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  • Quand les démonstrations de force militaires remplacent les solutions politiques : la contradiction au cœur de la politique américaine envers Haïti

    Novavox propose à ses lecteurs une traduction de cette analyse de Leah Schroeder, publiée dans Responsible Statecraft, puis réorganisée et enrichie par ThinkTanksMonitor. Parue initialement en anglais en février 2026, cette réflexion nous apparaît d’une actualité saisissante dans le contexte actuel. Au début de 2026, Haïti se trouvait à un tournant critique : l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) ouvrait la voie à une présence militaire américaine plus visible dans les Caraïbes. L’arrivée de navires de guerre dans la baie de Port‑au‑Prince, le 4 février 2026, a ravivé une constante vieille d’un siècle : lorsque les institutions haïtiennes vacillent, Washington réactive sa « diplomatie de la canonnière ». L'arrivée de navires de guerre américains au large de Port-au-Prince début février 2026 a marqué le retour à un scénario vieux de plusieurs siècles, où la puissance militaire américaine impose des décisions politiques prédéterminées en Haïti. Ce déploiement est intervenu à l'expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition haïtien, contraignant ce dernier à céder le pouvoir et à consolider son autorité autour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, soutenu par les États-Unis. Si l'ambassade américaine a présenté ce déploiement comme une preuve de « l'engagement indéfectible » envers la stabilité haïtienne, les analystes en ont perçu la véritable nature : une démonstration de force destinée à dicter le cours de la politique à une nation réduite à l’impuissance. L'échec structurel de la gouvernance mise en place par les États-Unis La trajectoire d'Haïti depuis 2024 révèle l'inadéquation des solutions institutionnelles imposées de l'extérieur face à l'effondrement interne de l'État. Le Conseil présidentiel de transition, mis en place par Washington en avril 2024 après l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, était conçu comme un organe temporaire chargé d'exercer l'autorité présidentielle jusqu'à la tenue d'élections ou au rétablissement de la légitimité institutionnelle. Le plan a échoué presque immédiatement. Près de 6 000 personnes ont été tuées en 2025, victimes de la violence des gangs qui contrôlent environ 90 % de Port-au-Prince. Les enlèvements, le trafic d'êtres humains et les violences sexuelles ont atteint des proportions épidémiques. Près de la moitié de la population haïtienne souffrait d'une grave insécurité alimentaire. Les élections présidentielles prévues pour le 7 février 2026, date d'expiration du mandat du conseil, sont devenues impossibles à organiser en raison de l'effondrement de l'autorité gouvernementale et de la situation sécuritaire. Le Conseil se fragmenta selon des lignes de factions. Fin janvier, cinq de ses neuf membres votèrent la destitution de Fils-Aimé de son poste de Premier ministre, une décision contraire à la préférence stratégique de Washington pour le maintenir au pouvoir. La réaction américaine fut immédiate : les États-Unis déployèrent des navires de guerre dans la baie de la capitale, démontrant leur volonté d'user de la force militaire pour obtenir les résultats politiques souhaités. Diplomatie de la canonnière et précédents historiques Ce déploiement naval constitue la dernière manifestation d'une tendance qui remonte à deux siècles. L'histoire d'Haïti comprend une occupation militaire américaine de dix-neuf ans (1915-1934), durant laquelle les États-Unis ont exercé un contrôle total sur les finances haïtiennes et se sont réservé le droit d'intervenir chaque fois que Washington l'aurait jugé nécessaire. Après l'indépendance d'Haïti, la France a eu recours à la diplomatie de la canonnière en 1825 pour contraindre Haïti à verser des indemnités pour les dommages subis lors de la guerre d'indépendance. Des analystes contemporains ont explicitement établi des parallèles entre les récentes actions américaines et la diplomatie britannique de la canonnière du XIXe siècle. Les navires de guerre n'étaient pas un geste diplomatique, mais un instrument de coercition signifiant que Washington userait de toute sa force pour atteindre des objectifs politiques précis. Comme l'a souligné un expert, le message était sans équivoque : « Voici ce que vous devez décider, et nous ne reconnaîtrons que cela. » Cela ne constitue pas une anomalie dans les relations américano-haïtiennes habituelles, mais bien leur nature même. Depuis deux siècles, la puissance militaire américaine impose les décisions politiques américaines en Haïti, sapant toute prétention légitime à la souveraineté ou à l'autodétermination du pays. Le déploiement naval de 2026 s'inscrit dans cette tradition immuable. Le problème de crédibilité créé par le précédent vénézuélien L'intervention militaire américaine au Venezuela, menée quelques semaines seulement avant le déploiement en Haïti, a considérablement renforcé la crédibilité des menaces américaines à l'encontre de ce pays. Comme l'ont souligné les analystes après cette intervention, « il n'est plus nécessaire de spéculer sur les motivations » des déploiements militaires américains dans l'hémisphère. Le message est clair : Washington n'hésitera pas à recourir à la force militaire pour renverser les gouvernements auxquels il s'oppose et imposer ses propres dirigeants. Ce précédent récent crée un problème structurel : les petits pays du continent américain ne peuvent pas résister de manière crédible aux pressions militaires américaines sans risquer le même sort que le Venezuela. Les dirigeants politiques haïtiens sont confrontés à un choix binaire : se plier aux exigences américaines ou risquer une invasion militaire et un changement de régime forcé. Dans ces conditions, toute affirmation de respect de l’autonomie politique haïtienne s’avère manifestement mensongère. Le problème Fils-Aimé et les intérêts stratégiques américains Le Premier ministre Fils-Aimé représente la solution privilégiée par Washington à la crise haïtienne, mais sa capacité à résoudre le problème de fond est sujette à caution. Si les États-Unis le perçoivent comme un facteur de stabilisation, sa nomination par des acteurs extérieurs discrédite toute prétention à la légitimité politique haïtienne. De plus, son gouvernement n'a pas démontré sa capacité à s'attaquer à la crise sécuritaire fondamentale : 90 % de la capitale est contrôlée par des bandes criminelles qui ont proliféré précisément en raison de l'effondrement des institutions étatiques. La situation sécuritaire s'est aggravée malgré l'intervention internationale en cours, sans doute en raison de celle-ci. Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé la création d'une « Force de répression des gangs » avec le soutien des États-Unis. Des sociétés de sécurité privées ont été déployées et les forces de police internationales ont étendu leurs opérations. Pourtant, la violence continue de s'intensifier, ce qui montre que les mesures coercitives extérieures ne peuvent résoudre les problèmes enracinés dans la défaillance des institutions étatiques et dans l'effondrement économique. L'impossibilité d'organiser des élections dans les conditions actuelles Des dates provisoires pour les élections ont été annoncées pour août et décembre 2026, mais les analystes estiment qu'elles sont irréalistes compte tenu de la situation actuelle. La violence des gangs rend impossible l'organisation des élections, l'inscription des électeurs et le fonctionnement des bureaux de vote dans la majeure partie du pays. Tenir des élections dans ces conditions exigerait soit de réduire la violence des gangs à un niveau acceptable, ce que les forces internationales n'ont pas réussi à faire, soit d'organiser des élections dans un contexte sécuritaire si dangereux que la participation électorale et la légitimité du scrutin seraient compromises. Cela crée un cercle vicieux : sans élections, le gouvernement mis en place par les États-Unis manque de légitimité démocratique. Or, des élections ne peuvent se tenir sans les conditions de sécurité que l'installation d'un gouvernement soutenu par les États-Unis n’a pas permis d’établir. La contradiction fondamentale est que les solutions politiques extérieures ne peuvent remplacer les capacités institutionnelles internes et le monopole de la sécurité nécessaires à une gouvernance efficace. L’effacement de l’initiative haïtienne La critique la plus accablante émane peut-être des analystes, qui soulignent que la plupart des interventions internationales en Haïti, au cours des 40 ou 50 dernières années, ont laissé un lourd sillage de souffrances. Le schéma est immuable : les acteurs extérieurs identifient les problèmes, imposent des solutions, puis se retirent lorsque celles-ci ne s’attaquent pas aux causes profondes. Les populations haïtiennes, incapables de participer à la définition des problèmes ou des solutions, perçoivent ces interventions comme une forme de domination étrangère plutôt que comme une aide. Pour qu'une véritable transformation ait lieu, les Haïtiens doivent avoir le pouvoir principal de déterminer leur avenir politique. Or, le déploiement naval a clairement signifié que Washington se réserve le droit de passer outre aux décisions politiques haïtiennes lorsqu'elles entrent en conflit avec les préférences américaines. Ceci anéantit toute possibilité de développer des capacités institutionnelles autochtones. Haïti est traitée comme un objet de la politique américaine plutôt que comme un sujet de sa propre gouvernance. Conclusion: La faillite des solutions coercitives Le déploiement naval de février 2026 représente l'aboutissement logique d'une approche qui considère la force militaire comme un outil pour imposer des solutions politiques. Pourtant, deux siècles d'intervention militaire américaine en Haïti n'ont pas engendré la stabilité, mais plutôt la dépendance, la fragilisation des institutions et l'effondrement de l'État. La crise actuelle – où des gangs contrôlent la capitale et où la moitié de la population souffre de la faim – n'est pas due à l'intervention américaine, mais en partie à ses conséquences, qui a systématiquement substitué la coercition extérieure au développement institutionnel interne. Une intervention militaire supplémentaire ne ferait qu'aggraver cette contradiction plutôt que de la résoudre. Une approche plus efficace exigerait que les États-Unis reconnaissent l'autonomie politique d'Haïti, soutiennent la construction d'institutions sous l'égide des Haïtiens et s'abstiennent de recourir à la force militaire pour imposer leurs préférences politiques. Cela impliquerait de rompre avec une tradition bicentenaire consistant à considérer Haïti comme une sphère d'influence américaine soumise à la volonté des États-Unis. ---------------------------------------------- Chez Novavox, nous croyons qu’une information rigoureuse et une analyse structurée sont essentielles pour comprendre et relever les défis complexes d’Haïti. Nous vous invitons à participer à la conversation et à partager vos perspectives. Votre voix compte. Ensemble, explorons les solutions pour un avenir plus juste pour le pays.

