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- Retrait du référendum constitutionnel : une victoire de la vigilance démocratique
Par : Novavox, Notre Éditorial -PC: Novavox- Par communiqué officiel en date du 9 octobre 2025, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a entériné le retrait du projet de référendum et de révision constitutionnelle, une initiative vivement contestée par une large frange de la société civile et des forces démocratiques. À NOVAVOX et au sein du Renouveau démocratique, nous saluons cette décision avec un soulagement profond. Elle consacre une inflexion majeure dans un combat mené avec constance et obstination, porté par la conviction que toute refondation durable doit s’ancrer dans une légitimité populaire et un processus véritablement inclusif. Notre tribune dédiée à cette lutte a permis d’examiner les fondements, les méthodes et les implications d’un projet présenté comme l’un des chantiers emblématiques de la transition, sous un angle pluriel et critique. Nous y avons interrogé les logiques de pouvoir, les dérives technocratiques, et les silences institutionnels qui entouraient cette réforme. Ce corpus d’analyses constitue aujourd’hui une archive vivante de la résistance intellectuelle et citoyenne face aux dérives de la transition, et une contribution essentielle à la mémoire critique ainsi qu’à l’édification d’un projet démocratique, souverain et éclairé. Une victoire plurielle, une mobilisation qui ne désarme pas Le retrait du projet de référendum constitutionnel par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) marque un tournant décisif. Il consacre une victoire incontestable de la vigilance citoyenne et du débat démocratique. C’est une victoire pour les penseurs, les juristes et les intellectuels qui ont su faire de cette bataille la leur. Une accolade fraternelle à Me Sonnet Saint-Louis, dont la parole lucide et l’engagement sans concession ont incarné la vigilance constitutionnelle dans un moment de dérive. Mais cette victoire est aussi, et surtout, celle des mouvements sociaux haïtiens qui ont mené la lutte sur le terrain, avec courage et ténacité, contre ce projet antidémocratique. Du Nord au Nord-Est, du Nord-Ouest à l’Artibonite, de l’Ouest au Sud, des organisations comme Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen, SOFA, Renouveau Démocratique, Mouvman Demokratik Popilè (MODEP),Comité des petits paysans du Nord- Est, Initiative Patriotique de Maryen (IPAM), Réseau des Organisations de la Zone Ouest (Rozo), coordination du mouvement de résistance du Nord-Est (KRMN), Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK), Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP), et bien d’autres ont fait de cet enjeu une priorité de leur combat. Leur mobilisation, enracinée dans les réalités locales, a porté la voix du refus là où elle devait résonner : au cœur du pays. Enfin, cette victoire est celle du peuple haïtien lui-même, dont l’attachement aux acquis de la Constitution de 1987 continue de nourrir la lutte pour un véritable Renouveau Démocratique. En rejetant ce projet précipité, le peuple n’a pas clos un chapitre : il a ouvert une brèche vers une refondation plus juste, plus inclusive, plus fidèle à l’esprit de souveraineté populaire. Ce geste rappelle que la Constitution de 1987 n'est pas simplement un texte figé. Elle incarne un repère historique, un pacte de dignité né des cendres de la dictature. La tentative de la réviser sans mandat populaire, sans débat national, sans transparence, relevait d’un mépris des fondements mêmes de la souveraineté. Washington dicte, le peuple haïtien trace sa propre voie Néanmoins, il importe de souligner que ce retrait traduit aussi une chorégraphie politique du CPT, empressé de satisfaire les injonctions de Washington, qui intensifie ses pressions pour hâter la tenue d’élections. En quête de prolongation politique au-delà du 7 février 2026, date marquant la fin officielle de leur mandat, les membres du CPT ont capitulé, sacrifiant toute prétention à l’autonomie décisionnelle. La convergence de leurs intérêts révèle, s’il en était encore besoin, que ces deux entités ne poursuivent qu’un seul dessein : orchestrer une parodie électorale destinée à légitimer les groupes armés et à perpétuer l’impunité. En vérité, elles ne manifestent aucun engagement sincère envers la résolution de la crise nationale. Leur prétendue solution constitue une négation flagrante de la volonté populaire, qui aspire à un véritable Renouveau Démocratique. Ce stratagème, à l’instar de celui du référendum, ne trompera personne. Le peuple haïtien, seul dépositaire de la souveraineté nationale, saura faire échec à cette tentative de confiscation démocratique. Car toute transition digne de ce nom prend racine dans la volonté populaire, non dans un scénario dicté par des puissances étrangères soucieuses de préserver leurs intérêts.
- La tutelle recyclée et l’humiliation programmée
Par: Hugue CÉLESTIN, Membre de : - Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) & Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) -Pc: Novavox- Jeudi 2 octobre 2025. Sur le boulevard du Cap-Haïtien, à hauteur de Carénage, il est environ trois heures de l’après-midi. La mer, compatissante, murmure encore les refrains perdus des vieux troubadours haïtiens. De petites vagues tendres et impuissantes, caressent la coque d’un bateau marchand venu flairer les restes d’un pays qu’on solde à la criée sur le marché mondial du désespoir. L’air est tiède, presque doux, une ironie du climat tropical qui s’acharne à embellir la déchéance. Il embaume la puanteur des déchets entassés en pyramides, monuments à la gloire de la négligence publique. Jadis capitale touristique et historique d’Haïti, le Cap n’est plus qu’un musée à ciel ouvert de la décadence nationale. Soudain, au « Lakay Bar Restaurant », apparaît l’un de ces demi-dieux de la République fantôme, le très pompeux directeur de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC). Une dizaine de policiers l’encadrent, fusils brillants, regards sévères ; la patrie en alerte ! On croirait qu’ils s’apprêtent à affronter un bataillon du gang-milice « Viv Ansanm », un prédateur fiscal ou un trafiquant notoire. Le super-directeur venait simplement dîner dans le cadre de sa mission d’État gastronomique. Il singe les manières de la confrérie des truands officiels ; le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et de son gouvernement. Voilà donc les rejetons des classes moyennes supérieures, ces éléments en équilibre instable entre frustrations et privilèges, ne détiennent aucun véritable instrument de pouvoir. Ils renient amis et origines, s’emplissent d’orgueil et finissent par mépriser tout ce qui sent peuple, travail, et pauvreté. Dans cette République des vanités, le temps fait justice ; tôt ou tard, leurs alliances se briseront et ils se trahiront les uns les autres. Leurs emplois disparaîtront dans un souffle, leurs gardes du corps seront remerciés à grands coups de révérences, leurs téléphones sombreront dans un silence pesant et leurs cocktails mondains s’évanouiront dans l’oubli. Cette maîtresse impitoyable, l’Internationale, raturera leur nom du grand livre et leur présentera la facture avec la même délicatesse qu’on offre une guillotine à un courtisan. La GSF et l’ombre de 1825 Depuis que les bottes américaines ont foulé le sol haïtien en 1915, Haïti reste le laboratoire préféré des puissances étrangères, où l’on expérimente la dépendance sous l’étiquette de la « coopération ». Entre temps, les institutions nationales s’affaiblissent inexorablement, laissant place à une dépendance extérieure de plus en plus étouffante. Entre 1993 et 2000, Haïti a connu une collection de missions internationales ; MICIVIH, UNMIH, UNSMIH, UNTMIH, MIPONUH, MICAH comme un patient résigné avale ses pilules, sans jamais guérir du mal qu’on prétendait soigner. En 2004, MINUSTAH arrive avec un mandat plus lourd, armé et internationalisé. De 2017 à 2019, la MINUJUSTH puis le BINUH ont pris des allures plus discrètes, sans casques bleus ni fanfare, comme si la dépendance, allégée de ses bottes, devenait soudain liberté. Née de la résolution 2699 du Conseil de sécurité en octobre 2023, la Multinational Security Support Mission (MSS) n’aura été qu’une sous-traitance coloniale du chaos haïtien. Dirigée par le Kenya, mais entièrement téléguidée depuis Washington, elle a épuisé son mandat le 2 octobre 2025 sans autre bilan que la confusion, la dépendance et la désillusion. Une mission de façade, où quelques soldats caribéens font office d’alibi régional pendant que les vrais commanditaires comptent les dividendes géopolitiques. Le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies, fidèle à sa logique d’ingérence répétitive, a adopté une nouvelle résolution instituant une force internationale de sécurité en Haïti ; la Gang Suppression Force (GSF). Forte de 5 500 personnels policiers, militaires et civils, cette force se présente comme plus « robuste » que la MSS, dotée du pouvoir d’arrestation et autorisée à intervenir seule ou en collaboration avec la Police nationale d’Haïti (PNH). Mais dans un contexte où la souveraineté est déjà fragilisée, les risques d’abus sont évidents. Officiellement, la GSF doit mener des opérations ciblées contre les gangs, sécuriser les infrastructures vitales et rétablir l’autorité de l’État dans les zones contrôlées par les groupes armés. Son mandat initial de douze mois repose sur des contributions volontaires des États membres ; autrement dit, sur des promesses aléatoires. Ainsi, comprendre la GSF, ce n’est pas seulement décrire une énième force armée internationale, mais interroger le modèle de gouvernance imposé à Haïti depuis plus de trois décennies. Un modèle où la sécurité, la justice et même la politique sont devenues des produits d’importation. Derrière le discours séduisant de l’assistance, c’est en réalité une logique de tutelle qui s’est solidement installée. L’État haïtien, affaibli par des crises internes et dépossédé de ses moyens d’action, a vu ses principales prérogatives transférées à des agences internationales, à des forces étrangères ou à des « experts » mandatés de l’extérieur. Ce qui n’était au départ qu’une ingérence provisoire, présentée comme une réponse à l’urgence, s’est peu à peu transformé en dépendance structurelle ; administrative, financière et sécuritaire. L’ombre du passé colonial plane à nouveau. Tandis que l’ONU s’affaire à imposer une nouvelle mission armée sur le sol haïtien, la France, dans un geste d’une hypocrisie raffinée, annonce fièrement une « aide humanitaire » de 800 000 plats chauds. Voilà donc la charité à la place de la justice ! Au lieu de rendre ne serait-ce qu’une parcelle de la rançon de 150 millions de francs-or arrachée à Haïti par le roi Charles X en 1825. Ce hold-up diplomatique qui fit payer aux anciens esclaves le prix de leur liberté, Paris distribue des gamelles comme on jette des miettes à la misère qu’il a contribué à créer. Cette rançon, remboursée à coups d’emprunts aux banques françaises, a étranglé le pays pendant un siècle et bâti les fortunes de la métropole. C’est une insulte à la mémoire, une gifle à la dignité nationale. Haïti restera face à la même arrogance d’un monde qui préfère perpétuer la dépendance plutôt que de rendre justice. Les voix longtemps étouffées vont briser le silence, réclamant justice, dignité et sécurité véritable, sans troupes d’occupation ni le joug de la tutelle étrangère. Face à la décadence des élites corrompues, à leur trahison et à l’arrogance d’un ordre international qui persiste à dicter nos vies, le peuple haïtien se relève enfin. De cette colère légitime jaillira une Haïti souveraine, fière et inébranlable, maîtresse de son destin et capable de briser pour de bon les chaînes de l’humiliation séculaire.
