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- L’Alternative ou l’Abîme
Notre Éditorial, Par : Alain Zephyr, Sociologue. Le dernier rapport de la Fondation Jeklere, « Liquidation de la souveraineté nationale via des contrats léonins », défraie la chronique à Port‑au‑Prince et dans le reste du pays. En exposant l’ampleur des arrangements douteux, des complicités dissimulées et des défaillances institutionnelles systématiques, il arrache le masque d’un pouvoir qui s’obstine à maquiller la débâcle, avec l’assurance naïve d’un apprenti peintre persuadé qu’un simple coup de pinceau peut dissimuler un mur qui s’effondre. Ses révélations, abruptes et difficilement réfutables, agissent comme un électrochoc : elles exposent un État qui se délite,une gouvernance rongée par l’opacité, et une élite qui prospère dans le chaos comme si elle avait enfin trouvé son modèle économique idéal. Nous félicitons la fondation pour un travail dont la rigueur et la hauteur de vue prennent la force d’un réquisitoire, non seulement contre des pratiques, mais aussi contre une manière organisée de détourner le regard. Ce rapport rappelle, avec une solennité presque lyrique, que la vérité n’est ni un luxe ni un ornement : elle est le socle sans lequel aucune communauté politique ne peut tenir debout. Il oblige à regarder en face ce que beaucoup s’acharnaient à tenir hors du champ, projette la lumière là où l’on avait méthodiquement entretenu l’ombre et établit, avec une netteté qui ne laisse aucune échappatoire, les responsabilités engagées. Des contrats qui lient, appauvrissent et dépossèdent Les décideurs haïtiens, inféodés à des intérêts étrangers, n’ont jamais eu à cœur la défense de l’intérêt national. Leur alliance avec les puissances étrangères n’est pas un partenariat, mais une transaction : un troc où la souveraineté est échangée contre des avantages économiques et politiques personnels. À cet égard, la signature d’un accord de sécurité de 500 millions de dollars, conclue à peine quelques jours après le 7 février, éclaire d’un jour cru l’empressement de Washington à adouber la solution Fils‑Aimé. Cet engagement, profitable à la fois aux acteurs politiques locaux et à la firme américaine impliquée, met en place un dispositif destiné à ancrer durablement la dépendance structurelle du pays pour les décennies à venir. Au regard de ses clauses, de son calendrier et de ses effets prévisibles, cet accord constitue une atteinte manifeste aux capacités fondamentales de l’État : restriction de ses marges de décision, transfert de fonctions stratégiques à des acteurs extérieurs et instauration d’une relation de subordination incompatible avec les exigences minimales d’autonomie institutionnelle. Il s’impose, dès lors, comme un engagement structurel dont la portée contraignante place durablement l’État dans une position de dépendance, en rupture ouverte avec les principes mêmes qui fondent son autorité : préserver l’intégrité de ses institutions, exercer la maîtrise souveraine de ses orientations stratégiques et garantir, en toutes circonstances, la primauté de l’intérêt national. La Transition‑Prison : l’interminable parenthèse qui confisque la République La transition sans fin n’est pas un simple dysfonctionnement institutionnel : c’est un mode de gouvernement destiné à confisquer la démocratie, à perpétuer le chaos et à empêcher le peuple haïtien de forger un avenir meilleur. Sous couvert d’intérim, ils instaurent un régime d’exception permanent où l’urgence sert de prétexte, l’instabilité de méthode et l’indécision de stratégie. Cette transition interminable porte directement atteinte aux droits politiques fondamentaux de la population. Elle neutralise les mécanismes de légitimité, bloque la compétition démocratique et maintient le pays dans un état de vulnérabilité institutionnelle qui profite aux seuls acteurs qui l’orchestrent. Ce dispositif, loin d’être neutre, produit des effets structurels : érosion de la confiance publique, affaiblissement des contre‑pouvoirs, captation des ressources de l’État par des réseaux de spoliation et impossibilité pour la nation de définir un horizon collectif. Il s’agit, en réalité, d’un système conçu pour empêcher l’émergence d’un ordre politique stable, pour verrouiller l’accès au pouvoir et pour priver le peuple haïtien de la capacité de décider de son propre destin. Ainsi, cette transition sans terme n’est pas une parenthèse : elle constitue l’outil central d’une stratégie de confiscation. Elle transforme l’incertitude en méthode de domination et le chaos en instrument de contrôle, au mépris des exigences essentielles de souveraineté populaire, de responsabilité publique et de la construction d’un avenir national digne et viable. Le Cercle des Prédateurs Plus ça change, plus c’est la même chose. La corruption de la classe dirigeante est incontestable, profondément enracinée et presque héréditaire. De PetroCaribe à Ariel Henry, du CPT à Alix Fils‑Aimé, la boucle n’est jamais bouclée : les visages se succèdent, mais les logiques demeurent. Corruption, clientélisme, amateurisme, mafiosité : les mêmes ressorts, les mêmes réseaux, les mêmes réflexes prédateurs. La catastrophe nationale, loin de s’atténuer, se renforce. Elle prospère à l’ombre de communiqués creux, triomphants, rédigés pour masquer l’effondrement plutôt que pour y répondre. Les faits sont têtus : les institutions se vident de leur substance, et les responsables politiques s’obstinent à reproduire les mêmes méthodes qui ont déjà mené le pays au bord du gouffre. Le Seuil du Renouveau Fils‑Aimé et consorts, c’est du vieux repeint en neuf. La saga des contrats opaques en est l’illustration tragique : mêmes mécanismes, mêmes bénéficiaires, mêmes zones d’ombre. Elle démontre que, derrière les discours de rupture, se maintient un système qui préserve ses privilèges, bloque l’avenir et empêche tout véritable renouveau. Il appartient désormais aux forces alternatives de rompre avec ce cycle mortifère. Elles doivent proposer un nouveau savoir‑faire politique, des pratiques rigoureuses et transparentes, ainsi que des solutions novatrices capables de répondre à la crise au bénéfice de la majorité. Rien ne changera tant que les mêmes acteurs reproduiront les mêmes schémas.
- Strangulation du peuple frère de Cuba et menace d’un embrasement mondial : Lettre ouverte au monde depuis Haïti
D ans une lettre ouverte au monde récemment publiée, une Cubaine extraordinaire se présentant comme ordinaire, pourtant sans nom connu ni importante fonction, a poussé un cri de colère et d’indignation face au génocide silencieux en train d’être perpétré en ce moment même par l’Administration étasunienne à l’encontre du peuple frère de Cuba. Elle a interpellé, par le biais de sa simple lettre, la conscience citoyenne du monde et nous a placés tous et toutes devant la responsabilité citoyenne qui est la nôtre, celle d’intervenir incessamment au risque de nous faire complices et coupables, ainsi que l’entend le philosophe allemand Karl Jaspers. Le cri de cette âme déchirée convoque les hommes et les femmes du monde entier à fixer attentivement et courageusement du regard ce génocide en cours à Cuba et à se lever promptement pour opposer à l’unisson un NON lapidaire à ce projet malfaisant du voisin étasunien. « Ce que vit aujourd’hui le peuple cubain n’est pas une crise , précise-t-elle. « C’est un assassinat lent, calculé, froidement exécuté depuis Washington. » Face à une telle situation, elle nous invite à l’action pour éviter d’être complice. Décès prématuré de personnes âgées Dans cette perspective, la mort prématurée de personnes âgées sous l’effet du renforcement brutal du blocus empêchant, sous peine de grosses sanctions sévères, l’arrivée de médicaments pour le cœur, la tension, le diabète et autres mérite d’être prise en compte et dénoncée à l’échelle mondiale. Menaces sur la vie de nouveau-nés Présentement à Cuba : Des incubateurs ont dû être éteints faute de carburant, des nouveau-nés luttent pour vivre pendant que le gouvernement des États-Unis décide quels pays peuvent vendre du pétrole et lesquels ne le peuvent pas, des mères cubaines ont vu la vie de leurs enfants menacée parce qu’un ordre signé dans un bureau à Washington vaut plus que les pleurs d’un bébé à 90 miles de leurs côtes. Faim programmée « La faim à Cuba n’est pas un accident. C’est une politique d’État du gouvernement des États-Unis, affinée pendant 60 ans, mise à jour par chaque administration, durcie par Donald Trump et appliquée avec acharnement par Marco Rubio. » Cela ne s’appelle pas « pression économique » mais de préférence « terrorisme par la faim » , lit-on dans cette lettre poignante d’une Cubaine indignée. Elle ajoute : « Les médecins, les mêmes qui ont sauvé des vies pendant la pandémie alors que le monde entier s’effondrait, n’ont aujourd’hui ni seringues, ni anesthésie, ni appareils de radiographie. Non, pas parce que nous ne savons pas les produire. Non pas parce que nous manquons de talent. Mais parce que le blocus nous empêche d’accéder aux fournitures, aux pièces de rechange, à la technologie. » « A rrêtez de normaliser la souffrance de mon peuple, appelez le blocus par son nom : CRIME CONTRE L’HUMANITÉ… » Elle rappelle : « Aux gouvernements complices qui se taisent : l’histoire vous demandera des comptes. Aux médias qui mentent : La vérité trouve toujours des fissures. Aux bourreaux qui signent des sanctions : Le peuple cubain n’oublie pas et ne pardonne pas. » « À ceux qui ont encore de l’humanité dans la poitrine : Regardez Cuba. Regardez ce qu’on lui fait. Et demandez-vous : de quel côté de l’histoire veux-je être ? » Un cri d’indignation et de révolte à relayer Une telle situation nous invite à l’action pour éviter d’être complice. Un tel crime doit soulever un sentiment d’indignation à l’échelle mondiale, suscitant des actions concrètes de solidarité, allant bien au-delà de la simple condamnation verbale. Ce nouveau CRI de révolte, témoignage vivant d’une humanité manifeste vivace, mérite d’être relayé ici et ailleurs par les hommes et femmes politiques encore doués d’humanité, les artistes engagés, les chefs d’État dignes, les syndicalistes, les défenseurs véritables des droits humains… Selon Karl Jaspers, la solidarité entre les humains comme entre les nations est un impératif éthique, une nécessité vitale pour contrer l’injustice et les menaces mortelles de l’ère atomique, qui affectent le présent et l’avenir de l’humanité. Chacun est sommé d’agir en citoyen/citoyenne du monde, co-responsable, par sa condition humaine, de tout acte d’injustice ou autre, et de tout mal commis dans le monde, avec l’obligation de tout faire pour les empêcher, et ce, au péril même de sa vie. En ce sens, il affirme :"Il existe entre les hommes, du fait qu’ils sont des hommes, une solidarité en vertu de laquelle chacun se trouve co-responsable de toute injustice et de tout mal commis dans le monde, et en particulier des crimes commis en sa présence ou sans qu’il les ignore. Si je ne fais pas ce que je peux pour les empêcher, je suis complice. Si je n’ai pas risqué ma vie pour empêcher l’assassinat d’autres hommes, …, je me sens coupable en un sens qui ne peut être compris de façon adéquate ni juridiquement, ni politiquement, ni moralement… " Chacun a donc l’obligation de s’engager dans la lutte contre toutes les formes d’injustice dans le cadre de cette solidarité internationale conçue comme tâche politique cruciale visant à contrer l’injustice, assurer la survie de l’humanité. Dans cette dynamique, les dérives du président étasunien Donald Trump, entraînant au passage de graves injustices, menaçant la survie de la communauté humaine, méritent d’être prises en compte par tous et toutes , vu leurs conséquences néfastes. Ce Président a mis en veilleuse tous les principes du droit international et, de ce fait, il s’est offert un boulevard, l’autorisant à commettre toutes sortes de crimes et d’injustices au nom de la disparition des principes et de la prééminence des États-Unis, ce qui constitue une menace de premier plan pour l’avenir de l’humanité. A titre d’exemples, on peut considérer le génocide perpétré à Gaza en Palestine avec son support, le kidnapping du 03 janvier au Venezuela du Président Maduro et de son épouse, l’étranglement du peuple cubain sous la forme d’un blocus criminel renforcé risquant d’imploser le pays, la guerre déclenchée en Iran sans l’aval du Congrès et du Conseil de Sécurité de l’ONU… Tout cela doit nous interpeller tous et toutes, soulever l’indignation du monde entier et nous porter à agir solidairement et en urgence pour éviter le pire. La guerre déclenchée contre l’Iran, qui laisse le monde sous le choc depuis le 28 février dernier et engendre une situation particulièrement préoccupante risquant d’embraser le monde, doit nous amener à réfléchir sur la conjoncture actuelle de crise mondiale et sur sa fragilité aggravée par les récentes exactions de ces dirigeants belligérants. En fait, nous sommes au seuil d’une catastrophe nucléaire prévue comme devant être fatale avec des conséquences irréversibles pour la planète. Toutes les grandes puissances dans l’ordre mondial actuel, chacune alignée sur son camp, ont le pied sur le frein, souhaitant éviter l’irréparable. Au cœur du conflit, d’une part une superpuissance matérialiste en chute libre, les États-Unis d’Amérique, accablée par toutes sortes de défis (une dette faramineuse et impayable, l’inflation et le chômage…), agacée et affolée par une inévitable transition hégémonique d’un ordre mondial unipolaire à un ordre multipolaire, de l’autre l’Iran, une civilisation plurimillénaire, pleine de ses convictions et consciente de sa force. Pire encore, au-delà des États-Unis, on constate un système économique arrivé à ses limites : le capitalisme, aujourd’hui désespéré de ne pouvoir résoudre ses contradictions internes profondes, incapable de se régénérer,devient encore plus dangereux. De plus, l’empire états-unien en déclin bafoue, par ses actes inqualifiables, les principes élémentaires du droit international et de la Charte des Nations Unies, et ainsi menace la paix, la coexistence pacifique entre les nations. De tels agissements