  • La rivière de sang qui démasque les imposteurs politiques

    Par : NovaVOX, Notre Éditorial.- Le sang a encore coulé en Haïti. À Gros-Morne, dans l’Artibonite, le gang Kokorat San Ras a massacré environ onze paysans, travailleurs de la terre, citoyens sans défense, abandonnés à une violence devenue un système. Ce nouvel épisode n’est pas une anomalie : c’est la preuve que l’État haïtien n’existe plus que sur le papier, et que ceux qui prétendent le diriger ne dirigent rien. Kenscoff. Artibonite. Gréssier. Gros-Morne. Partout, le sang coule à flots. Les autorités observent ce fleuve de sang à une distance qui confine à l’indécence. Ce fleuve n’est pas un accident. Ce fleuve est le produit direct de leur incapacité politique, de leur absence de vision et de leur renoncement à gouverner. Cette rivière de sang est la signature de leur faillite institutionnelle. Cette rivière de sang prouve leur incompétence, si profonde qu’elle relève d’une participation passive au chaos. Cette rivière de sang est le tombeau de leurs ambitions politiques, englouties dans l’effondrement qu’ils ont laissé s’installer. Cette rivière de sang est le verdict politique le plus clair : ils ont échoué, et leur échec se mesure en vies humaines. Pendant que les communautés se vident, que les familles fuient et que les morts s’accumulent, les dirigeants se réfugient derrière des discours creux, des conférences de presse vides et des promesses recyclées. Ils parlent de “plans”, de “réformes” et de “coopération”. Mais la réalité est simple : ils ne contrôlent plus le territoire, ne protègent plus la population, ne gouvernent plus l’État. Quant à la communauté internationale, elle adopte une posture de gestionnaire. Elle calcule, temporise et attend que la situation devienne un argument diplomatique ou un prétexte stratégique. Elle ne voit pas un peuple en danger. Elle voit un dossier à traiter. La rivière de sang qui traverse Haïti n’est pas seulement un symbole. C’est un acte d’accusation politique. C’est une condamnation institutionnelle. C’est la rupture définitive entre un peuple abandonné et des dirigeants ayant perdu toute légitimité. Tant que cette rivière coulera, aucune parole officielle ne sera crédible. Tant que cette rivière coulera, aucune ambition politique ne sera recevable. Tant que cette rivière coulera, Haïti ne sera pas gouvernée. Elle sera trahie.

  • Alix Didier Fils-Aimé à l’ONU : la beauté du verbe, l’impuissance du geste

    Par : NovaVOX, Notre Éditorial.- Le discours du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à la 81e Assemblée générale des Nations Unies s’inscrit dans la tradition haïtienne d’un ton solennel, sans changement notable. Le langage reste soutenu et l’indignation contenue, tandis que les appels à la solidarité internationale demeurent attendus. Toutefois, aucune proposition innovante ni engagement concret susceptible d’infléchir les rapports de force perpétuant la dépendance et l’impuissance d’Haïti n’est formulé. 1- Une tradition de souveraineté performative De Dumarsais Estimé à Henry, en passant par Duvalier, Aristide, Martelly et Moïse, les tribunes internationales ont principalement servi à affirmer la souveraineté plutôt qu’à la renforcer. La diplomatie haïtienne reproduit systématiquement le même schéma : la valorisation d’une dignité blessée, un rappel historique, une critique implicite de l’ingérence, puis un appel à la solidarité. Cette démarche confère une apparence d’importance, mais n’altère pas les rapports de force qui déterminent la position d’Haïti sur la scène internationale. L’intervention de Fils-Aimé prolonge cette continuité. Le choix des mots reste mesuré et l’attitude contrôlée. L’appel à la mémoire historique vise à renforcer la portée du discours. La critique implicite de l’ingérence demeure discrète et prudente, cherchant à incarner une souveraineté morale. Cependant, aucun changement ni aucune nouvelle stratégie ne sont perceptibles. Ce ton unilatéral ne fournit pas les éléments nécessaires pour orienter une politique étrangère proactive ni pour réévaluer les alliances. 2- Le paradoxe central : dénoncer la dépendance tout en la réaffirmant Cette déclaration du Premier ministre illustre un paradoxe récurrent dans la diplomatie haïtienne : la dénonciation de l’ingérence s’accompagne de remerciements adressés à ceux qui la pratiquent. En critiquant la dépendance tout en exprimant sa gratitude envers les États-Unis, le Canada, la France, la CARICOM, l’OEA, l’Union européenne, la République dominicaine et la Force de Répression des Gangs, le chef du gouvernement perpétue une rhétorique qui perdure depuis quarante ans. Cette posture ambivalente, mêlant indignation morale et remerciement diplomatique, confère au discours une cohérence émotionnelle, tout en révélant une contradiction politique majeure. Ce paradoxe n’est pas anodin, car il influence la perception internationale d’Haïti. La dénonciation de l’ingérence vise à affirmer une souveraineté blessée, tandis que les remerciements adressés aux partenaires extérieurs témoignent de la persistance de la dépendance. Le pays exprime simultanément l’offense et la reconnaissance, la fierté et la vulnérabilité. Il revendique la souveraineté, mais demeure de fait dépendant. Cette tension engendre un discours en quête de dignité, mais limité par ses propres contradictions. 3. Pas de vision stratégique, un discours sans structure L’intervention de Fils-Aimé à l’ONU présente une lacune majeure : l’absence totale de structure stratégique. Elle ne propose ni doctrine de sécurité, ni plan de reconstruction institutionnelle, ni stratégie économique, ni réforme administrative, ni calendrier politique susceptible d’orienter l’action publique. Cette absence de vision s’inscrit dans une tradition diplomatique haïtienne qui, depuis 1986, privilégie la plainte à la prévoyance, l’indignation à la planification et la demande d’aide à l’élaboration d’une stratégie. Haïti se présente comme une victime d’un désordre qu’elle ne maîtrise pas. Elle sollicite une assistance plus coordonnée, plus efficace et plus attentive. Cette approche, désormais routinière, se résume ainsi : « Nous souffrons, aidez-nous mieux. » Ce registre produit un effet moral, mais ne constitue pas une politique. Il ne modifie ni les priorités nationales, ni les alliances, ni les instruments de souveraineté. Il n’offre ni orientation ni doctrine ni cadre d’action. En l’absence de vision structurante, la souveraineté demeure une notion abstraite, tandis que la dépendance s’impose comme un cadre pratique. Cette intervention, dépourvue de fondement stratégique, ne fait que perpétuer l’ordre établi. Un discours de rupture aurait proposé une doctrine de sécurité nationale. Il aurait annoncé une réforme de la Constitution. Il aurait défini un plan pour reconstruire les institutions. Il aurait fixé un calendrier électoral strict. Il aurait demandé aux partenaires internationaux de changer d’attitude. Il aurait affirmé une stratégie de souveraineté progressive. Aucun de ces éléments n’est présent. Le ton demeure posé, mais la structure fait défaut. Le discours proteste sans proposer de solution, décrit sans offrir d’orientation, sollicite sans engagement. Ainsi, l’intervention du Premier ministre, élégante mais dépourvue de stratégie, demeure inefficace. Elle s’inscrit dans une diplomatie où l’émotion prévaut sur la doctrine, la demande supplante la vision et la supplique remplace la souveraineté. 4. Le langage de la dignité sert souvent de façade. L’allocution de Fils-Aimé adopte un ton moral appuyé, évoquant la dignité, l’honneur, la résilience, la fidélité aux valeurs et la dette morale du monde envers Haïti. Ce choix lexical confère au discours une dimension symbolique, une portée historique et une certaine noblesse. Cependant, cette rhétorique de la dignité occulte la réalité, évite l’examen des causes profondes, privilégie l’émotion à la responsabilité et élude les questions fondamentales. Derrière cette invocation de la dignité se cachent les véritables enjeux : Pourquoi l’État haïtien n’arrive-t-il pas à garantir la sécurité ? Pourquoi les institutions ne fonctionnent-elles pas bien ? Pourquoi les élites politiques sabotent-elles les réformes ? Pourquoi les gouvernements qui se sont succédé n’ont-ils pas construit de véritables capacités pour l’État ? Dans son intervention, Fils-Aimé ne répond à aucune de ces interrogations. Il évoque la douleur sans aborder les responsabilités, mentionne la souffrance collective sans interroger les acteurs de l’effondrement, valorise la résilience sans traiter de la gouvernance, invoque l’honneur sans reconnaître les échecs et fait référence à la fidélité aux valeurs tout en négligeant les pratiques qui affaiblissent l’État. Ce registre moral, en apparence noble, contribue à dépolitiser la crise. Il transforme un effondrement institutionnel en tragédie morale, convertit des choix politiques en fatalité historique et présente les responsabilités nationales comme une dette internationale. En privilégiant la dignité, ce discours masque les mécanismes de l’échec, les acteurs de la défaillance et les structures de la dépendance. Ainsi, l’intervention du Premier ministre, bien que marquée par une intensité émotionnelle, n’apporte aucune clarification stratégique. La dignité sert de refuge discursif, d’écran et de substitut à la responsabilité. Elle confère à la crise une apparence de noblesse, masque les mécanismes de l’effondrement et empêche toute remise en question des acteurs responsables. Le pays souffre, mais le discours omet d’en évoquer les causes et, surtout, ses responsables. 5- La dissonance fondamentale : souveraineté proclamée, tutelle assumée Haïti adopte le discours d’un État souverain, mais agit en réalité comme un État sous tutelle. Le discours mobilise les symboles de la souveraineté, tandis que la réalité révèle une dépendance totale en matière de sécurité, d’aide humanitaire, de gouvernance et d’organisation des élections. Le souverainisme discursif vise à affirmer une posture morale, en rappelant l’héritage de 1804 et en revendiquant une dignité blessée. Cependant, ce registre symbolique masque une réalité plus complexe : l’État haïtien ne contrôle ni son territoire ni ses institutions ni ses mécanismes de gouvernance. Les partenaires internationaux déterminent les priorités, financent les opérations, organisent les interventions et supervisent les processus électoraux. La souveraineté est proclamée, mais non exercée. L’exposé de Fils-Aimé ne résout pas cette contradiction, il la confirme. Il évoque l’autonomie tout en remerciant les puissances tutrices, invoque l’honneur tout en acceptant la dépendance sécuritaire, revendique la résilience tout en admettant l’incapacité de l’État à agir seul. Cette contradiction entrave toute stratégie de souveraineté progressive et maintient le pays dans une souveraineté de façade, dépourvue de véritable pouvoir. Conclusion : un discours élégant, mais inutile Le discours du Premier ministre se distingue par la qualité de son écriture, sa structure, le respect des conventions diplomatiques et sa cohérence émotionnelle. Toutefois, il demeure dépourvu de contenu politique substantiel. Il n’apporte aucune proposition susceptible de modifier la trajectoire du pays, de rééquilibrer les pouvoirs, de reconstruire l’État ou de restaurer la souveraineté. Il évoque Haïti, mais ne s’exprime pas en son nom. Il décrit la souffrance sans offrir de solution, parle de dignité sans proposer de moyens, sollicite une aide mieux organisée sans présenter de projet national et mentionne la souveraineté sans indiquer comment la réaliser. En définitive, il s’agit d’un discours qui occupe l’espace sans rien transformer, qui s’exprime sans agir, qui résonne sans modifier la réalité. Un discours élégant, mais inefficace.

