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  • Les canons américains n’ont aucun droit sur l’avenir d’Haïti

    Par : Novavox, Notre Éditorial.- Nous avons appris qu’un navire de guerre américain se trouve au large de Port-au-Prince. Cette présence soulève une inquiétude profonde et une indignation légitime. Car il faut le dire clairement : Ce bâtiment n’est pas venu combattre les gangs, ni protéger la population, ni restaurer la sécurité. Il est là pour perpétuer le chaos. Pour protéger et soutenir, directement ou indirectement, les groupes armés qui servent de relais politiques. Pour garantir que les injonctions venues de l’extérieur soient appliquées strictement dans la configuration arrêtée pour le 7 février, Pour empêcher le peuple haïtien de choisir librement son destin. Bref, ils ne sont pas là pour le peuple haïtien, mais pour leurs propres intérêts. Pas par solidarité, mais par domination. Pas pour la paix, mais pour le maintien d’un désordre utile à leurs objectifs. La présence d’un navire de guerre dans la rade de Port-au-Prince réveille des souvenirs douloureux de notre histoire nationale : l’imposition de la rançon de 1825, le braquage de la Banque nationale en 1914, Les pressions pour la cession du Môle Saint-Nicolas en 1891, et tant d’autres épisodes où la force a servi de langage diplomatique Nous pensions ces temps révolus. Nous pensions qu’aucune puissance n’oserait encore imposer sa volonté à coups de canons. Nous pensions que la souveraineté d’un peuple ne pouvait plus être piétinée aussi ouvertement. Nous affirmons aujourd’hui que la souveraineté haïtienne n’est pas négociable. Le peuple haïtien est le seul légitime à décider de son destin, de ses institutions, de son avenir. Toute intervention contraire constitue une violation flagrante de notre droit à l’autodétermination et une aggravation directe de la crise. Haïti n’a pas besoin de navires de guerre. Haïti n’a pas besoin de menaces. Haïti n’a pas besoin de tutelle. Haïti a besoin de respect. Haïti a besoin de souveraineté. Haïti a besoin de liberté. Les décisions américaines à l’égard des Haïtiens, que ce soit sur leur propre territoire ou en Haïti, révèlent une distance qui n’est plus seulement politique : elle est morale. Et c’est cette rupture morale, profonde et persistante, qui rend toute promesse de “solution” non seulement illusoire, mais radicalement suspecte.

  • Les immigrants haïtiens : entre la brutalité de l’administration américaine et la force solidaire de leurs communautés.

    Par : Novavox, Notre Éditorial.- Dernière Heure : ANA C. REYES, Juge de district des États‑Unis, accorde la requête de suspension déposée en vertu de 5 U.S.C. § 705, Dkt. 81 et, en conséquence, suspend (c’est‑à‑dire reporte) la date d’entrée en vigueur de la décision de la Secrétaire du Department of Homeland Security, Kristi Noem, mettant fin à la désignation d’Haïti pour le Temporary Protected Status (TPS), 90 Fed. Reg. 54733 (28 novembre 2025) (la « Résiliation »),dans l’attente du contrôle judiciaire. Pendant la durée de la suspension, la Résiliation est nulle, sans effet et dépourvue de toute portée juridique. Elle n’affecte donc aucune des protections et prestations précédemment conférées par la désignation TPS, y compris: l’autorisation de travail et la protection contre la détention et l’expulsion. La période de validité des autorisations de travail est prolongée pendant toute la durée du sursis, conformément à 8 U.S.C. § 1254a(a)(1)–(2), (d)(4). La Résiliation n’a aucune incidence non plus sur l’éligibilité à l’autorisation de travail ou à la protection contre la détention et l’expulsion pour les personnes, le cas échéant, dont les demandes sont toujours en cours d’examen. À un jour du 3 février, date butoir pour l’expiration du TPS accordé aux Haïtiens, l’anxiété atteint son paroxysme au sein des communautés haïtiennes de la diaspora. L’incertitude quant à l’avenir, la peur de ruptures familiales et l’angoisse d’un possible retour à la précarité plongent des milliers de familles dans une attente insoutenable, où chaque heure semble peser davantage que la précédente. Les Haïtiens, happés par l’engrenage d’une immigration discriminatoire et par une situation nationale saturée de violence et d’incertitude, s’accrochent à leur humour corrosif pour ne pas sombrer. Ils se disent "suspendus entre deux échéances, le 3 et le 7 février", toutes deux aussi improbables l’une que l’autre quant à l’espoir d’une issue réellement favorable. Entre‑temps, la brutalité de l’administration Trump éclate au grand jour dans les grandes villes américaines, où des foules exaspérées envahissent les rues pour exiger la fin de la répression contre les immigrants. Même au Congrès, les voix s’élèvent pour réclamer des changements. À l’instant où nous écrivons, un shutdown partiel paralyse Washington, conséquence directe du bras de fer autour du financement d’ICE. Les signaux s’accumulent : les politiques migratoires de Trump sont désormais scrutées de près et commencent à se retourner contre leurs propres architectes. Récemment, Liam Ramos, un garçon de cinq ans arrêté et emprisonné par ICE au Minnesota, est devenu le symbole de la colère grandissante contre les politiques migratoires. Malgré l’indignation nationale, il a fallu douze jours pour obtenir sa libération. Le Département de la Justice, loin d’exprimer la moindre gêne, a même annoncé son intention de faire appel de cette décision. L’épisode révèle, avec une brutalité presque clinique, que la machine migratoire américaine fonctionne désormais en roue libre, insensible aux drames humains qu’elle engendre. Tel est le décor dans lequel se joue le sort de 330 000 immigrants haïtiens, dont le seul “crime” est d’avoir échappé à la violence des gangs et de contribuer, jour après jour, à l’économie de leur pays d’accueil. Fort heureusement, Ayisyen pa pitimi san gadò Ils bénéficient de la solidarité agissante de leurs communautés, qui refusent de les laisser seuls face aux menaces. Ainsi, à Cleveland, dans l’Ohio, une importante manifestation s’est tenue le 30 janvier 2026 , rassemblant des membres de la communauté locale et leurs alliés venus exprimer leur solidarité avec les immigrants haïtiens. Cette mobilisation témoigne d’une vigilance collective qui s’organise pour protéger les plus vulnérables et dénoncer l’arbitraire des politiques migratoires. De même, un article du Miami Herald, publié le 29 janvier 2026 , a mis en lumière la contribution essentielle des bénéficiaires du TPS à l’économie des États‑Unis: « En 2021, 94,6 % des titulaires du TPS étaient employés, disposaient d’un pouvoir d’achat de 8 milliards de dollars et versaient 2,2 milliards de dollars en impôts. » Loin des caricatures véhiculées par certains discours politiques, le journal souligne que ces travailleurs soutiennent des secteurs entiers, acquittent leurs impôts, stabilisent des communautés et jouent un rôle déterminant dans la vitalité économique de nombreuses villes américaines. Cette réalité, désormais difficile à ignorer, fissure un peu plus le récit officiel qui présente ces populations comme un fardeau plutôt que comme une force vive. Les actions de l'administration républicaine révèlent une politique étrangère totalement déconnectée des réalités du terrain. Les impératifs sécuritaires écrasent les principes humanitaires et le droit international est réduit à un simple levier au service d’une logique migratoire fondée sur le déni, la dissuasion et l’abandon. Dans un tel paysage, parler de confiance relève presque de la naïveté. Comment compter sur des acteurs qui se montrent si radicalement étrangers et si ouvertement indifférents à nos souffrances, à nos urgences et à nos combats les plus élémentaires. Comment croire qu’ils pourraient contribuer à la résolution de nos problèmes nationaux alors même qu’ils refusent d’en reconnaître la profondeur et la dignité humaine qu’ils impliquent. Leur distance n’est pas seulement politique, elle est morale. Et c’est cette fracture morale qui rend toute promesse de "solution" profondément suspecte. La question de l’immigration haïtienne relève désormais des urgences nationales. Il revient aux Haïtiens eux‑mêmes d’y répondre, de fixer les priorités, et de tracer les voies de sortie.

  • Ce n'est plus une question de droit,qui structure le rapport entre le CPT et le PM Didier Alix Fils aimé

