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Du Cri de Liberté à l’Impasse : Le destin trahi du 7 Février 1986

Par : Jacques Charlemagne

Membre de : Efforts Solidarité pour Construire une Alternative Nationale et Populaire (ESCANP), Réseau des Organisations de la Zone Ouest (ROZO), RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE (RED).


« Il ne suffit pas d’avoir soif pour faire jaillir la source. Il est nécessaire de gratter la terre jusqu’au plus profond de ses entrailles, et de ses propres mains, pour en faire sourdre l’eau. »

Rony Lescouflaire, poète emprisonné.-

La Conquête d'une Parole

​ Le 7 février 1986 ne fut pas seulement la chute d'une dynastie de 29 ans ; ce fut l'instant de rupture où le peuple haïtien a tenté de reprendre possession de sa souveraineté. Ce jour marque la fin du régime dictatorial des Duvalier, une période de répression et de corruption qui a duré près de trois décennies sous François "Papa Doc" Duvalier et son fils Jean-Claude "Baby Doc" Duvalier. La chute de cette dynastie a été le résultat de soulèvements populaires et de pressions internationales, ouvrant la voie à une tentative de démocratisation et de renouveau politique en Haïti . Ce mouvement a été caractérisé par la spontanéité des masses et l'avènement d'une « parole libérée ».

​ Comme l'analysait Marta Harnecker dans ses travaux sur le rapport entre mouvement de masse et direction politique, les mouvements spontanés rencontrent rapidement leurs limites en l'absence d'une avant-garde sérieuse et d'une direction politique claire. Pourtant, cette période a vu l'éclosion d'une pléiade d'initiatives démocratiques, allant du CONACOM au Front National de Concertation (FNC) .

À cette époque, un courant progressiste puissant portait les idéaux de gauche, soutenu par des structures dynamiques telles que: ​La Fédération Nationale des Étudiants Haïtiens (FENEH); L'Assemblée Populaire Nationale (APN) ;​La Coordination Nationale de l'organisation Tèt Kole Peyizan Ayisyen (TK);​ Ayiti pap Peri — Saj Veyo ;L'Alliance Nationale des Organisations Populaires (ANOP);​ Le mouvement Unité du Peuple des Cayes (MUPAC) ;​Le Konbit Moun Endepandan pou liberasyon frè nou yo (KONBIT KOMILFO); ​Le Komite Defans Enterè Nasyonal (KODENA) ;​La Solidarité Fanm Ayisyen (SOFA) et KAY FANM; Kòdinasyon Rejyonal Òganizasyon Sidès (KROS); La Plate-forme de Plaidoyer pour un développement Alternatif (PAPDA);​ La Plateforme des Organisations Haïtiennes de Défense des Droits Humains (POHDH);​ Programme pour Une Alternative de Justice (PAJ); FONHADES avec le Père Jean-Marie Vincent; L’Union Nationale des Normaliens Haïtiens (UNNOH) ; Batay Ouvriye et l'Organisation des Travailleurs/euses Révolutionnaires (OTR) et autres.

​Ces organisations, aux côtés de médias piliers comme Radio Haïti Inter — voix de la conscience citoyenne et nationale —, Radio Soleil, Radio Kiskeya, et le journal de combat Haïti Progrès, faisaient converger toutes les forces vers un changement réel et en profondeur.

​ L’Expérience Lavalas : Un Projet d'Espoir Trahi

​ Après des années d’agitation, d'insécurité, de coups d’État et de répression féroce, l’expérience Lavalas a émergé comme une lueur d'espoir. Pourtant, ce qui devait être une rupture avec le passé s'est transformé en un projet d'espoir trahi par un populisme dévoyé.

​Il est impératif de souligner que le chaos que nous vivons aujourd'hui est le prolongement direct de cette mauvaise gouvernance instaurée par le courant Lavalas. Ce mouvement, en s'écartant de ses idéaux initiaux pour s'asservir aux intérêts de la classe dominante et aux agendas impérialistes, nous a conduits à ce carrefour dangereux.

Aujourd'hui, l'impasse est totale, car presque tous les politiciens, qu'ils soient issus ou non de cette mouvance, se sont fondus dans une alliance contre-nature avec le parti terroriste PHTK. Cette coalition d'intérêts, au mépris du bien-être de la population, maintient les mêmes pratiques de corruption et de violence, scellant ainsi la trahison des aspirations populaires de 1986.

​ Un Symbole Vidé de sa Substance

Le 7 février, jadis flambeau de rupture et d’espérance, n’est plus qu’une date exsangue. La nation suffoque sous la mainmise de politiciens corrompus, réduits à l’état de courtiers serviles, enchaînés par des tractations obscures aux volontés des puissances impérialistes et d’un secteur privé prédateur — pantins dociles d’une communauté internationale qui orchestre, entretient et capitalise sur notre mal-être. Tandis que le peuple survit dans une misère infra-humaine, la classe politique gère un statu quo mortifère.

Le Malaise de la Gauche : Le Piège du Sectarisme

​ Un constat douloureux s’impose : aujourd'hui, les progressistes et la gauche ne sont plus acteurs, ni même observateurs de cette crise. Pour ne pas dire qu'ils sont inexistants. L'échec réside dans un sectarisme chronique et une division en « chapelles politiques » qui s'autoproclament avant-gardes alors qu'elles ne sont plus que des symboles vides. Comme l’analysait Antonio Gramsci, elles n'ont plus aucun lien organique avec les masses." Gramsci, un philosophe et théoricien politique italien, a développé le concept d'« hégémonie culturelle ». Selon lui, les classes dominantes maintiennent leur pouvoir non seulement par la force, mais aussi en obtenant le consentement des masses à travers la culture et les institutions. Lorsqu'une organisation politique perd son lien organique avec les masses, elle cesse de représenter leurs intérêts et devient inefficace dans la lutte pour le changement social.

​Ce narcissisme idéologique a coupé ces organisations de leur base et de leur combat, laissant le champ libre aux forces réactionnaires et à la corruption. Les masses deviennent des laissés-pour-compte dans une crise systémique, avec une « avalanche de cadavres sur les bras », pour reprendre l’esprit de Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre. Ils sont des éternels condamnés.

Pour un Renouveau Démocratique à la Hauteur de 1804

​Il est urgent de retrouver la « vocation d'élite » chère à Jean Price-Mars. En tirant les leçons de nos échecs passés, nous devons construire un réel projet démocratique et un horizon d'espoir à la hauteur de la bataille de 1804. À ce carrefour décisif, où sont passés les intellectuels, les progressistes et la gauche combative ?

​Le salut national ne viendra pas de l'extérieur, mais d'un sursaut interne. ​Cet article est un appel à toutes les forces vives pour un Renouveau Démocratique authentique. Il est temps de briser les chaînes du silence, du sectarisme et de la dépendance pour offrir enfin à Haïti une alternative nationale, populaire et souveraine.




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