- La dernière mission de l’ONU en Haïti reconduit des schémas d’échec déjà éprouvés, tout en exposant un angle mort préoccupant
Par : James Bosworth* Article de World Politics Review. 6 octobre 2025 .- La semaine dernière, après de vifs débats, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2793, entérinant le changement d’acronyme de sa mission en Haïti. La nouvelle Force de répression des gangs (FSG) remplacera la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS), jusque-là dirigée par le Kenya. Reste à savoir si cette reconfiguration dépasse le simple changement de nom et augure d’une intervention réellement plus efficace. Les enjeux sont considérables. Le gouvernement haïtien a perdu le contrôle de vastes portions du territoire, dont près de 90 % de la région métropolitaine. La crédibilité de l'ONU est également en jeu. Si la mission ne réussit pas, cela pourrait renforcer le discours des sceptiques selon lequel ce type d'opérations multilatérales est inefficace en Haïti. Pourtant, certains signaux laissent entrevoir que le Conseil de sécurité est déjà en train de condamner la nouvelle GSF à l’échec, comme il l’avait fait pour sa prédécesseure. La mission actuelle, la MSS, est trop réduite, sous-financée, et dépourvue de tout pouvoir d’arrestation. Il n’est donc guère surprenant qu’elle ait non seulement échoué à contenir la violence, mais aussi facilité la prise de contrôle du pays par les gangs. Il ne s’agit pas ici de blâmer la police kenyane ni les autres contingents engagés dans cette force. Comme indiqué, la MSS était vouée à l’échec. Elle n’a jamais reçu ni le personnel ni le budget nécessaires pour affronter les gangs. Contrairement à la MINUSTAH, mission de maintien de la paix dirigée par le Brésil entre 2004 et 2017, la MSS n’a jamais obtenu ce statut. Elle devait compter 2 500 agents, mais faute de financement, elle n’en mobilise qu’environ 1 000, bien loin des plus de 10 000 hommes déployés à l’époque par la MINUSTAH. Enfin, la MSS n’a jamais bénéficié d’un mandat clair, même lorsqu’elle opérait aux côtés d’un partenaire, le gouvernement intérimaire non élu d’Haïti, dont la légitimité reste profondément contestée. Bien que nombre de ces problèmes persistent, la résolution autorisant la GSF en corrige partiellement trois. La nouvelle mission prévoit le déploiement de 5 500 militaires et policiers, une force certes inférieure à celle de la MINUSTAH mais nettement plus importante que les effectifs actuels. Le personnel placé sous l’égide de la GSF serait habilité à interpeller et arrêter des membres de gangs, une capacité dont la MSS était dépourvue. Il serait également mandaté pour cibler activement les gangs et leurs dirigeants, ce qui conférerait à la GSF une mission plus claire que celle de sa devancière. Cependant, certaines des principales faiblesses initiales du MSS demeurent. Tout d’abord, nul ne sait qui fournira le personnel et les fonds nécessaires à la nouvelle mission. Le Conseil de sécurité a certes autorisé le déploiement de 5 500 officiers en Haïti, mais ni l’ONU ni aucun État n’est tenu d’en assurer la mise en œuvre ni le financement. Les États-Unis, co-parrains de la résolution 2793 avec le Panama, affirment que les ressources seront mobilisées via un mécanisme piloté par l’Organisation des États américains. Or, il y a quelques mois à peine, l’administration du président Donald Trump envisageait de couper tout financement américain à l’OEA. Si elle finance aujourd’hui une petite armada de navires dans les Caraïbes pour intercepter les embarcations qu’elle accuse de transporter de la drogue depuis le Venezuela, elle a réduit la plupart des autres dépenses publiques qui soutiendraient la démocratie, le développement et la sécurité en Haïti. Sans voie claire vers un financement durable, et face aux doutes persistants sur l’engagement réel des États-Unis, la mission risque fort de s’enliser dans une impasse. Le fait que la plus grande source de puissance de feu ciblant actuellement les gangs haïtiens provient des mercenaires n'est pas mentionné dans le débat à l'ONU. Le financement n’est pas le seul domaine où les contradictions américaines en matière de politique haïtienne sèment la confusion et entravent la mise en œuvre de la GSF. Dans le cadre de la guerre commerciale menée par l’administration Trump, des droits de douane élevés ont été imposés à Haïti. Le mois dernier, les États-Unis ont également laissé expirer leur politique spéciale d’importation sans droits de douane sur les textiles haïtiens. Ce secteur emploie plus de 20 000 personnes, et la fin de cette exemption, combinée à la hausse des tarifs, menace des milliers d’emplois dans une économie déjà exsangue. Aux politiques économiques s’ajoutent les politiques migratoires de l’administration Trump. En juin, le Département de la Sécurité intérieure a déclaré que la situation en Haïti s’était suffisamment améliorée pour mettre fin au programme de Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux citoyens haïtiens présents aux États-Unis, tout en annonçant son intention d’augmenter les expulsions vers Haïti. Près de 500 000 migrants haïtiens dépendent du TPS pour leur statut légal. Que cette même administration appelle à une action multilatérale contre les gangs via l’ONU, tout en affirmant que le pays est assez stable pour y renvoyer des centaines de milliers de réfugiés, relève d’une contradiction politique flagrante. La résolution 2793 a été adoptée par 12 voix pour, sans opposition formelle. La Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus. Les deux premiers avaient pourtant exprimé leur désaccord, mais ont choisi de ne pas exercer leur droit de veto. Tous trois ont laissé passer la résolution, invoquant le souhait souverain du gouvernement intérimaire d’Haïti de bénéficier du soutien de l’ONU. Il existe des raisons de penser que l’opposition de la Chine et de la Russie à une force de sécurité multilatérale en Haïti repose sur des considérations peu judicieuses. Pékin reste irrité par la reconnaissance persistante de Taïwan par Haïti, tandis que Moscou voit dans l’instabilité régionale une opportunité de détourner l’attention américaine de la guerre qu’elle mène en Ukraine. Cela dit, la rhétorique adoptée par ces deux puissances dans leurs critiques de la résolution onusienne mérite d’être examinée de près. Les deux pays ont souligné que les précédentes missions de l’ONU, y compris celles antérieures à la MINUSTAH, n’ont pas permis d’améliorer durablement la situation en Haïti, et que l’Organisation n’a jamais eu à répondre de ces échecs. La Russie a également critiqué l’absence de restrictions dans le mandat de la nouvelle mission pour cibler les gangs, ainsi que le manque de contrôle et de responsabilité dans l’usage de la force pour procéder à des arrestations. Cette critique peut sembler hypocrite au regard de la conduite de Moscou en Ukraine, mais elle n’est pas infondée. Aucune limite claire ne semble encadrer la capacité des GSF à cibler les gangs haïtiens D’un côté, la police haïtienne manque cruellement de moyens humains et financiers pour affronter les dizaines de milliers de membres de gangs qui sévissent dans le pays. Mais si ces ressources venaient à se concrétiser, Haïti pourrait se heurter à un problème inverse : celui d’une force extérieure dotée d’une autorité limitée, opérant dans un contexte où le gouvernement non élu peine à fonctionner. Ce que les débats diplomatiques à New York omettent de mentionner, c’est que la principale puissance de feu actuellement dirigée contre les gangs haïtiens provient de mercenaires. Si le gouvernement haïtien tient encore debout, c’est en grande partie grâce aux contrats passés avec Vectus Global, entreprise fondée par Erik Prince, et d’autres sociétés privées engagées dans des opérations de sécurité. Ces derniers mois, ces groupes ont utilisé des drones pour cibler les chefs de gangs, notamment lors d’une attaque récente qui a coûté la vie à 13 civils, dont huit enfants. Dans une proposition récente, Prince a suggéré de maintenir le personnel de Vectus en Haïti pendant dix ans, avec pour mission de combattre les gangs et de collecter les recettes fiscales destinées à financer l’opération. Le nouveau GSF sera presque certainement amené à collaborer avec des entreprises de sécurité privées, voire à les intégrer directement. Pourtant, le financement de leurs contrats risque d’épuiser les ressources d’un gouvernement déjà en décomposition. Le débat autour de l’autorisation onusienne du GSF a totalement éludé cette question, alors même que de nombreux observateurs estiment que les mercenaires et leurs drones pourraient dominer la réalité opérationnelle sur le terrain dès l’année prochaine. En autorisant une mission qui ne répond ni aux besoins en personnel, ni au budget requis, ni à un mandat opérationnel clair, le Conseil de sécurité de l’ONU donne une fois de plus l’impression d’agir en décalage avec les réalités haïtiennes. ------------------------------------------ * James Bosworth est le fondateur de Hxagon, un cabinet spécialisé dans l’analyse des risques politiques et la recherche sur mesure dans les marchés émergents et frontaliers. Fort de vingt ans d’expérience, il est reconnu pour son expertise en matière d’analyse politique, économique et sécuritaire en Amérique latine et dans les Caraïbes. Cet article, publié à l’origine en anglais dans World Politics Review , a été traduit en français par NOVAVOX pour en faciliter l’accès aux lecteurs francophones intéressés par les enjeux de la mission onusienne en Haïti.