    Par: Sonet Saint-Louis av. Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique. Professeur de philosophie - Université du Québec à Montréal L a mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement actuellement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, bien que la fonction de Premier ministre soit prévue par la Constitution de 1987, constitue en réalité, au regard du décret portant création de cette entité, un organe de transition. Cette solution, parmi d’autres adoptées à la suite de l’assassinat du président Jovenel Moïse, s’explique précisément par l’absence de réponse constitutionnelle à la crise prolongée que traverse le pays.Les institutions républicaines, notamment le Sénat et la Chambre des députés, étaient déjà en situation de dysfonctionnement sous l’administration du président Moïse, en raison de l’absence d’élections organisées dans les délais constitutionnels. À son départ brutal du pouvoir, il était donc impossible de désigner constitutionnellement un successeur. L' article 149 n' est pas une invitation à la transition L’article 149 de la Constitution, dont se réclamait le Premier ministre Ariel Henry pour conserver la plénitude du pouvoir exécutif, n’était pas applicable en l’espèce. Cette disposition vise à garantir la continuité constitutionnelle et démocratique de l’État, non à encadrer une transition politique issue d’une rupture institutionnelle. Dans la tradition constitutionnelle et politique haïtienne, la fonction de Premier ministre est intimement liée à l’existence d’un Parlement fonctionnel. L’inexistence de l’un entraîne nécessairement celle de l’autre. Il est juridiquement et constitutionnellement anormal de maintenir un poste de Premier ministre en l’absence des Assemblées parlementaires. Une telle situation engendre de lourdes conséquences sur le plan institutionnel, car le Parlement constitue la première instance de contrôle de l’action gouvernementale en Haïti. Nous sommes ainsi confrontés à une configuration préoccupante : un pouvoir exécutif qui légifère par décrets sur l’ensemble des questions d’intérêt public, tout en s’auto-contrôlant. Il s’agit là d’une gouvernance sans éthique, caractéristique d’un modèle malheureusement privilégié par certaines élites dirigeantes, où des gouvernements issus du suffrage populaire sont renversés pour être remplacés par des régimes de facto, dépourvus de mandat démocratique. La constitution ne s' applique pas à un régime transitoire La lutte de pouvoir entre le Conseil présidentiel de transition et la Primature dirigée par Alix Didier Fils-Aimé met en lumière les limites et les contradictions d’une gouvernance de fait, résultant d’un bricolage juridique destiné à conférer une apparence de légalité à un pouvoir établi en dehors des normes démocratiques. La fonction de Premier ministre, telle que prévue par la Constitution de 1987, n’a jamais été conçue pour s’exercer dans le cadre d’un gouvernement de transition ou éphémère. Elle s’inscrit dans une logique démocratique et constitutionnelle précise. Le Premier ministre est un gouvernant, non un simple fonctionnaire de l’État. La Constitution lui attribue des compétences distinctes et séparées de celles du président de la République, dans le cadre d’un exécutif bicéphale. Le Premier ministre constitue le contrepoids institutionnel du président de la République. Il ne lui est pas subordonné. Aucun lien hiérarchique n’existe entre ces deux chefs de l’exécutif. La Primature, au même titre que la Présidence, est une institution démocratique et républicaine. En démocratie, gouverner suppose la détention d’un mandat populaire. Le président de la République tire sa légitimité de son élection au suffrage universel et engage sa responsabilité politique devant le peuple. Le Premier ministre, quant à lui, tient sa légitimité des Assemblées parlementaires, qui lui confèrent un mandat à travers la ratification de sa déclaration de politique générale. Ce mandat l’autorise à conduire l’action gouvernementale et peut lui être retiré en cas d’insatisfaction, par le biais des mécanismes de responsabilité parlementaire. Réponse politique et juridique reformulée La polémique autour du renvoi ou du maintien du Premier ministre, à l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), ne traduit pas une véritable incertitude juridique. Elle met surtout en lumière un rapport de force politique qui cherche à se présenter comme un débat de droit. Or, en période de transition, le droit ne peut pas être invoqué à géométrie variable selon les intérêts du moment. La légitimité politique du premier ministre La source de la légitimité du Premier ministre de transition Le Premier ministre actuel n’a pas été choisi par un président élu au suffrage universel, ni investi à travers un processus parlementaire régulier, comme le prévoit normalement la Constitution de 1987. Sa légitimité est exclusivement dérivée : de l’accord politique du 3 avril 2024, du décret instituant le CPT, et de la décision politique du CPT. Dans ces conditions, se prévaloir de dispositions constitutionnelles conçues pour un ordre institutionnel normal afin de prolonger un pouvoir issu d’un cadre transitoire revient à dénaturer l’esprit même du droit constitutionnel. La continuité de l’État ne signifie pas la continuité indéfinie des autorités de transition. L’échéance du 7 février 2026 et la caducité du dispositif transitoire À la date du 7 février 2026, l’ensemble des institutions et autorités issues de la transition devient périmé : le CPT, le gouvernement, et toute autorité qui tire sa légitimité de cet arrangement. Il serait donc incohérent de soutenir que le CPT a une durée déterminée, tandis que le Premier ministre pourrait subsister sans limite. Une telle thèse n’est pas juridique : elle relève d’une fiction politique. Qui a compétence pour révoquer le Premier ministre ? En régime constitutionnel normal, la responsabilité politique du Premier ministre s’exerce devant le Parlement. Mais dans le cadre de la transition, un organe de contrôle spécifique (présenté comme OCAG de transition) était censé jouer ce rôle. Or, cet organe n’a jamais été mis en place. À défaut, le pouvoir de contrôle revient nécessairement à l’autorité qui a nommé : le CPT. Cette logique est d’ailleurs conforme au principe selon lequel l’autorité de nomination exerce aussi, en général, un pouvoir de révocation selon des procédures analogues. Surtout, le droit ne saurait être appliqué de façon différente selon les personnes. Si le CPT a pu procéder au remplacement de Garry Conille, il n’existe pas de justification juridique solide permettant d’affirmer qu’il ne pourrait pas agir de la même manière dans le cas de Didier Fils-Aimé. À défaut, on admettrait une variation arbitraire de la règle de droit. La question de la responsabilité politique : devant qui répond le Premier ministre ? Il est juridiquement contestable de prétendre que le Premier ministre ne peut être renversé que par un organe de contrôle qui n’a jamais existé. On ne peut pas exiger d’un responsable politique qu’il rende compte devant une institution fictive. En réalité, une telle lecture aboutit à une conséquence grave : elle confère au Premier ministre une forme d’irresponsabilité politique, contraire à tout principe de gouvernance, même transitoire. Les pressions internationales et le risque d’ingérence La position américaine, même si elle s’explique par un argument d’opportunité (ne pas bouleverser l’exécutif à quelques jours de l’échéance), soulève une autre question : celle de la limite entre accompagnement et ingérence. On ne peut pas, d’un côté, reconnaître au CPT le pouvoir de nommer un Premier ministre, et de l’autre, contester son pouvoir de le révoquer, surtout lorsque cette compétence a déjà été exercée sans provoquer les mêmes réactions. Cette asymétrie est d’abord politique, ensuite diplomatique, et seulement en apparence juridique. L’impératif d’un nouvel accord après le 7 février 2026 Au-delà du 7 février 2026, aucune solution stable ne peut être trouvée sans un nouvel accord politique définissant clairement : la gouvernance post-transition, la durée des mandats, et des mécanismes de contrôle réellement opérationnels. Toute prolongation unilatérale sous couvert de “gestion des affaires courantes”, sans base politique reconnue, aggraverait la crise de légitimité et approfondirait le déficit de souveraineté. Nécessité d' un nouvel accord politique La question du renvoi ou du maintien du Premier ministre ne peut pas être traitée uniquement à partir de textes juridiques isolés de leur contexte. Elle illustre une réalité connue : le droit n’est pas neutre. Son interprétation et son application reflètent des choix politiques et des rapports de force. Refuser au CPT la possibilité de révoquer le Premier ministre qu’il a lui-même nommé, tout en admettant qu’il a eu le pouvoir de le désigner, revient à installer une incohérence institutionnelle dangereuse. Le pays ne peut sortir de l’impasse qu’en assumant une vérité simple : à l’échéance, c’est un nouvel accord politique, clair et publié, qui doit fonder la gouvernance. La mobilisation sociale est la réponse Tenant compte aux différentes positions juridiques déjà exprimées, ma démarche s’inscrit dans l’analyse féministe du droit, qui constitue une véritable déconstruction du positivisme juridique ayant dominé la pensée juridique moderne. Elle démontre — positivisme souvent mal compris dans nos cercles juridiques en Haïti — que la prétendue neutralité du droit masque une structure de rapports de pouvoir. Par rapport aux questions précédentes, j’avance donc l’hypothèse que certaines explications relatives au renvoi ou au maintien du Premier ministre cachent ou révèlent les intérêts de certaines forces souterraines, en contradiction avec les intérêts nationaux, et que la transformation politique et sociale souhaitée, dans le contexte actuel de cette crise aiguë, ne peut venir que par la mobilisation de forces sociales non inféodées aux acteurs en présence, afin de faire échec au projet néocolonial. Il n’est plus question de Constitution ni de décret portant création du Conseil présidentiel de transition. Le minimum de droit invoqué pour expliquer la situation actuelle n’est plus applicable. Le minimum de droit que l’on croyait avoir est remplacé par la force. La question est politique, non juridique : une politique qui n’est pas encadrée. Nous sommes dans la logique de la force. Le droit international, qui structure les rapports entre les États et reconnaît la souveraineté des États d’agir sans contraintes et en fonction de leurs intérêts, n’existe plus. Cette réalité, on la voit chaque jour dans le monde. Dans le cas d’Haïti, elle est donc brutale. Le CPT perdra le combat face à Didier Fils- aimé pour toutes les raisons que l’on sait. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas la compétence de renvoyer le Premier ministre, mais parce que, précisément, les rapports de force lui sont défavorables. Il doit obéir, au risque de disparaître ! Certains Haïtiens sont indignés par les sanctions américaines à l’encontre des conseillers qui ont signé la résolution de révocation du Premier ministre. Ils n’ont certainement pas tort ! Mais pouvons-nous apporter notre solidarité à des dirigeants qui ont conduit notre pays à la déchéance ? La question est à la fois bouleversante et gênante pour un patriote qui aime son pays. La nécessité d' un droit de manoeuvre Dans les rapports avec les puissances du moment, on peut toujours évoquer le droit international, qui reconnaît l’égalité souveraine des États, mais il n’est pas un outil de protection. Le droit international des règles a remplacé le droit international du droit. C' est le grand basculement ! Les intérêts des grandes puissances imposent la logique de la force pour imposer leurs sujets aux pays faibles, qui se révèlent ainsi incapables de se défendre face aux menaces de sanctions, ou face à des sanctions réelles qu’on leur inflige. Nous sommes dans un champ de rapports de force où les sanctions économiques et militaires sont agitées sans cesse pour vaincre les moindres résistances internes. Face à cette réalité, dans le cadre d’un droit de manœuvre, d’un droit de gestion limité, qui doit nous dicter le comportement à adopter face aux menaces de toutes sortes, il faut la ruse et la séduction. La ruse est dolosive en droit civil et en matière contractuelle, mais elle est parfaitement compréhensible en droit international dominé par la force. Elle est une technique pour confondre l’adversaire par l’intelligence plutôt que par la force dont on ne dispose pas. Haïti ne dispose ni de flux financiers, ni de bombe atomique. Elle n’a aucune force militaire pour inspirer la crainte ni imposer sa décision. C’est un pays pauvre que la géographie a placé sur la route des États-Unis. Nous devons être intelligents pour que cette proximité géographique ne devienne pas une fatalité. La séduction, la ruse, est l’outil de l’intelligence pour maîtriser la question internationale. Le réveil a sonné Il était donc important dans le cadre de cette analyse de démasquer quelques biais juridiques, car la question n’est pas sur le terrain du droit. Il me semble que le Conseil présidentiel a été formé par l’international pour satisfaire les appétits de pouvoir de certains groupes qui se croyaient dominants dans la société haïtienne, tout en éloignant les perspectives d’un retour à l’État de droit par l’organisation des élections libres et transparentes. Tout a été fabriqué pour éliminer une classe politique qui s’est révélée totalement inutile et incompétente, incapable de changer et d’évoluer. « L’étranger est trompeur et diviseur », a écrit le Dr Louis-Joseph Janvier, l’une des plus belles têtes que notre pays ait jamais produites. La communauté internationale n’est ni à gauche ni à droite : elle met en œuvre sa stratégie pour Haïti en fonction de ses intérêts. Dans cette conjoncture où les Haïtiens n’ont pas la maîtrise de leur destin, se pose la question de la transparence des élections à venir dans notre pays, où l’érosion de la souveraineté s’observe dans plusieurs secteurs de l’État. L’avenir d’Haïti est sur les genoux des dieux. Malgré les incertitudes du moment, il nous faut préparer le printemps du peuple, puisque nous sommes à la bonne saison. Cette transition fait tomber les masques comme des fruits mûrs. Nous sommes à l’heure des choix, et des bons choix. La pâte est mauvaise, et elle sera toujours mauvaise. Cette élite aux actions tristes et négatives a fait son temps. Avec la préparation des classes, les élites décentralisées qui naîtront de cette crise prépareront la voie à la rédemption prochaine de notre patrie. Car ceux qui croient être aujourd’hui à la manœuvre ne contrôleront pas ce qui adviendra demain. Ce qui viendra aura une autre réalité, qui engendrera de nouvelles perspectives : elles briseront les tendances actuelles et les pratiques indécentes, et ouvriront l’avenir à d’autres possibilités, changeantes. C’est dans cette démarche que s’inscrit notre combat pour changer la vie en Haïti.

