Le projet dominant est dans l’impasse en Haïti
Par : NOVAVOX, Notre Éditorial.-
Le rapport de l’ONU fait du bruit à Port‑au‑Prince comme dans la diaspora, mais ce vacarme n’est qu’un écho tardif. Ce document ne révèle rien : il officialise ce que le pays hurle depuis des années. Il met un tampon institutionnel sur une vérité que les quartiers, les déplacés, les survivants, les travailleurs, les femmes et les jeunes vivent chaque jour dans leur chair : le chaos en Haïti n’est pas un accident, c’est une architecture.
Une architecture construite par l’abandon de l’État, consolidée par l’impunité, financée par des réseaux criminels, tolérée par des élites et gérée par une communauté internationale qui observe plutôt que d’agir. Le rapport légitime ce que le peuple sait déjà : la violence est devenue un mode de gouvernance, un outil de contrôle territorial, un mécanisme de redistribution brutale, un langage politique. Au‑delà de ses révélations, ce rapport expose une vérité plus profonde, dérangeante et explosive : le projet dominant est en crise en Haïti.
Le Vide du Pouvoir
Le dispositif politique censé encadrer la transition se heurte à ses limites. Conçu pour stabiliser l’État, il est submergé par la crise sécuritaire, l’effondrement institutionnel et le déficit de légitimité. Le projet dominant, qui combine gestion technocratique, tutelle internationale et compromis élitiste, ne répond plus à la dynamique réelle du pays, façonnée par la violence armée, la fragmentation territoriale et la désagrégation de l’État.
Les gangs contrôlent près de 90 % de Port-au-Prince, imposant de facto leur souveraineté. Les institutions judiciaires sont en ruine, incapables de juger, d’enquêter ou de protéger. Les forces de sécurité restent sous‑dimensionnées, tardives et incapables de reconquérir durablement le territoire, faute de moyens, de coordination et de contrôle démocratique.
Le projet dominant est donc dans l’impasse parce qu’il repose sur trois illusions :
L’illusion de la restauration institutionnelle dans un pays où les institutions ne fonctionnent plus.
L’illusion d’un contrôle sécuritaire externe alors que les gangs s’adaptent plus vite que les forces déployées.
L’illusion d’un consensus politique alors que les élites sont divisées, discréditées et déconnectées des réalités.
Ce projet est bloqué parce qu’il tente de restaurer un État qui n’existe plus, de stabiliser une capitale qui n’est plus un espace civique et de gouverner un peuple qu’il n’écoute pas. Il est dans l’impasse car il refuse de reconnaître que la solution ne viendra ni d’en haut, ni de l’extérieur, ni des acteurs qui ont produit le chaos.
Le Peuple au Centre ou Rien
Tant que le peuple haïtien n’est pas au centre du processus politique, tout projet dominant restera mort‑né. Le peuple haïtien n’est ni un décor, ni une variable d’ajustement, ni une masse à gérer. Il est le seul souverain légitime de la République. Depuis des décennies, les projets politiques qui se succèdent, qu’ils soient populistes, technocratiques, élitistes ou sous tutelle internationale, ont tous en commun d’écarter le peuple de la table où se décident son destin, ses droits, sa sécurité et sa dignité.

Cette exclusion systémique transforme chaque projet dominant en une impasse. Un projet politique qui ne part pas du peuple, ne s’appuie pas sur lui et ne lui rend pas le pouvoir est condamné à échouer. Il échoue car il contredit la réalité sociale, les besoins vitaux et les aspirations profondes de la majorité. Il échoue car il reproduit les mêmes structures de domination qui ont conduit à la catastrophe actuelle.
Le peuple haïtien réclame trois exigences simples et non négociables : une souveraineté réelle, non une souveraineté de façade dictée par des acteurs extérieurs ; la justice et la sécurité, non une gestion militarisée qui protège les élites et abandonne les quartiers populaires ; la participation directe, non des dialogues fermés entre les mêmes groupes qui échouent depuis trente ans.
Sans l’intégration de ces exigences au cœur du processus politique, le projet dominant se réduit à une mécanique bureaucratique vide, à un compromis élitiste sans légitimité, à une transition qui ne change rien.
La vérité militante est un verdict. Le peuple n’est pas l’obstacle, il est la condition. Il n’est pas le problème, il est la solution. Il n’est pas à consulter, mais à placer au centre.
L’alternative n’est pas un nouveau gouvernement, mais un pouvoir repensé : horizontal, populaire, territorial, souverain. Haïti ne renaîtra pas par la restauration d’un État défaillant, mais par la reconstruction du lien entre le peuple, le territoire et la dignité. Comme le dit le dicton :« Le peuple est la clé : sans lui, aucune porte ne s’ouvre, et aucune ne reste ouverte. »










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