- Discours de l’Honorable Michaëlle Jean : Un Appel à l'Action pour Haïti
Sommet sur les solutions : Haïti compte - Organisé en marge de la 80e Assemblée générale des Nations Unies - New York, 22 septembre 2025 - PC: Novavox- Excellences, Distingués délégués, Chers collègues et amis , Je vous remercie de l'honneur qui m'est accordé de m’adresser à cette assemblée, en un moment d’une gravité sans précédent pour Haïti. Votre présence ici revêt une signification profonde pour un peuple qui a vaillamment contribué à l’avancement universel des droits humains et de la liberté, mais qui se sent aujourd'hui douloureusement abandonné. Haïti : Une Histoire de Résilience Haïti est née d'une révolution qui a changé le cours de l'humanité. C'est une république forgée dans le rejet de la tyrannie et du racisme. Elle affirme avec courage les idéaux universels de liberté et de dignité humaine. Pourtant, cette même nation se trouve maintenant à genoux, confrontée à l’un des pires épisodes de son existence contemporaine. Après pratiquement une décennie sans élections, le pays est sans aucune autorité élue. La population haïtienne croule sous le poids quotidien d’une insécurité extrême, d’une crise humanitaire aiguë et d’un effondrement presque total des institutions publiques. État des Lieux Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a été investi de la mission solennelle de rétablir l’ordre et de conduire le pays vers des élections crédibles. Hélas, il a échoué sur presque tous les fronts. Alors que son mandat prendra fin le 7 février 2026, Haïti se dirige dangereusement vers un vide institutionnel absolu, sans autorité légitime en place. Face à cette perspective préoccupante, l’urgence de parvenir à une solution haïtienne, souveraine, inclusive et fondée sur un consensus suffisant, s’est imposée comme une nécessité impérieuse. C’est dans cet esprit qu’est né le CONGRÈS PATRIOTIQUE DE SAUVETAGE NATIONAL . Cette initiative citoyenne a été portée par un collectif regroupant quinze des plus prestigieuses universités publiques et privées d’Haïti, ainsi que par la Haitian Studies Association. Ces institutions ont été rejointes par une vingtaine d’organisations issues d’une société civile plurielle et engagée. Un Dialogue Constructif Ensemble, ces institutions ont initié un processus de dialogue structuré, à travers la tenue de douze congrès : dix congrès régionaux, un congrès de la diaspora et un Congrès National de Synthèse. Ce vaste exercice de concertation a réuni une grande diversité d’acteurs politiques, sociaux, économiques, institutionnels, universitaires, ainsi que des centaines de citoyennes et citoyens issus de tous horizons. Pour la première fois, des voix nouvelles, en provenance du monde académique, des régions, de la diaspora et d’une intelligentsia longtemps restée en retrait du débat politique, se sont exprimées avec détermination. Elles s’affirment désormais comme des actrices pleinement engagées dans la construction de l’avenir de leur pays. Les Avancées et les Défis Depuis que j’ai prêté ma voix à la Déclaration du 27 mars 2025, des avancées majeures ont été enregistrées. Mais beaucoup reste encore à faire. Au fil des travaux en cours, quatre points majeurs de consensus se sont dégagés des échanges : Premièrement , le constat d’échec du Conseil Présidentiel dans sa forme actuelle fait l’unanimité. Jugé trop lourd, trop coûteux, inefficace et peu crédible, deux principales alternatives de gouvernance émergent. D’une part, une version allégée et plus crédible du CPT. D’autre part, une option institutionnelle plus conforme à l’esprit de la Constitution, confiant la présidence de la transition à un juge de la Cour de Cassation. Deuxièmement , un consensus s’est dégagé autour de la nécessité d’éviter toute précipitation ou rupture hasardeuse. Tout changement de gouvernance devrait s’opérer au terme prévu du mandat actuel, laissant le temps nécessaire à une planification rigoureuse. Troisièmement , si le besoin de réformer la Constitution est largement partagé, le processus en cours est massivement rejeté pour son déficit de légitimité. Il apparaît impératif de repartir sur des bases nouvelles, avec une démarche pilotée par des autorités légitimes. Quatrièmement , la sécurité et les élections demeurent les deux priorités absolues. Le rétablissement de la sécurité est une condition sine qua non à l’organisation d’élections démocratiques, libres et véritablement crédibles. La Sécurité : Un Impératif Si le Conseil Présidentiel en place venait à engager le processus électoral avant l’échéance de son mandat, ce geste pourrait être accueilli favorablement. Cependant, cela doit être fait de bonne foi, dans un environnement sécuritaire adéquat. Sur le plan de la sécurité, les récentes intentions exprimées par la communauté internationale de déployer une force de suppression des gangs, sous mandat des Nations Unies, semblent marquer un pas dans la bonne direction. Cela traduit une prise de conscience stratégique : s’attaquer aux gangs en Haïti revient à cibler un maillon local essentiel dans la chaîne de puissants réseaux transnationaux du crime organisé. Cependant, il est crucial de reconnaître que la population haïtienne est victime des atermoiements de la communauté internationale. Les forces de sécurité nationales, gravement sous-équipées, ne peuvent rivaliser avec les réseaux criminels transnationaux. Un Appel à l'Action Ce dont Haïti a urgemment besoin aujourd’hui, c’est d’une coopération militaire immédiate, sérieuse et durable. Cela inclut le renforcement significatif des capacités de ses forces nationales de sécurité, y compris la Police Nationale et les Forces Armées. Excellences, chers amis , Permettez-moi de conclure mes propos en saluant les efforts conjoints de Chatham House et de Global Canada. Je leur adresse mes sincères remerciements pour leur soutien à la quête d’une solution durable pour Haïti. Ce processus représente une voie réaliste vers la sécurité, les élections crédibles et le rétablissement d’une légitimité démocratique. N'abandonnons pas Haïti. Unissons nos efforts. Agissons ensemble, avec détermination, et sans délai. Je vous remercie.