  • Quand la mémoire du père se heurte à la trajectoire du fils : le cas Fils‑Aimé

    Par : Alain Zéphyr, Sociologue Résumé: Cet article propose une analyse sociohistorique et psychopolitique de la rupture entre l’héritage militant d’Alix Fils-Aimé, figure majeure de la gauche radicale haïtienne, et les orientations politiques adoptées par son fils, Alix Didier Fils-Aimé, actuellement Premier ministre d’Haïti. Mobilisant les théories de la transmission intergénérationnelle, les approches bourdieusiennes du champ politique, les travaux sur la mobilité élitaire en contexte post-autoritaire et les modèles psychologiques de différenciation identitaire, l’étude met en lumière les mécanismes structurels et subjectifs qui transforment cette rupture en reniement symbolique. Introduction : une dissonance biographique devenue question publique L’histoire politique haïtienne est marquée par une succession de régimes autoritaires, d’interventions étrangères et de mobilisations populaires, qui ont profondément structuré les trajectoires individuelles et les dynamiques familiales. Depuis l’occupation américaine de 1915 à 1934, la question de la souveraineté nationale et de la résistance à l’ingérence extérieure constitue un axe central de la culture politique haïtienne. La figure de Charlemagne Péralte, chef de la résistance armée contre les Marines, est devenue un symbole fondateur de l’imaginaire nationaliste, tandis que la mémoire de sa trahison par Jean-Baptiste Conzé continue d’alimenter les représentations collectives de la loyauté et de la défection. Dans ce contexte, la période duvaliériste (1957–1986) a produit une génération de militants dont l’engagement s’est souvent exprimé dans la clandestinité, l’exil ou la confrontation directe avec l’État autoritaire. Parmi eux, Alix Fils-Aimé père occupe une place singulière. Figure marquante de la gauche radicale, il s’est illustré par des actions spectaculaires, notamment l’enlèvement, en 1973, d’un ambassadeur américain en Haïti, une opération conduite dans un contexte de répression féroce et visant à obtenir la libération de prisonniers politiques croupissant dans les geôles de la dictature macoute. Cet acte, inscrit dans une logique de lutte anti-impérialiste, a renforcé son statut d’icône militante dans une période où la résistance au régime et à ses soutiens internationaux constituait un marqueur identitaire fort. La transition post-duvaliériste n’a cependant pas produit une consolidation démocratique stable. Les décennies suivantes ont été marquées par une fragilité institutionnelle persistante, une dépendance croissante envers les bailleurs internationaux et une profonde recomposition du champ politique. L’internationalisation des dispositifs de gouvernance, qu’il s’agisse des Nations unies, de l’OEA, des programmes de coopération bilatérale ou des ONG, a progressivement redéfini les critères de légitimité politique, privilégiant les compétences technocratiques et les réseaux transnationaux au détriment des répertoires militants traditionnels. C’est dans ce paysage transformé qu’émerge la trajectoire d’Alix Didier Fils-Aimé, fils du militant radical. Formé dans des institutions universitaires américaines et engagé dans des activités entrepreneuriales avant son entrée en politique, il incarne une nouvelle génération d’élites haïtiennes socialisées dans un environnement globalisé. Son accession au poste de Premier ministre, en novembre 2024 , s’inscrit dans un contexte de crise multidimensionnelle, à la fois sécuritaire, institutionnelle et économique, où la coopération internationale est devenue un élément incontournable de la gouvernance. Cette trajectoire, perçue par une partie de l’opinion comme en rupture avec l’héritage paternel, soulève des interrogations récurrentes dans l’espace public haïtien. Comment expliquer qu’un héritier d’une tradition militante anti-impérialiste adopte une posture politique perçue comme alignée sur les attentes de l’establishment international ? Comment comprendre la dissonance entre mémoire familiale, socialisation individuelle et repositionnement élitaire ? Et dans quelle mesure cette rupture reflète-t-elle des transformations structurelles plus larges du champ politique haïtien ? De ces questions découle l’analyse que cet article entreprend. 2 . Cadre théorique 2.1. Transmission intergénérationnelle et filiation politique Les travaux de Mannheim (1952), de Bourdieu et Passeron (1970) ainsi que d’Olick (2007) montrent que la transmission politique n’est jamais linéaire. Elle peut donner lieu à des dynamiques de reproduction, de transformation ou d’inversion. Dans les familles marquées par une figure héroïsée, l’inversion, comprise comme une rupture stratégique ou identitaire, apparaît fréquemment, car elle permet au descendant de se dégager d’un héritage saturé symboliquement. 2.2. Le champ politique haïtien : dépendance, internationalisation et reconfiguration des capitaux Dans une perspective bourdieusienne (Bourdieu, 1994), le champ politique haïtien contemporain se caractérise par une faible autonomie à l’égard des acteurs internationaux, une forte dépendance aux bailleurs et une reconfiguration des capitaux légitimes. Les compétences et stratégies utilisées par les militants, qui étaient centrales dans les années 1960 à 1990, sont progressivement remplacées par des compétences technocratiques et des connexions internationales, désormais plus valorisées. 2.3. Psychologie sociale : différenciation identitaire et surcompensation Les modèles proposés par Tajfel et Turner (1979) ainsi que par Brewer (1991) montrent que les individus issus de lignées prestigieuses peuvent développer des stratégies de surcompensation identitaire afin d’échapper à la domination symbolique exercée par un parent héroïsé. La rupture politique devient alors un mécanisme d’autonomisation subjective et de différenciation. 2.4. Mobilité élitaire et normalisation post‑autoritaire Les travaux de Higley et Burton (2006) ainsi que ceux de Linz et Stepan (1996) soulignent que les enfants de militants radicaux adoptent fréquemment des trajectoires de normalisation ou de technocratisation, en particulier lorsqu’ils bénéficient d’une socialisation internationale. Cette mobilité élitaire favorise l’intégration dans des espaces institutionnels plus stabilisés et contribue à la redéfinition des formes contemporaines de légitimité politique. 3. Analyse 3.1.Continuités invisibles : un héritage stratégique plutôt qu'idéologique Malgré la rupture idéologique apparente, certaines continuités demeurent sous la surface. Le sens aigu des rapports de force, la capacité à évoluer dans des configurations politiques instables et la compréhension des dynamiques internationales constituent un capital stratégique transmis de manière informelle. Le fils hérite ainsi moins d’un corpus doctrinal que d’un savoir-faire politique, forgé dans la confrontation et la nécessité d’anticiper les mouvements adverses. L’héritage se déplace donc du plan idéologique vers celui des dispositions pratiques, révélant une continuité discrète mais structurante. 3.2. Rupture idéologique : de l’anti-impérialisme à la gouvernance internationale La posture du père reposait sur la confrontation directe, la dénonciation de l’ingérence et l’affirmation d’une souveraineté radicale. À l’inverse, le fils adopte une orientation fondée sur la coopération internationale, la modération technocratique et la mobilisation de réseaux transnationaux. Ce déplacement n’est pas seulement programmatique ; il est perçu comme une défection symbolique, d’où les comparaisons historiquement lourdes avec Jean‑Baptiste Conzé, figure associée à la compromission avec les puissances étrangères. La rupture idéologique devient ainsi un marqueur identitaire, interprété à travers les tensions persistantes entre souveraineté nationale et dépendance internationale. 3.3. La mémoire collective haïtienne comme cadre d’interprétation Dans un pays profondément marqué par l’occupation américaine et par la résistance de figures comme Charlemagne Péralte, la relation aux États-Unis constitue un référent identitaire central. Toute proximité avec Washington est immédiatement lue à travers un prisme mémoriel où se rejouent les traumatismes de la domination étrangère. La divergence entre père et fils s’inscrit donc dans un imaginaire collectif saturé d’histoire, qui amplifie la perception de trahison et transforme une différence de trajectoire en enjeu symbolique national. La mémoire agit ici comme un filtre interprétatif qui surdétermine les lectures politiques contemporaines. 3.4. La mobilité sociale comme moteur de la dissonance La formation américaine, l’expérience entrepreneuriale et l’intégration dans des réseaux transnationaux produisent chez le fils un habitus élitaire globalisé, difficilement compatible avec l’héritage militant du père. La dissonance ne relève donc pas uniquement d’un choix politique : elle est inscrite dans des trajectoires sociales divergentes, dans des modes de socialisation opposés et dans des univers de référence distincts. Le conflit entre héritage militant et capital technocratique reflète ainsi une transformation plus large des élites haïtiennes, prises entre les exigences de la gouvernance internationale et les mémoires politiques nationales. 4. Discussion : La rupture comme phénomène structurel et mémoriel La divergence entre les deux trajectoires ne relève pas d’un choix individuel isolé, mais s’inscrit dans un ensemble de transformations profondes : mutation du champ politique, reconfiguration des élites, internationalisation des normes de gouvernance, déclin du capital militant et montée du capital technocratique. La rupture père/fils apparaît ainsi comme un effet de structure, produit par des dynamiques historiques et institutionnelles qui excèdent largement les acteurs eux‑mêmes. Cependant, cette rupture ne peut être pleinement comprise sans la replacer dans le cadre plus large de la mémoire collective haïtienne, qui continue de structurer les perceptions politiques contemporaines. Cette mémoire ne se limite pas à informer les représentations : elle génère des attentes normatives. Le fils d’un militant radical est implicitement sommé de prolonger l’héritage paternel, d’incarner la continuité d’une lutte, de maintenir vivante une tradition de résistance. Lorsque cette continuité se rompt, la divergence est interprétée non comme une adaptation aux transformations structurelles, mais comme une défection, voire une trahison. Le jugement social naît alors du décalage entre, d’une part, les logiques objectives du champ politique, désormais dominé par les compétences technocratiques et les injonctions internationales, et, d’autre part, les logiques subjectives de la mémoire nationale, qui valorisent la confrontation, la souveraineté et la fidélité à l’héritage militant. Ainsi, la rupture père/fils ne peut être appréhendée qu’en articulant structure et mémoire : structure, parce que les conditions de production de la légitimité politique ont profondément changé ; mémoire, parce que ces changements sont évalués à l’aune d’un passé héroïsé qui continue de peser sur les imaginaires. La dissonance entre ces deux registres explique la charge symbolique particulière attribuée à cette divergence, qui dépasse largement les individus concernés pour toucher à des enjeux plus vastes de souveraineté, d’identité et de continuité historique. 5. Conclusion L’analyse du cas Fils-Aimé montre que la dissonance intergénérationnelle en politique haïtienne ne peut être comprise qu’en articulant les logiques de transmission familiale, les transformations du champ politique, les dynamiques de mobilité élitaire,les processus de différenciation identitaire et les cadres mémoriels collectifs. La rupture entre l’héritage militant du père et le repositionnement internationalisé du fils ne saurait être réduite à un reniement individuel; elle constitue plutôt l’indice d’un ensemble de tensions structurelles qui traversent la société haïtienne contemporaine. Surdéterminée par une mémoire collective qui continue de valoriser les répertoires héroïques de résistance, cette rupture dépasse le simple registre du constat factuel pour être investie comme une véritable transgression Bibliographie Sociologie politique et théorie du champ • Bourdieu, P. (1994). Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action. Paris : Seuil. • Bourdieu, P. (2000). Propos sur le champ politique. Lyon : Presses Universitaires de Lyon. • Bourdieu, P. & Passeron, J.-C. (1970). La reproduction. Paris: Minuit. Mémoire, transmission et générations • Mannheim, K. (1952). Essays on the Sociology of Knowledge. London : Routledge. • Olick, J. (2007). The Politics of Regret. New York: Routledge. • Halbwachs, M. (1950). La mémoire collective. Paris: PUF. Psychologie sociale et identité • Tajfel, H. & Turner, J. (1979). “An Integrative Theory of Intergroup Conflict”, in The Social Psychology of Intergroup Relations. Monterey : Brooks/Cole. • Brewer, M. (1991). “The Social Self: On Being the Same and Different at the Same Time”. Personality and Social Psychology Bulletin, 17(5). Élites, transitions et post‑autoritarisme • Higley, J. & Burton, M. (2006). Elite Foundations of Liberal Democracy. Lanham : Rowman & Littlefield. • Linz, J. & Stepan, A. (1996). Problems of Democratic Transition and Consolidation. Baltimore: Johns Hopkins University Press. Anthropologie politique et Haïti • Trouillot, M.-R. (1990). Haiti: State Against Nation. New York : Monthly Review Press. • Dubois, L. (2012). Haiti: The Aftershocks of History. New York: Metropolitan Books.