méritent d’être dénoncés avec la plus grande rigueur. Au-delà d’une simple dénonciation, l’engagement dans une mobilisation continue Dénoncer ou condamner ces exactions et notamment le génocide silencieux en train d’être perpétré par le blocus criminel renforcé imposé par l’administration Trump contre le peuple frère cubain, est nécessaire mais largement insuffisant. Il faut, collectivement, définir les stratégies appropriées, identifier les moyens nécessaires et engager des actions efficaces pour parvenir à mettre enfin un terme à ce crime qui a trop duré, Pour cela, il est indispensable de mobiliser fortement et de manière continue toutes les organisations progressistes et anti-impérialistes, tous secteurs et tous horizons confondus : travailleurs des industries et des plantations, enseignants, artistes, intellectuels engagés et autres forces sociales, à l’échelle des cinq continents. Un peuple frère, un peuple fort de la trempe du peuple cubain qui a pu inventer comme le peuple haïtien une si grande révolution et résister sur une durée de plus de soixante ans sans jamais marchander sa solidarité aux peuples en difficulté sur la planète, un tel peuple ne doit pas disparaitre ainsi que les acquis de la révolution. Donc, c’est un impératif catégorique pour tous les autres peuples du monde de se lever pour dire NON et changer le cours des événements dans le monde, et notamment à Cuba, sol des martyrs, terre des braves, selon l’écrivain Émile Roumer. Cette mobilisation, comme précisé précédemment, doit s’étendre à l’Amérique latine et à la Caraïbe, à l’Asie, à l’Afrique, à l’Europe ainsi qu’à l’Amérique du Nord, en particulier aux États-Unis d’Amérique. À ce carrefour historique particulièrement dangereux, la lutte des peuples pour le respect de leur droit à la souveraineté et à l’autodétermination, ainsi que de leur droit de vivre en paix dans la dignité, s’impose plus que jamais comme une exigence vitale. Elle constitue la voie capable de freiner l’arbitraire, de préserver la paix mondiale et de permettre l’émergence de dirigeants et dirigeantes dignes, patriotes et responsables, résolument engagés dans la défense des intérêts supérieurs de leurs peuples face aux puissances impérialistes prédatrices. Il faut exiger et obtenir : la fin des dérives impériales ; le respect du droit à la souveraineté et à l’autodétermination des peuples ; le rétablissement des principes du droit international et de la Charte des Nations Unies ; la fin des actions impérialistes belliqueuses, pernicieuses et intolérables, susceptibles aujourd’hui de conduire le monde vers une troisième guerre mondiale. La mobilisation de toutes les forces progressistes des cinq continents se révèle nécessaire pour voler au secours du peuple cubain aujourd’hui en péril, réduire les tensions et le climat sulfureux sur la planète, ce pour éviter l’embrasement imminent. L’histoire jugera sévèrement les bourreaux, mais elle retiendra avec honneur celles et ceux qui, aujourd’hui, auront choisi le camp de la justice, de la dignité et de la solidarité entre les peuples. Organisations progressistes du monde entier, ouvriers, artistes et intellectuels engagés du monde entier, levez-vous, unissez-vous et solidarisez-vous avec les peuples frères en lutte, notamment les peuples cubain, haïtien, vénézuélien, palestinien, colombien… Vive la lutte pour la souveraineté des peuples et le respect de leur droit à l'autodétermination ! Vive la révolution cubaine ! Vive Haïti ! Justice pour le peuple cubain, le peuple palestinien, le peuple haïtien et tous les autres peuples victimes, et que leur droit de vivre dignement soit désormais garanti. Suivent les signatures : -Union Nationale des Normaliens/nes d’Haïti (UNNOH)/OUEST, Péguy NOËL, Patrick Hyppolite -Centrale Unitaire des Travailleurs.euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH) / OUEST Josué MERILIEN -Syndicat du Personnel du Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (SPEMENF),Louiné JOSEPH - Syndicat des Défenseurs des Employés de l'OAVCT (SDE/OAVCT), Bathol ALEXIS -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l'Éducation en Haïti (CENEH), Ferdinand JEAN-MARY - Association Nationale Syndicale des Transporteurs Visionnaires d'Haïti (ANSTVH), Wilson CHARLES, Esther ELOY -Syndicat des Employés du Système National de la Formation Professionnelle (SESNFP/INFP), Hérold Charles CIVIL -Association des Motocyclistes pour le Bien-être de la Communauté (AMOBIC), Jean Kenson CHERY - Syndicat des Consommateurs Haïtiens (SYNCOH), Jean Garby BRITUS - Syndicat du Bureau de Monétisation et des programmes d'Aide au Développement (SE-BMPAD), Lentz Jika MAIGNAN -Association Nationale des Greffiers Haïtiens (ANAGH), Ainé MARTIN -Syndicat National des Huissiers de la République d'Haïti (SNHRH), Schelomith DORVIL -CONBITE des Organisations Politiques, Syndicales et Populaires (COPSP), Ersntz Brizard -Plateforme des Nationalistes Révoltés et Engagés ( PLANARE), Victor CHARIDIEU -MATRIS LIBERASYON , Armand Joseph JULES -Altenative Socialiste (ASO), Jean Hénold Buteau, Jean- Paul Bastien -Mouvement POINT FINAL(MPF), Ulysse Jean Chenet -Centre d’Animation et de Développement intégré (CADI). Pierre Marius St-Pierre -Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), Camille Chalmers -Fòs Popilè laplèn (FPL), Jonès Jean-Baptiste - Pati Rasin Kan Pèp (PRK), Marc-Arthur Fils-Aimé -Organisation Portail du Savoir Haïti (OPSH), Mackenson PHANOR -Lajenès kristofyèn (LK), Ernest BOLIVAR - Komite Viktim Kafou Ayopò ( KVKA), Luck Jean Louis, -Kébert Bastien, Artiste et citoyen engagé -Jean Oreste J . A Morin, Journaliste engagé - Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l'Éducation en Haïti (CENEH), Maxo Lindor -Organisation de la Défense des Droits des Consommateurs Haïtiens (ODEFCOH), Julmice Chenet -Rezo Enfòmasyon pou Libète (REL), Edvad Lacoste -Lig Etidyan Sosyalis (LES), Evelyne Saint-Fort -Alliance Pour Changer Léogâne, Garès Alliance -Mouvman Peyizan Pou Pwogrè ak Avansman Leyogàn (MOPPAL), Constane Dieudoné -Wilson Jean-Baptiste, Citoyen engagé -Association pour le Développement Communautaire de Los Palis (ADCL), Saint Preux Dieudonné -Rezo Òganizasyon Bèlfontèn (ROB) / Emmanuel Merilan -Mouvman pou Inite Tipeyizan Ayisyen (MITPA) Roland Fleurismat -Initiative des Jeunes Savane La Coupe pour la Protection de l’Environnement (IJESPE), Herlancia Espérance, Jean Gregory Petitna -Fondation Gérald Romain (FGR), Gérald Romain -Association des Combattants pour le Développement de Hinche (ASCDDH), Eloge Edner -Mobilsation Intégrée d'Entraide Larique /Mouvman Youn Ede Lòt/ MIEL/MYEL Sergot Louis -Union Nationale des Normaliens et Normaliennes d'Haïti (UNNOH)/CENTRE, Lucny Déjoie -Mouvement des Citoyens Engagés du Centre pour Ayiti (MOCEC-AYITI), Robenson Mazarin - Mouvman Jèn Labadi (MJL), Maxaint Jn Baptiste -Action et Volontariat de Prise en charge Psychosociale (AVOPPS), Adly Arthur -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Éducation en Haïti (CENEH), André Pierre -Tèt kole Ti Peyizan Tirivyè Latibonit (TKTPLA), Nicolas Pierre-Louis -Rezistans Popilè Vèrèt (REPOV), Rédas Rémus -Mouvman Revolisyonè pou Liberasyon Mas yo (MORELIM), Nelio Petit-Homme -Groupe de Réflexion et d'Appui pour le Développement Durable (GRADED), Dieufait Enock Jean-Pierre - Plateforme communale des organisations communautaires de base de Marchand Dessalines (PCOCBMD), Fritz Reximat -Union Nationale des Normaliens et Normaliennes d'Haïti (UNNOH)/ Bas Artibonite, Wiltor Dominique - Union Nationale des Normaliens et Normaliennes d'Haïti (UNNOH)/ Haut Artibonite Jean Robert Sylverna, Gerôme Dorcina, Wilson Estanis -Kodinasyon Plante Seksyon Kominal Ba Maribawou (KPSKBM), Josaphat Antoinéus -Mouvman Relansman Lit Popilè e Pwogresis (MORLIPEP), Stanley Jean-Mary -MOHFEEC, Sem Supré -Organisation des Jeunes Progressistes de Terrier-Rouge (OJPTR), Etoinier Joachim -Centre d'Accompagnement National pour le Développement Durable (CANDDHAÏTI) Casséus Lauradin -Réseau d'éducation populaire par des Organisations Sociales (REPOS), Lovelie René -Inyon Òganizasyon Peyizan pou Avansman Bwadlorens (IOPAB ), Edmond Atilus -Plateforme des Organisations pour le Développement de Mombin-Crochu (PODEM)/Regroupant 35 organisations mixtes : Femmes et Jeunes, pour Mombin-Crochu, Saint-Fleurjean Rony -Collectif des Jeunes Engagés pour le Changement du Haut Nord-Est (CJECHNE), Peterson Saint-Fleur -Fédération des Enseignants Dévoués du Nord-Est, Voltaire Joannis -Forum citoyen de Ouanaminthe, Cheristil Célusca -Centrale Unitaire des Travailleurs.euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH)/NORD-EST, Jean Alfred -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Éducation en Haïti (CENEH), Junior Georges - Patrick Necker Saintilus, Citoyen engagé -Tèt Ansanm pou Devlopman Vallieres (TADEV), Alcimé Poliny -Inisyativ Patriyòt Maryen (IPAM), Jean Baptiste Bien-Aimé -Union Nationale des Normaliens/ennes d'Haïti (UNNOH)/NORD-EST, Saintana Jacques -Organisation Haïtienne pour la Protection de l'Environnement (OHPEN), Michaella Étienne -Mouvman Gadyen Pèp la (MOGAP) Edson Pierre -Organisation des Militants Avant-gardistes Nord (OMANORD ), Willy Jean Louis -Union des Jeunes Professionnels du Cap (UJPC), Yonel Jean Pierre -Organisation de Développement de la Bande du Nord (ODEB), Arold Jean Pierre -Ligue des Juristes haïtiens pour la Promotion et la Défense des Droits humains (LJHPDH), Osno Moncher -Association des Enseignants de PLAISANCE ( AEP), Jean François Jacobson -Coalition des Syndicats Enseignants du Nord (COASEN), Felix Jean Cilien -Fédération des Associations des Enseignants du Nord et du Nord-Est (FAENNE), Livingston Jean François -Mouvman Òganize Pou Devlopman Esklizif Katyemoren (MODEK), Amilcar Jean-Pierre -Centrale Unitaire des Travailleurs.euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH) /NORD, Marckenson Jean-Baptiste -Union Nationale des Normaliens/ennes d'Haïti (UNNOH)/NORD, Willy Desarme -Syndicat des Défenseurs des Employés de l'OAVCT (SDE/OAVCT), Widnès Jean-Charles -Syndicat des Huissiers de la République (SHR), Clédanord Joseph -Syndicat Référence/MENFP, Robert Jean-Charles -Syndicat des Employés de l'OFATMA, Lesly Romond -Organisation Partenariat Public et Privé du Nord-Ouest (OPPPNO), Ciné Niclas -Union Nationale des Normaliens et Normaliennes d'Haïti (UNNOH)/NORD-OUEST, Noël Orilès -Organisation des Visionnaires sans Frontière (ORVISAF), Nicolas Bernard -Saint Jean Wiskis, Journaliste engagé -Konbit Òganizasyon pou sove Nòdwès ( KOSNO), Jackenson Philor - Rezo Òganizasyon Nòdwès (RÒN), Kerby JOSEPH -Organisation paysanne pour le Développement de Fond-Ramadou (OPDF), Odelin Guilbeau, Félix Joseph -Association Jeunes Progressistes Waney Solon (AJPW), Jean Ophere Ernest - Centrale Unitaire des Travailleurs-euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH)/NORD-OUEST, Fednel Michel -Organisation des femmes visionnaires du Nord-Ouest pour une vie meilleure (OFEVNOM), Ronise Athilien -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Education en Haïti (CENEH), Désiré Pierre - Centrale Unitaire des Travailleurs-euses des Secteurs Public et Privé (CUTRASEPH)/SUD-EST, Patrick Jean-Pierre - Groupe de Recherche et d'Action pour l'Économie Sociale et Solidaire(GRAESS), Franck Saint Jean Joseph Toussaint -Organisation pour l'Émergence des Femmes Professionnelles d'Haïti (OREFEPH), Lionel CALAS -Union Nationale des Normaliens/ennes d'Haïti de la Grand'Anse (UNNOH/GA), Djims Alexis -Centrale Unitaire Des Travailleurs/euses pour les Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH/GA), Darius Rose Mith -Association de l'Office d'Assurance Véhicule Contre Tiers (OAVCT), Jean Richardson Papillon -Association des Huissiers de la Grand'Anse (AHGA), Jean Junior Leblanc -Associations des Greffiers de la Grand' Anse, Jean Serge Eugène -Association des Travailleurs Paysans de Bonbon (ATPB), Lestin Matineau -Citoyen Engagé ,Bélony François -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Éducation en Haïti (CENEH), Stanley Mathurin -Organisation Populaire Sud (OPS), Désir Jean Mary -Organisation Union Populaire Sud d'Haïti (OUPSH), Pierre Duferlin Dorismond -Union des Jeunes Progressistes pour l’Avancement de la Commune de Tiburon (UJPACT), Termidor Fils Nerlande -Association des Travailleurs du Sud (ATS), Dieucène Georges -GARCOS Servir et développer, Didier Georges -Aksyon pou Sove Lavi ( APSL) , Jorice Oremil -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Education en Haïti (CENEH), Jean Paul Dumé - Oganizasyon Lave Je Koray Anri (OLAJEKA) / SID, Vilio Espérance -Centrale Unitaire Des Travailleurs/euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH)/SUD, Ernst Michel Ange Lafond, Spencer Joseph - Union Nationale des Normaliens/ennes d'Haïti (UNNOH)/SUD, Emelyne Lafague -Konbit Peyizan Nip (KPN), Rony Gilles, Maille Line Jeune - Konbit Peyizan Abraam (KOPA), Sinommé Saint-Clair -Kowòdinasyon Òganizasyon Rejyonal Nip ( KORENIP), Jean Kenel Jean Baptiste -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l' Éducation en Haïti (CENEH), Noël Evel -Efò ak Solidarite pou Konstwi yon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP), Mario Coty -Konbit Peyizan Nip /Konbit Fanm Peyizan (KPN/KFPN), Berthony Pierre-Louis -Centrale unitaire des Travailleurs-euses des Secteurs Public et Privé d'Haïti (CUTRASEPH)/NIPPES, Pyram Lagirois -Union Nationale des Nornaliens-nes d' Haïti (UNNOH /Nippes), Coridon Lacky -Association Nationale des Greffiers Nippes (ANAGH/Nippes), Bernabé Willy -Collectif des Enseignants pour la Nouveauté de l’Éducation en Haïti (CENEH), Jean-Claude Brunel -Organisation de Recherche d' Emplois Grand Sud (OREGS), Pierre Jacques Espérance - Syndicat pour la Défense des Employés de l’OAVCT/Nippes, Nelson Louis Jeune -Association des Médias en Ligne (AML), Zidor Inalea -Syndicat des Personnels du Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (SPEMENF/Nippes), Leclerc Samuel -Rezo Fanm Nip (REFANIP), Lila ZEPHIRIN -Fanm Òganize nan Nip ( FON), Rosa Bertha Augustin -Komite Jèn Difou (KJD), David Dorêt
- Duckens Nazon, pris dans les bombardements en Iran, parvient à s'évader sain et sauf.