- Haïti : vous ne produirez plus, vous dépendrez
Notre Éditorial, Par: Alain Zephyr, Sociologue -PC: Novavox- Dans son édition du 1er octobre 2025, le Wall Street Journal publie un article intitulé « Fin du programme HOPE/HELP : un coup dur pour l’industrie textile d’Haïti ». On y apprend que l’administration américaine a récemment suspendu un programme stratégique qui soutenait l’industrie textile haïtienne, notamment les usines d’assemblage de vêtements destinés à l’exportation. Ce secteur représentait l’un des derniers piliers économiques du pays, assurant l’emploi de plusieurs dizaines de milliers de personnes, majoritairement des femmes. Pendant près de vingt ans, les programmes HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement) et HELP (Haiti Economic Lift Program) ont permis aux produits haïtiens d’accéder au marché américain sans droits de douane, une exception commerciale vitale. Leur retrait, annoncé par Washington fin septembre 2025, ne marque pas simplement la fin d’un dispositif commercial. Il prive Haïti, étranglée par la crise, d’un levier de production essentiel et d’un outil de résistance économique. Le textile : un levier de souveraineté retiré par ceux qui prétendent nous aider La décision américaine ne relève pas d’un simple ajustement technique. C’est un abandon stratégique. En mettant fin à l’un des derniers secteurs industriels d’Haïti, les États-Unis aggravent une précarité déjà extrême. L’impact a été immédiat et brutal. Des usines ferment, des milliers de travailleurs, majoritairement des femmes, perdent leur emploi. Dans un contexte d’insécurité généralisée, de famine rampante et d’effondrement institutionnel, ce désengagement industriel agit comme un coup de grâce. Là où il y avait encore un semblant de production, il ne reste que le vide. Washington invoque l’insécurité, les blocages politiques, et l’effondrement de l’État. Mais ces justifications masquent mal une vérité plus crue : l’économie haïtienne n’est plus jugée digne d’investissement, seulement de contrôle. On ne veut plus y produire, on veut y intervenir. On ne veut plus y commercer, on veut y patrouiller De la Francisque au textile :Washington démantèle, secteur par secteur La suspension du programme HOPE/HELP, qui affaiblit l’industrie textile haïtienne, fait écho à une autre décision passée : l’interdiction des mangues Francisque sur le marché américain, survenue il y a bientôt trois ans. En 2022, les États-Unis ont interdit l’importation de mangues Francisque, invoquant des préoccupations phytosanitaires. Cette variété emblématique, prisée pour sa qualité, représentait une source de revenus cruciale pour des milliers de petits producteurs. L’interdiction a été brutale, sans accompagnement, et a laissé une filière entière en déshérence. Ces deux décisions, bien que sectorielles, participent d’une même logique : le retrait progressif des espaces de production haïtienne du marché international, sans alternative ni compensation. On ne propose pas de restructuration, on impose la rupture. Et chaque rupture renforce la dépendance — à l’aide humanitaire, aux ONG, aux missions sécuritaires. Ainsi, de la francisque au textile, la logique est constante : effacement progressif, fragilisation sociale, soumission économique. Le fil du désengagement ne se brise pas; il s’allonge, il s’enfonce. Et chaque secteur abandonné est une part de souveraineté arrachée. Attention : on abandonne la production pour militariser la misère ! Le retrait du soutien américain à l’industrie textile haïtienne n’est pas un accident de parcours, ni une décision technique dictée par les aléas du marché. C’est un acte politique qui s'inscrit dans une logique plus large : celle du désengagement économique au profit d’une emprise sécuritaire. Washington ne se contente pas de couper les fils d’une industrie. Il coupe les fils d’une souveraineté. Car dans un pays où l’État chancelle, où les institutions sont minées, où les citoyens peinent à survivre, l’économie n’est pas un luxe, c’est un socle. Et ce socle, on le retire. L’effacement industriel ne laisse pas un simple vide neutre. Il laisse un vide que l’on remplit, non pas avec des investissements, mais avec des interventions. Là où l’aiguille cesse de coudre, le fusil prend le relais. Ce n’est pas une faillite industrielle, c’est une reddition diplomatique. Une manière de signifier, en actes : « Vous ne produirez plus. Vous dépendrez. » Et dans cette dépendance imposée, ce n’est pas la coopération qui s’installe, c’est une logique de contrôle. Ce n’est pas un partenariat qui se défait, c’est une hiérarchie qui se consolide. Twou manti Pa fon ! Ces développements en sont la preuve, s’il en faut : en Haïti, l’impérialisme américain et ses relais locaux incarnent la négation de la volonté populaire haïtienne en faveur d’un Renouveau Démocratique. Incapables de proposer des solutions enracinées dans les aspirations profondes de la majorité haïtienne, à savoir la justice, la souveraineté et la démocratie, ils préfèrent installer la répression, contrôler la misère et consolider le statu quo. Il revient aux héritiers de Vertières, aux forces populaires et progressistes, de faire barrage à la normalisation du néant, de refuser la gestion sans vision et de réinsuffler au projet national une direction fidèle à la volonté du peuple. References : Vyal, K. (2025, octobre 1). Fin du programme HOPE/HELP : un coup dur pour l’industrie textile d’Haïti. The Wall Street Journal. https://www.wsj.com/articles/fin-du-programme-hope-help-haiti-textile-2025 Zephyr, A. (2023, July 31). La rareté des mangues francisques aux États-Unis, un symbole de l’aggravation de la crise haïtienne. Boukan News. https://boukannews.com/la-rarete-des-mangues-francisques-aux-etats-unis-un-symbole-de-laggravation-de-la-crise-haitienne
- Les Haïtiens accueillent avec prudence la nouvelle force internationale approuvée par l'ONU pour lutter contre les gangs
Par: DÁNICA COTO et EVENS SANON Associated Press ,1er octobre 2025 PORT-AU-PRINCE, Haïti (AP) — Les radios à travers Haïti étaient animées mercredi par l’annonce de l’approbation, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la création d’une nouvelle force internationale chargée de lutter contre les gangs, dans le but d’appuyer le pays face à une crise persistante. Cette nouvelle force viendrait remplacer une mission plus modeste, soutenue par l’ONU et dirigée par la police kényane, encore confrontée à un manque de personnel et de financement, dont le mandat arrive à échéance le 2 octobre. « J'espère que ces gens sont sérieux cette fois-ci », confie Darlene Jean-Jacques, qui vit avec son fils de 10 ans dans un refuge surpeuplé et insalubre, après que des gangs ont attaqué leur quartier et tué son compagnon. « Une force qui viendrait réellement soutenir les Haïtiens serait une chance pour que les gens puissent reprendre leur vie en main. » Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, les gangs ont considérablement renforcé leur emprise. Ils contrôlent aujourd’hui près de 90 % de Port-au-Prince et ont étendu leurs activités, notamment les pillages, les enlèvements, les violences sexuelles et les viols, jusqu’aux zones rurales. Le pays demeure sans président depuis cet événement. Face à cette situation, une nouvelle force internationale a été approuvée mardi par le Conseil de sécurité de l’ONU ( Prenez connaissance du texte complet de la résolution du Conseil de sécurité en cliquant sur le lien ci-dessous ). Mais de nombreux Haïtiens, ainsi que des experts, accueillent cette annonce avec prudence, conscients des limites et des précédents liés à ce type d’intervention. Une lacune en matière de sécurité On sait peu de choses sur le calendrier de déploiement de la nouvelle force, qui compterait 5 550 hommes, un mandat de 12 mois et le pouvoir d’arrêter des membres présumés de gangs, ce qui manque à la force actuelle.« Il y a quelques réponses et encore beaucoup d’incertitudes », a déclaré Diego Da Rin, analyste de l’International Crisis Group. Le gouvernement américain a déclaré qu'il était confiant qu'il y aurait suffisamment de troupes à envoyer en Haïti entre l'Afrique et l'hémisphère occidental, mais « certains observateurs doutent que ce soit si facile », a déclaré Da Rin. Un bureau d'appui des Nations Unies garantirait le financement de la mission, mais les salaires du personnel dépendraient de contributions volontaires, et il n'y a pas eu de négociations significatives sur qui serait prêt à fournir ces fonds, a-t-il déclaré. Une autre préoccupation majeure concerne la transition de la mission actuelle vers une force de répression des gangs. Des discussions en cours estiment que la nouvelle force pourrait être opérationnelle d'ici un an, mais les fonds manquent actuellement pour maintenir le contrat de service qui fournit à la mission actuelle nourriture, hébergement et autres services au-delà de cette année, a déclaré Da Rin. Ce vide en matière de sécurité, a-t-il noté, pourrait être problématique. La communauté internationale a échoué Comme beaucoup d’autres Haïtiens, Mario Jean-Baptiste vit dans un refuge surpeuplé avec ses trois jeunes enfants depuis que des gangs ont détruit leur quartier de Solino l’année dernière.« C'est une bonne chose qu'une nouvelle force arrive, mais j'espère qu'elle ne sera pas comme les farceurs d'ici », a-t-il déclaré à propos de la mission actuelle en Haïti. « Nous avons besoin de gens qui vont vraiment traquer ces individus pour qu'un jour nous puissions rentrer chez nous. » La mission actuelle a débuté il y a plus d’un an, mais elle compte encore moins de 1 000 hommes, bien en deçà des 2 500 prévus, et environ 112 millions de dollars dans son fonds d’affectation spéciale, soit environ 14 % des 800 millions de dollars estimés dont elle a besoin chaque année.