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Willard Vancol : héritier d’une lutte née dans le sang du 6 décembre 1929

il y a 10 heures
4 min de lecture

Radio Révolte rend hommage à un infatigable militant de la cause paysanne et de la communication populaire, lâchement assassiné après son enlèvement à Ti Boukan.

La communauté radiophonique haïtienne et le mouvement paysan sont en deuil. Joseph Willard Vancol, figure emblématique de la communication communautaire et de l’éducation populaire, a été retrouvé sans vie le 9 septembre 2026 dans un espace forestier de l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA) à Ti Boukan, commune de Gressier, près de trois semaines après son enlèvement lors d’une attaque armée contre le centre de formation de l’ITECA.

Un parcours ancré dans la lutte paysanne

Membre fondateur du Mouvement Unité du Peuple des Cayes (MUPAC), Joseph Willard Vancol incarnait cet engagement profond en faveur de l’émancipation des masses populaires, qui caractérise le mouvement démocratique haïtien.

Son combat pour une information libre et accessible l’a conduit à fonder, avec d’autres camarades, la radio Vwa Klodi Mizo aux Cayes, en hommage à Claudy Museau, lui aussi assassiné par l’armée d’occupation lors du coup d’État de 1991. Cette station communautaire est née de la volonté de plusieurs organisations locales, dont le MUPAC, de donner une voix aux paysans et aux exclus du système médiatique traditionnel.

Marchaterre, 6 décembre: la mémoire d’une résistance que Willard Vancol a prolongée

Joseph Willard Vancol fut l’un des camarades à l’origine de la mobilisation du 6 décembre 1988 à Marchaterre, organisée pour commémorer le massacre du 6 décembre 1929 et exiger justice pour les paysans assassinés par les marines américains.


Le 6 décembre 1929, sous la première occupation américaine (1915–1934), environ 1 500 paysans haïtiens manifestaient pacifiquement aux Cayes contre les conditions économiques, la hausse des taxes et l’arrestation de trois leaders de la protestation. Les troupes du Corps des Marines des États-Unis, équipées de mitrailleuses, ont ouvert le feu sur la foule, tuant plus d’une trentaine de paysans et en blessant 51 autres.

La mobilisation du 6 décembre 1988 s’inscrivait donc dans une longue tradition de résistance populaire face aux forces d’occupation et aux politiques néolibérales imposées à Haïti. Elle témoignait de la continuité de la lutte paysanne pour la souveraineté nationale et la justice sociale, une lutte à laquelle Joseph Willard Vancol a consacré sa vie.

Ce n’est pas un hasard si Joseph Willard Vancol est devenu la cible des milices et des paramilitaires opérant sous contrat aux ordres des forces obscurantistes, tant internes qu’externes. Son engagement constant aux côtés des paysans et sa dénonciation des injustices en faisaient une cible privilégiée pour ceux qui cherchaient à maintenir le peuple haïtien dans la soumission.

Un engagement sans faille pour l’ITECA

En tant que coordonnateur de l’ITECA, Joseph Willard Vancol a œuvré sans relâche au renforcement des organisations paysannes. L’ITECA, fondé en 1978, s’est donné pour mission d’accompagner les communautés rurales dans leurs luttes collectives pour transformer leur réalité politique et socio-économique.

L’ITECA intervient notamment dans l’accompagnement des paysans, l’éducation populaire, l’agriculture locale et l’écologie, l’accès des communautés à l’eau potable et la formation. Son travail au sein de cette institution s’inscrivait dans une vision claire: celle d’une Haïti où les paysans et les paysannes deviennent les acteurs de leur propre développement.

Membre du conseil d’animation de SAKS

Joseph Willard Vancol siégeait également au conseil d’animation de la Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal (SAKS), une organisation qui a joué un rôle déterminant dans l’émergence et la consolidation des radios communautaires en Haïti.

Directeur de l’information de Radio Ti Boukan FM

C’est à Gressier, à Radio Ti Boukan FM, qui émet sur la fréquence FM 96.5, que Joseph Willard Vancol exerçait ses fonctions de directeur de l’information. Cette radio communautaire, installée au Centre de formation de l’ITECA à Petit-Boucan (Ti Boukan), était devenue, sous sa direction, un espace de débat, d’information et d’éducation populaire, au service d’une conscience citoyenne et des communautés de la banlieue sud de Port-au-Prince.

Le silence des autorités

La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) avait appelé les autorités à prendre « toutes les dispositions nécessaires » pour retrouver Joseph Willard Vancol, déplorant le « silence » des autorités face aux démarches entreprises à la suite de cette disparition. Malgré plusieurs correspondances adressées aux autorités soi-disant chargées de la sécurité, aucune communication publique n’avait été faite pour témoigner de la volonté de ces dernières de faire la lumière sur son sort.

L’insécurité en Haïti: un projet planifié

Il est aujourd’hui impossible de parler de la mort de Joseph Willard Vancol sans évoquer les responsabilités. L’insécurité en Haïti est planifiée. Elle n’est pas le fruit du hasard ni d’une simple dérive criminelle: elle résulte d’une stratégie délibérée de déstabilisation, avec la complicité même de l’État.

Les gangs reçoivent des armes et des munitions en provenance des États-Unis, notamment de la côte de Floride, et opèrent en toute impunité. Ils sont les exécutants d’un projet de déstabilisation et de dépossession territoriale, en complicité avec un terrorisme d’État aux ordres des architectes du chaos. Ce sont ces mêmes forces obscurantistes, internes comme externes, qui ont fait de Joseph Willard Vancol une cible.

Combien de cadavres faudra-t-il encore pour que les forces progressistes et la gauche se mobilisent, s’il en reste? La question n’est pas rhétorique. C’est un cri d’alarme. Chaque militant tombé est une voix arrachée au peuple. Chaque silence complice est une victoire pour ceux qui veulent étouffer l’espérance d’un projet de renouveau conçu par les opprimés pour eux-mêmes.

Un hommage mérité

Radio Révolte salue la mémoire d’un camarade dont l’engagement ne s’est jamais démenti. Joseph Willard Vancol laisse derrière lui un héritage précieux: celui d’une communication au service du peuple, d’une éducation qui libère et d’un militantisme qui refuse de plier face à l’obscurantisme.

Sa disparition tragique, survenue dans un contexte de violence armée qui frappe durement les citoyens, les communautés rurales et les professionnels des médias en Haïti, rappelle l’urgence de défendre les valeurs pour lesquelles il a vécu et donné sa vie.

Camarade Joseph Willard Vancol, ta voix continuera de résonner dans les ondes de toutes les radios communautaires qui se battent pour un Haïti plus juste.

Pour le Collectif de Radio Révolte:

Capitaine Benoît Batraville

Directeur exécutif

Commissaire Défilé

Membre de la rédaction

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