  • Du Cri de Liberté à l’Impasse : Le destin trahi du 7 Février 1986

    Par : Jacques Charlemagne Membre de : Efforts Solidarité pour Construire une Alternative Nationale et Populaire (ESCANP), Réseau des Organisations de la Zone Ouest (ROZO), RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE (RED). « Il ne suffit pas d’avoir soif pour faire jaillir la source. Il est nécessaire de gratter la terre jusqu’au plus profond de ses entrailles, et de ses propres mains, pour en faire sourdre l’eau. » Rony Lescouflaire, poète emprisonné.- La Conquête d'une Parole ​ Le 7 février 1986 ne fut pas seulement la chute d'une dynastie de 29 ans ; ce fut l'instant de rupture où le peuple haïtien a tenté de reprendre possession de sa souveraineté. Ce jour marque la fin du régime dictatorial des Duvalier, une période de répression et de corruption qui a duré près de trois décennies sous François "Papa Doc" Duvalier et son fils Jean-Claude "Baby Doc" Duvalier. La chute de cette dynastie a été le résultat de soulèvements populaires et de pressions internationales, ouvrant la voie à une tentative de démocratisation et de renouveau politique en Haïti . Ce mouvement a été caractérisé par la spontanéité des masses et l'avènement d'une « parole libérée ». ​ Comme l'analysait Marta Harnecker dans ses travaux sur le rapport entre mouvement de masse et direction politique, les mouvements spontanés rencontrent rapidement leurs limites en l'absence d'une avant-garde sérieuse et d'une direction politique claire. Pourtant, cette période a vu l'éclosion d'une pléiade d'initiatives démocratiques, allant du CONACOM au Front National de Concertation (FNC) . À cette époque, un courant progressiste puissant portait les idéaux de gauche, soutenu par des structures dynamiques telles que: ​La Fédération Nationale des Étudiants Haïtiens (FENEH); L'Assemblée Populaire Nationale (APN) ;​La Coordination Nationale de l'organisation Tèt Kole Peyizan Ayisyen (TK);​ Ayiti pap Peri — Saj Veyo ;L'Alliance Nationale des Organisations Populaires (ANOP);​ Le mouvement Unité du Peuple des Cayes (MUPAC) ;​Le Konbit Moun Endepandan pou liberasyon frè nou yo (KONBIT KOMILFO); ​Le Komite Defans Enterè Nasyonal (KODENA) ;​La Solidarité Fanm Ayisyen (SOFA) et KAY FANM; Kòdinasyon Rejyonal Òganizasyon Sidès (KROS); La Plate-forme de Plaidoyer pour un développement Alternatif (PAPDA);​ La Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits Humains (POHDH);​ Programme pour Une Alternative de Justice (PAJ); FONHADES avec le Père Jean-Marie Vincent; L’Union Nationale des Normaliens Haïtiens (UNNOH) ; Batay Ouvriye et l'Organisation des Travailleurs/euses Révolutionnaires (OTR) et autres. ​Ces organisations, aux côtés de médias piliers comme Radio Haïti Inter — voix de la conscience citoyenne et nationale —, Radio Soleil, Radio Kiskeya, et le journal de combat Haïti Progrès, faisaient converger toutes les forces vers un changement réel et en profondeur. ​ L’Expérience Lavalas : Un Projet d'Espoir Trahi ​ Après des années d’agitation, d'insécurité, de coups d’État et de répression féroce, l’expérience Lavalas a émergé comme une lueur d'espoir. Pourtant, ce qui devait être une rupture avec le passé s'est transformé en un projet d'espoir trahi par un populisme dévoyé. ​Il est impératif de souligner que le chaos que nous vivons aujourd'hui est le prolongement direct de cette mauvaise gouvernance instaurée par le courant Lavalas. Ce mouvement, en s'écartant de ses idéaux initiaux pour s'asservir aux intérêts de la classe dominante et aux agendas impérialistes, nous a conduits à ce carrefour dangereux. Aujourd'hui, l'impasse est totale, car presque tous les politiciens, qu'ils soient issus ou non de cette mouvance, se sont fondus dans une alliance contre-nature avec le parti terroriste PHTK. Cette coalition d'intérêts, au mépris du bien-être de la population, maintient les mêmes pratiques de corruption et de violence, scellant ainsi la trahison des aspirations populaires de 1986. ​ Un Symbole Vidé de sa Substance Le 7 février, jadis flambeau de rupture et d’espérance, n’est plus qu’une date exsangue. La nation suffoque sous la mainmise de politiciens corrompus, réduits à l’état de courtiers serviles, enchaînés par des tractations obscures aux volontés des puissances impérialistes et d’un secteur privé prédateur — pantins dociles d’une communauté internationale qui orchestre, entretient et capitalise sur notre mal-être. Tandis que le peuple survit dans une misère infra-humaine, la classe politique gère un statu quo mortifère. ​ Le Malaise de la Gauche : Le Piège du Sectarisme ​ Un constat douloureux s’impose : aujourd'hui, les progressistes et la gauche ne sont plus acteurs, ni même observateurs de cette crise. Pour ne pas dire qu'ils sont inexistants. L'échec réside dans un sectarisme chronique et une division en « chapelles politiques » qui s'autoproclament avant-gardes alors qu'elles ne sont plus que des symboles vides. Comme l’analysait Antonio Gramsci, elles n'ont plus aucun lien organique avec les masses." Gramsci, un philosophe et théoricien politique italien, a développé le concept d'« hégémonie culturelle ». Selon lui, les classes dominantes maintiennent leur pouvoir non seulement par la force, mais aussi en obtenant le consentement des masses à travers la culture et les institutions. Lorsqu'une organisation politique perd son lien organique avec les masses, elle cesse de représenter leurs intérêts et devient inefficace dans la lutte pour le changement social. ​Ce narcissisme idéologique a coupé ces organisations de leur base et de leur combat, laissant le champ libre aux forces réactionnaires et à la corruption. Les masses deviennent des laissés-pour-compte dans une crise systémique, avec une « avalanche de cadavres sur les bras », pour reprendre l’esprit de Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre. Ils sont des éternels condamnés. Pour un Renouveau Démocratique à la Hauteur de 1804 ​Il est urgent de retrouver la « vocation d'élite » chère à Jean Price-Mars. En tirant les leçons de nos échecs passés, nous devons construire un réel projet démocratique et un horizon d'espoir à la hauteur de la bataille de 1804. À ce carrefour décisif, où sont passés les intellectuels, les progressistes et la gauche combative ? ​Le salut national ne viendra pas de l'extérieur, mais d'un sursaut interne. ​Cet article est un appel à toutes les forces vives pour un Renouveau Démocratique authentique. Il est temps de briser les chaînes du silence, du sectarisme et de la dépendance pour offrir enfin à Haïti une alternative nationale, populaire et souveraine.