  • L’illusion électorale sous tutelle du chaos — Lecture critique de KonTraPèpLa

    Par : la rédaction de NovaVOX, Dans une note de conjoncture rendue publique le 2 septembre 2026 et signée par son coordinateur national Jean William Jeanty, l’organisation KonTraPèpLa (Konbit Travayè Peyizan pou Libere Ayiti) accuse les puissances étrangères et leurs relais locaux d’avoir transformé la violence des gangs en outil de gouvernance pour imposer des élections dépourvues de souveraineté. Le parti dévoile une architecture politique où le chaos n’est pas subi, mais orchestré pour faciliter la mainmise sur les ressources stratégiques du pays. La thèse de KonTraPèpLa Le parti rejette l’organisation des prochaines élections, affirmant que la crise sécuritaire n’est pas un accident, mais la conséquence directe du kidnapping de la souveraineté nationale par des puissances étrangères et leurs relais locaux. Dans cette perspective, la violence et le terrorisme ne bloquent pas le processus électoral : ils en sont les instruments, les leviers d’une architecture de contrôle destinée à neutraliser la capacité du peuple haïtien à exercer sa souveraineté. L’enjeu réel KonTraPèpLa soutient que le scrutin envisagé n’a pas pour vocation de résoudre la crise, mais de légitimer l’installation de dirigeants soumis, chargés de faciliter le contrôle et l’exploitation des ressources stratégiques du pays. Les élections deviennent ainsi un mécanisme de consolidation du rapport de force imposé de l’extérieur, un rituel institutionnel vidé de sa substance démocratique. L’alternative Face à ce scénario, le parti propose une trajectoire de rupture : la formation d’un Gouvernement de Sauvetage National et l’organisation d’un Woumble Nasyonal pour refonder l’État avant toute joute électorale. Pour KonTraPèpLa, seule une reconstruction institutionnelle préalable, débarrassée de la tutelle extérieure et capable de restaurer le contrôle territorial, peut rendre un processus électoral légitime et conforme aux intérêts du peuple haïtien. Cette prise de position affirme une lecture souverainiste qui place le chaos sécuritaire au centre d’un dispositif politique assumé, conçu pour maintenir le pays en état de vulnérabilité permanente. ​ 1. La déconstruction du mythe de la « violence aveugle ​Le premier apport de la note de KonTraPèpLa réside dans son refus de réduire la situation sécuritaire à une crise de criminalité ou de droit commun. Le texte établit un lien direct entre la prolifération des groupes armés et une économie criminelle transnationale, instrumentalisée par des tuteurs extérieurs — notamment Washington — et exécutée par des régimes coopérants (gouvènman kwoupyon). À rebours de l’analyse dominante qui présente les gangs comme un problème d’ordre public et le chaos comme un échec institutionnel temporaire, KonTraPèpLa montre que ce chaos généralisé fonctionne comme un mode de gestion politique. Les récents massacres et déplacements forcés observés à Ponsondé et Kenscoff ne sont pas interprétés comme des accidents : ils s’inscrivent dans une stratégie visant à vider des espaces territoriaux stratégiques pour permettre à des intérêts capitalistes d’en prendre le contrôle. ​ 2. Les élections “pike kole” sous l’ombre des navires de guerre Pour KonTraPèpLa, participer au processus électoral dans le contexte actuel relève de la trahison nationale. Le parti rappelle que l’élection constitue l’expression même de la souveraineté d’un peuple. Or, lorsque le cadre sécuritaire est verrouillé par des gangs, que les grands axes routiers sont coupés et que l’imposition de dirigeants — à l’instar d’Alix Didier Fils-Aimé — se déroule sous la menace implicite de bâtiments de guerre américains dans la baie de Port-au-Prince, l’exercice électoral perd toute substance démocratique. « Potekole nan eleksyon sila yo se yon zak trayizon. Se ede blan an tabli plis kontwòl toujou sou peyi a, san jefò. » La note évoque la crise de 2010, matrice d’un modèle où catastrophe, intervention et tutelle ont produit des élections sous contrainte. Elle affirme que le scrutin bâclé (pike kole) vise à lever les derniers verrous juridiques et constitutionnels afin de faciliter l’emprise des prédateurs internationaux sur les richesses nationales. 3. Quelle feuille de route pour la rupture souverainiste ? KonTraPèp La rejette le calendrier imposé et propose une trajectoire de rupture articulée autour de deux leviers. Le premier consiste en la mise en place d’un Gouvernement de Sauvetage National, une structure de transition véritablement autonome, affranchie de toute tutelle extérieure et capable d’engager la lutte contre l’impunité, qu’il s’agisse de crimes de sang ou de crimes financiers, tout en rétablissant le contrôle territorial. Le second levier repose sur l’organisation d’un Woumble Nasyonal, un vaste rassemblement des forces vives, qu’il s’agisse des mouvements paysans, ouvriers ou patriotes, destiné à refonder les bases d’un État au service de la collectivité et à définir, de manière souveraine, les conditions d’élections réellement légitimes Perspectives et défis du camp progressiste Si l’analyse de KonTraPèpLa offre une grille de lecture imparable sur le plan des principes souverainistes, elle place les forces progressistes et patriotes devant des défis pratiques majeurs. Le premier défi concerne le rapport de force matériel. Dénoncer la tutelle extérieure et le pouvoir des gangs constitue une étape nécessaire ; construire la capacité organisationnelle capable d’imposer un Gouvernement de Sauvetage National face à la puissance de feu des groupes armés et aux pressions diplomatiques en est une autre, autrement plus exigeante. Le second défi touche à la stratégie d’unification. L’appel au regroupement des patriotes dans la lignée de 1804-1806 ne peut rester au stade incantatoire. Il requiert une concertation structurée entre les blocs populaires, syndicaux et paysans afin de bâtir une alternative concrète au vide institutionnel. Le troisième défi relève de la bataille de l’information. Face au rouleau compresseur médiatique qui présente le scrutin sous tutelle comme l’unique issue à la crise, les médias alternatifs et les organisations de terrain portent la responsabilité de vulgariser ces enjeux auprès des masses populaires et de rétablir une lecture souverainiste de la conjoncture.​ KonTraPèpLa a le mérite de poser l’alternative dans toute sa brutalité : céder à l’illusion électorale et entériner la recolonisation du pays, ou s’engager dans la voie exigeante et nécessaire de la reconquête de la souveraineté nationale.