« La communauté internationale a laissé tomber Haïti avec cette mission », a déclaré Da Rin. « Elle n'a pas eu l'occasion de démontrer son efficacité. » Il a toutefois indiqué que la force kényane avait contribué à ralentir l'avancée des gangs qui contrôlent environ 90% de Port-au-Prince et ont pris le contrôle de nombreuses communautés dans la région centrale d'Haïti. « Ils se disent révolutionnaires », a déclaré Jean-Baptiste à propos des gangs. « Ils n'ont fait que détruire ma vie. » Le gang qui a attaqué son quartier a également brûlé un petit bus qu'il avait loué pour l'utiliser comme taxi, le laissant sans aucun revenu.« Je ne peux pas envoyer mes enfants à l'école », a-t-il dit. « Je ne prévois pas de leur donner de l'argent prochainement pour qu'ils puissent faire des études. » Des mois « décisifs » à venir La violence des gangs a laissé un nombre record de plus de 1,3 million de personnes sans abri à travers Haïti ces dernières années, et la faim et la pauvreté ne font que s'aggraver. Des millions d’Haïtiens restent frustrés de voir que leur situation ne s’est pas améliorée malgré la promesse d’une nouvelle force internationale. « Ils ne vont pas venir ici pour faire quoi que ce soit ! » a crié une femme, qui s'est simplement identifiée comme Estere avant de s'éloigner dans un abri de fortune. Mais les responsables haïtiens et américains restent optimistes. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que le gouvernement américain travaillerait avec d’autres pour assurer le « déploiement rapide » de la force de répression des gangs. La nouvelle force « répondra aux défis immédiats en matière de sécurité d’Haïti et jettera les bases d’une stabilité à long terme », a-t-il déclaré. Romain Le Cour, directeur de l'Observatoire haïtien de l'Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, a déclaré : « L'adoption de la résolution envoie un message clair aux groupes criminels et à leurs soutiens potentiels. Les prochains mois seront décisifs pour l'avenir du pays. » Traduction: NOVAVOX
- Analyse critique de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur Haïti
Par Jacques Charlemagne: Membre de : ESKANP (Efforts Solidarité pour Construire une Alternative Nationale et Populaire), ROZO (Réseau des Organisations de la Zone Ouest) & RED (Renouveau Démocratique) -PC: Adapté de Haïti Urgence d’une solidarité internationale agissante - Ce qui se joue ici, ce n’est pas la sécurité, c’est la domination Le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une nouvelle résolution transformant la mission Multinational Security Support (MSS) en une Force de Répression des Gangs (GSF), pour une durée renouvelable de douze mois. Douze pays ont voté en faveur. La Russie, la Chine et le Pakistan se sont abstenus. Une triple abstention qui ne relève pas du hasard. Selon le texte, cette nouvelle force aura le pouvoir de procéder à des arrestations, d’agir en dehors de toute coordination avec la Police Nationale d’Haïti (PNH), et d’exercer un contrôle sécuritaire direct sur le territoire haïtien. Mais nous posons une question simple : S’agit-il vraiment de sécurité ou d’un silence imposé au prix de notre souveraineté ? Un chaos savamment tissé : l’insécurité comme arme impérialiste Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, déjà réduit de son vivant au rôle de valet des intérêts étrangers et du capital local, la gouvernance du pays a glissé entre les mains de pouvoirs illégitimes, adoubés par des chancelleries étrangères, sans validation populaire, sans processus électoral, sans transparence. C’est dans ce vide démocratique méthodiquement entretenu que s’installe une politique de chaos planifié, où la violence des gangs, la paralysie des institutions et la peur généralisée deviennent des prétextes commodes pour justifier l’escalade des interventions militaires étrangères et la mise sous tutelle politique du pays. Et tout cela se déroule avec la bénédiction active ou la complicité silencieuse des Nations Unies, dont le Conseil de sécurité agit comme bras diplomatique des puissances impérialistes, les États-Unis en tête, moteur assumé de cette architecture de domination Contrôle des ressources : le nerf caché de la guerre Derrière les discours sécuritaires, il faut regarder ce que cette “mission” permet réellement de contrôler. La sécurité, dans ce cadre, n’est pas une fin en soi mais un mot-code, un passeport diplomatique, pour un accès privilégié aux ressources matérielles, territoriales, économiques et humaines. Ressources naturelles : pillées sous couverture de chaos Haïti recèle de riches gisements de métaux précieux, notamment or, cuivre, bauxite et iridium, convoités depuis longtemps mais rarement exploités par les Haïtiens eux-mêmes. Plusieurs multinationales étrangères, américaines, canadiennes et autres, détiennent des permis dormants, en attente d’un “terrain sécurisé” pour passer à l’action. La mission GSF ne répond pas aux cris de la population. Elle agit comme un garde-fou armé au service de l’extraction. Ressources institutionnelles : prises en otage par l’aide étrangère L’État haïtien est réduit à une coquille vide. Les agences internationales et les ONG telles que USAID, l’ONU, la Banque mondiale et la BID remplacent les structures nationales dans les domaines essentiels comme la santé, l’éducation et l’assistance sociale. Ce sont les “partenaires” étrangers qui décident seuls de l’usage des milliards de dollars d’aide , tandis que la population haïtienne demeure exclue de tout contrôle, de toute orientation, de toute souveraineté. Le chaos organisé ne relève pas de l’improvisation. Il sert à délégitimer l’État et à justifier sa substitution par une gouvernance technocratique, pilotée depuis l’extérieur. Forces de travail et territoire : marchandisation sans souveraineté La main-d’œuvre haïtienne est l’une des plus précaires et exploitées de la région. Les projets économiques promus par les bailleurs internationaux se concentrent sur des zones franches, où les salaires sont dérisoires, les droits syndicaux inexistants, et les protections sociales systématiquement démantelées. Pendant ce temps, les terres agricoles sont accaparées pour des projets agro-industriels tournés vers l’exportation, au mépris des besoins alimentaires et de la souveraineté paysanne. Qui sécurise quoi, ici ? Le peuple. Non. Ce sont les profits des élites transnationales qui bénéficient du dispositif. L’ONU, partenaire d’un système d’exclusion planifiée Loin d’être un arbitre neutre, l’Organisation des Nations Unies agit en complice d’une architecture impérialiste. Elle valide des transitions sans élection, accompagne des changements de pouvoir sans peuple, et cautionne l’élimination de toute voix dissidente sous prétexte de lutte contre la violence. La sécurité, dans ce dispositif, devient l’arme de la dépossession politique. Elle sert à étouffer les luttes populaires, à criminaliser les mouvements sociaux, à neutraliser les alternatives nationales Des forces passées, un présent qui empire MINUSTAH, MINUJUSTH, MSS, GSF — la liste des interventions internationales en Haïti ne cesse de s’allonger au fil des années. À chaque nouvelle mission, on observe une présence militaire accrue, une autonomie grandissante vis-à-vis des autorités haïtiennes et une transparence de plus en plus réduite envers la population. Malgré ces déploiements successifs, la situation sur le terrain ne s’améliore pas : l’insécurité augmente, l’État se fragilise davantage, la dépendance à l’aide étrangère s’accentue, et la souveraineté populaire s’érode. Ces constats soulèvent de sérieuses questions sur l’efficacité et les véritables objectifs de ces interventions, des questions brûlantes que nous posons en tant que citoyennes et citoyens debout, non par curiosité mais par exigence démocratique, au cœur de notre droit à décider, à construire, à exister. Pourquoi le peuple haïtien n’a-t-il jamais été consulté dans ces décisions qui engagent son avenir et sa dignité ? Pourquoi la communauté internationale rejette-t-elle toute solution haïtienne, pensée et portée par les Haïtiens eux-mêmes ? Pourquoi l’ONU choisit-elle toujours l’option militaire, jamais l’éducation, jamais le social, jamais la reconstruction populaire ? Pourquoi la parole populaire est-elle systématiquement étouffée ou ignorée, au nom d’une paix qui ne protège que les puissants ? Résistance et lucidité face à l’hypocrisie sécuritaire Le vrai projet ici n’est pas de “sauver Haïti”, mais de garder la main sur Haïti. Ce n’est pas la population qu’on cherche à sécuriser, mais les profits, les intérêts géostratégiques et les ambitions politiques de puissances qui se comportent en propriétaires de l’île. Nous refusons un pays où le peuple est désarmé, dépossédé, réduit au silence pendant que l’étranger décide, exploite et impose. Nous voulons une Haïti souveraine, vivante, organisée, pas une colonie déguisée sous un uniforme onusien. À toutes les femmes et tous les hommes, à toutes les citoyennes et tous les citoyens du secteur progressiste et de la gauche populaire : Ne vous laissez pas endormir par le langage diplomatique. Ces forces ne sont pas là pour nous protéger, elles sont là pour nous empêcher de nous protéger nous-mêmes.