  • L’Insulte et la Souveraineté : Lecture d’un Cri National

    Par: Novavox, Notre Éditorial.- Il arrive que des mots, lorsqu’ils sont justes, fassent plus que dénoncer : ils réveillent. Le texte de Hérold Jean‑François, intitulé L’Insulte et paru dans Le Nouvelliste le 26 janvier 2026 , appartient à cette catégorie rare. Il surgit à un moment où Haïti, déjà fragilisée, voit sa souveraineté contestée publiquement par des chancelleries étrangères qui s’autorisent à déclarer « nulle et non avenue » une décision pourtant conforme aux textes fondateurs du Conseil présidentiel de transition... Cette intrusion, frontale, assumée, et presque triomphante, agit comme une gifle symbolique, et c’est précisément cette gifle que l’auteur dissèque avec une indignation tenue, précise et implacable. Son texte ne se contente pas de réagir : il expose, il dévoile, il rappelle que l’insulte n’est pas seulement un mot, mais un acte de domination, et que cet acte, Haïti n’a plus à le tolérer. Ce que Jean‑François met en lumière c’est d’abord l’ingérence décomplexée de diplomates et dirigeants étrangers. En violation flagrante de la Convention de Vienne, ils s’immiscent dans les affaires internes d’Haïti comme si le pays n’était plus un État, mais un espace ouvert, une zone grise où les règles internationales cessent d’exister. Il rappelle que ces interventions ne sont pas des maladresses isolées, mais un effort concerté pour délégitimer une décision haïtienne. L’image est forte : Haïti chosifiée, réduite à un objet politique sans volonté propre. Mais l’auteur ne s’arrête pas là. Il pointe un autre phénomène, plus douloureux encore : la complicité active de certains responsables politiques haïtiens. Ceux qui, par ambition ou par dépendance, applaudissent ces ingérences, s’en vantent même, exhibant leurs contacts étrangers comme des trophées. Jean‑François les nomme sans détour : des traîtres à la patrie, des Ésaü modernes vendant l’honneur national pour un plat de lentilles. La métaphore biblique n’est pas gratuite: elle renvoie à la trahison intime, celle qui blesse plus profondément que l’attaque extérieure. La réflexion prend alors une portée historique. L’auteur rappelle que la République d’Haïti n’est pas née dans la soumission, mais dans la rupture radicale avec l’ordre esclavagiste. Elle a imposé au monde un principe nouveau : celui de la liberté inaliénable. Dès lors, accepter aujourd’hui que des puissances étrangères dictent la conduite de l’État revient à renier cette filiation, à piétiner l’héritage de 1804. C’est une blessure morale, une atteinte à l’âme nationale. Ce texte, avec sa colère lucide, agit comme un miroir tendu au pays. Il révèle nos failles institutionnelles, nos divisions internes, et notre incapacité à parler d’une seule voix. Mais il rappelle aussi que la dignité n’est pas négociable. Qu’aucune parcelle de pouvoir, surtout dans un pays où les gangs imposent leur loi, ne justifie la reddition morale. Que la souveraineté n’est pas un slogan, mais une exigence. En combinant indignation, analyse juridique, rappel historique et dénonciation politique, L’Insulte devient plus qu’un texte : c’est un appel au sursaut. Un rappel que le respect ne se demande pas, il s’impose. Et qu’Haïti, malgré ses blessures, doit retrouver la force de se tenir debout, non par orgueil, mais par fidélité à ce qu’elle est. À Novavox et au Renouveau Démocratique , nous souscrivons pleinement à l’appel lancé par Hérold Jean‑François en faveur d’un sursaut national pour la défense de la souveraineté. Dans notre éditorial intitulé « Haïti : ni soumise, ni vendue, portée par sa propre lumière », publié il y a trois jours, nous avons dénoncé ces interventions comme des actes de domination qui approfondissent la crise, parce qu’elles s’opposent frontalement à la volonté du peuple, qui réclame la paix, la justice et une démocratie réelle. Elles cherchent à étouffer la liberté, à neutraliser la souveraineté, à maintenir Haïti dans un état de dépendance permanente.

  • Révolution , encore sur la table? Ah, bon!

    Par: Wilfrid Supréna.- Chers amis, Cessons de jouer avec les mots. Quand nous parlons de Révolution et de leadership politique, essayons d’être sérieux et honnêtes avec nous mêmes et notre pays! Les problèmes ( économiques, sociaux et politiques) très graves de notre beau pays ne peuvent continuer á être posés avec autant de légèreté et mesurés à l’aune de la mauvaise césarienne politique de deux groupes rivaux sur rien qui ont fait leur temps au pouvoir et qui n’ont bougé d’un iota les structures vieillottes en train d’engloutir Haïti... Lavalas et PHTK, qu’on le veuille ou non, c’est du passé…Ils ont fait leur temps. Pourquoi chercher á les ressusciter? Quels avantages le pays en tirerait? Ce sont des cadavres socio politiques. Laissez les s’en aller de leurs propres blessures qu’ils ne pourront jamais cicatriser… D’un autre côté, la “ Révolution comme locomotive de l’histoire” ( Karl Marx) n’est pas un jeu d’enfants… Pas une marelle où les enfants en une minute crient après 10 Ciel. Les duvalieristes et les macoutes ont agité ce concept historico politique pendant 29 années, qu’en est il résulté? Où sont les institutions créées par les “ soit disantes “ Révolution politique pour le père et économique pour le fils qui ont résisté aux assauts répétés de la décomposition sociale générée par un pouvoir ayant fait fi à la pratique de la justice la plus élémentaire, la plus banale…? Le socle sur lequel s’asseoit une Révolution ou s’asseyent toutes les révolutions est entouré de couches rigides et indivisibles qu’on appelle “ valeurs” intrinsèques ou Humaines , acquises ou morales…Vision sereine non personnifiée mais généralisée. Toussaint Dominique Bréda plus tard Louverture ainsi que ses jeunes lieutenants, Moïse Louverture , Jean Jacques Duclos, Charles et Sanite Bélair, Maurepas, Christophe Henry, Férou, Toussaint Brave ont tous eu leur casier juridique vierge dans la colonie… La maréchaussée coloniale ne pouvait pointer le doigt sur le leadership politique et militaire des masses en servitude mais en rébellion dans la colonie de Février 1792 jusqu’à Novembre 1803 même pour un pain volé… L’ancien militaire, ex‑officier de la Police haïtienne et repris de justice en terre étrangère, qui se présente aujourd’hui comme le porte‑étendard d’une prétendue velléité révolutionnaire, n’a ni la capacité ni l’envergure nécessaires pour une telle entreprise. L’avenir du pays du peuple Haïtien ne peut être joué sur une table où les dés sont déjà ouvertement pipés... La Jeunesse Haïtienne dans cet environnement absolument délétère a besoin de repères et de modèles qu’elle peut suivre et non de parias que les forces néo coloniales et impérialistes indexeront sans hésiter pour continuer à humilier et isoler Haiti et son peuple… Les Révolutions celles qui ont marqué l’histoire de L’Humanité en Russie ( 1917) la Chine ( 1949) Cuba ( 1959), Viet Nam ( 1954/75), Nicaragua ( 1979) et la Commune de Paris ( 1870) ont permis l’émergence de dirigeants politiques convaincus de la grande nécessité de s’exposer et se battre pour transformer et moderniser et non paraître et disparaître sans établir les connections réelles, utiles et efficaces avec le “ peuple revendicatif” ( Marcel Gilbert). Notre pays en ce moment précis et critique a besoin de visionnaires et rassembleurs politiques avec expérience éprouvée et grand esprit d’ouverture pour renoncer à l’esprit revanchard et des préjugés de clans obsolètes… Il est temps qu’on tourne la page sur l’utilisation de concepts , Révolution est l’un d’entre eux, avec l’objectif certain de faire passer et durer le temps pour masquer la réalité sordide amplifiant le désarroi du peuple Haïtien en léthargie profonde. Du pareil au même quand c’est sur FB, Whatsapp, Instagram, Threads , Tik Tok et autres venues digitalisées on promeut la “ Révolution “ . Révolutionnaires de pacotille, restez terrés là où vous êtes! Ayez la décence au moins de reconnaître que votre discours politique est totalement malicieux et que le peuple Haïtien cherche mieux et de ce fait mérite mieux… Vous avez fait votre temps. Qui n’est pas honorable. Et le temps présent n’appartient nullement aux putschistes!