  • Cinquante groupes lancent une mobilisation nationale pour le TPS aux États‑Unis

    Par: NovaVOX, News.- Une coalition de cinquante organisations a lancé une campagne coordonnée de « Journées d’action » à travers les États‑Unis. Des mobilisations organisées notamment en Floride, à New York et en Californie réclament la restauration immédiate du statut de protection temporaire (TPS) accordé à plus de 350 000 Haïtiens. Cette séquence traduit la frustration croissante de la diaspora après la résiliation du TPS et révèle l’ampleur d’un plaidoyer populaire désormais tourné vers le Congrès et l’administration, sommés de répondre à une pression nationale structurée. Poussée coordonnée entre les États pour restaurer le TPS La campagne Days of Action to Restore Haiti TPS s’étend sur sept États, dont la Floride, New York, la Californie et le Massachusetts. Plus de vingt événements sont programmés du 24 au 27 septembre 2026, réunissant groupes communautaires haïtiens, défenseurs des droits des immigrants, chefs religieux et alliés. L’initiative met en lumière l’urgence de rétablir le statut de protection temporaire (TPS) pour plus de 350 000 Haïtiens dont la protection a pris fin plus tôt cette année. Demandes législatives et administratives Les organisateurs pressent le Congrès de soutenir le projet de loi sénatorial 4814, qui prévoit une prolongation de trois ans du TPS haïtien. Ils exhortent également le Département de la Sécurité intérieure (DHS) à suspendre les expulsions et à rétablir immédiatement les protections. Le texte, adopté par la Chambre en avril mais toujours bloqué au Sénat, accentue la pression sur les législateurs, désormais sommés de répondre à une mobilisation nationale structurée. Crise humanitaire en Haïti Les défenseurs avertissent que les expulsions exposeraient les rapatriés à un danger extrême. Les groupes armés contrôlent désormais 80 % de Port‑au‑Prince, et 1,5 million de personnes sont déplacées par la violence. Entre janvier et juin 2026, plus de 3 100 Haïtiens ont été tués et 1 189 blessés, selon les données de l’ONU. L’insécurité alimentaire généralisée, la violence sexuelle et l’effondrement des systèmes de santé rendent les conditions particulièrement périlleuses pour les personnes déportées, soulignant l’incompatibilité entre les expulsions et la réalité du terrain. Impact économique et communautaire La résiliation du TPS a privé les bénéficiaires de leur autorisation de travail, perturbant des secteurs clés comme les soins de santé, l’hôtellerie et l’agriculture. Les détenteurs haïtiens du TPS contribuent des milliards à l’économie américaine tout en élevant des familles et en consolidant des communautés. Chefs religieux, syndicats et employeurs se sont joints au plaidoyer, rappelant que les titulaires du TPS constituent une composante essentielle de la société américaine et ne peuvent être traités comme une main‑d’œuvre jetable.

  • Affaire Jovenel Moïse - Extradition et souveraineté : quand la faiblesse de la justice haïtienne profite aux États-Unis

    Par : Sonet Saint-Louis, avocat Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des Sciences économiques de l'université d'État d'Haïti Professeur de philosophie.- La question de l’extradition en Haïti révèle une tension permanente entre la souveraineté nationale, la coopération judiciaire internationale et la lutte contre l’impunité. Elle soulève une interrogation fondamentale : comment collaborer avec des juridictions étrangères sans contourner la Constitution ni dessaisir la justice haïtienne des affaires qui relèvent de sa compétence ? Haïti et les États-Unis sont liés par un traité bilatéral d’extradition ratifié le 9 août 1904 et entré en vigueur le 28 juin 1905. En 1912, Haïti a adopté une loi établissant une procédure interne et accordant un rôle central au pouvoir judiciaire. Une demande d’extradition présentée par un État étranger doit ainsi être transmise par la voie diplomatique, puis soumise au contrôle des juridictions haïtiennes. Il revient à celles-ci d’en examiner la légalité et le bien-fondé. Ce cadre doit également être articulé avec l’article 16 de la Convention de Palerme sur la criminalité transnationale organisée, à laquelle Haïti est partie. L’existence de cette convention ne fait toutefois pas disparaître les règles prévues par le traité bilatéral et la législation nationale. La Constitution de 1987 demeure, par ailleurs, la norme suprême. Son article 41 interdit la déportation des ressortissants haïtiens ou leur expulsion forcée du territoire national. Quant à l’article 276-2, il intègre les traités régulièrement ratifiés dans la législation interne sans les placer au-dessus de la Constitution. Dès lors, une remise à un État étranger ne peut normalement résulter d’une simple décision politique. Elle doit respecter les règles constitutionnelles et les garanties judiciaires applicables. Le précédent Jean-Claude Paul L’affaire du colonel Jean-Claude Paul illustre une conception exigeante de la souveraineté judiciaire. Le 10 mars 1988, un tribunal de Miami l’avait formellement inculpé pour son implication présumée dans un trafic de cocaïne. Les États-Unis avaient alors demandé son extradition afin qu’il soit jugé sur leur territoire. Le président Leslie Manigat avait refusé d’accéder à cette demande. Il avait plutôt invité les autorités américaines à transmettre leurs preuves à la justice haïtienne afin que Jean-Claude Paul soit jugé en Haïti. Cette position reposait sur deux principes : la souveraineté de l’État et la territorialité du droit pénal. La mort soudaine du colonel, la même année, avait mis fin à la procédure. Mais le précédent demeure révélateur : à cette époque, le pouvoir haïtien affirmait encore que les infractions reprochées à un ressortissant national devaient, autant que possible, être jugées par les tribunaux du pays. Quand la remise remplace la procédure d’extradition Cette position s’est progressivement affaiblie. Sous la présidence de René Préval, notamment dans des affaires de trafic de drogue, plusieurs ressortissants haïtiens ont été transférés vers les États-Unis dans des conditions souvent présentées comme expéditives et sans décision judiciaire formelle. En répondant directement à des demandes diplomatiques sans faire pleinement intervenir les juridictions nationales, l’État haïtien a contribué à fragiliser son propre système judiciaire. Les faiblesses institutionnelles, la corruption et la lenteur des procédures ont ensuite facilité la multiplication de telles pratiques. Ce constat place Haïti devant un dilemme. La coopération internationale peut-elle compenser les défaillances d’une justice nationale incapable de traiter certaines affaires complexes ? À partir de quel moment cette coopération devient-elle une ingérence portant atteinte à la souveraineté du pays ? La portée mondiale du droit américain Les transferts de ressortissants étrangers vers les États-Unis ne reposent pas toujours exclusivement sur les mécanismes classiques de l’extradition. Ils peuvent aussi découler de l’exercice d’une compétence extraterritoriale. Les autorités américaines invoquent différents liens de rattachement pour poursuivre des personnes qui ne possèdent pas la nationalité américaine et qui sont soupçonnées d’avoir commis des actes à l’étranger : transactions en dollars, opérations passant par des banques américaines, réunions tenues aux États-Unis ou utilisation de serveurs et de technologies liés à ce pays. Grâce à leur puissance économique et technologique, les États-Unis donnent ainsi à leur droit une portée qui dépasse largement leurs frontières. Le dollar, les infrastructures numériques et le contrôle de certains circuits financiers deviennent des instruments de puissance juridique. Le droit fonctionne alors comme un levier géopolitique. Pour un État institutionnellement fragile comme Haïti, résister à cette extraterritorialité devient particulièrement difficile. L’affaire Jovenel Moïse et le dessaisissement de la justice haïtienne La remise aux États-Unis de Félix Badio et d’autres personnes poursuivies dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse soulève précisément cette difficulté. S’agit-il d’une réponse à l’incapacité de la justice haïtienne à conduire le procès dans un délai raisonnable ? Ou faut-il y voir l’exercice d’une compétence extraterritoriale américaine fondée sur les liens que cette affaire entretiendrait avec les États-Unis ? Ceux qui dénoncent une violation de la Constitution et de la législation haïtienne soulèvent une objection sérieuse. Au moment de certaines remises, le dossier était déjà en cours d’examen devant les juridictions nationales. Après une première instruction, l’affaire avait été portée devant la cour d’appel à la suite des recours exercés par les personnes inculpées. La cour avait ensuite ordonné un supplément d’information, estimant manifestement que l’enquête initiale comportait des insuffisances ou des omissions. Une telle décision devait être fondée sur des éléments précis. Quels actes la cour avait-elle demandé au juge Denis Cyprien d’accomplir ? Quelles omissions empêchaient la juridiction de rendre une décision définitive ? Dans quel délai ces actes devaient-ils être réalisés ? La cour d’appel est, en principe, saisie dans les limites des faits, des personnes et des décisions contestés. Si l’examen du recours révèle l’implication d’une personne qui n’avait pas été visée par l’ordonnance initiale, le dossier doit normalement être renvoyé au juge d’instruction afin que les droits de cette personne soient garantis. Le respect de cette procédure met en jeu trois principes essentiels : le contradictoire, le droit à une défense pleine et entière et le double degré de juridiction. Or, le supplément d’information s’est prolongé pendant de nombreux mois, sans permettre une avancée décisive. Ces lenteurs ont ouvert une brèche dont la justice américaine a directement profité. Le transfert des suspects apparaît ainsi comme le produit d’une double dynamique : l’affirmation de la puissance juridique des États-Unis et l’incapacité de la justice haïtienne à exercer efficacement sa propre compétence. Quand l’exécutif se substitue à la justice La note publiée par le ministère de la Justice pour expliquer la remise des suspects ne dissipe pas toutes les interrogations. Elle soulève notamment des questions de sincérité, de transparence et de légalité. Si les personnes concernées ont été remises à la suite d’une entente informelle entre les autorités haïtiennes de facto et les autorités américaines, alors que leurs dossiers se trouvaient devant la cour d’appel, l’exécutif est intervenu dans une affaire sur laquelle il ne disposait d’aucune autorité juridictionnelle. L’État ne se confond pas avec le gouvernement. Il s’exprime à travers les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Aucun de ces pouvoirs ne détient une part de souveraineté supérieure à celle des autres. La Constitution organise entre eux une séparation, un équilibre et des mécanismes de contrôle. Une remise effectuée à l’insu de la cour d’appel et du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire donnerait pourtant l’impression que la justice reste placée sous la tutelle de l’exécutif. Celui-ci apparaîtrait, à son tour, soumis aux exigences de la puissance américaine. L’illusion de la souveraineté La souveraineté appartient au peuple, non aux institutions qui l’exercent temporairement en son nom. Lorsque les pouvoirs publics contournent les juridictions nationales pour répondre aux exigences d’un État étranger, ce n’est pas seulement l’autorité de la justice qui est affaiblie : c’est la capacité du pays à décider de sa propre destinée. Dans cette affaire, il ne semble donc plus seulement être question de l’application d’un traité ou d’une convention internationale. C’est une véritable géopolitique du droit qui se déploie, dans laquelle les normes juridiques sont progressivement subordonnées aux rapports de force entre les États. La confiance des citoyens dans le droit interne ne peut que s’étioler lorsqu’un pays se montre incapable d’appliquer ses propres règles. La souveraineté devient alors une proclamation constitutionnelle dépourvue d’effectivité. L’enjeu dépasse finalement le sort de quelques accusés. Il concerne la capacité d’Haïti à enquêter, à juger et à rendre justice en son propre nom. Car un État qui renonce à exercer sa compétence judiciaire abandonne aussi une part essentielle de sa souveraineté.

