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L’Alternative ou l’Abîme 

Notre Éditorial,

Par: Alain Zephyr, Sociologue.

Le dernier rapport de la Fondation Jeklere, « Liquidation de la souveraineté nationale via des contrats léonins », défraie la chronique à Port‑au‑Prince et dans le reste du pays. En exposant l’ampleur des arrangements douteux, des complicités dissimulées et des défaillances institutionnelles systématiques, il arrache le masque d’un pouvoir qui s’obstine à maquiller la débâcle, avec l’assurance naïve d’un apprenti peintre persuadé qu’un simple coup de pinceau peut dissimuler un mur qui s’effondre. Ses révélations, abruptes et difficilement réfutables, agissent comme un électrochoc : elles exposent un État qui se délite,une gouvernance rongée par l’opacité, et une élite qui prospère dans le chaos comme si elle avait enfin trouvé son modèle économique idéal.

Nous félicitons la fondation pour un travail dont la rigueur et la hauteur de vue prennent la force d’un réquisitoire, non seulement contre des pratiques, mais aussi contre une manière organisée de détourner le regard.

Ce rapport rappelle, avec une solennité presque lyrique, que la vérité n’est ni un luxe ni un ornement : elle est le socle sans lequel aucune communauté politique ne peut tenir debout. Il oblige à regarder en face ce que beaucoup s’acharnaient à tenir hors du champ, projette la lumière là où l’on avait méthodiquement entretenu l’ombre et établit, avec une netteté qui ne laisse aucune échappatoire, les responsabilités engagées.

Des contrats qui lient, appauvrissent et dépossèdent

Les décideurs haïtiens, inféodés à des intérêts étrangers, n’ont jamais eu à cœur la défense de l’intérêt national. Leur alliance avec les puissances étrangères n’est pas un partenariat, mais une transaction : un troc où la souveraineté est échangée contre des avantages économiques et politiques personnels. À cet égard, la signature d’un accord de sécurité de 500 millions de dollars, conclue à peine quelques jours après le 7 février, éclaire d’un jour cru l’empressement de Washington à adouber la solution Fils‑Aimé. Cet engagement, profitable à la fois aux acteurs politiques locaux et à la firme américaine impliquée, met en place un dispositif destiné à ancrer durablement la dépendance structurelle du pays pour les décennies à venir.

Au regard de ses clauses, de son calendrier et de ses effets prévisibles, cet accord constitue une atteinte manifeste aux capacités fondamentales de l’État : restriction de ses marges de décision, transfert de fonctions stratégiques à des acteurs extérieurs et instauration d’une relation de subordination incompatible avec les exigences minimales d’autonomie institutionnelle.

Il s’impose, dès lors, comme un engagement structurel dont la portée contraignante place durablement l’État dans une position de dépendance, en rupture ouverte avec les principes mêmes qui fondent son autorité : préserver l’intégrité de ses institutions, exercer la maîtrise souveraine de ses orientations stratégiques et garantir, en toutes circonstances, la primauté de l’intérêt national.

La Transition‑Prison : l’interminable parenthèse qui confisque la République

La transition sans fin n’est pas un simple dysfonctionnement institutionnel : c’est un mode de gouvernement destiné à confisquer la démocratie, à perpétuer le chaos et à empêcher le peuple haïtien de forger un avenir meilleur. Sous couvert d’intérim, ils instaurent un régime d’exception permanent où l’urgence sert de prétexte, l’instabilité de méthode et l’indécision de stratégie.

Cette transition interminable porte directement atteinte aux droits politiques fondamentaux de la population. Elle neutralise les mécanismes de légitimité, bloque la compétition démocratique et maintient le pays dans un état de vulnérabilité institutionnelle qui profite aux seuls acteurs qui l’orchestrent.

Ce dispositif, loin d’être neutre, produit des effets structurels : érosion de la confiance publique, affaiblissement des contre‑pouvoirs, captation des ressources de l’État par des réseaux de spoliation et impossibilité pour la nation de définir un horizon collectif. Il s’agit, en réalité, d’un système conçu pour empêcher l’émergence d’un ordre politique stable, pour verrouiller l’accès au pouvoir et pour priver le peuple haïtien de la capacité de décider de son propre destin.

Ainsi, cette transition sans terme n’est pas une parenthèse : elle constitue l’outil central d’une stratégie de confiscation. Elle transforme l’incertitude en méthode de domination et le chaos en instrument de contrôle, au mépris des exigences essentielles de souveraineté populaire, de responsabilité publique et de la construction d’un avenir national digne et viable.

Le Cercle des Prédateurs

Plus ça change, plus c’est la même chose. La corruption de la classe dirigeante est incontestable, profondément enracinée et presque héréditaire. De PetroCaribe à Ariel Henry, du CPT à Alix Fils‑Aimé, la boucle n’est jamais bouclée : les visages se succèdent, mais les logiques demeurent. Corruption, clientélisme, amateurisme, mafiosité : les mêmes ressorts, les mêmes réseaux, les mêmes réflexes prédateurs.

La catastrophe nationale, loin de s’atténuer, se renforce. Elle prospère à l’ombre de communiqués creux, triomphants, rédigés pour masquer l’effondrement plutôt que pour y répondre. Les faits sont têtus : les institutions se vident de leur substance, et les responsables politiques s’obstinent à reproduire les mêmes méthodes qui ont déjà mené le pays au bord du gouffre.

Le Seuil du Renouveau

Fils‑Aimé et consorts, c’est du vieux repeint en neuf. La saga des contrats opaques en est l’illustration tragique : mêmes mécanismes, mêmes bénéficiaires, mêmes zones d’ombre. Elle démontre que, derrière les discours de rupture, se maintient un système qui préserve ses privilèges, bloque l’avenir et empêche tout véritable renouveau.

Il appartient désormais aux forces alternatives de rompre avec ce cycle mortifère. Elles doivent proposer un nouveau savoir‑faire politique, des pratiques rigoureuses et transparentes, ainsi que des solutions novatrices capables de répondre à la crise au bénéfice de la majorité. Rien ne changera tant que les mêmes acteurs reproduiront les mêmes schémas.


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