  • Valets en rébellion, maîtres en colère

    Par: Hugue CÉLESTIN ​, Membre de : Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) & Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) Depuis des décennies, la crise haïtienne est conçue, financée et administrée de l’extérieur. Plans d’urgence, missions internationales, conditionnalités financières et dispositifs sécuritaires transforment Haïti en simple objet de gestion internationale. Ils déchargent les dirigeants locaux de toute responsabilité politique. Les décisions structurantes se prennent dans des cercles fermés, hors du regard citoyen. La démocratie se réduit alors à une procédure intermittente et conditionnelle, quand elle n’est pas purement et simplement suspendue. Cette situation incarne la dépendance politique la plus profonde, durablement enracinée et méthodiquement entretenue avec la complicité active des élites dirigeantes, qui y trouvent protection et rente de pouvoir. La dépendance organisée n’a pas seulement neutralisé la souveraineté populaire. Elle a méthodiquement démantelé l’État, le livrant sans défense à l’ingérence et à la fabrication du chaos. Lorsqu’un État est privé du monopole de la violence légitime et dépourvu d’une administration territoriale effective, d’un système judiciaire fonctionnel et d’un Parlement élu, il perd toute capacité de se gouverner réellement. Le recul de ce qui subsiste de cet État permet à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, avec le soutien constant de la communauté internationale, d’organiser et de planifier le désordre. Ce vide structurel ouvre ainsi un espace idéal à l’ingérence et à l’installation durable du chaos. Dans cet environnement, des élites-courtiers, peu soucieuses de construire une légitimité populaire, ont cultivé leur maintien au pouvoir par l’homologation extérieure. Ce comportement capitulard constitue une réponse politique à la forme que prend la crise lorsqu’aucune force interne n’est en mesure de la résoudre. De ce délitement institutionnel et de cette tutelle internationale assumée est né un objet politique sans racines ni légitimité : le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), simple bande de truands. Ainsi, le (CPT) est le produit de la nouvelle phase de décomposition de l’État dépendant, déclenchée après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Suite à l’exil forcé du gestionnaire de cette continuité, l’ancien Premier ministre Ariel Henry a permis au gouvernement américain, avec l’appui des élites affairistes, de bricoler d’urgence un dispositif destiné à renforcer le chaos et à amplifier l’instabilité. Haïti se retrouve désormais avec neuf présidents. Sur le papier, leur mandat se voulait ambitieux : rétablir l’ordre public, désarmer les gangs, réorganiser l’État, préparer des élections crédibles et refonder les institutions. Dans la réalité, cette mission titanesque est confiée à une structure sans base populaire, dépourvue de force coercitive et privée d’autonomie politique, conçue uniquement pour indéfiniment prolonger la transition. À quelques jours de l’échéance du 7 février 2026, que le CPT s’était lui-même fixée pour clore sa mission, incapable de produire le moindre résultat, il choisit de fabriquer le conflit et de déplacer le champ de bataille. Cet acte cynique ne porte ni sur une divergence de projet, ni sur une alternative politique ; il cible Fils-Aimé comme obstacle dans la lutte pour l’après-7 février. L’échec n’est pas sanctionné, seule compte la position occupée. La crise n’oppose pas deux visions de l’État, elle met en face deux prétendants au pouvoir. Cette confrontation est l’aboutissement logique d’une transition bâtie sur l’ambiguïté, l’improvisation et la lutte permanente pour contrôler le pouvoir. Avant Alix Didier Fils-Aimé, plusieurs Premiers ministres se sont succédé à un rythme révélateur d’un pouvoir sans boussole, où les alliances se nouent et se défont au gré des pressions internes et des signaux extérieurs. Par une résolution signée par cinq de ses sept membres votants, le CPT prétend révoquer le chef du gouvernement et lui substituer son ministre de l’Économie et des Finances. Cette manœuvre tardive, relève moins de la gouvernance que du réflexe de survie politique. De son côté, Alix Didier Fils-Aimé incarne une forme de fragilité politique ; celle d’un Premier ministre sans base populaire propre, sans réel soutien national. Par cet acte, le CPT en fin de mandat cherche à prolonger son influence par la substitution du Premier ministre. Fils-Aimé s’accroche à une légitimité par défaut, adossée au refus des chancelleries de voir sombrer la transition dans un chaos supplémentaire qu’elles ne contrôlent pas. Le CPT mis au pas par ses maîtres La tentative du CPT de se débarrasser du Premier ministre n’aura tenu que le temps d’un communiqué. L’initiative des valets déplaît aux maîtres. À peine la résolution rendue publique, les puissances tutélaires, États-Unis en tête, suivies du Canada et de la France, rappellent que l’on ne change pas les règles du jeu sans l’accord des grands arbitres extérieurs. Le CPT peut provoquer de petites crises internes, mais il reste incapable de redessiner l’architecture du pouvoir par lui-même. Ce rappel à l’ordre, sec et sans ambiguïté, a fait voler en éclats la manœuvre. La colère des maîtres révèle au grand jour que le pouvoir réel ne se trouve ni à la Villa d’Accueil, ancienne Primature devenue Palais National, ni à la résidence officielle des Premiers ministres, transformée en Primature, mais à l’ambassade américaine et dans les chancelleries alliées, qui tiennent les rênes de la décision et dictent la marche du pays. La tutelle a ses règles et ses principes s’imposent, les domestiques devenus importants oublient trop souvent que les privilèges ne valent que par leur servitude. Ils ont effacé de leur mémoire toutes les courbettes et tractations qui les avaient mis en lice pour décrocher une place dans l’embauche américaine, sous l’œil attentif de la CARICOM. La colère des maîtres ne vient ni d’un attachement à Fils-Aimé, ni d’un quelconque souci démocratique. Car si les puissances étrangères planifient et tolèrent l’inefficacité, l’immobilisme et l’échec, elles ne digèrent pas l’imprévisibilité. L’international a tranché selon les règles de la géopolitique : dans un pays en déliquescence, un exécutif affaibli mais prévisible l’emporte sur un Conseil en roue libre, tenté par des coups de force de dernière minute et soudainement incontrôlable. La stabilité recherchée n’est pas celle du peuple haïtien ; c’est celle des intérêts stratégiques régionaux, du contrôle migratoire et de la gestion sécuritaire minimale. La nature réelle de la transition se dévoile, un protectorat politique non déclaré, les déclarations diplomatiques, habillées du vocabulaire de la stabilité et du dialogue, ne sont que des instruments de discipline politique. Elles fixent les bornes de l’acceptable et rappellent aux dirigeants locaux leur statut : gestionnaires sous surveillance. Le plus tragique dans cet épisode est peut-être la docilité avec laquelle cette mise au pas est intégrée au jeu politique local. Juste un ajustement tactique, un recul discret, et la poursuite de la transition conforme. De toute façon, les crises internes deviennent des opportunités de repositionnement, chaque faction cherche moins l’adhésion nationale que le feu vert des ambassades. Souveraineté en faillite, rupture s’impose Le 7 février 2026 n’ouvrira pas automatiquement une nouvelle ère. Il marquera la poursuite assumée de la confiscation et de l’aggravation du chaos, imposées par une reconfiguration décidée de l’extérieur. Les discours sur une sortie ordonnée de la transition relèvent désormais de la fiction. La prolongation de la transition sera présentée sous une forme reconditionnée, rebaptisée, amendée. Quelques ajustements cosmétiques, un discours sur la continuité de l’État, et la transition survivra à elle-même. Les mêmes acteurs, les mêmes pratiques, la même absence de mandat populaire, mais avec une nouvelle date butoir destinée à calmer momentanément les critiques.  Cela n’apporte aucune solution et contribue à institutionnaliser l’exception tout en normalisant l’illégalité. La tutelle apparaîtra sans masque, un nouvel exécutif sera adoubé selon des règles fixées hors du champ national. Il faut désormais cesser de mentir ; les responsabilités sont connues, elles portent des noms, des fonctions, des signatures.  La reconstruction véritable de l’État, la rupture avec la dépendance et la refondation de la légitimité populaire resteront hors de portée tant que les causes profondes qui ont engendré le chaos ne seront pas affrontées. La tutelle se reproduira, quel que soit le nom du Conseil, du Premier ministre ou le calendrier annoncé pour des élections. Haïti a besoin d’un acte politique fondateur, porté par le peuple, contre les élites défaillantes et contre l’ordre international qui prospère sur son affaiblissement. Sans cette rupture historique, le pays continuera à changer de gouvernants sans jamais rompre le cycle de ses crises. Le 7 février ne sera plus une date symbolique de souveraineté, mais le simple rappel de la prise de fonction des présidents. Chaque année qui passe sans confrontation des causes profondes du chaos accroît la dépendance, renforce l’impunité et creuse un fossé entre le peuple et ses institutions. Haïti ne peut espérer retrouver sa souveraineté que par l’organisation minutieuse d’une mobilisation collective, courageuse et déterminée, qui débouchera sur une insurrection populaire, seule capable de mettre fin à l’influence étrangère sur ses choix vitaux et d’imposer enfin la responsabilité populaire.