- Haïti, plaie vive d’un ordre diplomatique complice
Par Novavox, Notre Éditorial.- - PC: Novavox- La 80e Assemblée générale de l’ONU, conclue ce 27 septembre à New York, a vibré au rythme d’une diplomatie stratifiée, où les promesses se heurtent aux intérêts, et où les silences pèsent autant que les discours. Haïti, meurtrie depuis cinq ans, s’est imposée non par diplomatie mais par gravité. Elle est devenue une blessure ouverte dans le récit mondial, une faille que les discours ne peuvent recouvrir. Cinq années de chaos ont fait d’elle un miroir, non pas de solidarité, mais d’abdication. Et dans ce miroir, le monde se jauge, ou s’efface. La stratégie américaine pour Haïti À New York, la voix américaine a surplombé celle d’Haïti. Bien avant l’intervention de Laurent Saint-Cyr, président du Conseil présidentiel de transition (CPT), à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Henry Wooster, avait déjà fixé le cap. Lors d’un point de presse tenu au Foreign Press Center, Henry Wooster a exposé les priorités stratégiques de Washington pour Haïti : répression des gangs, sanctions ciblées, transition politique encadrée. Il a salué la ratification par l’ONU d’une force multinationale cinq fois plus grande que les effectifs actuels, destinée à appuyer les autorités haïtiennes face aux groupes armés. Les États-Unis ont désigné les gangs comme organisations terroristes étrangères, révoqué plusieurs visas et promis des sanctions contre leurs soutiens financiers et politiques. Sur le plan institutionnel, Wooster a rappelé que les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) n’ont aucun mandat permanent, et que leur mission doit conduire rapidement à des élections libres et inclusives. Ce n’était pas une simple déclaration diplomatique. C’était une feuille de route énoncée depuis l’extérieur, avant même que la voix haïtienne ne soit entendue. Une parole venue d’ailleurs, formulée avec autorité, installée au centre du récit avant que Haïti ne puisse articuler la sienne. Ce n’était pas un dialogue, mais une orchestration. Une mise en scène où l’ordre des priorités précède l’ordre des présences. Et dans cette scénographie, la parole haïtienne n’a pas été attendue, elle a été encadrée. L’empereur est nu, et son agenda aussi La stratégie annoncée par Wooster ne résout rien, elle recycle. Ce n’est pas une réponse à la crise, c’est la répétition d’un vieux scénario : répression, sanctions, transition encadrée. Un schéma déjà éprouvé, déjà échoué, mais réactivé. Washington affiche une priorité nette : restaurer l’autorité de l’État face à l’emprise des gangs. Mais à trop miser sur la répression, on oublie que la stabilité ne s’impose ni par décret, ni par menottes, ni par bottes armées. Qualifier Viv Ansanm et Gran Grif d’organisations terroristes peut sembler décisif. Sans réforme judiciaire, sans légitimité populaire, cette posture ne fait que renforcer un État sécuritaire hors-sol. Un État qui réprime les symptômes sans affronter les causes. Le discours diplomatique se concentre sur la coordination institutionnelle, les dispositifs sécuritaires et les mécanismes internationaux, mais il reste silencieux sur la participation citoyenne. Aucune mention explicite de l’implication réelle des Haïtiens. Aucun engagement concret envers les quartiers, les communes ou les voix qui portent la crise au quotidien. Imposer un agenda sans consultation populaire, c’est reconduire les logiques d’exclusion. C’est perpétuer un mépris structurel envers les acteurs sociaux, et laisser intact le vide institutionnel dans lequel prospèrent les réseaux de violence. Sur le plan social, l’approche est technocratique : équipements, formations, logistique. Mais rien sur l’emploi, rien sur les écoles, rien sur les services publics. Rien qui parle aux jeunes pris dans l’étau de la précarité. Rien qui répare. Sortir de l’impasse exige plus qu’un plan de sécurité , il faut un projet de société. Un dialogue national réel, des projets de relance à l’échelle des quartiers, un mécanisme de suivi transparent et populaire. Faute de quoi, la stabilité promise ne sera qu’un mirage… au bruit des bottes, sous le regard des drones, et dans le silence des urnes vides. L’alternative ne s’écrit pas dans les chancelleries, elle se forge dans la rue, là où le peuple vit, lutte et refuse. Au vu et au su de ces atermoiements diplomatiques, de ces manœuvres sans courage ni cap, qui ne font que prolonger la souffrance du peuple haïtien, l’heure n’est plus à l’attente , elle est à la rupture.Il appartient aux progressistes, aux patriotes, aux forces populaires de se concerter, de s’unir, de se mobiliser, non pour quémander des solutions mais pour les imposer. Doter le pays d’une alternative crédible et souveraine n’est pas un luxe, c’est une urgence vitale. Une alternative capable d’arracher Haïti à l’étau de la répression sans vision, de la diplomatie sans dignité et des élites sans mandat. La paix ne se décrète pas depuis les institutions internationales, elle se construit par le dialogue, la justice et la légitimité populaire ! Il faut bâtir, non une façade institutionnelle, mais une société démocratique réelle, fondée sur la justice, le progrès et la souveraineté populaire . Une société qui ne se contente pas de survivre sous tutelle, mais qui se relève, s’affirme et refuse le mépris. Car sans mobilisation populaire, sans projet enraciné dans les quartiers, les communes, les voix oubliées, la crise ne se résorbera pas. Elle se perpétuera, au bruit des bottes, dans le silence des urnes, et sous le regard indifférent des chancelleries.
- Ruto applaudit, Jean maudit, Saint-Cyr supplie
Par : Hugue CÉLESTIN Membre de Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) & Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) - PC: Novavox- Aux yeux des puissances hégémoniques, Haïti se réduit à un étal de charité, une marchandise diplomatique troquée au gré des intérêts. Les chefs locaux s’y pressent pour jouer les doublures serviles. Le peuple haïtien paie par ses vies sacrifiées, par son exploitation corvéable, par une insécurité soigneusement planifiée, par des promesses frelatées et par des chaînes déguisées en cadeaux depuis deux siècles. Aujourd’hui, plus d’un million de déplacés entassés, des quartiers rayés de la carte, des corps calcinés, des familles déchirées, des frappes de drones aveugles. La magie onusienne convertit cette tragédie humaine, la faisant servir de plan de carrière aux diplomates et présidents avides de prestige, et de champ d’expérimentation pour les forces militaires étrangères. À la tribune de l’ONU, William Ruto, fidèle commissionnaire de Washington, orchestrait la mise en vente. Il a joué son numéro de prestidigitateur, appliquant les consignes de Luis Abinader, son complice dans le blanchiment du budget du bricolage géopolitique baptisé Mission Multinationale de Sécurité (MMS). Pour lui, Haïti devenait un modèle de stabilité retrouvée : « les routes sont dégagées et les gangs neutralisés. » Entre deux pirouettes oratoires, il concédait des « problèmes logistiques » causés par des épaves américaines maquillées en blindés, réduisant ses soldats à l’état de figurants sacrificiels. Il a terminé en quémandant un siège africain permanent au Conseil de sécurité. Le prétendu « sauvetage » international d’Haïti s’apparente à une partie de Monopoly ; chaque puissance place ses pions et calcule ses dividendes. À New York, les États-Unis et le Canada discutent d’« engagements financiers » et de « contributions logistiques », la mort et la misère se réduisent à de simples chiffres. Le Panama, pion docile, avance selon les ordres de Washington, déjà prêt à transformer l’opération en « gang suppression force », version tropicale de la guerre urbaine sous-traitée. Le Kenya, flatté d’occuper une case de prestige, parade ses troupes comme des « héros en mission ». Quant à la Chine et la Russie, elles dégainent leur veto avec fracas, pour verrouiller leurs propres intérêts stratégiques. Dans ce jeu d’échecs diplomatique, les collabos locaux ne sont pas en reste. Fritz A. Jean, absent à l’ONU ce trône tant rêvé par tous les collabos, réussissait malgré tout à séduire ses maîtres, prouvant que même la non-présence se monnaye lorsqu’on excelle dans l’art de la subalternité. L’homme du budget de guerre refait surface, rédigeant le 23 septembre une diatribe contre son Premier ministre, en écho à celle du 9 juillet 2025. Encore une fois, ses dénonciations puent l’indignation de façade et sonnent comme des larmes de crocodile. Il manie la plume comme un comédien agite un mouchoir pour pleurer en public, déplaçant ses responsabilités sur les autres et dénonçant des contrats opaques (CPS, SCIOP S.A, passeports) qui sentent la magouille. Il s’attaque aussi à une sécurité en déroute, aux massacres atroces et aux failles dans la lutte contre les gangs-milices. Malheureusement, il oublie qu’au sein d’une instance collégiale, l’irresponsabilité n’existe pas. Chaque membre y est un chiffre dans l’addition, porteur de la trace des décisions, bonnes ou désastreuses. Son intervention ressemble à un rapport de contrôle parlementaire transformé en opérette de blanchiment politique. L’homme qui se proclame aujourd’hui indigné fut hier co-scénariste du chaos, concevant lui-même les consignes d’une tragédie qu’il met désormais en scène avec art et affectation. S aint-Cyr appelle à l'occupation Anthony Franck Laurent Saint-Cyr, véritable pilleur formé au secteur privé rapace haïtien, s’est entouré de plus d’une vingtaine de parasites à per diem pour avilir le pays à l’ONU. Chef du « club de quémandeurs professionnels », le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), il jouait son rôle de mendiant distingué avec un aplomb théâtral. Dans son allocution, il maniait avec aisance la supplique respectueuse, réduisant la tribune à un podium de servilité pour l’Internationale. » Il clamait : « Haïti est un pays en guerre avec les gangs-milices.» Il insistait sur la nécessité d'une « force robuste, dotée d’un mandat clair, de moyens logistiques et financiers adéquats ». Par cette rhétorique, les membres du CPT et leur gouvernement se consacraient courtiers autoproclamés de la nouvelle occupation militaire. Ainsi, les gangs-milices sont diabolisés à voix haute, mais servent fidèlement de bras armé dans l’ombre. Dans la même veine, il tenta de légitimer le projet de référendum constitutionnel et de promettre des élections sous tutelle internationale. Enfin, la souveraineté haïtienne n’est qu’un jouet ! En bon comédien, Saint-Cyr s’en amuse, ridiculisant l’intelligence au lieu de la défendre. Pour finir, il pleurniche : « Haïti veut la paix. Haïti attend la paix. Haïti a droit à la paix. » On aurait dit que la paix pouvait se mendier au lieu de se conquérir avec courage et volonté. Pendant que les mots de guerre et de paix s’égrènent, que les discours s’empilent et que les promesses éclatent en fumée, le vrai jeu continue, dessinant déjà les prochaines manœuvres de soumission. L’ombre plane toujours sur le quotidien du pays, étouffant les initiatives, paralysant les ambitions, l’histoire ne cesse de bégayer. Les grandes puissances y trouvent leur profit, et les carriéristes locaux récoltent leur petit prestige de valets décorés. Pourtant, au lieu de constituer une armée nationale redoutable, à l’image des forces indigènes de Vertières, le CPT s’incline devant les demandes étrangères et les humiliations imposées. À la manière de Jean-Pierre Boyer et de ses héritiers de la servitude, les élites haïtiennes, bardées de leur arrogance néocoloniale, défilent dans l’idée que la servitude était une marque de gloire. Ainsi, toute l’élite dirigeante haïtienne se sert de la soumission pour divertir les puissances et humilier la nation. Tant qu’elle confondra l’occupation avec un trophée, la nation s’étiolera, les maîtres riront de ses chaînes, et le peuple privé de voix, regardera son propre effacement.