  • Haïti : Élections suspicieuses et hold-up constitutionnel

    Par : Sonet Saint-Louis avocat.- Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie avancée de la recherche juridique à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État d'Haïti Professeur de philosophie. À deux mois du scrutin annoncé pour le 13 décembre 2026 par le Conseil électoral provisoire (CEP), de sérieux doutes persistent quant à la possibilité pour le pays de se doter véritablement d’élus en 2027. Même si le scrutin a lieu à la date prévue et qu’un président est élu, une crise politique sans précédent pourrait éclater. Selon les données actuellement disponibles, environ 500 000 électeurs seraient inscrits, alors que le CEP viserait un objectif de 3 à 4 millions. Une question légitime s’impose donc : que fera l’institution si cet objectif n’est pas atteint d’ici au 13 décembre ? Des candidats sans électeurs : voilà qui en dit long sur l’état de la démocratie haïtienne. Il convient également de déterminer dans quel département se concentre le plus grand nombre d’inscrits. Tout candidat souhaitant briguer la présidence d’Haïti devrait se poser cette question. Les deux départements qui comptent le plus grand nombre d’électeurs sont en effet sous l’emprise de gangs armés. Qu’adviendrait-il si un candidat à la présidence réalisait, de manière peu crédible, un raz-de-marée dans le Nord — à la faveur de bourrages d’urnes, de falsifications de procès-verbaux ou de votes attribués à des personnes décédées ou déplacées — et était proclamé président de la République, alors qu’il obtiendrait des résultats relativement faibles, voire nuls, dans les autres départements ? Serait-il le président de la République d’Haïti ou celui du département du Nord ? Comment pourrait-il décider au nom de la République sans le consentement du peuple ni mandat véritablement national ? Pour certains, cette hypothèse doit être écartée. Pourtant, la question de la non-participation massive des citoyens demeure entière. L’expression « élection suspicieuse » ne désigne ni une catégorie juridique stricte ni un concept permettant, à lui seul, d’analyser juridiquement la situation. Dès lors, quelle institution pourrait prononcer l’annulation des élections, et sur quelle base juridique ? Le contexte préélectoral est déjà inéquitable. Selon certains acteurs, le pouvoir de transition disposerait de son propre parti en lice, avec le risque évident d’utiliser les ressources de l’État pour mener campagne. Toute élimination d’un candidat en l’absence de motifs juridiques sérieux serait perçue comme un acte arbitraire visant à barrer la route aux principaux concurrents du pouvoir. Des règles « taillées sur mesure » et la lourdeur administrative excessive du CEP risquent également d’exclure arbitrairement de nombreuses forces politiques et des candidats potentiels. C’est donc toute la transparence du processus électoral qui est remise en cause. Si ces failles ne sont pas corrigées et si les élections ne sont pas reportées, la journée du 13 décembre ne sera qu’une journée de slogans démocratiques. Elle consacrera Haïti comme une démocratie de façade, minée par la dégradation morale et éthique, la corruption généralisée et l’extrême pauvreté de la majorité. La communauté internationale veut-elle maintenir ce simulacre de démocratie au détriment du développement réel du pays, afin de préserver une stabilité de façade synonyme de chaos permanent ? Le peuple a des droits, mais ceux-ci ne lui sont pas garantis. Le hold-up constitutionnel et l’imbroglio annoncé Avant même l’assassinat du président Jovenel Moïse, les normes avaient déjà été balayées. Sous sa présidence, les mandats des députés et des sénateurs ont expiré sans que des élections ne soient organisées. Les dirigeants successifs ont ensuite légiféré par décret : Ariel Henry ; le CPT et Garry Conille ; le CPT et Alix Didier Fils-Aimé ; puis Alix Didier Fils-Aimé. Autant de configurations d’un pouvoir bicéphale associant le président et le Premier ministre. Depuis la présidence de Jovenel Moïse, la volonté d’imposer une nouvelle Constitution ou des réformes majeures en dehors du cadre légal prévu par la Charte de 1987 est au cœur du scandale juridique. Les premiers amendements, adoptés sous l’administration de René Préval, n’ont contribué ni à clarifier le texte de 1987 ni à faire progresser le droit haïtien. Il s’agissait d’un bricolage juridique dénué de cohérence. Or, la Constitution de 1987 interdit formellement toute modification constitutionnelle par voie référendaire. Tenter d’imposer un nouveau texte constitutionnel par cette méthode constituerait un coup de force juridique et remettrait automatiquement en cause les élections que le pouvoir de facto affirme vouloir organiser à la fin de l’année. Organiser simultanément des élections générales et un référendum constitutionnel, à deux mois seulement du 13 décembre 2026, alors que le peuple ne connaît pas le contenu des changements envisagés, serait une folie politique lourde de conséquences. Pour que les deux consultations aient lieu le même jour, encore faudrait-il que la législation le permette. Or, la loi fondamentale interdit sa propre modification par référendum. Dans notre système démocratique, le peuple exerce sa souveraineté en élisant ses représentants. Ceux-ci exercent ensuite leurs fonctions dans un cadre constitutionnel établi, qui définit leurs prérogatives, leur statut et la durée de leur mandat. Mais dans quel cadre les citoyens désigneront-ils leurs représentants si la norme fondamentale appelée à régir leur pouvoir n’est encore ni connue ni validée ? Si le référendum constitutionnel se tient simultanément avec les élections générales, quelle Constitution encadrera les futurs élus ? Ces questions, que le pouvoir de facto et le CEP jugeront peut-être banales, se poseront légitimement le soir du scrutin. Un imbroglio constitutionnel majeur et une crise politique sans précédent attendent donc la nation haïtienne. Des citoyens pourraient être élus pour appliquer une Constitution clandestine dont seuls Alix Didier Fils-Aimé et ses soutiens, nationaux et internationaux, connaîtraient le contenu. Compte tenu des soupçons qui circulent, d’autres contradictions doivent être envisagées. Que fera la nation si, à la suite d’un vote manipulé et non éclairé, le peuple approuve la création d’un Parlement monocaméral supprimant le Sénat tout en élisant, le même jour, des sénateurs ? Qu’adviendra-t-il si les citoyens approuvent l’harmonisation des mandats, portant à cinq ans ceux de tous les élus, ainsi que le transfert d’une compétence législative, comme la décharge à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ? Que deviendront alors les principes de permanence du Sénat, de continuité démocratique et institutionnelle de l’État, ainsi que le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale ? Cette absence de réponses claires et précises révèle un échec manifeste. Une transition politique menée avec intelligence doit établir une chronologie cohérente pour mettre en œuvre ses choix stratégiques et atteindre ses objectifs. Une transition sans chronologie, au risque de l’irréparable Après le départ des Duvalier, les militaires de 1986 avaient, dans certains cas, au moins fait preuve d’intelligence, avant de se fourvoyer en renversant des régimes démocratiquement élus. Il faut le reconnaître : sans le coup d’État insensé du général Henri Namphy contre Leslie Manigat, le 19 juin 1988, cette fragile transition démocratique aurait pu placer Haïti sur la voie de la stabilité institutionnelle après la chute des Duvalier. Les successeurs des Duvalier avaient établi une chronologie logique. Ils savaient que la nature de leur pouvoir était tout autre. Après le départ du président Jean-Claude Duvalier, ils avaient mis en place des mécanismes juridico-politiques de transition en constatant la caducité de la légalité duvaliériste. Le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, à l’instar des militaires et de ses prédécesseurs, n’a pas établi une chronologie cohérente de la transition. Il a plutôt joué la carte de la démagogie politique en plaçant son pouvoir de fait sous l’égide de la Constitution de 1987, alors même que celui-ci n’entretient aucun lien réel avec elle. Comme sous les régimes militaires, les velléités de l’actuel pouvoir de facto de conserver le contrôle du pouvoir risquent de placer Haïti sur la voie de l’irréparable. Ce pouvoir cherche à nier la réalité pour la faire coïncider avec ses désirs et ses intérêts politiques partisans immédiats.

