l’article 49 relatif à la sécurité des centres de vote dépend directement de la situation sécuritaire du pays. La question est beaucoup plus large :Qui sécurisera les routes empruntées pour transporter le matériel ? Qui sécurisera les entrepôts ? Qui protégera les candidats pendant la campagne ? Qui protègera les électeurs avant et après leur passage au bureau de vote ? Qui protègera les centres de tabulation ? Qui empêchera un groupe armé d’imposer ou d’interdire un candidat dans une zone donnée ? Dès lors, la liberté de campagne prévue par le décret risque de rester théorique dans certaines zones. Une élection libre exige non seulement l’ouverture des bureaux de vote, mais aussi la possibilité pour tous les candidats de faire campagne dans des conditions équitables. Si certains candidats ne peuvent accéder à une commune alors que d’autres y bénéficient de soutiens politiques ou armés, l’égalité de la compétition électorale est compromise. 4. Le sort des candidats dépend préalablement du bon fonctionnement de plusieurs institutions L’article 153 exige des candidats un dossier comportant de nombreuses pièces, ce qui serait déjà difficile à constituer même si l’administration fonctionnait normalement. L'article 155 aggrave cette difficulté puisque l'absence d'une pièce exigible peut entraîner l'irrecevabilité du dossier. Un candidat dépend de plusieurs administrations distinctes pour constituer son dossier. Ainsi, le droit d'être candidat peut dépendre non pas de la volonté du citoyen, mais de la capacité matérielle de l'administration à lui délivrer une pièce dans le délai fixé. 5. L’organisation simultanée des élections et de la ratification constitutionnelle crée une incertitude sur le régime juridique applicable aux nouveaux élus Le décret prévoit expressément la ratification populaire des modifications proposées à la Constitution. Cela signifie qu'au même moment le citoyen doit choisir ses candidats, il doit également se prononcer sur une réforme constitutionnelle. Qu’est-ce que le peuple va ratifier? Le peuple dispose-t-il, en créole et en français, du texte des changements proposés ? En vertu de quelles règles fondamentales les nouveaux élus entreront-ils en fonction ? Le sauront-ils après leur élection ? Ils ont fait campagne sous un régime, mais vont-ils exercer leur mandat sous un autre régime juridique ? Pour qu’une ratification soit éclairée, les citoyens doivent avoir accès au texte, pouvoir en débattre et comprendre les changements proposés avant de se prononcer. 6. La légitimité du résultat pourrait être contestée même si les opérations sont techniquement réalisées Ici, il y a lieu de rappeler la distinction entre tenir une élection et en tenir une crédible. On peut, techniquement, organiser des élections et publier les résultats. Mais une élection démocratiquement légitime suppose également la liberté, la sécurité et la confiance de la population, qui constituent le socle du bon fonctionnement de la démocratie. L’expérience des élections de 2000 montre qu’une crise électorale peut se transformer en crise politique nationale. Une élection contestée peut déplacer la crise plutôt que de la résoudre et devenir elle-même une source durable de crise de légitimité.