- Haïti à l’ONU : une délégation sans transparence dans un pays en ruine
Par : Novavox, Notre Éditoria l Pendant que la violence relègue les étudiants à un enseignement virtuel devenu inaccessible faute d’électricité, pendant que les enseignants, privés de salaire depuis des mois, alternent entre grèves répétées et stratégies de survie, pendant que les gangs redessinent, commune après commune, la carte du pays à coups de feu, de barrages et d’intimidation, une délégation présidentielle se pavane à l’ONU. Elle parle au nom d’un peuple qu’elle n’écoute plus et dépense sans rendre compte. Le silence budgétaire est assourdissant. Chaque année, la participation d’Haïti à l’Assemblée générale des Nations Unies mobilise des ressources publiques. Vols officiels, hôtels de luxe, sécurité rapprochée, per diem diplomatique… Ce sont autant de dépenses engagées au nom du peuple haïtien, mais rarement justifiées devant lui. Aucun rapport détaillé, aucune ligne budgétaire accessible, aucun bilan diplomatique publié. Le peuple finance, mais il ne sait ni qui part, ni pourquoi, ni combien cela coûte. Dans un pays où l’État peine à garantir l’eau potable, où les enseignants attendent leur salaire, où les déplacés dorment sous des bâches, cette opacité est une insulte. Elle trahit une gouvernance qui parle de transparence à Genève, mais pratique l’ombre à Port-au-Prince. -PC: Novavox- Ce n’est pas la présence d’Haïti à l’ONU que nous contestons. C’est son absence de reddition de comptes. Car représenter un peuple en souffrance exige plus qu’un badge diplomatique : cela exige de rendre des comptes, de publier les chiffres, de justifier chaque gourde dépensée. Nous exigeons : La publication du budget réel de la délégation présidentielle à l’ONU La liste nominative des membres de la délégation et leurs fonctions Le bilan diplomatique de la mission : engagements obtenus, partenariats conclus, plaidoyers portés Une réforme du protocole de transparence pour toutes les missions officielles Haïti ne peut plus se permettre de voyages sans retour. Chaque déplacement doit être un investissement, pas une escapade. Chaque discours doit porter les cris du peuple, pas les privilèges d’un pouvoir en transit. Les temps ont changé. Le luxe des tournées diplomatiques déconnectées de la réalité nationale n’est plus tolérable. Chaque déplacement officiel doit désormais être porteur de solutions concrètes, de partenariats utiles, de retombées mesurables. Le peuple haïtien ne demande pas des photos de couloirs feutrés, mais des actes qui éclairent ses rues, sécurisent ses quartiers et relancent ses écoles. À l’ONU, Haïti doit parler vrai. Et chez elle, elle doit répondre. Parler vrai, c’est reconnaître l’effondrement de l’État, l’emprise des gangs, la paralysie énergétique, l’exode silencieux des familles déplacées. C’est refuser les récits aseptisés et les bilans maquillés. C’est porter la voix des étudiants qui ne peuvent plus étudier, des enseignants qui ne peuvent plus enseigner, des citoyens qui ne peuvent plus circuler. Répondre, c’est assumer. C’est dialoguer avec les syndicats, les communautés, les institutions. C’est cesser de fuir les responsabilités derrière des discours creux. C’est reconstruire, pas simplement promettre. C’est faire de chaque mot prononcé à l’étranger une promesse tenue sur le sol national. Haïti ne manque pas de voix. Elle manque d’écoute. Elle ne manque pas de courage. Elle manque de volonté politique. Elle ne manque pas de dignité. Elle manque de reconnaissance.
- À l’ONU, pour qui résonne la voix de Laurent Saint-Cyr Lamothe?
Haïti : épave sans gouvernail, emportée par les vents du chaos, sous un ciel devenu tombeau collectif Par : Novavox , Notre Éditorial.- Ils tombent sans bruit — mais leur absence hurle. Le sol est saturé de noms que nul ne prononce. Ils ne sont pas des chiffres. Ils sont des visages, des filiations, des résistances. Les morts ne demandent pas la pitié. Ils exigent la justice. Même les tombes improvisées savent parler. Mais qui écoute ? La situation sécuritaire en Haïti se dégrade à un rythme vertigineux. Chaque jour, les bilans humains s’alourdissent. Les cadavres s’amoncellent dans les rues, souvent sans sépulture, sans nom et sans reconnaissance. Le pays s’enfonce dans une obscurité sans veille, où la violence se déploie sans entrave, sans contre-pouvoir, sans mémoire garantie. Les gangs armés redessinent la carte du territoire par la terreur, pendant que les institutions chancellent et que l’État semble avoir déserté les lieux du drame. Chaque localité devient un point stratégique dans une géographie de l’effroi. La violence impose ses frontières et la peur dicte ses lois. Mais cette défaillance ne se limite pas aux zones de conflit : elle s’étend aux routes, aux infrastructures, aux services publics. Le sang des communes trace la chute d’une nation À Laboderie, dans la commune de Cabar et, les 11 et 12 septembre 2025, plus de cinquante civils ont été massacrés par le groupe armé Viv Ansanm. Des dizaines de maisons ont été incendiées, des corps abandonnés dans les broussailles, certains selon le RNDDH retrouvés dévorés par des chiens. Ce massacre d’une cruauté extrême s’est déroulé dans un silence institutionnel glaçant, malgré les appels désespérés des rescapés. Le jeudi 18 septembre 2025, la commune de Bassin-Bleu a été frappée de plein fouet par une attaque armée d’une violence inédite, menée par le gang Kokorat San Ras, originaire de Ti Bwadòm dans l’Artibonite. En plein jour, une soixantaine d’hommes lourdement armés ont envahi les rues, semant la panique et le chaos. Le commissariat a été incendié, les bâtiments publics ravagés, les domiciles pillés et les citoyens pris en otage. Parmi les victimes, le professeur Jhon Guerby Dorvilien a été tué puis brûlé, symbole tragique de l’effondrement de l’ordre et de la dignité humaine. - Jhon Guerby Dorvilien , Professeur Assassiné et brûlé vif à Bassin-Bleu - L’offensive brutale a contraint les forces de l’ordre, mal équipées et en sous-effectif, à battre en retraite. La population, livrée à elle-même, a fui à travers les montagnes, franchi des rivières, et emprunté des sentiers escarpés pour rejoindre des zones plus sûres. Cette attaque marque un tournant: Bassin-Bleu, longtemps épargnée, devient une nouvelle ligne de front dans l’expansion territoriale des groupes armés Le 17 septembre, à Jeanton, à l’entrée sud de Saint-Marc sur la route nationale numéro 1 , un camion-remorque a violemment percuté une camionnette de transport en commun. Le choc, survenu aux premières heures du matin, a endeuillé la cité de Nissage Saget : huit passagers ont perdu la vie sur le coup, et plusieurs autres ont été grièvement blessés. Le véhicule, qui assurait la liaison entre Pont-Sondé et Montrouis, a été écrasé par le camion dans un virage étroit, tout près du sous-commissariat de Frécynneau. Ce drame routier ne relève ni du hasard ni de la fatalité. Il révèle une autre facette de l’effondrement : celle où l’absence de régulation, de contrôle et de secours transforme chaque trajet quotidien en risque mortel. À Saint-Marc comme ailleurs, l’inertie institutionnelle se mesure en infrastructures délabrées, en services absents, en citoyens livrés à eux-mêmes. L’abandon est total. Et les morts, qu’ils tombent sous les balles ou dans les ravins, s’accumulent dans un silence devenu structurel. À Kapenyen , section communale de L’Estère , une nouvelle attaque du gang Kokorat San Ras a plongé la localité dans l’horreur. Dans la nuit du 20 au 21 septembre 2025, des hommes lourdement armés ont incendié un moulin à riz, pillé des habitations et semé la terreur parmi les habitants de cette zone du Bas-Artibonite. Cette attaque, bien que destructrice, n’a entraîné aucune perte en vies humaines. Enfin, alors que la nuit tombait sur Liancourt, ce 14 septembre 2025, des hommes armés ont envahi la commune. L’attaque, menée par le gang