Novavox, 5 mars 2026. L’international haïtien Duckens Nazon, attaquant du club d’Esteghlal à Téhéran, a échappé de peu aux bombardements déclenchés en Iran lors de l’offensive israélo‑américaine du 28 février 2026. Selon France Bleu / France 3, il se trouvait dans un avion immobilisé sur le tarmac de l’aéroport de Téhéran lorsque les premières explosions ont retenti, plongeant la capitale dans un chaos immédiat. Les frappes, menées contre des infrastructures militaires et stratégiques iraniennes, ont paralysé l’espace aérien et provoqué une panique généralisée parmi les voyageurs. 48 à 72 heures d’angoisse : un périple semé d’incertitudes Le récit de Nazon, confirmé par Yahoo Actualités et RFI, décrit une fuite marquée par l’urgence, la confusion et l’absence d’informations fiables. Il évoque un aéroport saturé, où les vols s’annulaient les uns après les autres tandis que les explosions se rapprochaient. Il affirme avoir « vu une bombe éclater » à proximité, une scène de panique qui l’a décidé à quitter le pays par tous les moyens. Avec des communications brouillées par les autorités iraniennes, les démarches auprès des ambassades se sont révélées particulièrement ardues. Nazon a finalement pu quitter l’Iran en transitant par l’Azerbaïdjan avant de rejoindre Paris, au terme d’un périple d’environ 72 heures. À son arrivée en France, il confie avoir ressenti « l’urgence de quitter le pays » face à une situation militaire devenue totalement imprévisible. Un conflit qui dépasse le sport et rattrape un joueur en pleine saison Nazon avait rejoint Esteghlal lors du mercato estival, après un parcours européen dense (Turquie, Bulgarie, Écosse, Belgique, Angleterre). Son installation à Téhéran devait marquer une nouvelle étape sportive. Elle s’est transformée en une expérience de guerre, révélant la vulnérabilité des athlètes évoluant dans des zones géopolitiquement instables. Les bombardements du 28 février s’inscrivent dans une escalade entre l’Iran, les États‑Unis et Israël, alimentée par des frappes, des contre‑frappes et des menaces réciproques. La nouvelle de son évacuation ne s’est pas seulement propagée au sein de la diaspora haïtienne : elle a également circulé en Haïti, où la population, déjà éprouvée par une succession de crises, a accueilli la nouvelle avec soulagement. Pour beaucoup, Duckens Nazon n’est pas seulement un footballeur : il incarne une réussite rare, une visibilité internationale et une forme de fierté nationale. Le savoir sain et sauf a donc une résonance qui dépasse largement le cadre sportif et touche l’ensemble du pays. Une Coupe du monde effilochée par les secousses du monde Par‑delà la situation personnelle de Nazon, la guerre en Iran fait planer une menace sérieuse sur la tenue même de la Coupe du monde, au point de remettre en question la participation de la sélection iranienne, pourtant déjà qualifiée. Comment imaginer que cette équipe puisse se rendre à une compétition organisée en partie aux États‑Unis, alors que les deux pays sont engagés dans un conflit ouvert ? L’inquiétude s’est encore renforcée cette semaine : aucun représentant iranien n’a pris part à la réunion de planification de la Coupe du monde, tenue à Atlanta, alors que toutes les fédérations qualifiées étaient attendues. Une absence lourde de sens, interprétée par plusieurs observateurs comme un signe supplémentaire de l’impasse diplomatique et sportive dans laquelle se trouve Téhéran. Dans ses premiers commentaires publics sur la participation de l’Iran depuis les attaques de samedi, le président américain Donald Trump a déclaré : «Je ne me soucie vraiment pas de savoir si l’Iran participe. Je pense que l’Iran est un pays très durement vaincu. Ils fonctionnent à bout de souffle.» Ces propos, largement relayés, laissent entrevoir une Coupe du monde qui se mue en miroir des tensions géopolitiques de notre époque, loin de la simple célébration sportive qu’elle prétend incarner. La situation n’est guère plus rassurante au Mexique, autre pays hôte, récemment ébranlé par une nouvelle flambée de violence survenue après la mort d’un puissant chef de cartel. Les signaux d’alerte se multiplient : la FIFA, l’instance dirigeante du football mondial, a annulé 40 % des chambres d’hôtel qu’elle avait réservées à Mexico , selon les déclarations au journal Mexico News Daily d’Alberto Albarrán Leyva, directeur général de l’Association hôtelière de la capitale. Un geste rare, qui en dit long sur l’instabilité du terrain et les doutes qui gagnent même les organisateurs. En Haïti, le tableau n’est pas plus reluisant. Alors que la sélection nationale s’apprête à représenter le pays sur la plus grande scène sportive du monde, les responsables politiques semblent davantage préoccupés par le partage du gâteau que par la création de conditions de sécurité permettant aux Grenadiers de voyager en Haïti et de se préparer dignement. Cette indifférence révèle à quel point ils sont déconnectés des attentes profondes du peuple haïtien, qui y voit un motif rare de fierté collective. Ces crises simultanées mettent en lumière, avec une force implacable, l’entrelacement profond entre le sport et les conflits. Elles dévoilent un football désormais exposé aux secousses de l’époque, loin de l’illusion d’un sanctuaire préservé. Elles rappellent enfin la responsabilité qui incombe aux athlètes, aux citoyens et à la société civile : porter une parole de paix, à l’image de celles et ceux qui, comme Didier Drogba ou Muhammad Ali, ont su faire de leur voix un levier de conscience et de transformation.
- Haïti–Venezuela–Iran : une déstabilisation en continu
Par : Novavox, Notre Éditorial.- De la Caraïbe à l’Orient, Trump orchestre une déstabilisation méthodique, exploitant chaque crise, chaque vulnérabilité, pour affaiblir les peuples et renforcer son emprise géopolitique. Cette approche, fondée sur la force et la perturbation, conduit M. Trump à contourner la souveraineté populaire pour imposer des dirigeants acquis à sa ligne et se débarrasser des gouvernements jugés récalcitrants. Haïti : une transition confisquée En Haïti, le déploiement de trois navires de guerre américains, au moment même où expirait le mandat du Conseil présidentiel de transition, a scellé l’appui militaire à un scénario conçu en amont par l’ambassade des États‑Unis. Ce geste, lourd de symboles et de conséquences, a eu pour effet immédiat de verrouiller le processus politique national, au moment précis où la société civile haïtienne tentait de reprendre en main son destin. L’objectif était clair : empêcher le peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants et de décider souverainement de l’avenir de son pays. En substituant la pression militaire à la délibération démocratique, cette intervention a non seulement fragilisé les institutions déjà éprouvées, mais aussi nié la capacité du peuple haïtien à définir lui‑même les contours de sa transition politique. Venezuela : un renversement sous intervention Au Venezuela, le renversement, l’arrestation et l’incarcération du président Nicolás Maduro, à la suite d’une intervention militaire meurtrière, ont marqué un tournant majeur dans l’histoire politique récente du pays. L’intervention, menée sous couvert de la légitimité démocratique, a surtout révélé la volonté de remodeler, par la force, un paysage politique jugé hostile aux intérêts américains. En contournant les mécanismes constitutionnels et en imposant un changement politique par des moyens militaires, l’opération a accentué la délégitimation d’institutions déjà affaiblies, amplifié les tensions internes et ancré le pays dans une incertitude politique persistante, caractéristique des contextes de gouvernance sous pression. Iran : un pays décapité en une nuit En Iran, le leadership national a été balayé en l’espace d’une nuit, sous l’effet d’une opération militaire d’une ampleur inédite, explicitement conçue pour provoquer un changement de régime dans un pays de 92 millions d’habitants. Cette opération, menée avec une rapidité fulgurante et sans véritable mandat international, a laissé le pays décapité, ouvrant un vide politique dont nul ne peut encore mesurer les conséquences. Dépourvue d’un objectif stratégique clairement formulé, cette intervention a été qualifiée par de nombreux observateurs de “nouvelle guerre de choix, imprudente et sans fondement juridique clair”, rappelant les dérives interventionnistes qui ont marqué les débuts du XXIᵉ siècle. Elle s’inscrit dans une logique où la force prime sur la diplomatie, où l’urgence militaire supplante toute réflexion sur les dynamiques internes d’un pays complexe, multiethnique et géopolitiquement central. En frappant au cœur de l’appareil d’État iranien sans plan de transition crédible, l’opération a non seulement fragilisé la stabilité régionale, mais aussi ouvert la voie à des recompositions imprévisibles, susceptibles d’embrasser un Moyen‑Orient déjà saturé de tensions. La brutalité de l’action, son absence de vision politique et son mépris des équilibres internes font craindre une fragmentation du pays, avec des répercussions qui dépasseraient largement les frontières iraniennes. Une doctrine fondée sur la force Contrairement à Machiavel, pour qui la légitimité du prince se construit par l’alliance, la prudence et la maîtrise du temps, la doctrine de Donald Trump repose presque exclusivement sur l’usage de la force brute. Là où Machiavel recommandait de consolider le pouvoir par l’art de composer avec les circonstances, Trump privilégie l’affrontement direct, la démonstration de puissance et la déstabilisation comme instruments principaux de la politique étrangère. C’est pourquoi de nombreux analystes rapprochent ses actions de celles du gouvernement Bush en Irak en 2003, une intervention aujourd’hui largement considérée comme une erreur stratégique majeure. Mais même à l’aune de ce précédent, affirment-ils, la stratégie actuelle apparaît plus hasardeuse encore : absence de vision politique, mépris des dynamiques internes des pays visés, contournement du droit international et recours systématique à la force comme substitut à la diplomatie. Cette comparaison souligne un point essentiel : la politique étrangère de Trump ne s’inscrit pas dans une logique de stabilisation ou de construction, mais dans une dynamique de rupture permanente, où la déstabilisation devient un objectif en soi. Elle révèle une conception du pouvoir fondée non sur la légitimité ni sur la négociation, mais sur la capacité à imposer un rapport de force, quel qu’en soit le coût pour les sociétés concernées et pour l’équilibre international. Un Moyen-Orient au bord de l’implosion Des analystes soulignent que l’offensive en Iran ne peut être dissociée des dynamiques politiques régionales : elle pourrait servir des objectifs extérieurs, notamment en Israël, où elle renforcerait la coalition d’extrême droite de Benyamin Netanyahou et accélérerait les projets d’annexion en Cisjordanie. Dans cette perspective, l’intervention américaine s’inscrit moins dans une logique de stabilisation que dans un jeu d’alliances où chaque déstabilisation procure des gains politiques à certains acteurs régionaux. Mais au‑delà de ces calculs géopolitiques immédiats, une inquiétude plus structurelle se dessine : dans le contexte moyen‑oriental, la chute d’un régime autoritaire ne conduit pas automatiquement à une transition démocratique. L’histoire récente montre au contraire que l’effondrement brutal d’un pouvoir central peut conduire à l’implosion (comme en Libye) ou à l’explosion (comme en Syrie). Avec une population composée de 40 % de minorités — Azeris, Kurdes, Lurs, Arabes, Baloutches —, un Iran plongé dans le chaos pourrait se fragmenter, avec des conséquences régionales majeures. Un bilan inquiétant Les dynamiques à l’œuvre en Iran, au Venezuela et en Haïti révèlent un même schéma : loin de favoriser la paix, la sécurité ou la démocratie, les initiatives impulsées par Donald Trump tendent à exacerber les crises existantes et à fragiliser davantage les sociétés concernées. Sous couvert d’amélioration ou de « restauration démocratique », ces interventions affaiblissent les institutions, alimentent les tensions internes et nourrissent un profond ressentiment populaire à l’égard de l’ingérence étrangère. Ce sentiment est particulièrement palpable en Iran, où un citoyen résume avec une lucidité tragique l’impasse dans laquelle se trouve la population : « Les ayatollahs nous tuent par milliers, et les bombes américaines achèvent nos enfants dans leurs écoles. » Cette parole, brutale et désespérée, retentit comme un verdict sans appel : lorsque la violence du régime rencontre celle de l’intervention extérieure, ce sont toujours les civils qui paient le prix le plus lourd. Elle rappelle que la substitution de la force à la diplomatie ne produit ni stabilité ni légitimité, mais un cycle de souffrances et de ruptures dont les peuples sont les premières victimes.