  • ALERTE : Élections en Haïti. Par qui, pour qui, et dans quel dessein ?

    Notre Éditorial, Par: Alain Zéphyr, sociologue. Le champ politique haïtien est happé par une crise institutionnelle d’une ampleur jamais observée. La récente visite de M. Randin, secrétaire général de l’OEA, à Port-au-Prince, s’inscrit dans une dynamique de soutien au processus électoral, censé mener à des élections présidentielles et législatives en décembre 2026. Aujourd’hui, Haïti ne compte aucune autorité issue du suffrage universel. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est gouverné par une succession de nominations exécutives, sans mandat populaire, sans légitimité électorale, sans contre-pouvoirs institutionnels. Les mandats parlementaires ont expiré, les collectivités territoriales sont vacantes, et l’État opère comme un provisoire durci en système. La transition haïtienne, pensée comme un pont, s’est transformée en un labyrinthe. Elle incarne le poids des inerties politiques, des intérêts établis, des influences étrangères et des élites qui administrent l’urgence plutôt que d’édifier la stabilité. Dans ce cadre, la visite de l’OEA rappelle que le processus électoral haïtien se déroule sous une tutelle diplomatique implicite, signe direct de l’effondrement de l’État. Un processus électoral sous emprise armée et sous tutelle diplomatique La transition interminable est devenue à la fois l’instrument de ceux qui prospèrent dans l’absence de contrôle démocratique et un traumatisme collectif pour une population privée de son droit premier: choisir ses dirigeants. Les élections se tiendront en Haïti avec des acteurs nationaux affaiblis, des structures provisoires et des partenaires internationaux dont l’influence dépasse parfois celle des Haïtiens eux‑mêmes. Pourtant, si les élections de 2026 doivent avoir un sens, elles doivent répondre à une exigence fondamentale: redonner au peuple haïtien la maîtrise de son destin politique. Cela implique: un climat de sécurité garantissant un vote libre; des institutions électorales crédibles; une rupture avec la logique de transition perpétuelle; une clarification du rôle des acteurs internationaux; une réaffirmation de la souveraineté populaire comme principe non négociable Les préparatifs électoraux en Haïti s’effectuent à l’ombre lourde de ces exigences démocratiques essentielles, tandis que les gangs contrôlent les espaces où se concentre une part décisive du corps électoral. La mise en mouvement de la machine électorale coïncide avec une vague de massacres d’une brutalité inédite dans l’Artibonite, à Port‑au‑Prince, à Kenscoff et à Gressier, ainsi qu’avec une répression visant les organisations paysannes et les militants de la démocratie. L’attaque du centre de formation de l’Institut de Technologie et d’Animation Communautaire (ITECA) à Gressier, suivie de l’enlèvement et de la décapitation de son directeur de programmes, Willard Vancol, constitue le dernier épisode de cette escalade meurtrière. La perversion du processus démocratique en instrument d’impunité. La coexistence de ces deux dynamiques, la mécanique électorale en marche et la décomposition du pays, fait surgir un paradoxe manifeste: comment organiser des élections dans un pays où les électeurs ne peuvent plus circuler, se réunir, s’exprimer ni être protégés? Il apparaît que les élections engagées, menées par des forces éloignées des préoccupations de la majorité citoyenne, ne visent pas à résoudre la crise haïtienne, mais à consacrer le rapport de force qui prévaut aujourd’hui. Une telle issue reviendrait à légitimer les gangs armés et à prolonger leur impunité. Dans les circonstances actuelles, une interrogation centrale s’impose: comment empêcher que les scrutins ne consacrent la victoire des gangs armés ou des forces politiques qui leur sont adossées? L’intensification de la violence, plutôt que la restauration de la sécurité, constitue désormais le levier central pour entraver la participation électorale et orienter l’offre politique vers la protection des gangs. En réduisant le corps électoral par la peur, ces forces transforment l’impunité en une stratégie de conquête. Les élections en cours en Haïti relèvent donc d’une véritable perversion démocratique. Sous le prétexte de la stabilisation ou du renforcement institutionnel, elles légitiment et consolident les gangs armés, responsables de crimes odieux contre le peuple haïtien. Ce glissement correspond à ce que les théoriciens de la crise démocratique nomment « démocratie confisquée », où les institutions électorales servent à légitimer le pouvoir de ceux qui détiennent la violence. La continuité du chaos Dans cette architecture dévoyée, la violence devient un instrument de régulation politique: elle réduit la participation, façonne l’offre électorale et transforme l’impunité en principe d’ordre. Les élections ne corrigent plus la crise; elles la reproduisent. Elles ne restaurent pas la souveraineté populaire; elles la dissolvent dans la domination armée. Par exemple, des plateformes politiques liées à des acteurs de la violence haïtienne tentent de réconcilier le pays sans justice ni désarmement. En évacuant les exigences fondamentales de justice et de désarmement, ces initiatives deviennent la dernière audace des défenseurs du chaos : faire passer la normalisation des gangs pour un projet national, et substituer à la démocratie une forme de gouvernance où l’impunité tient lieu de contrat social. D’ailleurs, un candidat typique à cette élection est l’un des responsables de l’effondrement actuel, ayant dilapidé les caisses publiques et faisant l’objet de sanctions internationales pour son soutien aux gangs armés ou pour le blanchiment d’argent. De telles candidatures installent une offre politique en rupture totale avec la demande pressante et urgente de sécurité, de justice et de mieux‑être exprimée par le peuple haïtien. Ce qui se trame autour des élections n’est pas nouveau. Il prolonge l’action des faiseurs du chaos, qui mobilisent les gangs armés, l’affaiblissement institutionnel et le démantèlement des conquêtes démocratiques pour empêcher le peuple haïtien de réaliser ses aspirations à la liberté et à la dignité. Ensemble, ces pratiques illustrent une dynamique de régression démocratique organisée, où les acteurs violents cherchent à transformer la crise en une structure de pouvoir pérenne. La contre‑offensive souveraine Face à ces tentatives, nous opposons notre lucidité politique et notre patriotisme. Face à ces démarches néocoloniales et déshumanisantes, nous opposons notre humanité, notre fidélité au pays et la conscience aiguë de notre historicité. Face à ces manœuvres, nous affirmons notre offre politique de gauche, capable de reprendre le territoire, de protéger la population, de restaurer la démocratie et de rétablir la sécurité comme bien public. Et face à ces entreprises, nous appelons les progressistes et les patriotes à assumer la tâche historique de reconstruire la souveraineté en replaçant le territoire, la sécurité collective, les services essentiels et la justice sociale au cœur de l’action politique.