  • L’objectif américain pour Haïti : une sécurité minimale

    Par: Michel Legros, Sitwayen Pou Respè Konstitisyon.- - PC: Francisco Silva - Dans la nuit du 22 janvier, la Police nationale aurait tenté son premier coup d’État. Le Blanc, peut-être par crainte d’entrouvrir la boîte de Pandore, l’aurait fait reculer. Cet épisode, encore entouré de zones d’ombre, marque toutefois un point de bascule. Tout commence officiellement par un avertissement, un tweet du Département d’État :« L’objectif des États-Unis pour Haïti demeure l’instauration d’un niveau minimal de sécurité et de stabilité. » Puis la menace se précise : « Toute tentative de modification de la composition du gouvernement par le Conseil présidentiel de transition (CPT), non élu, à ce stade avancé de son mandat, serait considérée comme nulle et non avenue… Toute personne soutenant une telle initiative déstabilisatrice, favorable aux gangs, agirait contre les intérêts des États-Unis et s’exposerait aux mesures appropriées. » Autrement dit, il ne s’agit plus d’un simple conseil diplomatique, mais d’un ultimatum. De mémoire, jamais l’Amérique ne s’était adressée avec une telle brutalité à des responsables politiques haïtiens. En Haïti, on dit : « Di dyab bonjou, l ap manje w ; pa di l bonjou, l ap manje w. » Qu’on s’incline ou qu’on résiste, le diable dévore. C’est dans ce contexte que le CPT passe outre, contre toute attente, cette injonction de ne pas renvoyer le Premier ministre. Dans un pays où l’ombre de l’ambassade plane traditionnellement sur toutes les grandes décisions politiques, ce geste marque un tournant inédit dans l’histoire politique récente du pays. Il constitue un acte sans précédent depuis François Duvalier, qui avait expulsé un ambassadeur américain. Le fait que les membres du CPT n’aient pas obtempéré à une mise en garde officielle des États-Unis rompt ainsi avec une longue tradition de soumission silencieuse. Je ne peux clore cet épisode sans nommer le héros du jour. Smith Augustin, d’abord, refuse de signer la résolution du CPT. Il a sans doute pesé le pour et le contre. Il se retire, promet de revenir le lendemain et rentre chez lui, incertain de l’issue de ce bras de fer. Puis le Département d’État parle — et sa parole est une menace. À cet instant, le doute a dû cesser d’exister pour se muer en certitude. Il revient pourtant. Il signe. Il apporte sa solidarité à une cause qu’il sait fragile, peut-être perdue. Dans un sursaut de dignité nationale — que l’on voudrait contagieux — il répond alors au diable par un « vouzan ». « Je n’aurais pas pu dormir si je n’avais signé », dit-il à un collègue. Le héros n’est pas un État permanent, mais un instant. Et l’héroïsme ne vit que dans l’acte héroïque. Mais qu’on ne s’y trompe pas : le renvoi ou le maintien du Premier ministre ne confère aucune légitimité nouvelle au CPT après le 7 février. Son mandat arrive à expiration. La transition touche à sa fin et, loin de se résorber, la crise politique s’approfondit. Autrement dit, si l’événement est fort symboliquement, il ne règle rien institutionnellement. Parlons maintenant de la note elle-même, là où se dit sans détour la position de Washington. Pourquoi avoir opté pour la voie la plus humiliante — un simple tweet plutôt que les canaux officiels — pour rappeler publiquement aux Haïtiens qu’ils ne sont pas maîtres chez eux et aux dirigeants qu’ils ne gouvernent pas vraiment leur pays ? Le message est brutal : Haïti n’est plus une république souveraine, mais un territoire sous tutelle. Plus grave encore, dès la première phrase, l’essentiel est révélé sans détour, noir sur blanc : l’objectif de Washington en Haïti n’est pas la sécurité, mais seulement un minimum de sécurité. Comme si ici la vie ne méritait pas une protection entière, mais un niveau tolérable, fixé par les Américains eux-mêmes. Derrière cette formule se cache un vieux logiciel colonial : certaines vies, surtout celles des Noirs, compteraient moins que d’autres. Certains peuples devraient se contenter de ce que d’autres jugeraient inacceptable. Aux Haïtiens, l’ombre de la sécurité suffit. Reste alors une question fondamentale : selon quels critères Washington détermine-t-il ce « niveau » de sécurité acceptable pour Haïti ?Et, comment justifie-t-il une telle posture ? La justification officielle de la gifle tient en un mot : élections. Il s’agirait, dit-on, de mettre fin — fût-ce brutalement — à une transition qui refuse d’aboutir, à cette « transitionite » chronique de notre classe politique, experte dans l’art de prolonger l’exception, d’inventer des formules toujours plus alambiquées, parfois même grotesques, pour ne jamais retourner au verdict des urnes. Soit. Prenons acte et parlons élections. Mais, après ce coup de force, la légitimité politique du Premier ministre, déjà chancelante, se trouve juridiquement compromise. Or, c’est précisément à lui qu’il reviendrait d’organiser des élections crédibles. Contradiction majeure. Un chef de gouvernement maintenu par la contrainte, adossé à une puissance étrangère, ne peut être qu’un ferment supplémentaire d’instabilité, jamais un arbitre neutre du jeu démocratique. À cela s’ajoute un fait juridique incontournable. L’acte du CPT, à savoir le renvoi du Premier ministre, existe juridiquement. Sa publication dans Le Moniteur n’est qu’une formalité administrative : elle ne crée pas la décision, elle la constate. Le fait de ne pas la publier n’enlève rien à sa portée juridico-politique. Dès lors, Didier Fils-Aimé sera inévitablement qualifié par ses détracteurs — à tort ou à raison — de Premier ministre révoqué. Personne, et surtout pas ses proches, n’a intérêt à voir le pays entrer dans une année électorale décisive avec un chef de gouvernement frappé d’illégitimité et contesté dans son statut même. Une telle situation ne peut qu’ajouter de la confusion à la crise et compliquer inutilement le processus politique. L’histoire est pourtant claire : la dictature et les élections ne font pas bon ménage. Là où s’installe la force, le scrutin devient décor ; là où règne la contrainte, la fraude s’installe aisément. On peut appeler cela des élections, mais ce n’en est que la caricature. Haïti ne peut revenir en arrière. Un pouvoir monocéphale dans un pays déjà privé de parlement n’est pas indiqué. On ne sort pas d’une transition interminable en assassinant la légitimité. On ne bâtit pas la démocratie sur les baïonnettes. Toute concentration excessive du pouvoir sans institutions fortes ne fera que prolonger la crise. La sagesse commande donc une chose simple : revenir à la table des négociations.

  • Haïti : ni soumise, ni vendue, portée par sa propre lumière

    Par: Novavox, Notre Éditorial.- « La violence actuelle causée par les gangs ne pourra être stoppée que par un leadership constant et fort, bénéficiant du plein soutien du peuple haïtien. » Marco Rubio, secrétaire d’État des États‑Unis Depuis trop longtemps, Haïti vit sous un régime de tutelle déguisée. La crise que traverse le pays n’est pas un accident : c’est le résultat direct d’une démocratie confisquée, méthodiquement détournée par une communauté internationale qui s’arroge le droit de décider à la place du peuple haïtien. En somme, elle veut choisir nos dirigeants, dicter nos lois, contrôler notre sécurité, orienter notre développement. Elle veut un pays sans peuple, un État sans souveraineté, une nation sans voix. Les récents événements à Port-au-Prince, suivis d’un déluge de déclarations diplomatiques à l’approche du 7 février, ont arraché le voile. Ils exposent au grand jour les véritables architectes de l’ingérence, ceux qui prétendent parler pour Haïti alors qu’ils n’ont jamais écouté les Haïtiens. Ils révèlent surtout combien le chemin reste long pour que les Haïtiens reprennent pleinement le contrôle de leur destin. Ces interventions ne sont pas des gestes de solidarité. Ce sont des actes de domination. Elles approfondissent la crise parce qu’elles s’opposent frontalement à la volonté du peuple, qui réclame la paix, la justice, la démocratie réelle. Elles cherchent à étouffer la liberté, à neutraliser la souveraineté, à maintenir Haïti dans un état de dépendance permanente. Nous ne sommes pas dupes des manipulations en cours, destinées à brouiller les lignes, à nous faire confondre nos ennemis avec nos amis. Nous ne sommes pas dupes des discours qui tentent de nous vendre nos bourreaux comme des sauveurs. Nous ne sommes pas dupes de ce qui se dit et se trame : tout cela vise à prolonger le chaos, à maintenir l’asphyxie du pays, à empêcher l’émergence d’un véritable projet national Malheureusement, ces déclarations ne résistent pas à l’épreuve des faits. Nous connaissons très bien les auteurs de nos malheurs, leurs réseaux, leurs complices, leurs ramifications profondes avec les gangs armés qu’ils financent, protègent et utilisent comme instruments de terreur et de contrôle. Nous savons qui orchestre la violence et qui en récolte les dividendes. La vérité est simple : Haïti n’est pas ingouvernable. Haïti est confisquée. Confisquée par ceux qui prétendent l’aider. Confisquée par ceux qui fabriquent le chaos pour mieux imposer leurs solutions. Confisquée par ceux qui veulent une nation à genoux pour mieux la gérer. Mais la bataille continue. Et elle ne s’arrêtera pas tant que le peuple haïtien n’aura pas repris ce qui lui appartient : sa souveraineté, sa dignité, son avenir. Il est tout aussi puissant de voir des organisations de la société civile, telles que la Coordination Régionale des Organisations du Sud-Es t, la Centrale unitaire des travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé, le Renouveau démocratiqu e, le Congrès patriotique, le Groupe de Réflexions sur Haïti (GRH), le collectif du Congrès National de Ouanaminthe, le Front commun de la société civile et bien d’autres encore, avancer des alternatives fidèles à leurs aspirations citoyennes. Elles prouvent la vitalité d’un pays résolu à tracer lui‑même ses voies de sortie. Haïti ne se rendra pas. Haïti ne se vendra pas. Haïti se relèvera.