- La force plutôt que la paix
Venezuela, Iran et la politique délicate de l'intervention militaire Par: Jeffrey A. Friedman,* Foreign Affairs. 5 février 2026.- Le président américain Donald Trump souhaitait être reconnu comme le dirigeant mettant fin aux guerres, le « président de la paix » selon ses propres termes. Il a fait campagne en 2016 en promettant de mettre un terme aux interminables conflits à l'étranger, et en 2020 et en 2024, comme l'un des rares dirigeants américains modernes à ne pas avoir déclenché de conflit. Or, le comportement de Trump au cours de l'année écoulée a été remarquablement belliciste. Ces deux derniers mois seulement, il a bombardé deux pays et coulé plusieurs navires dans les Caraïbes. Il déploie actuellement des forces navales américaines près de l'Iran, pays qu'il a attaqué en juin. Et le 3 janvier, il a ordonné à des troupes américaines de pénétrer dans Caracas en pleine nuit, d'arrêter le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, et de les emmener à New York pour qu'ils y soient jugés. Les conséquences politiques intérieures du virage belliciste de Trump ne sont pas encore claires. Ses actions au Venezuela, par exemple, ont suscité des condamnations de la part des démocrates, mais aussi de certains républicains qui avaient adhéré à sa promesse de renoncer aux guerres étrangères. Des sondages réalisés peu avant et peu après l'attaque contre le Venezuela montrent que moins de 40 % des Américains approuvaient cette décision. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que les électeurs la désapprouvent massivement. Un sondage Reuters, par exemple, a révélé que les Américains étaient presque partagés entre ceux qui soutenaient l'attaque, ceux qui s'y opposaient et ceux qui restaient indécis. L'histoire offre néanmoins quelques pistes pour anticiper l'impact de l'opération au Venezuela et des autres aventures étrangères de Trump sur la politique américaine et son héritage. Les interventions qui renforcent l'image de force du président américain tendent à accroître sa popularité auprès de l'opinion publique, même lorsque les électeurs doutent de leur pertinence. À l'inverse, les interventions militaires qui donnent à la Maison-Blanche une image de faiblesse et d'imprudence ont tendance à lui nuire. Ainsi, les opérations efficaces, relativement brèves et techniquement impressionnantes constituent généralement des atouts politiques, tandis que celles qui s'éternisent et engendrent des coûts sans atteindre leurs objectifs principaux deviennent des obstacles. Pour Trump, les conséquences intérieures de ses actions pourraient donc dépendre de l'évolution de la situation au Venezuela et au-delà. Si la Maison-Blanche cesse ses attaques contre Caracas et que le nouveau gouvernement vénézuélien se plie aux exigences de Washington, la capture de Maduro pourrait s'avérer politiquement avantageuse. Si de futures interventions se déroulent de la même manière, elles pourraient également jouer en sa faveur. Mais les invasions et les assauts sont des paris risqués pour un président. Et Trump, peut-être enhardi par son succès à Caracas, pourrait se lancer dans des opérations plus vastes, plus complexes et donc plus périlleuses. Si tel est le cas, les Américains pourraient se détourner d'elles – et de lui. C'est un fait que la plupart des présidents américains récents ont constaté, à un moment ou à un autre. Choc et Émerveillemen t Les analystes politiques américains affirment souvent que les électeurs ordinaires se soucient peu de la politique étrangère. Pourtant, des études ont montré que les Américains ont des opinions sur les conflits militaires et que l'opinion publique tend à suivre des tendances constantes. Par exemple, les Américains sont plus enclins à soutenir le recours à la force lorsqu'il vise à mettre fin à une agression interétatique, comme ce fut le cas lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, où une coalition menée par les États-Unis a repoussé les forces irakiennes du Koweït. En revanche, les électeurs se montrent généralement plus sceptiques à l'égard des guerres visant à modifier le système politique d'autres pays. Ils sont moins favorables aux interventions unilatérales de Washington, sans coopération ni approbation internationales. Enfin, ils se méfient davantage lorsqu'un président s'engage dans un conflit sans l'autorisation du Congrès, ou lorsque les élites politiques sont divisées sur la question. Mais la manière dont les Américains évaluent le bien-fondé des interventions militaires n'est qu'un aspect de la manière dont ces événements façonnent la politique présidentielle. Dans bien des cas, la question la plus importante est de savoir comment les interventions militaires affectent l'image personnelle des présidents, et plus précisément si elles contribuent à les faire paraître comme des dirigeants forts. L'intervention du président Bill Clinton en Bosnie en 1995 en est un exemple frappant. Les sondages montraient régulièrement qu'une minorité d'électeurs était favorable au recours à la force militaire pour mettre fin aux atrocités commises par les Serbes en Bosnie. Mais Dick Morris, conseiller de Clinton, pensait qu'une telle intervention serait de toute façon bénéfique au président, en le faisant paraître plus intransigeant. Un autre collaborateur de Clinton, George Stephanopoulos, a raconté plus tard que Morris avait explicitement dit à Clinton qu'il devait « bombarder la Serbie à outrance pour paraître fort ». Clinton a suivi son conseil, frappant le pays et envoyant des milliers de soldats américains. Et Morris avait vu juste : la popularité du président a grimpé. Clinton, selon le journaliste Bob Woodward, a par la suite fait remarquer que « alors que 60 % de l'opinion publique s'opposait au déploiement de troupes américaines en Bosnie, l'approbation de sa politique étrangère a augmenté, et non diminué, après qu'il a ordonné ce déploiement ». Cet épisode, a ajouté Woodward, a amené Clinton à conclure que « la fermeté et la détermination étaient appréciées même si les gens n'étaient pas d'accord » avec le fond de ses choix. Pour qu'un président paraisse puissant, il ne suffit pas de lancer une attaque. Celle-ci doit atteindre ses objectifs. Pour Clinton, les frappes en Bosnie ont été efficaces : elles ont contraint les combattants serbes à se retirer de Sarajevo. Le président Ronald Reagan a connu un succès similaire lors de son intervention en Grenade en 1983, qui a renversé une junte militaire qui avait récemment destitué et exécuté le Premier ministre. Les enjeux politiques étaient faibles : il est peu probable que la plupart des Américains aient entendu parler de la Grenade avant l'invasion. Les risques, en revanche, étaient élevés : des centaines d'Américains étudiaient la médecine sur l'île, et le régime grenadien aurait facilement pu les prendre en otage. De plus, la conduite de la mission fut si bâclée qu'elle incita le Congrès à réformer le département de la Défense afin d'assurer une meilleure coopération entre les différentes branches des forces armées. Mais l'armée grenadine était une cible si faible que les États-Unis l'ont écrasée. La popularité de Reagan s'en est trouvée considérablement accrue. De fait, on considère généralement que le succès américain dans cette région a contribué à restaurer la confiance des Américains dans la capacité de leur pays à recourir à la force militaire après la guerre du Vietnam. Les présidents détiennent généralement leurs meilleurs atouts politiques au début des guerres. Mais de nombreuses autres interventions militaires se sont éternisées et se sont mal terminées, ternissant l'image des présidents. Ce fut notamment le cas sous la présidence de Clinton. En août 1993, le président ordonna aux forces américaines de se rendre en Somalie pour capturer le chef de l'Alliance nationale somalienne, une milice qui empêchait les États-Unis d'acheminer l'aide alimentaire nécessaire pour enrayer la famine qui ravageait le pays. Washington échoua et, durant l'opération, des milices somaliennes tuèrent 19 soldats américains à Mogadiscio. En réaction, le soutien américain à l'intervention en Somalie s'effondra et la popularité de Clinton chuta. Pour Clinton, le problème n'était pas tant les pertes américaines, comparables à celles subies à Grenade et lors de l'invasion victorieuse du Panama en 1989 sous la présidence de George H.W. Bush, que l'échec de la guerre. Ces événements corroborent des études plus générales montrant que les Américains sont prêts à supporter des coûts élevés dans les guerres étrangères, mais seulement si elles semblent permettre d'atteindre des objectifs majeurs. La guerre en Afghanistan en est l'exemple majeur et le plus récent. L'armée américaine a subi très peu de pertes en Afghanistan après que le président Barack Obama a mis fin à la mission de combat des États-Unis dans le pays en 2014, treize ans après l'invasion américaine initiale. Mais l'engagement américain ne s'est pas arrêté là, et le conflit s'est enlisé sans perspective de résolution. Il est ainsi devenu un fardeau politique qu'aucun président n'a pu redresser. Bien qu'Obama et Trump, lors de leurs premiers mandats, aient été critiqués pour avoir poursuivi le conflit, les Américains ont réagi encore plus durement lorsque le président Joe Biden a retiré les troupes en 2021. Une majorité d'électeurs a peut-être déclaré à l'époque que la décision de retrait était la bonne, mais les images des forces talibanes prenant d'assaut Kaboul, tandis que les troupes américaines fuyaient, ont donné une impression de faiblesse à Biden. Sa cote de popularité a rapidement chuté et ne s'est jamais redressée. Riche en Sucre La dimension politique des interventions militaires évolue fréquemment au fil du temps. Les présidents sont généralement en position de force politique au début des guerres, lorsque les Américains, animés par un patriotisme exacerbé, se rallient autour du drapeau – comme ce fut le cas au cours des premières années de l'invasion de l'Afghanistan. C'est également au début d'un conflit que la Maison-Blanche dispose du plus grand pouvoir d'influence sur l'opinion publique, grâce à la tribune dont jouissent les présidents et au temps nécessaire aux journalistes et aux groupes d'opposition pour recueillir des informations indépendantes et construire des récits critiques. Les Américains sont également souvent impressionnés par la puissance de l'armée américaine, qui se manifeste pleinement au cours des premiers jours d'une opération. Mais avec le temps, ces avantages s'estompent. Le soutien populaire suit généralement la même tendance. L'effet des interventions militaires sur la politique présidentielle est, en d'autres termes, comparable à celui des boissons énergisantes très sucrées. À court terme, elles peuvent procurer un regain d'énergie utile, mais à long terme, elles peuvent entraîner une chute brutale. Le président George W. Bush, par exemple, a tiré parti de l'invasion de l'Irak en 2003 lors de sa campagne de réélection en 2004. Il a opposé son engagement à « maintenir le cap » aux appels de John Kerry, candidat démocrate à la présidentielle, en faveur d’un retrait des troupes, ce qui a fait passer Kerry pour une girouette, car il avait initialement voté pour autoriser la guerre. Bush et ses conseillers pensaient que cette opposition était l'une des principales raisons de sa victoire. Mais au milieu du second mandat de Bush, il était évident pour la plupart des Américains que la guerre prenait une mauvaise tournure. La cote de popularité du président a chuté inexorablement à mesure que le nombre de morts parmi les soldats américains dans ce conflit interminable augmentait. Les démocrates ont repris le contrôle du Congrès en 2006, et la popularité de Bush ne s'en est jamais remise. Le recours à la force militaire pour affirmer sa puissance comporte donc des avantages et des risques, et la question de savoir si ce compromis s'avère finalement favorable au président dépend de la capacité de l'intervention à atteindre, de manière décisive, ses objectifs déclarés. Dans le cas du Venezuela, il est difficile de savoir si ces conditions seront réunies. Trump avait promis de se débarrasser de Maduro et l'a fait par une démonstration de force militaire impressionnante. Mais il a également laissé entrevoir des ambitions plus vastes, telles que la refonte du gouvernement vénézuélien et le détournement des revenus pétroliers, des objectifs qui semblent moins susceptibles d'aboutir. Le président a menacé de frapper à nouveau si Caracas ne se plie pas aux exigences américaines, laissant entendre que son administration pourrait s'enliser dans un conflit plus complexe et plus long, susceptible de ne pas aboutir à une issue décisive. Trump, de son côté, en sortirait affaibli. Pour l'instant, Trump semble imperturbable. Au contraire, il paraît même enhardi. Outre les menaces proférées contre d'autres gouvernements d'Amérique latine, il a déployé ce qu'il appelle une « armada massive » dans le golfe Persique et menace de frapper l'Iran si ce dernier ne met pas fin à son enrichissement en uranium, à ses programmes de missiles avancés et à son soutien aux groupes armés. On comprend aisément pourquoi Trump est si confiant quant à la capacité de cette attitude belliqueuse à produire les résultats escomptés. En cinq ans de mandat, le président s'est forgé une solide réputation en recourant à la force disproportionnée pour atteindre des objectifs limités, ce qui a sans doute servi ses intérêts politiques : l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani en 2020, la dégradation des réacteurs nucléaires de Téhéran en 2025 et, plus récemment, le renversement du gouvernement vénézuélien. Il est fort probable qu'il soit encore grisé par le succès de l'opération au Venezuela. Mais rien ne garantit que les futures interventions militaires se dérouleront aussi rapidement et à moindre coût. Et si tel n'est pas le cas, Trump non seulement fragilisera davantage sa prétention d'être un président opposé aux guerres de choix, mais risque aussi de perdre sa réputation de dirigeant fort, l'un de ses principaux atouts politiques. ------------------------------------------------------- Texte initialement publié en anglais ; traduction française réalisée par NOVAVOX. *JEFFREY A. FRIEDMAN est professeur agrégé de sciences politiques au Dartmouth College et auteur de The Commander-in-Chief Test : Public Opinion and the Politics of Image-Making in US Foreign Policy.
- Le pari de Trump sur l’Iran est enclenché – et il semble de plus en plus désespéré.