  • NÒT KONSÈNAN ASASINAY DIREKTÈ RADYO KOMINOTÈ TI BOUKAN FM NAN, MESYE WILLARD VANCOL

    Sosyete Animasyon ak Kominikasyon Sosyal (SAKS) ak yon gwoup Radyo Kominotè Ayisyen Prèske (3) semèn aprè gang ki tabli nan komin Gresye (Sidwès Pòtoprens) te atake Sant Fòmasyon Enstiti Teknoloji ak Animasyon (ITECA, sig fransè) ki nan seksyon kominal Ti Boukan, se nouvèl lanmò Mesye Willard VANCOL, Direktè Radyo Kominotè Ti Boukan an (96.3 FM), ki rive jwenn nou. Prèske twa (3) semèn aprè disparisyon li, alòske li te nan espas ITECA a jou atak bandi yo (20 dawout 2026), nan yon kominike pou laprès li pibliye, ITECA di lapolis dekouvri rès kò kamarad Willard. Nouvèl rache trip sa konfime yon lòt fwa lavi moun pa reprezante anyen nan Ayiti jounen jodi a. Gouvènman an, lapolis, lame, fòs entènasyonal pou sekirite yo, youn pa rive garanti respè dwa lavi popilasyon an toutbon. Se dilere sa. SAKS ak Radyo kominotè ki siyen nòt sa a pa kache kòlè yo fas ak asasina Mesye Willard VANCOL la. Se konsa tou nou endinye lè chak jou nou leve se nouvèl masak, kidnapin ak lòt fòm vyolans ki fè kenken nan tout medya nan peyi a. Fòk sa fini. Mesye Willard VANCOL se yon sitwayen wòdpòt fòs lanmò yo pote ale. Radyo kominotè ayisyen yo pèdi yon moun total. Soti nan Radyo Vwa Klodi Mizo rive nan Radyo Ti Boukan FM, mete sou kontribisyon li pote nan divès lòt Radyo kominotè kòm manm Asanble Jeneral SAKS, kamarad Willard se yon moun ki respire yon lè ki fèt ak konviksyon epi angajman pou pwogrè. Li pa janm pran nan kraponnay depi se pou koz pou chanjman sosyal la nan enterè Mas Popilè yo. N ap toujou sonje sa. Inisyativ pou amelyore kondisyon lavi nan peyi a pran yon gwo kou. Sant Fòmasyon ITECA genyen depi prèske 50 lane Gresye a, se kamarad Willard ki t ap kowòdone li. Se yon veritab espas ki t ap bay lavi tete nan komin nan. Depi atak gwoup kriminèl yo, popilasyon an lage de bra pandye li ap danse yaya kont lamizè. Se yon gwo kout ponya nou pran. SAKS ak Radyo kominotè ki siyen nòt sa a voye tout senpati pou fanmi, zanmi ak lòt kamarad asasinay sa a lage nan gwo lapenn. N ap kontinye egzije pou bonjan mezi pran pou garanti pwoteksyon lavi ak byen popilasyon an toupatou nan peyi a. Konsa tou n ap mande popilasyon an toujou sonje: pa gen delivrans k ap soti okenn kote, se DIVÈS KALTE MOBILIZASYON nou k ap pèmèt nou jwenn wout pou nou soti nan sa nou ye a. Toutotan nou pa rive, se pou nou kontinye mache ak je nou kale nan bonjan tèt kole. Non ak siyati: • SAKS • Radyo Bwa Kayiman • Radyo Vwa Pèp lakay • Radyo Vwa Peyizan Sid • Radyo Enperyal (Radio Impérial) • Radyo louvri je • Radyo Batay Peyizan • Radyo Vwa Peyizan Nòdes • Radyo Peyizan Abriko Siyati yo: Wisnel Mondelice Zamor Muscade Pou Radyo kominotè Batay Peyizan Radyo Vwa Peyizan Nòdes, Reprezantan: Rodelin Desormes Keslina Toussaint, Radyo Vwa Peyizan Nòdes, 103.1 FM Howbant Wisler Marc Arthur, Radio Imperial Dorceley Macule, Radyo Bwa Kayiman Mabray Mel Sen Nikola Radyo louvri je Imeldonne Aulyse, Radio Vwa Peyizan Sid, VPS

  • Joseph Willard Vancol, director of Ti-Boukan FM in Haiti, murdered

    BY : Development and Peace - Caritas Canada Rest in peace, Vancol It is with deep sadness that we learned of the tragic murder of Joseph Willard Vancol, director of the Ti-Boukan FM community radio station and coordinator of the ITECA Haiti Training Center in Petit Boucan, Gressier, Haiti. On Thursday, August 20, gangsters attacked the training center and its experimental farm, a project supported by Development and Peace ― Caritas Canada over the years. Two employees were on site; one was injured, and Vancol was abducted. His body was found yesterday, September 9, in the woods near the center. We echo ITECA’s tribute to a “committed and principled activist” who, for more than 20 years, contributed to strengthening farmers’ associations and promoting popular culture in Haiti. Vancol played a significant role in our work with ITECA, and his death represents a major loss for our program in Haiti. We honor his commitment to his community and his work in training, community communication, and local development. We call for a full investigation into this murder and for justice to be served for Joseph Willard Vancol. In the face of the violence plaguing Haitian society, protecting those who serve their communities is more necessary than ever. Our prayers and thoughts are with Vancol’s family, his loved ones, his colleagues at ITECA and Ti-Boukan FM, and the entire Gressier community. We stand in solidarity with them at this difficult time. Joseph Willard Vancol, directeur de Ti‑Boukan FM en Haïti, assassiné Par: Development and Peace - Caritas Canada Repose en paix, Vancol C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris l’assassinat de Joseph Willard Vancol, directeur de la radio communautaire Ti‑Boukan FM et coordonnateur du Centre de formation d’ITECA Haïti à Petit Boucan, Gressier. Le jeudi 20 août, des hommes armés ont attaqué le centre de formation et sa ferme expérimentale, un projet soutenu depuis plusieurs années par Développement et Paix, Caritas Canada. Deux employés se trouvaient sur les lieux : l’un a été blessé et Joseph Willard Vancol a été enlevé. Son corps a été retrouvé hier, 9 septembre, dans les bois près du centre. Nous faisons écho à l’hommage d’ITECA à un « militant engagé et intègre » qui, pendant plus de vingt ans, a contribué au renforcement des associations paysannes et à la promotion de la culture populaire en Haïti. Vancol a joué un rôle essentiel dans notre travail avec ITECA, et sa mort constitue une perte majeure pour notre programme en Haïti. Nous honorons son engagement envers sa communauté et son travail au service de la formation, de la communication communautaire et du développement local. Nous appelons à une enquête complète sur ce meurtre et à ce que justice soit rendue à Joseph Willard Vancol. Face à la violence qui ravage la société haïtienne, protéger celles et ceux qui servent leurs communautés est plus nécessaire que jamais. Nos pensées et nos prières accompagnent la famille de Vancol, ses proches, ses collègues d’ITECA et de Ti-Boukan FM, ainsi que toute la communauté de Gressier. Nous leur exprimons notre solidarité en cette période douloureuse. ( Traduction NovaVOX)

  • Haïti face à l’insécurité : l’heure du réveil citoyen

    Par: Marcel P. Mondésir.- Haïtiennes, Haïtiens, du dedans et du dehors, bonjour. Malheureusement, nous sommes toujours là à nous plaindre, à compter nos victimes et à pleurer à gorge déployée, parfois dans nos mouchoirs. D’autres n’osent même pas le faire. Un discours sans fin sur l’insécurité devient notre menu principal, haïtiennes et haïtiens, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. On dirait même une note grave mal accordée qui perce le tympan et rend la musique inaudible. Chaque jour, dans les différentes couches de la société, on égrène les disparus, les kidnappés, les victimes inconnues et, dans l’intervalle, les bourreaux font circuler, avec une arrogance telle, dans leurs messages, les images de leurs cruautés commises sur certaines victimes, pour ne pas dire “leurs proies”, compte tenu de la façon dont ils les traitent. Certains des kidnappés ont passé quasiment trois mois dans l’enfer des geôles des bandits. Tel est le cas de l’un des principaux spécialistes de la sécurité du pays : l’Inspecteur général James Boyard et de son enfant mineur. Il a été chef de cabinet de Mario Andrésol, qui a lui-même occupé des postes stratégiques au sein de la PNH — directeur de la DCPJ, puis directeur général — avant d’être nommé ministre de la Défense. Haïtiens, sommes-nous dans le monde de la fiction ou vivons-nous un cauchemar ? Comment comprendre que les deux institutions chargées de veiller à la protection de nos vies et de nos biens, et d’assurer notre sécurité physique, ne puissent même pas nous fournir le moindre détail ni la moindre explication sur l’un de leurs cadres, kidnappé depuis trois mois déjà ?E si nou mande ba nou James Boyard ak tout pitit li tou vivan. Quelle sera la réponse de son chef hiérarchique ? Tournons-nous vers ITECA. Les parents, les paysans à travers le pays et tous les camarades de Willard Vancol, moi compris, pleurent la mort de cet homme vertical et digne d’honneur, dont les restes ont été retrouvés hier, après la razzia des bandits de Gressier, dans la localité de Ti Boukan, où se trouvent les locaux de l’ITECA, institution de formation et d’accompagnement des structures paysannes. Quelles explications les responsables de la sécurité vont-ils fournir aux parents des deux adolescentes kidnappées hier, en compagnie de leur chauffeur, un jour seulement après l’ouverture des classes ? Tout le monde revoit les images ou réécoute les déclarations tonitruantes du gouvernement en général et des responsables du CSPN concernant les dispositifs de sécurité mis en place pour la rentrée. Pèp Ayisyen gen yon pwovèb ki di : « Kay koule kapab twonpe solèy men pa lapli ». Les menteurs/gagoteurs se font vite rattraper par ce rapt des deux petites innocentes, commis le 9 septembre tôt dans la matinée. Haïtiennes et Haïtiens du dedans comme du dehors, il est plus que temps pour le réveil réel de la conscience, il est plus que temps pour que nous disions effectivement NON à cette mort lente du pays, il est plus que temps, indignés, de nous affranchir et de nous dresser contre ces incapables, ces sous-fifres, ces opportunistes. Ils nous avilissent, ils nous détruisent. La résignation n’a plus sa place.