Gran Grif, a transformé cette localité du Bas-Artibonite en zone de guerre, marquant un nouvel épisode sanglant dans la spirale de violence qui ravage la région. Selon plusieurs sources locales et journalistiques, les assaillants ont incendié des habitations, pillé des commerces et semé la panique parmi les habitants. Le commissariat de Liancourt a été pris pour cible et entièrement ravagé par les flammes. Les forces de l’ordre, isolées et impuissantes, ont cédé sous la pression. Sans protection ni secours, des centaines de personnes ont pris la fuite à pied, portées par l’urgence de survivre. Les témoignages recueillis évoquent un cauchemar prolongé, une commune vidée de sa population, transformée en ville fantôme, où ne résonnent plus que les tirs et les cris de détresse. Omission, impunité, terreur : les piliers du retrait En Haïti, les drames ne surgissent pas dans le vide. Ils s’inscrivent dans une trame continue, révélatrice d’un régime de retrait institutionnel. Chaque accident, chaque fusillade, chaque effondrement n’est pas un fait isolé, mais le symptôme d’une architecture du vide. Les infrastructures se délitent, les services disparaissent, et les vies ne comptent que dans les bilans posthumes. L’État ne protège plus : il se retire, délègue au hasard, et laisse mourir. Ce retrait n’est pas passif. Il est stratégique. Le silence des autorités face aux urgences, aux violences, aux catastrophes n’est pas une absence — c’est une forme d’action. Il permet l’impunité, couvre les responsabilités, perpétue la terreur. Chaque absence de secours, chaque non-réponse, chaque déni de responsabilité constitue une participation déguisée. L’État haïtien ne tue pas seulement par les armes : il tue aussi par omission. Et lorsque cette omission devient norme, elle devient crime. Ce crime silencieux transforme les routes en pièges, les quartiers en zones de chasse et le quotidien en menace permanente. Ce n’est pas l’impuissance : c’est une politique. Une politique du retrait, de l’effacement, de la terreur ordinaire. Résister ou disparaître : l’urgence d’un sursaut collectif Face à une architecture du vide, où l’État se retire, où les infrastructures se délitent, où les urgences restent sans réponse, la résignation n’est plus une option. Il faut résister — non par posture, mais par nécessité vitale. Résister, c’est nommer les responsables, les structures, les complicités qui rendent possible la répétition des drames. C’est refuser la banalisation du risque, la normalisation de la mort et l’organisation du silence comme mode de gouvernance. Résister, c’est refuser de disparaître. C’est refuser que la mort devienne ordinaire. C’est refuser que l’abandon devienne régime. - Un récit sonore calibré au millimètre- Résister, ce n’est pas seulement refuser. C’est inventer. C’est reconstruire. C’est faire exister ce qui manque, là où tout menace de disparaître. Il faut créer des réseaux de veille citoyenne capables de repérer, alerter et relayer les violences. Il faut bâtir des solidarités durables — locales, diasporiques, transversales — qui protègent, qui soignent, qui soutiennent. Des lieux-refuges, des espaces de soin, des plateformes de mémoire. Et surtout, il faut ériger des contre-pouvoirs : des voix collectives, des structures autonomes, des formes d’organisation capables de répondre là où l’État abandonne. C’est de ces dynamiques que naîtra le renouveau démocratique, celui que réclame Haïti. Il ne viendra ni d’en haut ni de l’extérieur. Il ne surgira pas des structures qui ont failli, ni des dispositifs institutionnels vidés de toute légitimité. Il émergera des ruines, des solidarités locales tissées dans l’urgence, des rassemblements populaires organisés malgré l’abandon, des voix qui refusent le silence. Ce renouveau ne sera ni rapide ni linéaire. Il sera rugueux, lent, traversé de douleurs. Mais il sera authentique, parce qu’il naîtra du peuple et non des structures qui l’ont trahi.
- 20 septembre : commémorer Dessalines ne suffit plus, il faut incarner sa radicalité, sa vision, sa justice.
Par: Jacques Charlemagne, Membre de : Efforts Solidarité pour Construire une Alternative Nationale et Populaire (ESKANP) & du Réseau des Organisations de la Zone Ouest (ROZO).- - PC: Novavox- Aujourd’hui, c’est la fête de l’Empereur. Nous saluons la mémoire vivante de Jean-Jacques Dessalines, Premier Empereur d’Haïti, libérateur du peuple noir, fondateur de la première République noire de l’histoire humaine. Il n’a pas seulement libéré une colonie. Il a posé les bases d’un idéal révolutionnaire universel contre l’esclavage, le racisme et la domination coloniale. Dessalines n’est pas une relique du passé, mais une exigence brûlante du présent. Il est ce souffle de justice qui traverse les siècles, non pour être célébré, mais pour être incarné. Il ne réclame ni fleurs ni statues; il exige vérité, justice et courage. Sa voix, intacte et indomptable, résonne encore. À nous d’y répondre, non par des mots, mais par des actes. La Révolution de 1804 : Valeur historique et portée universelle La Révolution haïtienne est unique. C’est la première fois dans l’histoire mondiale que des esclaves ont arraché leur liberté par eux-mêmes. Ils ont vaincu les plus puissantes armées coloniales de leur époque et fondé une nation nouvelle, bâtie sur la dignité humaine, l’égalité radicale et la souveraineté populaire. Dessalines l’a affirmé : « Tous ceux qui s’opposent à la liberté sont mes ennemis. » Haïti a porté le flambeau de l’émancipation bien au-delà de ses frontières. C’est un acte fondateur pour tous les peuples soumis, un cri de dignité et de souveraineté. Crise actuelle : Un chaos organisé, une occupation programmée 221 ans plus tard, Dessalines ne reconnaîtrait plus la nation pour laquelle il a versé son sang. Haïti est de nouveau prise dans les filets d’une tutelle déguisée. Les noms ont changé, mais les logiques coloniales persistent, implacables. Le Core Group, l’ONU, l’OEA et les puissances impérialistes, de concert avec une élite mafieuse locale, orchestrent une stratégie de domination fondée sur : La répression des mobilisations populaires, L’instauration d’un climat de terreur, Et la légitimation d’une nouvelle mission d’occupation. Ce chaos n’est pas accidentel : il est méthodiquement entretenu pour neutraliser toute aspiration à une souveraineté authentique. Échec des forces progressistes : La gauche en panne d’unité Face à cette offensive globale, la gauche haïtienne — ou ce qu’il en reste — montre son impuissance. Fragmentée, enfermée dans ses divisions, minée par le sectarisme et privée d’une ligne stratégique claire, elle se montre incapable : de construire une unité révolutionnaire, d’élaborer un projet politique à la hauteur de la crise, et de renouer avec les luttes concrètes des masses populaires. Cette rupture est une trahison de l’héritage de Dessalines. Car, comme il l’a démontré, on ne libère pas un peuple par le compromis ni par la prétention intellectuelle — mais par l’engagement radical, enraciné dans la réalité du peuple. Quelle issue ? Les masses comme seul espoir La solution ne viendra pas de l’étranger. Elle ne viendra pas non plus d’en haut. Elle réside dans les masses populaires elles-mêmes, dans leur capacité à résister, s’organiser et construire une alternative politique depuis la base. Une autre Haïti est non seulement possible, elle est nécessaire. Mais elle exige une mobilisation consciente, enracinée dans un projet véritablement dessalinien : souveraineté, justice sociale, dignité nationale. Conclusion : Suivre l’exemple, pas seulement commémorer Commémorer Dessalines sans poursuivre son combat, c’est trahir sa mémoire. Alors aujourd’hui, nous choisissons de lutter,non pas pour une mémoire morte, mais pour un projet vivant. Reprenons son cri, faisons-en notre cap. Car l’histoire ne se commémore pas : elle se poursuit, elle se défend, elle se réinvente.











