769 000 électeurs sur 11 millions : le peuple haïtien rejette un scrutin sous l’étau des gangs
Par : NovaVOX, Notre Éditorial.-
Le Conseil électoral provisoire d’Haïti a reporté indéfiniment les élections présidentielles et législatives, initialement prévues le 13 décembre 2026, avec un second tour le 21 février 2027. L’institution cite des « exigences techniques et opérationnelles » ainsi que l’aggravation de l’insécurité pour justifier ce report. Le pays reste sans calendrier électoral précis. Aucune élection n’a eu lieu depuis 2016. Le dernier président élu, Jovenel Moïse, assassiné en 2021, n’a pas été remplacé.
Malgré la crise, l’inscription des électeurs a débuté en juillet 2026. Seuls 769 000 électeurs se sont inscrits, une infime fraction des 11 millions d’habitants du pays. Ce chiffre illustre un profond scepticisme quant à la faisabilité d’un scrutin dans les conditions actuelles.
Dans les rues de Port‑au‑Prince, le doute domine. « Qui peut prétendre organiser des élections dans un pays où les citoyens sont plus préoccupés par l’insécurité et les abus commis par les groupes armés ? » interroge un chauffeur de taxi.
Hausse des kidnappings : la crise de sécurité publique franchit un seuil critique
L'annonce du conseil électoral intervient alors que la crise de sécurité publique atteint un seuil critique avec une hausse des enlèvements. Entre avril et juin, au moins 81 personnes ont été enlevées, soit une augmentation de 42 % par rapport au trimestre précédent, selon les statistiques disponibles.
Les gangs ont intensifié leurs tactiques en ciblant des personnalités de haut rang et en procédant à des enlèvements de masse.
L’explosion des enlèvements met en lumière la fragilité du lien entre la sécurité et la démocratie en Haïti. Des gangs dominent de vastes secteurs de Port‑au‑Prince, de l’Artibonite, du Centre, du Nord‑Ouest et de plusieurs zones du Sud. La route vers des élections crédibles se rétrécit dangereusement. La menace constante, qui s’étend à plusieurs départements, neutralise toute tentative d’organiser le scrutin.
Haïti se trouve à la croisée des chemins. La maîtrise de la violence conditionnera le retour à la stabilité politique. Sans cela, le pays risque de s’enfoncer davantage dans la crise.
Les gangs au cœur du dispositif électoral
D’autres Haïtiens dénoncent ces élections comme un mécanisme d’impunité. Pour eux, un scrutin organisé sous la menace des groupes armés risque de reconduire les mêmes dynamiques de violence et d’absence de responsabilité. Ils craignent qu’un processus électoral mené dans ces conditions ne valide un ordre déjà imposé par la force, sans garantir ni justice ni protection à la population.
Un récent rapport de l'ONU , consulté par NovaVOX, souligne qu’à la fin du mois de mai, une nouvelle commission municipale a été installée dans la communauté de Cité Soleil, à Port‑au‑Prince, et qu’au moins l’un de ses commissaires serait un membre actif d’un gang. Le rapport souligne que les gangs demeurent puissants grâce aux « acteurs politiques, économiques et de sécurité qui les soutiennent lorsque cela sert leurs intérêts ». Il avertit que les liens entre certaines autorités locales et les groupes armés visent à consolider le contrôle territorial et à peser sur les élections à venir.
Ces faits viennent renforcer l’analyse formulée dans notre récent éditorial « ALERTE : Élections en Haïti . Par qui, pour qui et dans quel dessein ?» Nous y soulignions que « l’intensification de la violence, plutôt que la restauration de la sécurité, est devenue le levier central pour entraver la participation électorale et orienter l’offre politique vers la protection des gangs. En réduisant le corps électoral par la peur, ces forces convertissent l’impunité en stratégie de conquête. »
Le peuple haïtien n’est pas dupe : la violence et la démocratie séquestrée forment désormais l’ossature stratégique des architectes du chaos qui cherchent à prolonger la crise et à orienter les élections à venir. Comme l’ont réaffirmé les organisations paysannes réunies au sein de l’Espace national d’organisations de la société civile, à l’issue de leur neuvième rencontre nationale à Papaye, Hinche, nous rejetons ces manœuvres. Et nous continuerons d’exiger les conditions de sécurité indispensables pour circuler, organiser et choisir des dirigeants capables d’entendre et de porter les revendications légitimes du peuple haïtien.









Commentaires