  • TPS : Une victoire morale significative pour les Haïtiens

    Les évêques américains alertent sur les risques d'expulsions massives Par : Novavox, la rédaction. WASHINGTON — Alors que la crise humanitaire et sécuritaire continue de s’aggraver en Haïti, l’Église catholique américaine appelle l’administration Trump à suspendre les expulsions massives de ressortissants haïtiens vers leur pays d’origine. Dans une lettre adressée au président Donald Trump le 8 septembre, l’archevêque Paul S. Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, a demandé la mise en place d’un moratoire sur les renvois, estimant que les conditions actuelles ne permettent pas d’assurer un accueil sûr et organisé pour les personnes expulsées. « Je vous implore d’éviter de mettre davantage en danger des vies humaines innocentes », a écrit l’archevêque, soulignant l’absence de mécanismes adéquats pour garantir la réintégration des Haïtiens renvoyés au pays. La fin du TPS suscite de vives inquiétudes Le statut de protection temporaire, connu sous le sigle TPS, accordé à Haïti a pris fin le 27 juillet. Ce dispositif permettait à des ressortissants haïtiens présents aux États-Unis de rester légalement sur le territoire et d’y travailler en raison des conditions dangereuses qui y prévalaient. Depuis cette échéance, plusieurs centaines d’Haïtiens ont déjà été expulsés. Le Département de la Sécurité intérieure a notamment indiqué qu’un vol à destination d’Haïti transportait des personnes condamnées pour des crimes violents. Les évêques américains reconnaissent que certaines personnes peuvent être exclues du bénéfice d’une protection au terme d’un examen individuel. Ils dénoncent toutefois le caractère potentiellement indiscriminé des expulsions et leurs conséquences pour les familles, les communautés et certains secteurs essentiels de l’économie américaine. Une crise haïtienne toujours profonde En Haïti, la violence des gangs, l’effondrement des institutions et l’insécurité généralisée continuent de rendre le retour particulièrement périlleux. Les autorités américaines recommandent d’ailleurs à leurs citoyens de ne pas se rendre dans le pays. Pour l’archevêque Coakley, renvoyer massivement des Haïtiens dans ce contexte risque non seulement d’exposer des vies humaines, mais aussi d’aggraver la crise haïtienne. Il estime également que cette politique pourrait contredire les objectifs stratégiques des États-Unis dans l’hémisphère occidental. Les expulsions pourraient par ailleurs provoquer des pénuries de main-d’œuvre dans des domaines tels que la santé, où de nombreux Haïtiens travaillent déjà. Elles risquent aussi de séparer des familles dont les membres ne disposent pas tous du même statut légal. « La force de nos communautés dépend en grande partie du bien-être de ces familles », a déclaré l’archevêque. Un appel à une solution politique durable La Conférence des évêques catholiques des États-Unis soutient également l’American Dream and Promise Act de 2025. Ce projet de loi offrirait une voie légale et durable aux bénéficiaires du programme DACA, arrivés aux États-Unis durant leur enfance, ainsi qu’aux personnes bénéficiant ou ayant bénéficié du TPS. Au-delà du cas haïtien, les évêques demandent ainsi une politique migratoire fondée sur l’examen individuel des situations, la protection des familles et le respect de la dignité humaine. Pour Haïti, la question dépasse désormais le seul cadre migratoire. La crise impose une réponse internationale immédiate, mais viable uniquement si elle s’appuie sur une solution haïtienne authentique, endogène et respectueuse de la souveraineté du peuple haïtien. ------------------------- Voici le texte intégral de la lettre, traduit en français par NovaVOX. 8 septembre 2026 Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie L’honorable Donald J. Trump Président des États-Unis 1600, avenue Pennsylvania Washington, DC 20500 Monsieur le Président, J’écris mû par une profonde inquiétude pastorale face au nombre croissant d’Haïtiens rapatriés de force depuis les États‑Unis. Je sollicite humblement votre soutien. Ces derniers jours, 47 personnes ont été assassinées, plus de 20 blessées et plus de 50 enlevées lors d’un acte de violence inqualifiable perpétré par des gangs à Port‑au‑Prince. Le drame est d’autant plus insoutenable que les victimes étaient des familles déplacées, dont des enfants, qui cherchaient refuge dans une église. Avec le Saint‑Père, le pape Léon XIV, et mes frères évêques, nous exprimons notre proximité spirituelle avec les victimes et implorons la libération rapide de tous les otages. En tant que citoyens de ce grand pays, nous portons une responsabilité morale considérable — responsabilité qui vous incombe en particulier, Monsieur le Président, en tant que chef d’État. Aussi, je vous demande respectueusement: à quoi servent la richesse et l’influence dont nous avons été bénis, si ce n’est de les mettre au service de l’humanité? Je reconnais, comme je l’ai exprimé lors de notre rencontre au début de l’année, l’importance de la régulation de l’immigration et de l’application de la loi fédérale en matière migratoire. Je reconnais également que les difficultés auxquelles Haïti est confrontée existaient bien avant votre entrée en fonction, et que la situation y demeure complexe et multiforme. Parallèlement, je sais que vous mesurez le rôle essentiel que jouent les États‑Unis dans la promotion de la dignité humaine et de la valeur intrinsèque de toute En cette année marquant le 250ᵉ anniversaire de l’indépendance américaine, nous nous rappelons les origines de notre nation, des débuts modestes mais animés par des idéaux nobles et inspirés. Au cœur de ces idéaux se trouve la conviction que chaque être humain est doté par son Créateur de droits inaliénables.Je vous exhorte aujourd’hui, Monsieur le Président, à défendre ces droits fondamentaux, dont le droit à la vie demeure le plus essentiel. Je souhaite profondément que ce récent et tragique exemple de vie humaine brutalement éteinte, presque en toute impunité, ne soit qu’une irrégularité en Haïti. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je vous implore de ne pas exposer davantage d’innocents en poursuivant les expulsions vers Haïti, surtout en l’absence d’un dispositif capable d’assurer leur accueil et leur réintégration dans des conditions de sécurité et de stabilité. Cette approche ne fera qu’aggraver la crise actuelle et compromettre vos objectifs stratégiques pour l’hémisphère occidental. Je vous prie d’exercer votre autorité, telle que prévue par la Constitution américaine, afin d’accorder un départ différé aux Haïtiens résidant paisiblement aux États‑Unis. Il va de soi que certains Haïtiens pourraient être exclus de cette mesure au cas par cas, ce qui préserverait la capacité de votre administration à promouvoir la justice et la sécurité publique. Dans le même temps, vous reconnaîtriez les contributions économiques et sociales considérables de nombreux hommes et de nombreuses femmes, en particulier dans des secteurs vitaux tels que les soins de santé. L’Église catholique demeure profondément sensible à la situation de nombreuses familles, notamment celles dont le statut migratoire est mixte, et qui tireraient un bénéfice direct de cette aide. La vitalité de nos communautés repose en grande partie sur le bien‑être de ces familles. Au‑delà de ce soulagement immédiat, les évêques américains vous assurent de leur soutien et de leurs prières pour une réforme de nos lois migratoires, longtemps attendue. Nous continuerons à travailler avec votre administration et le Congrès pour y parvenir, dans l’intérêt du pays et de tous les Américains. L’Église poursuivra également son action, en coordination avec les gouvernements américain et haïtien, pour accompagner le peuple haïtien par des œuvres de miséricorde, vers un pays plus sûr, plus stable et plus favorable au développement humain intégral. Je vous remercie sincèrement, Monsieur le Président, de bien vouloir prendre en considération cette demande. Je vous assure de mes prières, ainsi que de celles offertes pour votre administration. Comme toujours, je demeure respectueusement en Christ, Le très révérend Paul S. Coakley, Archevêque d’Oklahoma City, Président de la Conférence des évêques catholiques des États‑Unis Copie conforme: L’honorable Marco Rubio, secrétaire d’État L’honorable Markwayne Mullin, secrétaire à la Sécurité intérieure

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