Par : Simon Marks, The i Paper.- 28 février 2026 à 14h33 (Mis à jour le 1er mars 2026 à 13h10) Trump a tout misé sur un changement de régime en Iran, mais sans plan clair ni explication aux citoyens américains. Les Américains se sont réveillés samedi pour découvrir que leur pays était entré en guerre pour des raisons que personne n'a jamais pris la peine de leur expliquer, et dans la recherche d'un résultat que le gouvernement américain est incapable de définir précisément. Sept mois après que Donald Trump a autorisé une opération militaire conjointe avec Israël qui, selon lui, a « totalement anéanti » le programme nucléaire iranien grâce aux bombes anti-bunker américaines, on demande soudainement à ce pays de croire que le régime iranien s'était retrouvé à une semaine de disposer de suffisamment de matériel pour constituer une « menace imminente » pour les États-Unis. Ni Trump, ni son secrétaire d'État, Marco Rubio, ni son envoyé spécial, Steve Witkoff, n'ont même tenté d'expliquer cette contradiction au cours des quinze derniers jours, alors que les États-Unis ont déployé la force militaire la plus puissante de la région depuis l'attaque de l'Irak par George W. Bush en 2003. À eux deux, les États-Unis et Israël comptent plus de 500 avions de combat dans la région. Alors que le chaos s'emparait de Téhéran, Trump n'a proposé que des généralités quant à ses projets. Annonçant le lancement d'opérations militaires « massives et continues » contre l'Iran, il a affirmé sans ambages que son objectif était l'effondrement du régime. Il a qualifié le gouvernement iranien de « groupe vicieux de personnes très dures et terribles ». Il n'a donné aucune indication sur le type d'administration qu'il espérait voir remplacer celle dirigée par le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Trump n'a pas mentionné Reza Pahlavi, mais a plutôt enjoint au peuple iranien de prendre son destin en main. Dans une série de déclarations contradictoires, le président a d'abord promis aux Iraniens que « l'heure de votre liberté est proche ». Mais tout en les exhortant à se lever et à saisir « leur unique chance depuis des générations », il leur a ensuite dit : « Restez à l'abri. Ne quittez pas votre domicile. C'est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber de partout. » Pour ajouter à la confusion, il a ensuite déclaré : « Le moment est venu de prendre votre destin en main et de libérer le futur prospère et glorieux qui est à votre portée. C'est le moment d'agir. » Mais vraisemblablement, il ne s'agit que d'actions pouvant être menées en toute sécurité depuis leur domicile, jusqu'à ce que le président autorise les déplacements. Il a également exhorté les membres des Gardiens de la révolution, réputés pour leur brutalité, à déposer les armes et à se rendre, même s'il n'y a personne dans les rues du pays à qui ils puissent se confier. En déclenchant un conflit que ses alliés régionaux l'ont longtemps exhorté à ne pas mener, le dirigeant américain semble avoir décidé de jouer un jeu dangereux en Iran, au moment même où sa popularité auprès des électeurs américains a atteint des niveaux historiquement bas. Depuis des semaines, il a besoin d'une diversion majeure, car les Américains rejettent massivement ses affirmations selon lesquelles l'économie du pays est florissante, et après que des manifestants à Minneapolis l'ont contraint à une retraite partielle humiliante, sous le déploiement de milliers d'agents fédéraux appliquant sa politique brutale de déportation massive, et après avoir abattu deux citoyens américains. Les membres du Congrès ont, une fois de plus, été mis à l'écart par le président. Très peu d'entre eux semblent même avoir été éveillés lorsque les frappes militaires ont commencé, bien que le sénateur Ruben Gallego, démocrate de l'Arizona, ait déclaré sur les réseaux sociaux que les troupes américaines ne devraient pas avoir à « payer le prix ultime pour un changement de régime et une guerre qui n'a été ni expliquée ni justifiée auprès du peuple américain ». En ciblant, selon certaines sources, Khamenei et le président iranien Massoud Pezeshkian en vue d'un possible assassinat, Trump peut également être accusé d'avoir enfreint la loi américaine. L'assassinat de chefs d'État et de responsables étrangers est interdit par une loi promulguée par le président Ronald Reagan en décembre 1981. Nul à Washington ne sait ce que l'avenir nous réserve. Trump, arrivé au pouvoir en promettant de ne pas entraîner les Américains dans des guerres lointaines qu'ils connaissent mal et comprennent encore moins, s'est immiscé en Iran sans plan d'avenir apparent. Ses partisans du slogan « L'Amérique d'abord » seront en droit de se demander pourquoi ils soutiennent les efforts visant à provoquer la chute du régime iranien, alors même que leur propre gouvernement est incapable d'expliquer comment éviter un conflit régional plus vaste. Mais pour tenter de renverser la situation et de compromettre les chances de ses collègues républicains aux élections de mi-mandat de novembre, Trump a décidé de tout miser sur cette stratégie. Il ne peut qu'espérer que la force brute des armées américaine et israélienne lui apporte un résultat favorable. * Article publié en anglais dans sa version initiale ; traduction française : NOVAVOX.
- Contre le faux Pacte : pour une gouvernabilité souveraine et des élections libres
Par : Novavox, Notre Éditorial.- D ans notre Manifeste pour un Renouveau démocratique en Haïti, publié en 2018, nous écrivions déjà : « La crise qui frappe actuellement le pays révèle l’inaptitude totale du pouvoir, des partis politiques et du parlement (sénateurs et députés) à rendre le pays gouvernable, voire à proposer des politiques susceptibles de lutter efficacement contre les inégalités . » Huit ans plus tard, rien n’a changé, sinon l’audace de ceux qui ont méthodiquement plongé le pays dans l’ingouvernabilité et qui, aujourd’hui, se découvrent soudain une passion pour la « gouvernabilité ». Les mêmes acteurs qui ont prospéré sur le désordre, qui ont transformé l’État en carcasse et la population en variable d’ajustement, se lancent maintenant dans une opération de communication tapageuse autour d’un soi-disant pacte pour la stabilité et les élections. Les faiseurs du chaos en quête de légitimité Dans ce tohu-bohu savamment orchestré pour brouiller les repères, une question s’impose, brutale et simple : la gouvernabilité par qui et pour qui? Par ceux qui ont démantelé les institutions qu’ils prétendent aujourd’hui sauver ? Par ceux qui ont laissé prospérer les inégalités qu’ils jurent désormais combattre ? Par ceux qui n’ont jamais gouverné qu’à coups de deals opaques, de clientélisme et de chaos contrôlé ? Par ceux, enfin, qui ont bradé la souveraineté nationale comme on liquide un actif sans valeur ? La gouvernabilité n’est pas un slogan de dernière minute ni un rideau de fumée pour amadouer les partenaires internationaux. C’est un contrat exigeant, fondé sur la légitimité, la justice et la capacité réelle à transformer la vie des citoyens. Or, ceux qui s’en proclament les champions sont précisément ceux qui, depuis des années, ont méthodiquement détruit les conditions mêmes de son existence. Dès lors, il revient au pays de ne pas se laisser hypnotiser par les artifices. De regarder derrière les mots. De poser la seule question qui vaille : ce pacte prétendu vise-t-il la gouvernabilité du pays ou la perpétuation de ceux qui l’ont rendu ingouvernable? Le véritable Pacte national pour la stabilité et des élections crédibles. Un véritable pacte pour la stabilité et des élections crédibles est celui qui fonde la gouvernabilité sur la souveraineté. Or les faiseurs du chaos ont cédé face à l’ingérence étrangère, acceptant que d’autres définissent nos priorités, nos échéances et même notre avenir politique. Leur « Pacte de Gouvernabilité » n’est, à y regarder de près, qu’un habillage rhétorique : un texte poli destiné à masquer une réalité autrement plus grave, à savoir la normalisation de la tutelle, la dilution de la souveraineté et la transformation du renoncement en horizon politique. Un véritable pacte pour la stabilité et des élections crédibles est inclusif et orienté vers le bien-être collectif. Jusqu’ici, les architectes du pacte de gouvernabilité ont contourné le peuple, feignant d’ignorer ses revendications, ses besoins et ses priorités, tout en s’attaquant à ses conquêtes de lutte. Ils gouvernent sans transparence afin de continuer à dilapider les maigres ressources nationales. Le contrat de 500 millions de dollars américains octroyé à une compagnie de sécurité privée américaine en est la preuve la plus éloquente : un nouvel acte de capitulation dans la longue chronique d’abandons d’une classe politique sans vergogne, sans vision et sans la moindre notion de responsabilité nationale. Cinq cents organisations et cent quarante-quatre personnalités du mouvement social haïtien viennent de tirer la sonnette d’alarme face aux dérives en cours. Leur voix, comme celle de tant d’autres, incarne cette souveraineté populaire indispensable à l’émergence d’un véritable pacte national pour la stabilité et des élections crédibles. Car le pays ne se relèvera pas avec ceux qui ont appris à échouer en boucle. Il lui faut une génération qui n’a pas été dressée à trahir. Enfin, un véritable pacte national de gouvernabilité doit rompre le cycle du chaos afin d’éviter que le prochain mandat ne sombre, dès son entame, dans la paralysie. Conduire le pays aux urnes sans garantir un fonctionnement institutionnel stable revient à condamner l’alternance à rejouer l’échec. À ce jour, les auteurs du chaos ont capitulé face à l’effondrement institutionnel, observant la décomposition de l’État comme des spectateurs impuissants, incapables de transformer l’urgence en action. Ils ont abdiqué devant les gangs, laissant la violence s’installer en arbitre ultime de la vie publique. Leur reddition n’est pas un accident : elle constitue une méthode de gouvernement, une manière d’occuper le pouvoir en renonçant à l’autorité, un mode de verrouillage de la démocratie haïtienne. Bref, le véritable pacte national ne peut plus servir de décor. Il doit devenir l’outil qui stabilise le pays, impose la transparence et ouvre la voie à des élections légitimes, organisées au nom du peuple et non au profit d’intérêts privés. Il revient aux patriotes, aux progressistes et à tous ceux qui refusent ce prétendu pacte de gouvernabilité de s’organiser et de se constituer en alternative face à des choix qui ne produiraient que davantage de violence, de crise et de calamités pour le peuple haïtien. Nous pouvons et nous devons écrire notre avenir autrement, avec la dignité souveraine d’un peuple historique, héritier d’une lutte séculaire et porteur d’une responsabilité qui dépasse le présent.
- Le rituel de l’échec
Par : Hugue CÉLESTIN, Membre de: - Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) - Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) À Matanzas, capitale de la province du même nom sur l’île rebelle de Cuba, la terre ne se contente pas de produire du sucre ; elle retient, dans ses strates brûlées par le soleil, le souffle des révoltes et des promesses inachevées. Le 26 juillet 1953, à Santiago de Cuba, l’assaut de la caserne Moncada éclata dans la nuit cubaine. Ce fut un échec militaire, une défaite sanglante pour les insurgés, mais déjà la naissance d’une prophétie qui allait marquer le destin de l’île. Dans le fracas des balles et le silence des prisons, Fidel Castro et ses compagnons semaient la conviction que l’histoire, tôt ou tard, réparerait leurs premières erreurs. Matanzas, entre ses champs de canne à sucre et sa baie immobile, recueillait ces secousses à la manière dont l’océan étreint les naufragés oubliés. Chaque tige ploie sous le vent du passé, chaque vague reflète les rêves de liberté que les générations ont portés en secret, que les douleurs et les colères patientes ont nourris. Lorsque, en janvier 1959, la Révolution triompha enfin, ce ne fut pas seulement le renversement d’un régime, mais l’accomplissement d’une longue gestation née de l’échec. La ville devint l’écho vibrant des insurgés, portant dans ses ruelles le souffle des révoltes passées. La baie, miroir silencieux des départs et des retours, recueillait dans sa lumière grave la lente germination d’une liberté conquise et le murmure des promesses portées par les générations à venir. Au milieu de ce décor d’ombres et de clartés, entre les cheminées des anciennes centrales sucrières et les rues parcourues par des passants pressés, deux adolescents se croisaient chaque matin sur le chemin de l’école. Dans le secret de leurs regards, ils choisirent d’aimer. Ils prolongèrent, à leur manière, l’élan prophétique de cette révolution, offrant une leçon silencieuse et insistante selon laquelle l’échec, lorsqu’il est écouté, peut devenir la matrice du destin. Pour eux, aimer devenait un acte fragilement obstiné, un geste de résistance face aux contraintes quotidiennes et aux pénuries imposées par le blocus américain. Les moteurs s’éteignaient faute de carburant, et dans les hôpitaux, les incubateurs restaient froids, laissant de nombreux nouveau-nés succomber. Autour des couveuses, les parents retenaient leur souffle, caressant de petites mains pour transmettre un peu de chaleur. Chaque lampe vacillante projetait des lueurs tremblantes sur les murs pâles, et le silence se rompait parfois d’un gémissement, écho subtil d’espoir et de peur mêlés. Dans ce contexte, les amants échangeaient une main frôlée sous l’œil soupçonneux des passants, un sourire au détour d’un parc, ou un message discret envoyé avant que le réseau ne s’éteigne à nouveau. Leur lien persistant reflétait une certitude plus ancienne que les blocus et plus vaste que les pénuries. La dignité et la vie pouvaient encore éclore, même sous les pressions les plus cruelles. À travers leur trame intime circulait une mémoire plus vaste, celle des eaux et du tonnerre. À Matanzas, l’amour prenait le nom d’Ochún, rivière dorée de douceur et de fécondité, tandis que la force s’incarnait en Changò, maître du feu et de la foudre. Leur union symbolisait l’équilibre entre caresse et puissance, entre patience et éclat. Sans le formuler, les deux adolescents marchaient dans cette alliance persistante, l’eau contournant les obstacles et l’éclair fendant le ciel. Ils refusaient d’être de simples silhouettes passagères, des figures effacées par les contraintes et les privations. Héritiers d’une île qui a appris à transformer la contrainte en orgueil et la vie en amour, en paix, en progrès et en liberté. La recentralisation de la transition permanente Alors que Cuba enseignait que l’échec pouvait devenir prophétie, Haïti nous montre que l’échec se transforme en spectacle. Le 7 février 2026 a officiellement sonné le glas du Conseil présidentiel de Transition (CPT). Présenté comme une solution haïtienne à la crise, son objectif était de stabiliser l’exécutif, de relancer le processus électoral, de coordonner la réponse sécuritaire et, en filigrane, de rassurer les bailleurs de fonds. Après des manœuvres frénétiques et des tractations souvent maladroites, et sous l’œil insistant de Washington, le CPT a cédé la gestion du pouvoir exécutif au Conseil des ministres, désormais dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cet acte s’apparente à une formalité institutionnelle, un passage ordonné dans la continuité de l’État moribond. Derrière cette apparente normalité, un changement majeur s’impose. La collégialité transitoire disparaît, remplacée par une verticalité assumée et sans concession. Le Premier ministre devient l’axe unique du pouvoir exécutif. Il concentre toute l’autorité, incarne le visage central de l’État en coma, dialogue avec les partenaires internationaux, garantit le processus électoral et orchestre la réponse sécuritaire. Dans ce contexte de crise, le droit transitoire se plie aux besoins de l’urgence et la centralisation sert de prétexte à l’efficacité. Il en résulte une configuration paradoxale. Un pouvoir national centralisé, mais soumis aux règles et contraintes d’une architecture internationale qui le domine autant qu’il l’articule. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti a traversé une succession d’accords politiques censés encadrer les transitions et sortir le pays de la crise institutionnelle. C’est ainsi que, quelques semaines après la prise de fonctions, le Premier ministre Ariel Henry, a signé le 11 septembre 2021, avec une vingtaine de partis politiques, secteurs d’affaires et groupes de la société civile, un premier accord politique intitulé Pour une gouvernance apaisée et efficace de la période intérimaire. Ce texte visait à instaurer un gouvernement de consensus, à renforcer l’autorité de l’État, à créer des espaces de dialogue entre acteurs sociaux et politiques, et à poser les bases d’un climat propice à des élections générales et à un référendum constitutionnel dans les mois suivants. Un second accord politique, signé par Ariel Henry le 21 décembre 2022 et intitulé « Consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes », réunissait des partis politiques, des organisations sociales et le secteur privé. Ce texte adoptait un calendrier de transition de 14 mois, avec pour objectif l’organisation d’élections générales et l’installation d’un gouvernement élu à partir de février 2024. Il prévoyait également la création d’organes de gouvernance transitoire, tels qu’un Conseil suprême de transition et un Organe de contrôle de l’action gouvernementale, chargés de superviser la mise en œuvre du processus électoral. Ces deux accords visaient à conférer une légitimité à l’exercice du pouvoir en l’absence d’un parlement et d’un président élus. Les dirigeants de la Caribbean Community (CARICOM), à l’initiative de Washington, ont convoqué une réunion d’urgence à Kingston, en Jamaïque, réunissant des représentants haïtiens de partis politiques, de la société civile et du secteur privé, ainsi que des partenaires internationaux tels que les États-Unis, la France, le Mexique et l’Organisation des Nations unies. La rencontre visait à dépasser l’impasse institutionnelle, provoquée par la violence des gangs et par l’isolement du Premier ministre Ariel Henry. À l’issue de ces discussions, une déclaration d’orientation commune a été adoptée. Celle-ci engageait les protagonistes à mettre en place un dispositif de gouvernance transitoire pour assurer la continuité de l’État, un plan d’action de sécurité à court terme et une voie vers des élections libres et crédibles. La déclaration finale de la Jamaïque a conduit les parties à s’engager à créer un Conseil de neuf membres, chargé de piloter la gouvernance intérimaire et de préparer des élections dans une ambiance sécuritaire. Les participants ont convenu que ce Conseil serait constitué de représentants politiques, de membres du secteur privé et d’observateurs issus de la société civile, afin de refléter une pluralité fonctionnelle. Il aurait pour mission de désigner un Premier ministre intérimaire afin de sécuriser le pays et de superviser la mise en place d’un conseil électoral provisoire, garantissant la préparation technique et institutionnelle du scrutin à venir. L’accord de Kingston a servi de pivot stratégique international pour encourager la démission d’Ariel Henry. Il fut présenté par ses promoteurs comme une étape nécessaire pour remettre Haïti sur la voie constitutionnelle, malgré les divisions internes persistantes et les défis sécuritaires majeurs. Il servait de cadre stratégique multipartite pour structurer la transition, en tentant de rapprocher des forces fracturées par des décennies de crise. Entre-temps, la recentralisation semble offrir du contrôle et de la continuité, mais elle ne cache pas que la légitimité se négocie surtout dans les cercles fermés, derrière les textes officiels. La démocratie notariale Le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections apparaît comme une tentative de formaliser ce qui existe déjà : un pouvoir central fort, appuyé par divers groupes et inséré dans une architecture internationale contraignante. Il intervient vingt-deux jours après le début de l’exercice solitaire du pouvoir exécutif et après des années de régime d’exception prolongé. Il ne surgit pas dans le vide et s’inscrit dans une séquence historique où les mêmes acteurs ne cessent de ressasser les mêmes solutions. Le texte ressemble davantage à un mécanisme de gestion du pouvoir entre initiés qu’à une véritable refondation démocratique. Il promet tout, en particulier des élections censées laver les péchés de cette transition sans fin, pour reprendre l’expression de l’écrivain haïtien Pierre-Raymond Dumas. Le dispositif centralise toute l’autorité autour du Premier ministre et encadre la transition par un comité consultatif, chargé d’apporter une apparence d’équilibre institutionnel. Ce comité conseille, accompagne, observe ; il rassure, légitime et donne à voir une forme de contrôle. Mais en réalité, la légitimité demeure contractuelle, presque notariale. Les signatures circulent dans le même cercle, les engagements s’échangent entre les mêmes mains et la surveillance s’organise à huis clos, pendant que le pouvoir se répartit entre les membres du club soigneusement verrouillé. Le Pacte insiste sur la professionnalisation de l’administration électorale. Au fond, les élections jouent un rôle quasi-rituel : elles doivent effacer l’exception, refermer la transition, restaurer la normalité constitutionnelle et rétablir la légitimité populaire. Privilégier uniquement la technique est une vision gestionnaire de la démocratie. L’histoire politique haïtienne montre que le vote, à lui seul, ne dissout ni les fractures sociales ni les déséquilibres structurels. Une élection peut produire des élus, mais elle ne garantit pas automatiquement la stabilité. Dans un pays où des territoires entiers tombent sous l’emprise des gangs armés, où les enlèvements contre rançon et les viols s’installent comme une routine macabre, où des milliers de déplacés survivent loin de leur domicile électoral et où circuler relève de l’incertitude permanente, parler de modernisation électorale sonne creux. La technologie ne dissout pas la géographie de la peur. La coopération entre les forces nationales et la Force de Répression des Gangs (FRG), encadrée par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, est érigée en condition préalable au succès électoral. L’exercice même de la souveraineté populaire se trouve ainsi subordonné à un dispositif sécuritaire internationalisé. Le vote ne dépend plus seulement de la volonté citoyenne, mais aussi d’une logistique militaire, d’un appui financier extérieur et d’un encadrement diplomatique constant. Plus audacieux encore, le texte envisage d’adosser à ce scrutin des modifications constitutionnelles. Il s’agirait de réformer les fondements mêmes de l’État en pleine transition, sans parlement fonctionnel, avec une ratification simultanée aux élections. Provisoire par nature, la transition se voit déjà investie des habits solennels d’une Assemblée constituante. La mayonnaise de la transition Le Pacte pose les règles, mais la reconstruction de la nation dépend de la volonté et de l’organisation du peuple. Cette réglementation constitue une architecture stratégique du pouvoir dans un contexte d’incertitude profonde et de repositionnement du centre politique et économique. Stabiliser, organiser des élections, transmettre le pouvoir à des autorités élues : en contexte chaotique, tout oscille, bifurque et menace de s’effondrer. Dans ce contexte d’exécutif centralisé, de pacte notarial, de sécurité et d’élections sous contrôle international, ainsi que de réforme constitutionnelle annoncée, la refondation de la nation constitue un défi incontournable. Ceci nous convie à restaurer l’autorité publique et à réinventer le projet national haïtien. Il suppose l’organisation méthodique et patiente de toutes les couches conscientes et engagées du pays pour concrétiser et assumer l’insurrection populaire organisée et briser les compromis d’élites défensives. L’histoire politique des transitions regorge d’accords, de contrats sociaux et de pactes célébrés comme historiques. Les accords de 2021 pour une gouvernance consensuelle, ceux de 2022 pour encadrer une transition électorale, puis l’accord de Kingston de 2024 pour créer le Conseil présidentiel de Transition (CPT) ont servi de décor. Enfin, le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections couronne ce cycle de gesticulations. Les pouvoirs transitoires exhibent leur légitimité à coups de signatures solennelles, tandis que le peuple reste cloué au banc des spectateurs, applaudissant ou s’indignant sans jamais savoir qui tire vraiment les ficelles des marionnettes. Pourquoi tant d’entêtement ? Même les esprits les plus obtus ont fini par comprendre que ces textes n’ont jamais délivré ce qu’ils promettaient, et pourtant ils restent encensés comme des œuvres magistrales. Jamais les racines de nos malheurs n’ont été touchées, et les pouvoirs en place continuent de maquiller l’échec avec des recettes cosmétiques qui ne trompent que ceux qui veulent l’être. Le pire dans tout cela, ce sont ces sauces de mayonnaise rances qu’on nous sert sans fin. Des chefs cuisiniers prétendent offrir l’excellence, mais ne font que nous empoisonner tout en nous promettant les plats les plus délicieux.
- Pacte national : pleins pouvoirs accordés à Alix Didier Fils-Aimé !
Par : Sonet Saint-Louis av, Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'université d'État d'Haïti -Professeur de philosophie, Université du Québec à Montréal.- Les institutions et les normes entretiennent des rapports étroits et constants avec les faits. Elles ont leur fondement dans les données sociales, politiques et philosophiques. C’est un rappel que me faisait souvent mon ancien professeur de droit constitutionnel avancé, M. Jacques-Yvan Morin, dont j’ai eu la chance de suivre le cours intitulé : « Constitution, gouvernance, État de droit et droits fondamentaux dans l’ordre interne et externe », au cours de mes études de 2e cycle (maîtrise) en droit à l’Université de Montréal (UdeM). Quand je suis devenu professeur de droit, j’ai toujours dit à mes étudiants que le droit n’est jamais neutre : c’est un produit politique, issu de rapports de force et de compromis. Dès lors, il est tour à tour — voire simultanément — une arme de libération et de domination, selon l’usage qu’on en fait. La semaine dernière, j’ai publié un article intitulé : « Seule une bonne connaissance du droit peut permettre de défendre l’intérêt général ». Certains citoyens, exerçant une profession autre que le droit, ont estimé que ce titre était trop restrictif, puisque, eux aussi, mènent le même combat que des juristes au nom du bien commun. Ma réponse est simple : bien que complexe, le droit n’est pas confiné aux tribunaux ni aux facultés. Il est une “mathématique sociale” qui concerne tous les citoyens. À vos toges, citoyens ! Le destin d’Haïti est entre vos mains et relève de votre responsabilité. À un autre niveau — celui de l’analyse institutionnelle — la question d’actualité qui m’intéresse, à savoir le « Pacte national pour la stabilité et les élections », exige, en tant que juriste, de revenir aux règles constitutionnelles qui fondent les institutions de droit public. Si j’ai écrit que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) est inconstitutionnel et illégitime, et que le pouvoir exécutif ne pouvait être transféré au Conseil des ministres, présidé par Didier Alix Fils-Aimé, dans le contexte actuel, c’est parce que ces deux institutions possèdent une réalité constitutionnelle propre. La Constitution de 1987, qui sert de référence à ce pouvoir d’exception, confère une légitimité démocratique à tous ceux qui exercent le pouvoir au nom de la République. Celle-ci ne peut être obtenue que par le suffrage universel, direct ou indirect. L’exercice du pouvoir sans légitimité démocratique, laquelle passe par les élections, relève de la violence. Sans les institutions, l’État, dont le rôle est de garantir les droits et de protéger les libertés fondamentales, n’existe pas. Assurer un minimum d’État, c’est veiller à ce que les institutions fonctionnent. Comment respecter la Constitution lorsque les institutions responsables de sa mise en œuvre sont dysfonctionnelles ? C’est pourquoi, en dehors de la volonté du peuple clairement exprimée lors des élections, l’inclusion des divers groupes dans une transition politique est fondamentale pour atteindre les objectifs de celle-ci, puisque le pouvoir n’est pas délégué. Dans ce sens, aucun groupe ne devrait avoir la possibilité de se l’approprier, ni chercher à le faire de manière explicite, souterraine ou malicieuse. Un pacte fragile En effet, loin de juger ou de donner des leçons à quiconque, je décèle dans le « Pacte national pour la stabilité et les élections », ratifié par des acteurs politiques et économiques ainsi que par des organisations de la société civile, quelques fragilités juridiques et politiques, susceptibles de compromettre durablement la solidité démocratique de notre République. Cette classe politique, qui a déjà commis tant d’erreurs, aurait dû agir avec prudence afin de ne pas laisser une lourde hypothèque sur l’avenir de la nation. Par exemple, ce pacte autorise le pouvoir intérimaire à réviser la Constitution de 1987 par voie référendaire. Parmi les dispositions visées, on note notamment celles relatives aux mandats des élus — que l’on souhaite harmoniser — et celles portant sur la question de la décharge des hauts responsables de l’État (le Premier ministre et les ministres), tout en voulant conserver le régime politique actuel, fondé sur la démocratie parlementaire. À l’instar de Jacques-Yvan Morin, intellectuel québécois de la Révolution tranquille, dont je me réclame des enseignements, je considère que le droit forme un tout : un système d’interactions plutôt qu’un assemblage de règles isolées. C’est précisément parce qu’une Constitution constitue un ensemble cohérent — décliné en dispositions et structuré en articles — qu’on ne peut y intervenir n’importe comment, ni en modifier l’équilibre au gré des circonstances. Les dispositions relatives aux mandats des sénateurs, au fonctionnement du Sénat et à la décharge des hauts responsables de l’État sont des dispositions substantielles : elles relèvent du fond. Elles déterminent la nature, la validité et, en définitive, l’existence même du pouvoir législatif. Autrement dit, si l’on touche à la nature du pouvoir législatif, c’est l’architecture constitutionnelle qui vacille. D’où la question centrale : quelle Constitution encadrera désormais le pouvoir des élus ? À propos de la durée du mandat des parlementaires La Constitution de 1987 établit un régime