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L’illusion électorale sous tutelle du chaos — Lecture critique de KonTraPèpLa

il y a 6 heures
4 min de lecture

Par : la rédaction de NovaVOX,

Dans une note de conjoncture rendue publique le 2 septembre 2026 et signée par son coordinateur national Jean William Jeanty, l’organisation KonTraPèpLa (Konbit Travayè Peyizan pou Libere Ayiti) accuse les puissances étrangères et leurs relais locaux d’avoir transformé la violence des gangs en outil de gouvernance pour imposer des élections dépourvues de souveraineté.

Le parti dévoile une architecture politique où le chaos n’est pas subi, mais orchestré pour faciliter la mainmise sur les ressources stratégiques du pays.

La thèse de KonTraPèpLa

Le parti rejette l’organisation des prochaines élections, affirmant que la crise sécuritaire n’est pas un accident, mais la conséquence directe du kidnapping de la souveraineté nationale par des puissances étrangères et leurs relais locaux.

Dans cette perspective, la violence et le terrorisme ne bloquent pas le processus électoral : ils en sont les instruments, les leviers d’une architecture de contrôle destinée à neutraliser la capacité du peuple haïtien à exercer sa souveraineté.

L’enjeu réel

KonTraPèpLa soutient que le scrutin envisagé n’a pas pour vocation de résoudre la crise, mais de légitimer l’installation de dirigeants soumis, chargés de faciliter le contrôle et l’exploitation des ressources stratégiques du pays. Les élections deviennent ainsi un mécanisme de consolidation du rapport de force imposé de l’extérieur, un rituel institutionnel vidé de sa substance démocratique.

L’alternative

Face à ce scénario, le parti propose une trajectoire de rupture : la formation d’un Gouvernement de Sauvetage National et l’organisation d’un Woumble Nasyonal pour refonder l’État avant toute joute électorale. Pour KonTraPèpLa, seule une reconstruction institutionnelle préalable, débarrassée de la tutelle extérieure et capable de restaurer le contrôle territorial, peut rendre un processus électoral légitime et conforme aux intérêts du peuple haïtien.

Cette prise de position affirme une lecture souverainiste qui place le chaos sécuritaire au centre d’un dispositif politique assumé, conçu pour maintenir le pays en état de vulnérabilité permanente.

​ 1. La déconstruction du mythe de la « violence aveugle

​Le premier apport de la note de KonTraPèpLa réside dans son refus de réduire la situation sécuritaire à une crise de criminalité ou de droit commun. Le texte établit un lien direct entre la prolifération des groupes armés et une économie criminelle transnationale, instrumentalisée par des tuteurs extérieurs — notamment Washington — et exécutée par des régimes coopérants (gouvènman kwoupyon).

À rebours de l’analyse dominante qui présente les gangs comme un problème d’ordre public et le chaos comme un échec institutionnel temporaire, KonTraPèpLa montre que ce chaos généralisé fonctionne comme un mode de gestion politique.

Les récents massacres et déplacements forcés observés à Ponsondé et Kenscoff ne sont pas interprétés comme des accidents : ils s’inscrivent dans une stratégie visant à vider des espaces territoriaux stratégiques pour permettre à des intérêts capitalistes d’en prendre le contrôle.

​ 2. Les élections “pike kole” sous l’ombre des navires de guerre

Pour KonTraPèpLa, participer au processus électoral dans le contexte actuel relève de la trahison nationale. Le parti rappelle que l’élection constitue l’expression même de la souveraineté d’un peuple. Or, lorsque le cadre sécuritaire est verrouillé par des gangs, que les grands axes routiers sont coupés et que l’imposition de dirigeants — à l’instar d’Alix Didier Fils-Aimé — se déroule sous la menace implicite de bâtiments de guerre américains dans la baie de Port-au-Prince, l’exercice électoral perd toute substance démocratique.

« Potekole nan eleksyon sila yo se yon zak trayizon. Se ede blan an tabli plis kontwòl toujou sou peyi a, san jefò. »

La note évoque la crise de 2010, matrice d’un modèle où catastrophe, intervention et tutelle ont produit des élections sous contrainte. Elle affirme que le scrutin bâclé (pike kole) vise à lever les derniers verrous juridiques et constitutionnels afin de faciliter l’emprise des prédateurs internationaux sur les richesses nationales.

3. Quelle feuille de route pour la rupture souverainiste ?

KonTraPèp La rejette le calendrier imposé et propose une trajectoire de rupture articulée autour de deux leviers. Le premier consiste en la mise en place d’un Gouvernement de Sauvetage National, une structure de transition véritablement autonome, affranchie de toute tutelle extérieure et capable d’engager la lutte contre l’impunité, qu’il s’agisse de crimes de sang ou de crimes financiers, tout en rétablissant le contrôle territorial.

Le second levier repose sur l’organisation d’un Woumble Nasyonal, un vaste rassemblement des forces vives, qu’il s’agisse des mouvements paysans, ouvriers ou patriotes, destiné à refonder les bases d’un État au service de la collectivité et à définir, de manière souveraine, les conditions d’élections réellement légitimes

Perspectives et défis du camp progressiste

Si l’analyse de KonTraPèpLa offre une grille de lecture imparable sur le plan des principes souverainistes, elle place les forces progressistes et patriotes devant des défis pratiques majeurs.

Le premier défi concerne le rapport de force matériel. Dénoncer la tutelle extérieure et le pouvoir des gangs constitue une étape nécessaire ; construire la capacité organisationnelle capable d’imposer un Gouvernement de Sauvetage National face à la puissance de feu des groupes armés et aux pressions diplomatiques en est une autre, autrement plus exigeante.

Le second défi touche à la stratégie d’unification. L’appel au regroupement des patriotes dans la lignée de 1804-1806 ne peut rester au stade incantatoire. Il requiert une concertation structurée entre les blocs populaires, syndicaux et paysans afin de bâtir une alternative concrète au vide institutionnel.

Le troisième défi relève de la bataille de l’information. Face au rouleau compresseur médiatique qui présente le scrutin sous tutelle comme l’unique issue à la crise, les médias alternatifs et les organisations de terrain portent la responsabilité de vulgariser ces enjeux auprès des masses populaires et de rétablir une lecture souverainiste de la conjoncture.​

KonTraPèpLa a le mérite de poser l’alternative dans toute sa brutalité : céder à l’illusion électorale et entériner la recolonisation du pays, ou s’engager dans la voie exigeante et nécessaire de la reconquête de la souveraineté nationale.



 
 
 

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