  • Le bras de fer entre le CPT et la Primature révèle un basculement politique majeur et l’érosion de la souveraineté nationale

    Par : Sonet Saint-Louis av, Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l'université d'État d'Haïti. Professeur de philosophie Université du Québec à Montréal.- La crise au sommet, à la fois politique et intellectuelle, à laquelle nous assistons aujourd’hui, est le symptôme de l’effritement total de notre souveraineté nationale. Dans cette lutte acharnée entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement de facto dirigé par Didier Alix Fils-Aimé, la communauté internationale — à travers certaines ambassades de grandes puissances occidentales en Haïti — s’invite ouvertement dans le débat national. Qui ignore encore que les relations entre Haïti et l’Occident ont historiquement été marquées par la brutalité et la domination ? Comment espérer changer cette réalité si nous ne nous plaçons pas dans une posture de constante dignité ? Si, pour sécuriser le pays, construire des hôpitaux ou soigner la population, nous dépendons systématiquement de l’étranger, comment prétendre ensuite l’écarter de nos affaires internes ? Nous sollicitons l’aide financière des gouvernements étrangers tout en refusant qu’ils nous dictent notre conduite. Nous sommes devenus des mendiants arrogants. Je ne soutiens pas l’intervention étrangère dans les affaires nationales. Toutefois, ce sont les élites haïtiennes — incompétentes et irresponsables — qui acceptent de transférer des missions régaliennes à des puissances étrangères. Des élites sérieuses n’agissent pas ainsi et ne délèguent jamais leurs responsabilités nationales, sous aucun prétexte. Chaque fois qu’il s’agit d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir contre la volonté populaire, on se tourne vers Washington. Les États-Unis, parfois même malgré eux, sont désignés comme l’acteur dominant en Haïti. Il n’y a plus de véritables gouvernants en Haïti : nous avons affaire à des agents du pouvoir global incarné par les États-Unis. Depuis des années, Haïti s’est transformée en un territoire transnational ayant perdu son indépendance. Ne jouons pas sur les mots : l’indépendance implique au minimum une capacité d’autogestion. Les décisions concernant Haïti sont-elles prises en Haïti, au Palais national ? La réponse est non. Le rôle assigné à Haïti est décidé à Washington, Ottawa et Paris. C’est triste à dire, mais surtout à constater. Et cela ne date pas d’hier. Peut-on changer cette réalité en imposant un nouveau paradigme ? Assurément, oui. Mais comment? En concevant, en disant et en pratiquant la politique autrement, en valorisant l’intégrité, le patriotisme et la compétence. Cette trilogie constitue notre seul véritable atout. Le brigandage politique observé dans notre pays au cours des quatre dernières décennies ne résulte pas des prétendues déficiences de la Constitution haïtienne, largement adoptée par le peuple haïtien et fondée sur les principes de la démocratie libérale. Il découle plutôt de l’incapacité d’une classe politique à évoluer dans une société encadrée par l’État de droit et soumise au respect de ses règles. Cette élite politique ne peut prospérer et gouverner que dans le chaos. Le CPT peut renvoyer le Premier ministre Le CPT peut-il renvoyer le Premier ministre ? La réponse est oui. C’est de cette instance que Didier Alix Fils-Aimé tire son autorité. En l’absence de Parlement et de président élu, le Premier ministre se trouve logiquement dans une situation de subordination vis-à-vis du Conseil présidentiel de transition. Si le CPT a pu agir sans vacarme dans le cas de Garry Conille, il peut le faire aujourd’hui. Ne tergiversons pas! Nous évoluons toutefois dans une situation d’aconstitutionnalité. La Constitution de 1987 attribue des compétences distinctes au président de la République et au Premier ministre, instituant une gouvernance bicéphale fondée sur la coopération. Or, cette harmonisation est inexistante aujourd’hui. Il n' a rien de légal aujourd'hui. Nous sommes plongés dans un bricolage juridique mal fabriqué où tout devient qualifiable de n’importe quoi. Le Conseil présidentiel est une instance collégiale fondée sur le principe de solidarité. Son coordonnateur actuel ne peut s’opposer à une décision prise à la majorité. Il peut exprimer une opinion sur l’opportunité de renvoyer le Premier ministre de facto à trois semaines de la fin du mandat du CPT, mais il ne peut bloquer l’expression de la volonté majoritaire au sein de cette entité. Dans cette perspective, les prises de position des ambassades américaine et canadienne, soulignant les risques d’une telle décision à l’approche de l’expiration du mandat du CPT, paraissent logiques et compréhensibles. Celles-ci peuvent-elles dissuader les membres du Conseil présidentiel ? À mon sens, Laurent Saint-Cyr ne peut faire obstacle à la publication d’une décision majoritaire décidée par le Conseil. Sur une question aussi fondamentale, toute dissidence profonde devrait nécessairement conduire à une démission. Au sommet de l’État, un désaccord d’une telle ampleur ne peut perdurer. Il doit soit publier la résolution, soit se retirer s’il estime que la décision de ses collègues relève de l’absurde. C’est ainsi que fonctionne un État moderne. Offrir un tel spectacle au sommet de la hiérarchie politique est triste et navrant. Nous vivons un moment charnière. Avons-nous encore la possibilité de faire du 7 février 2026 un véritable événement haïtien ? Il n’y a strictement rien à négocier avec le CPT et le gouvernement d’Alix Fils-Aimé, sinon l’organisation de la passation du pouvoir à l’échéance prévue. Une équipe gouvernementale qui a conduit le pays à la ruine et au déshonneur, exposé la République à des menaces extérieures et failli à la protection de la souveraineté nationale a échoué gravement. Lorsqu’on échoue honnêtement, la décence commande de le reconnaître et de quitter le pouvoir avec humilité et excuses. Mais lorsqu’on échoue en raison de la mauvaise gouvernance, on ne peut partir sans conséquences légales. Comment exiger le départ du CPT tout en manœuvrant pour le maintien du Premier ministre ? Malgré leur échec et le rejet massif de la population, ils cherchent à se maintenir et à se renouveler à la tête de l’État. Il est indécent de prétendre que le corrupteur serait plus honorable que le corrompu. Une telle posture viole les principes républicains et favorise le parti pris, voire l’ostracisme social. Certains bénéficient d’une indulgence liée à leur caste, d’autres non : c’est de l’absolutisme. Le vol et la corruption ne doivent jamais devenir des actes tolérés, quelle que soit la position occupée. Nous n’avons pas le droit de redéfinir le bien et le mal à notre convenance. Il ne s’agit pas de reconduire la déchéance à la tête de l’État, mais de réfléchir, après cette catastrophe politique, éthique et intellectuelle, à la manière de réintroduire la loi, la justice et le sens des responsabilités dans la société haïtienne. Telle sera notre tâche après cette période de calamité nationale qui nous révèle que le pays a touché le fond. Il ne peut plus descendre plus bas. Mettons-nous ensemble pour un grand sursaut national. L’avenir d’Haïti dépendra de ce que nous déciderons d’en faire, si Dieu nous aide à assumer pleinement notre destin. Et je pense qu’il n’est pas concevable que, dans la situation actuelle, des juristes de renom, des intellectuels, des universitaires et des responsables politiques animés par la passion du bien public demeurent silencieux en ce moment sombre.Ils ont le devoir d’engager une discussion, voire une démarche citoyenne, intellectuelle et politique, susceptible de proposer une nouvelle perspective à la nation ou, à tout le moins, d’encourager une réflexion profonde sur des questions d’intérêt national, notamment celle relative à la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition. Cela suppose de poser des questions dérangeantes, sans chercher à plaire à quelque groupe que ce soit. C’est en adoptant une telle démarche que nous pouvons véritablement apporter notre contribution face à l’ampleur de la catastrophe nationale.

  • Le CPT face au test de souveraineté

    Par : Novavox.- Le bras de fer entre le CPT et le Premier ministre Alix Fils-Aimé se poursuit. Selon les informations qui nous sont parvenues, le Conseil présidentiel de transition s’apprêterait à nommer l’actuel ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Metellus, originaire de Petit-Goâve, comme Premier ministre en remplacement de l’occupant actuel de la Villa d’Accueil. L’arrêté de nomination aurait même été transmis au Directeur des Presses nationales pour publication, ce qui serait un signe que le processus pourrait être déjà engagé. Cependant, un autre élément vient complexifier la situation. Il semblerait que plusieurs ambassades étrangères à Port-au-Prince s’opposent au limogeage de M. Fils-Aimé. Cette résistance diplomatique introduit une dimension externe qui pèse lourdement sur un dispositif transitoire déjà fragile. Pour l’instant, rien n’est clair, et l’issue de ce bras de fer demeure incertaine. Le CPT ira-t-il au bout de sa démarche malgré les pressions internationales ? La question reste ouverte. Pour comprendre la portée de cette confrontation, il faut rappeler que le conflit ne se limite pas à un simple changement de Premier ministre. Il révèle des tensions plus profondes sur la définition même du pouvoir dans la transition. D’un côté, le CPT revendique son droit de nommer et de révoquer le chef du gouvernement, conformément à sa lecture de ses prérogatives. De l’autre, le Premier ministre actuel s’appuie sur la continuité administrative et sur l’appui d’acteurs internationaux pour consolider sa position. Cette divergence crée un vide d’autorité, où chaque camp teste les limites du cadre transitoire. À cela s’ajoutent les réticences exprimées par certaines ambassades étrangères, qui montrent à quel point la transition haïtienne demeure exposée aux pressions diplomatiques. Ce jeu d’influences extérieures, qu’on le présente comme un appui ou qu’on l’assume comme une ingérence, met crûment en lumière un exécutif pris en étau : d’un côté, la légitimité que lui confère le mandat national ; de l’autre, les attentes pressantes de chancelleries qui prétendent orienter la transition. Cette tension révèle moins un simple désaccord diplomatique qu’un affrontement direct autour du droit du pays à décider pour lui‑même. Ainsi, ce bras de fer dépasse largement la question d’un remaniement gouvernemental. Il met en lumière les contradictions d’une transition où souveraineté, légitimité et stabilité s’entrecroisent, sans qu’aucune ligne claire ne semble encore se dégager.

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