parlementaire dans lequel le pouvoir législatif est composé de deux chambres : la Chambre des députés et le Sénat. Les membres de ces deux chambres sont élus au suffrage universel. La Chambre des députés fonctionne par législatures et se renouvelle tous les quatre ans, tandis que le Sénat siège en permanence et se renouvelle par tiers (1/3) tous les deux ans. Les deux chambres votent la loi, contrôlent l’action du gouvernement et disposent de la prérogative de le censurer en cas d’insatisfaction quant aux politiques publiques qu’il mène. Comment harmoniser les mandats des élus en attribuant à chacun un mandat de cinq ans sans toucher à la nature substantielle du pouvoir législatif, notamment au Sénat de la République ? Le principe général posé par la Constitution de 1987 est la permanence du Sénat. Autrement dit, le Sénat est une institution appelée à siéger de façon continue, contrairement à la Chambre des députés, dont chaque législature a un début et une fin. C’est dans ce sens qu’on parle de 48e et de 49e législature. En revanche, on ne parle pas de « 48e sénature », puisque le Sénat s’inscrit dans une continuité institutionnelle : il ne se conçoit pas comme une succession de périodes closes. Cette distinction n’est pas seulement formelle : elle fonde la continuité du pouvoir législatif. En Haïti, le Sénat fonctionne sans interruption grâce à un renouvellement par tiers tous les deux ans. La continuité parlementaire repose donc sur le maintien en fonction d’une partie significative des sénateurs : il faut que les deux tiers demeurent en poste afin d’éviter toute rupture dans l’exercice du pouvoir législatif. Dès lors, on ne peut pas calquer la durée du mandat des sénateurs sur celle du Président de la République ou des députés, puisque ces mandats n’expirent pas à la même date et obéissent à des logiques institutionnelles différentes. Aligner ces échéances reviendrait à fragiliser la permanence du Sénat et à provoquer un désordre institutionnel et politique. Pour que le Sénat continue d’assurer sa mission de continuité, ses mandats doivent donc rester différenciés et échelonnés, en contraste avec le renouvellement périodique de la Chambre des députés et l’élection du Président de la République. Autre erreur : la question de la décharge S’agissant de la décharge des hauts responsables de l’État, nos dirigeants — souvent peu familiers avec la Constitution — ne cessent, depuis la promulgation de la loi fondamentale en 1987, de s’égarer sur une question pourtant claire, mais fréquemment instrumentalisée à des fins politiques. Il faut rappeler que la décharge est annuelle. Il en va de même du budget, loi de finances votée à la fin de chaque exercice fiscal. Il n’existe pas de “cumul” de décharges : la décharge s’apprécie exercice par exercice. Elle doit être accordée à chaque ministre à l’issue de l’exercice, après l’adoption de la loi de règlement, qui arrête les comptes et permet de vérifier la conformité de l’exécution budgétaire. Lorsque la gestion est jugée régulière, le ministre est réputé avoir rempli correctement ses obligations pour l’exercice considéré. En revanche, en cas de malversations, d’irrégularités graves ou de violation de la loi, la conséquence logique est sa mise en cause politique, pouvant aller jusqu’à son éviction du gouvernement, sans préjudice des poursuites éventuelles. La décharge s’inscrit pleinement dans la mission de contrôle du Parlement. Cette prérogative ne saurait être transférée à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), dont le rôle est d’auditer, de juger les comptes et d’éclairer l’action publique, non de se substituer aux chambres dans l’exercice de la responsabilité politique. Le gouvernement est responsable devant le Parlement, et chaque ministre répond de son portefeuille devant les deux chambres, qui disposent des moyens constitutionnels pour le questionner, le mettre en cause et, le cas échéant, le sanctionner politiquement. Les défaillances observées dans la gouvernance du pays tiennent, pour une large part, à une compréhension insuffisante de la Constitution et à ses mauvaises applications et interprétations. Une source majeure de l’instabilité réside ainsi dans le manque de préparation de certains gouvernants, mais aussi dans leur tendance à contourner la loi — ou à la refuser — lorsque celle-ci contrarie leurs intérêts immédiats. Contradictions intellectuelles et constitutionnelles Ce pacte, qui ne fixe aucun délai précis pour la remise du pouvoir à des élus issus d’élections — en s’en remettant au seul calendrier du CEP — contredit de manière flagrante le décret du 7 février 2026, lequel place le pouvoir sous l’autorité du Conseil des ministres, instance collégiale prévue à l’article 149, mais dépourvue de légitimité démocratique. Il faut choisir une référence claire : soit le délai de 120 jours pour transférer le pouvoir à des autorités élues, soit la date constitutionnelle du 7 février 2027. En aucun cas ce pouvoir ne peut tirer avantage des fragilités juridiques qu’il a lui-même créées, au prix d’une manipulation de la conscience nationale. L’empressement à signer ce texte ressemble, une fois de plus, à une provocation maladroite et à une insulte à l’intelligence du peuple. Tout y est contradiction — intellectuelle et constitutionnelle — au point de produire une dissonance cognitive insupportable et contraire à la logique la plus élémentaire. En droit, lorsque des normes entrent en conflit avec des principes juridiques, on aboutit inévitablement à des impasses. Les pouvoirs publics doivent être encadrés et conseillés par de véritables juristes, et non par des acteurs qui travestissent le droit et poussent à un usage abusif, voire frauduleux, des mécanismes juridiques et constitutionnels. En prenant des décisions avec une telle désinvolture, Haïti ne peut pas être respectée. Le pays s’est effondré, et sa gouvernance s’est révélée, au fil des années, plus médiocre encore qu’auparavant. Pouvons-nous revenir à la raison, ou choisissons-nous de nous tromper collectivement sur des questions fondamentales, malgré les alertes de citoyens lucides et responsables ? Dans un article publié en ligne, Marie Décius s’interroge : ce document n’est-il pas un nouveau pacte conclu par des acteurs dont le bilan, à la tête des affaires publiques depuis des décennies, est jugé catastrophique ? Pierre Robert Auguste, pour sa part, répond sèchement que ce pacte serait l’œuvre de cyniques poussant leur avidité à l’extrême. Chez nous, l’incompétence — souvent associée à la corruption — finit par devenir structurelle : la justice la tolère, la société la banalise, parfois même la glorifie. A-t-on déjà vu un parti politique, une fois placé à un poste de responsabilité — un ministère, par exemple — aller chercher des compétences en dehors de son clan pour mieux servir l’État ? L’intérêt général n’est pas un réflexe de cette classe politique, et le peuple s’intéresse trop peu au bilan des gouvernants. Voilà pourquoi les mêmes se renouvellent sans cesse dans la déchéance. Clientélisme, favoritisme et népotisme demeurent leur marque de fabrique — et, le plus souvent, ce sont les mêmes pratiques, reproduites par les mêmes acteurs. Ma démarche Quand on parle de démocratie, la question qui se pose est celle de la place de la minorité : ceux qui n’ont pas signé le pacte. Cela n’a été le souci ni du CPT pendant ses 22 mois au pouvoir — ce qui a considérablement réduit sa légitimité — ni du Premier ministre Ariel Henry, resté 32 mois à la tête du pays. Tous deux étaient ivres de pouvoir. Cette passion les a conduits à mépriser les critiques et les rappels à la raison, au point de perdre tout contact avec la réalité. Pour ma part, ma démarche s’articule autour de deux questions essentielles, liées à la nature du régime politique haïtien tel qu’il est défini par la Constitution de 1987 : (1) comment harmoniser les mandats des élus, que l’on veut ramener sur une même période, sans altérer l’équilibre institutionnel ; (2) comment garantir, dans le cadre de la transition, des règles de légitimité et de responsabilité conformes à l’esprit du texte constitutionnel. Les nouvelles élections annoncées — dont aucune date n’est encore fixée —, si elles ont effectivement lieu, confirmeront ou non la participation de cette catégorie de citoyens sanctionnés, alors même que leurs dossiers ne font, jusqu’ici, l’objet d’aucun traitement judiciaire au niveau national. On ne peut toutefois nier que certains secteurs ont signé le pacte de bonne foi, en privilégiant la voie des élections afin de mettre fin à une transition devenue trop longue et trop coûteuse pour le pays. Ils doivent néanmoins savoir qu’en acceptant cette responsabilité, ils prennent un risque politique considérable. Quoi qu’il en soit, les tuteurs internationaux ont déjà laissé entendre que ces élections devraient faire émerger une autre classe politique : pour eux, cela semble être un objectif non négociable. Dans cette logique, le nouveau rend l’ancien caduc. Les échecs répétés des partis qui composent la faune gouvernementale, combinés aux sanctions, agissent alors comme des facteurs externes accélérant la disqualification d’une classe politique devenue, aux yeux de beaucoup, indigeste. Didier Alix Fils-Aimé, à qui l’on vient de confier la totalité du pouvoir exécutif, en foulant aux pieds les principes de contrôle, de reddition de comptes et de transparence, saura-t-il relever le pari de réhabiliter des politiciens sanctionnés par les puissances occidentales qui contrôlent tout en Haïti ? Au regard de ces sanctions imposées par les États-Unis et le Canada, l’administration Fils-Aimé devra clarifier, compte tenu du poids des États-Unis dans nos affaires, la nature du rapport entre l’État haïtien et le citoyen : autrement dit, notre conception réelle de la souveraineté nationale. Il va de soi que le Premier ministre n’en est pas à ses premières difficultés. Mais ce sont ses réponses concrètes à ces questions qui détermineront la stabilité du processus et la possibilité d’organiser des élections crédibles. C’est enfin cette nouvelle dialectique entre l’État et le citoyen qui permettra de mesurer le degré d’indépendance des autorités dans la conduite de nos affaires internes. Car une question demeure, incontournable : comment un gouvernement qui ne dispose d’aucun levier réel peut-il imposer des règles à ceux qui l’ont mis en place et qui, de facto, en conditionnent l’action ? À mon avis, si la transition doit aboutir, elle ne peut reposer ni sur des promesses sans calendrier, ni sur des arrangements ambigus entre camarades politiques. Il faut des règles simples, claires et vérifiables : une date électorale réaliste, un mécanisme effectif de contrôle et de reddition de comptes, et une position publique sans équivoque sur la participation des personnes sanctionnées — autrement dit, sur leur exclusion (ou non) du processus décisionnel et électoral à venir. Sans ces trois conditions, le pays ne sortira pas de l’exception ; il ne fera que la prolonger.
- L’intégrité n’a pas de prix
Par : La famille de Jean Leopold Dominique.- Jean Leopold Dominique, JanDo disait souvent « On a tout essayé…nous enfoncer, nous noyer… On peut encore essayer…de nous mitrailler…de nous calomnier… de nous séduire, de nous acheter… » Ils ont, en effet tout tenté : les menaces pour le réduire au silence, l''exil pour l'arracher de sa terre, le cribler de balles pour le détruire. Aujourd'hui, ils tentent de lui refuser jusqu’au repos éternel. La famille de Jean Leopold Dominique s’insurge contre les tentatives malveillantes de s'approprier son nom pour servir des intérêts que son micro a dénoncés sans relâche. Certains pensent que la vérité se réinvente, que l’intégrité se négocie. À ces “apprentis-Machiavel" du cynisme et du mensonge, la famille de Jean Léopold Dominique oppose la grandeur et la transparence de son combat. Jean Leopold Dominique n'était pas à vendre. Sa mémoire n’est pas à vendre. Son pays n’est pas à vendre. Chacun a sa place dans l’Histoire, celle forgée par ses convictions et son combat, souvent au prix de son sang. JanDo a été assassiné il y a 26 ans parce qu’il s’est fermement opposé à tous les régimes dictatoriaux et à toutes les formes de corruption. Certains tentent encore d’utiliser son nom pour servir leurs basses besognes. Sa famille invite le peuple haïtien à écouter l’homme lui-même. Ceux qui veulent faire oublier le pillage éhonté des caisses de l’État, la répression du droit à la parole et aux libertés citoyennes sont désormais démasqués. Ses éditoriaux, accessibles à tous sur le site de l'Université Duke, témoignent de la clarté d'une pensée qui n'a jamais plié devant personne. https://repository.duke.edu/dc/radiohani La voix de JanDo n'est pas un souvenir, c'est une boussole. Décidément on aura tout essayé, jusque dans l’éternité.
- Machekontre Pou Reprann Dwa Grandèt Majè Nasyon an
Plus de cinq cents organisations du mouvement social haïtien tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme face aux manœuvres visant à placer le pays sous tutelle. Dans un rare élan d’unité, elles dénoncent une entreprise méthodique de dépossession nationale et appellent à un vaste menkontre pour reconquérir la souveraineté confisquée et réaffirmer le rôle central du peuple dans la conduite des affaires publiques. Leur position marque un tournant : celui d’une société civile qui refuse que l’avenir d’Haïti se décide hors du peuple, hors du territoire, hors de la légitimité démocratique. Nan lane 2023, Gouvènman ameriken an, ak sipò plizyè lòt peyi pami yo Repiblik Dominiken, te rive jwenn nan Konsèy Sekirite Nasyonzini, rezolisyon 2699 la. Ak Rezolisyon sa a, fòs Kenya a te gen yon misyon ki te pote etikét «retabli sekirite, kreye kondisyon pou òganize eleksyon lib ak regilye nan peyi a». Rezolisyon sa a te vini apre gouvènman Ariel Henry la te ekri kominote entènasyonal la lan ane 2022 pou mande entèvansyon etranje. Nou konstate depi 2023 sa a, sekirite a plis deteryore, plis moun mouri, plis teritwa pèdi, plis refijye anndan kou deyò peyi a, plis destriksyon, pandan lamizè ak dezèspwa blayi kò yo sou popilasyon an. Echèk rezolisyon 2699 la, pèp ayisyen an se nan san l ki koule piplis, se nan konte plis kadav li viv li. An septanm 2025, 2 zan apre, Gouvènman ameriken an, an majòjon menm konsòsyòm entènasyonal sa a, enpoze OEA yon rezolisyon pou ede l pote jesyon administratif, jiridik ak politik, titèl y ap redefini an. Se menm OEA sa a ki si tèlman respèkte demokrasi, li bay tèt li otorite chanje rezilta eleksyon 2010 yo pou mennen peyi a nan nivo soufrans n ap sibi la yo. Yo mennen kanpay, yo jwenn antant ak gwo pisans tankou La Chine ak La Russie pou yo fè abstansyon, jis Konsèy Sekirite Nasyonzini (KSN) vote Rezolisyon 2793 la, kote youn ap remèsye, felisite lòt sou do echek misyon Kenya a. Rezolizyon 2793 la retounen ak menm etikèt pou yo vann titèl la : retabli lapè pou òganize eleksyon, ak menm agiman ensekirite ak efondreman Leta yo toujou ap met devan an. Rezolisyon sa a deside voye yon fòs 5,500 militè, k ap gen pouvwa opere sou teritwa nasyonal la jan l vle, «°de manière indépendante°» (Pwen 1a), san dizon ni Polis nasyonal nou an ni okenn otorite ayisyen. Lè yon fòs etranjè anndan yon peyi bay tèt li pouvwa pou l opere nan kondisyon sa a, sa pa gen lòt non, sa rele yon fòs okipasyon. Pandan rezolisyon sa a vyole tout sa ki se otorite yon Leta souvren, redaktè yo pa jennen ekri nan 2zyèm fraz la « atachman Konsèy Sekirite a pou souvrènte, endepandans, entegrite teritoryal ak inite Ayiti ». Rezolisyon an ale pi lwen toujou nan enstale anlè tèt otorite peyi a yon Gwoup Pèmanan ki gen 7 peyi k ap vin deside « oryantasyon estratejik wo nivo, asire kontwòl ak pran desizyon politik » (Pwen 7) ki pèmèt ranfòsman titèl la. Nan fen lane 2025 ak komansman lane 2026 la, agravasyon kriz politik la nan mitan Ekzkitif Leta a, sou kijan pou yo kite ou byen kiyès k ap rete sou pouvwa, pèmèt Ayisyen konprann pi byen koze ofisyalize titèl la se pa yon pwojè, se yon reyalite. Chaje Dafè ameriken, ki trennen dèyè l kèk lòt manm kominote entènasyonal la ak kèk sektè anndan peyi a, mete kostim gouvènè l sou li pou l pwoklame ki moun li chwazi nan moman an pou ekzekite lòd li nan tèt Leta a. Tout patriyòt pwogresis nan peyi a dwe wè klè jodi a, dominasyon yo sou Leta a poko janm ka ba yo kapasite pou mete ajnou pèp-nasyon an kap reziste depi 2 syèk pou l jwenn lavi. Depi 1806, apre ansasinay Anperè Desalin, Leta sa a asosye anpremye ak Lafrans apresa ak Etazini, mennen lagè kont Nasyon ayisyèn nan pou kanpe yon sistèm apatèd ki kale tout inegalite ak esklizyon ki voye majorite popilasyon an nan grangou, lamizè, chomaj ak dezespwa. Sistèm apatèd sa a mete anpil jenn gason ak jenn fanm, nan move kondisyon ki kite yo de bra pandye pou mafya politik ak finansye lokal ak entènasyonal mete pye sou kou yo epi sèvi avè yo. Mafya sa yo tabli rezo ekonomi kriminèl transnasyonal la nan peyi a epi simaye zam fann fwa nan men jèn dezespere sa yo pou yo òganize destriksyon sa a. Yon ayisyen ki konstate tousa ap mal pou l konprann kouman makònay Leta sa a ak yon pati nan kominote entènasyonal la, ki kreye pwoblèm yo, ta vle fè n kwè se yo ankò k ap vin rezoud li. Se lòt bagay k ap regle. Pa gen okenn ekzanp nan lemonn kote se Nasyonzini ou byen yon lòt peyi etranje ki rezoud pwoblèm tout kalite vyolans yon popilasyon ap sibi anba gwoup bandi ak zam ak bandi ak kravat, ni anba vyolans ekonomik, sosyal, ak politik. Se pèp-nasyon an soude ak Leta pa l, ki bay gouvènman l fòs ak pouvwa nan peyi sa yo, nan tout souvrènte yo, ki rive konprann tout dimansyon fenomèn nan, defini plan estratejik global, mobilize tout resous yo pou gen kontwòl teritwa yo epi bay peyi yo sekirite. Konsòsyòm entènasyonal la sèvi ak kawo dezòd òganize sa a pou jistifye pozisyon rasis yo toujou genyen sou Ayisyen nan chèche fè kwè nou paka dirije tèt nou. Li pa janm bliye 1804. Li pa janm sispann fè mannèv pou jwenn kouman achte frekan sa a nan men pèp ayisyen. Devan gwo menas sa, Ayisyen konsekan paka rete bra kwaze. Nou menm òganizasyon ki kwè nan misyon istorik pèp ayisyen an, nou menm patriyòt pwogresis angaje ki siyen nòt sa a, nou lanse yon apèl bay tout konpatriyòt ki kwè nan rèv zansèt yo te genyen pou konstwi yon Ayiti Granmoun pou machekontre pou defann ekzistans ak souvrènte nasyon an. Lè peyi w okipe, lè souvrènte nasyon w ap foule anba pye, lè pèp ou nan dezespwa, devwa tout patriyòt se al sèvi ak ranfòse rezistans istorik pèp ayisyen an epi konstwi yon mouvman nasyonal patriyotik pou pèmèt peyi a reprann dwa grandèt majè l. Kriz malouk Ayiti ap travèse la a se yon pèp oganize kap goumen ak yon Leta granmoun ki ka kòlte ak li. Yon Leta ki gen relasyon ekilibre ak tout lòt peyi, yon Leta ki osèvis popilasyon an. Leta granmoun sa a ka toujou chache solidarite pou batay kont ekonomi kriminèl transnasyonal k ap gangrennen sosyete a. Apèl sa a jodi a se pou sansibilize ak mobilize tout patriyòt anndan kou deyò peyi a, tout òganizasyon peyizan, fanm, jèn, sosyo pwofesyonèl, tout regwoupman rejyonal, tout sendika konsekan, tout pèsonalite konsyan pou machekontre nan yon gwo mouvman rezistans patriyotik pou defini estrateji ki adapte ak moman an pou sove ekzistans ak souvrènte nasyon an. Apèl sa a, se pou ankouraje sosyete a pran responsablite l pou konstwi kapasite rezistans kap anpeche peyi etranje kontinye salopete peyi a nan enpoze konze yo vle alatèt Leta a pou kontinye trennen diyite nasyon an nan labou. Apèl sa a fèt pou mande pèp ayisyen mete kanpe nan tout kwen ak rakwen òganizasyon dyanm pou asire vijilans sou otorite yo, fè yo respekte angajman yo nan tout nivo epi tabli kontwòl sou tout teritwa a pou bloke tout kalite trafik kriminèl kap gangrennen sosyete a. Zansèt yo te trase chimen an, ann rapousib wout la. Nan solidarite ak tout pèp kap lite pou respè ak diyite yo, an nou rekonekte nan limyè liberasyon an. Lis òganizasyon ak pèsonalite ki siyen Apèl sa :
- Solidarité Haïtiano‑Dominicaine
Hommage au militant révolutionnaire Joaquín Aracena (1947–2026) Par : Le secrétariat exécutif du ROZO.- - Joaquín Aracena: 9 février 1947-15 février 2026 - Le peuple dominicain et le peuple haïtien sont les victimes des États de l’île et d’un système inféodé aux intérêts dominants. Seule la lutte libère. Professeur Joaquin Aracena Le 15 février 2026 s’est éteint le camarade Joaquin Aracena, né le 9 février 1947. Sa disparition représente une perte politique majeure pour le mouvement ouvrier dominicain et pour les forces révolutionnaires caribéennes et d’Amérique latine. Elle affecte également l’ensemble des organisations engagées dans la transformation socialiste de nos sociétés. Joaquin Aracena appartenait à cette génération de militants dont l’engagement s’inscrit dans la tradition marxiste, trotskyste et internationaliste de la Quatrième Internationale. Sa trajectoire politique s’est construite dans la continuité des combats pour l’indépendance de classe, contre la domination capitaliste, l’impérialisme et les appareils d’État subordonnés aux intérêts des classes dominantes Une vie consacrée à l’organisation de la lutte de classe. Durant plusieurs décennies, Aracena a joué un rôle déterminant dans les mobilisations ouvrières, paysannes et écologiques en République dominicaine. Dirigeant de la Ligue Socialiste des Travailleurs (LST) et de bien d’autres organisations progressistes et révolutionnaires, il a contribué à structurer des espaces d’intervention politique indépendants, fondés sur la formation idéologique, l’organisation de base et l’autonomie politique du mouvement ouvrier. Son engagement reposait sur une conviction stratégique : sans organisation révolutionnaire enracinée au sein de la classe travailleuse, aucune transformation sociale durable n’est possible. Présent dans les assemblées ouvrières, les communautés rurales et les mobilisations environnementales, il articulait systématiquement la question sociale à celle de la souveraineté populaire et du contrôle collectif des ressources naturelles. ROZO – LST : une coopération forgée dans la lutte La Direction du ROZO a rencontré le camarade Joaquin Aracena ainsi que les membres de la LST en 1995. Cette rencontre a ouvert un cycle de coopération politique durable entre nos organisations. En 2000, nous avons mené conjointement une enquête dans les bateyes sur les conditions de travail des ouvriers haïtiens dans la construction et l’industrie sucrière. Cette initiative, suivie de dénonciations publiques, a mis en lumière des mécanismes structurels d’exploitation hérités de l’histoire coloniale et néocoloniale de l’île. Après le séisme du 12 janvier 2010, les camarades de la LST, sous l’impulsion d’Aracena, les camarades : Raphaël, Tobias, Carlos, ont organisé des collectes de médicaments, se sont rendus à Port-au-Prince et ont participé à des rencontres stratégiques à Jimaní. Des sessions de formation politique ont été organisées en République dominicaine avec la participation de Justicia Global, contribuant au renforcement des capacités militantes de nos camarades haïtiens. Ces échanges ont nourri les discussions qui ont conduit à l’émergence du Courant International Révolutionnaire (CIR), illustrant la volonté commune de structurer un cadre de coordination révolutionnaire à l’échelle internationale. Une interrogation stratégique permanente : l’unité de la gauche haïtienne. Une question revenait avec insistance dans les échanges avec le camarade Joaquin : Pourquoi la gauche et les forces progressistes haïtiennes ne parviennent-elles pas à construire une plateforme unitaire, au-delà des divergences organisationnelles et tactiques ? Il soulignait que, malgré des débats internes réels et des différences idéologiques, les forces progressistes en République dominicaine avaient su établir des espaces de coordination autour d'objectifs stratégiques communs. Pour lui, l’unité ne signifiait pas l’effacement des différences, mais la capacité à hiérarchiser les priorités face à l’ennemi de classe. Il considérait que l’absence d’un front structuré en Haïti affaiblissait la capacité du mouvement populaire à affronter les élites économiques locales et les ingérences impérialistes. Cette interrogation demeure d’une brûlante actualité. Elle constitue l’un des héritages politiques les plus exigeants qu’il nous laisse. Pour poursuivre le combat La disparition du camarade Joaquin Aracena ne saurait marquer la fin d’un engagement, mais l’exigence de le poursuivre avec davantage de clarté, de discipline et de détermination. Son parcours nous rappelle que la lutte révolutionnaire n’est ni un slogan ni une posture morale : elle est une construction patiente, collective et organisée. Face à la crise structurelle qui traverse nos sociétés, à l’aggravation des inégalités sociales, à la destruction environnementale et aux ingérences impérialistes persistantes dans l’île d’Hispaniola et dans le monde, l’alternative ne peut venir que d’un mouvement populaire conscient, structuré et uni. L’unité stratégique des forces progressistes, l’enracinement dans la classe travailleuse, la formation politique des nouvelles générations et la coordination internationaliste demeurent des tâches urgentes. C’est à cette responsabilité historique que nous sommes appelés. Honorer la mémoire de Joaquín Aracena, ce n’est pas seulement rappeler son nom ou saluer son parcours. C’est reprendre le flambeau. C’est organiser, éduquer, mobiliser. C’est refuser la résignation. Car, comme il le rappelait lui-même : seule la lutte libère. Homenaje al militante revolucionario Joaquín Aracena (1947–2026) El pueblo dominicano y el pueblo haitiano son víctimas de los Estados de la isla, de un sistema subordinado a los intereses dominantes. Solo la lucha libera. Profesor Joaquin Aracena Por: el Secretariado Ejecutivo del ROZO El 15 de febrero de 2026 falleció el camarada Joaquín Aracena, nacido el 9 de febrero de 1947. Su partida representa una pérdida política mayor para el movimiento obrero dominicano, para las fuerzas revolucionarias del Caribe y para el conjunto de las organizaciones comprometidas con la transformación socialista de nuestras sociedades. Joaquín Aracena pertenecía a esa generación de militantes cuyo compromiso se inscribe en la tradición marxista, trotskista e internacionalista de la Cuarta Internacional. Su trayectoria política se construyó en continuidad con las luchas por la independencia de clase, contra la dominación capitalista, el imperialismo y los aparatos del Estado subordinados a los intereses de las clases dominantes. Una vida consagrada a la organización de la lucha de clases Durante varias décadas, Aracena desempeñó un papel determinante en las movilizaciones obreras, campesinas y ecológicas en la República Dominicana. Dirigente de la Liga Socialista de los Trabajadores (LST) y de otras organizaciones progresistas y revolucionarias, contribuyó a estructurar espacios de intervención política independientes, basados en la formación ideológica, la organización de base y la autonomía política del movimiento obrero. Su compromiso descansaba en una convicción estratégica: sin una organización revolucionaria arraigada en la clase trabajadora, ninguna transformación social duradera es posible. Presente en asambleas obreras, comunidades rurales y movilizaciones ambientales, articulaba sistemáticamente la cuestión social con la soberanía popular y el control colectivo de los recursos naturales. ROZO – LST: una cooperación forjada en la lucha La Dirección del ROZO se reunió con el camarada Joaquín Aracena y con los miembros de la LST en 1995. Este encuentro marcó el inicio de un ciclo de cooperación política duradera entre nuestras organizaciones. En el año 2000 realizamos conjuntamente una investigación en los bateyes sobre las condiciones de trabajo de los obreros haitianos en la construcción y la industria azucarera. Esta iniciativa, seguida de denuncias públicas, permitió poner en evidencia mecanismos estructurales de explotación heredados de la historia colonial y neocolonial de la isla de Hispaniola. Después del terremoto del 12 de enero de 2010, los camaradas de la LST, bajo el impulso de Aracena, organizaron colectas de medicamentos, viajaron a Puerto Príncipe y participaron en encuentros estratégicos en Jimaní. Se organizaron sesiones de formación política en la República Dominicana, con la participación de Justicia Global, lo que contribuyó al fortalecimiento de las capacidades militantes de nuestros camaradas haitianos. Estos intercambios alimentaron las discusiones que condujeron al surgimiento de la Corriente Internacional Revolucionaria (CIR), lo que ilustró la voluntad común de estructurar un marco de coordinación revolucionaria a escala internacional. Una interrogante estratégica permanente: la unidad de la izquierda haitiana Una pregunta surgía con insistencia en los intercambios con el camarada Joaquín: ¿Por qué la izquierda y las fuerzas progresistas haitianas no logran construir una plataforma unitaria, más allá de las divergencias organizativas y tácticas? Él subrayaba que, a pesar de los debates internos reales y las diferenciaciones ideológicas, las fuerzas progresistas en la República Dominicana habían sabido establecer espacios de coordinación en torno a objetivos estratégicos comunes. Para él, la unidad no significaba la eliminación de las diferencias, sino la capacidad de jerarquizar prioridades frente al enemigo de clase. Consideraba que la ausencia de un frente estructurado en Haití debilitaba la capacidad del movimiento popular para enfrentar a las élites económicas locales y las injerencias imperialistas. Esta interrogante sigue siendo de candente actualidad. Constituye uno de los legados políticos más exigentes que nos deja. Continuar la lucha La desaparición del camarada Joaquín Aracena no puede marcar el fin de un compromiso, sino la exigencia de continuarlo con mayor claridad, disciplina y determinación. Su trayectoria nos recuerda que la lucha revolucionaria no es ni un eslogan ni una postura moral: es una construcción paciente, colectiva y organizada. Frente a la crisis estructural que atraviesan nuestras sociedades, al agravamiento de las desigualdades sociales, a la destrucción ambiental y a las persistentes injerencias imperialistas en la isla de Hispaniola, la alternativa solo puede provenir de un movimiento popular consciente, estructurado y unido. La unidad estratégica de las fuerzas progresistas, el arraigo en la clase trabajadora, la formación política de las nuevas generaciones y la coordinación internacionalista siguen siendo tareas urgentes. A esta responsabilidad histórica estamos llamados. Honrar la memoria de Joaquín Aracena no es solamente recordar su nombre o saludar su trayectoria. Es retomar la antorcha. Es organizar, educar y movilizar. Es rechazar la resignación. Porque, como él mismo recordaba, solo la lucha libera.











