top of page

L’Artibonite saigne, et les dirigeants de pacotille perfectionnent l’inaction

Par: Novavox, la Rédaction.

Depuis cinq ans, Haïti vit au rythme d’une violence qui n’est plus seulement diffuse, mais méthodique, territorialisée, assumée. L’Artibonite, jadis grenier du pays, est devenue l’un des laboratoires les plus brutaux de cette dérive. Les massacres s’y succèdent avec une régularité qui dit moins l’effondrement de l’État que son abandon pur et simple.

La vallée des ombres

Tout commence en 2024, lorsque Pont‑Sondé bascule dans l’horreur. Plus de 100 personnes sont tuées en quelques heures, sous les assauts du gang Gran Grif, qui impose sa loi sur les rives de l’Artibonite. Ce massacre aurait dû marquer un tournant. Il n’a pourtant servi que de prélude à une violence encore plus dévastatrice.

En 2025, la région s’enfonce davantage. Petite‑Rivière, Verrettes, Savien, Jean‑Denis : les attaques se multiplient, les routes se ferment, les habitants fuient par milliers. L’Artibonite devient un archipel de zones interdites, où l’État n’apparaît plus que sous la forme de communiqués tardifs et de promesses sans lendemain.

Puis advient la déflagration. À Jean‑Denis, les 29 et 30 mars, le gang Gran Grif frappe de nouveau. Les bilans divergent : 16 morts selon la police, près de 70 selon les organisations locales, mais la réalité ne laisse aucune place au doute. Un territoire entier est vidé, incendié, ravagé. Le lendemain, Petite‑Rivière subit une nouvelle attaque, comme pour signifier que rien ni personne ne sera épargné. En deux jours, l’Artibonite perd des dizaines de vies et plus de 6 000 personnes sont jetées sur les routes.

Ces massacres ne sont pas des accidents. Ils s’inscrivent dans une chronologie cohérente, dans une stratégie de conquête territoriale où la population devient la première cible d’un pouvoir armé qui avance sans résistance. Ils disent l’effacement progressif de l’État, la normalisation de l’impunité et l’installation durable d’un régime de terreur qui redessine la carte du pays.

Aujourd’hui, l’Artibonite n’est plus seulement un symbole : elle est devenue le miroir tremblant d’un pays pris en étau, une vallée où chaque massacre appelle le suivant et où chaque silence institutionnel épaissit la nuit et prépare méthodiquement la tragédie à venir.

Ces morts ne sont pas des chiffres ; ils sont des visages arrachés, des voix brisées, des existences fauchées qui dressent un acte d’accusation sans appel contre un système qui a laissé faire, qui a laissé la terreur s’installer comme une saison permanente, qui a renoncé à protéger pour mieux se dérober.

L’Artibonite, en ce sens, n’est pas une exception : elle montre un pouvoir qui laisse ses citoyens sans défense, et où l’abandon se règle en vies humaines.

Une transition en péril

Le massacre de Jean-Denis s’inscrit parmi les crimes les plus lourds perpétrés par des gangs armés au cours de cette interminable transition. Il vient s’ajouter à une série déjà accablante : celui de Pont-Sondé ; le carnage du Wharf de Jérémie, qui a fait 207 morts en décembre 2004 ; le massacre de Kenscoff, les 27, 28 et 29 janvier 2025, qui a coûté la vie à 109 personnes ; et les tueries de Châteaubland et de Petit Troupeau, à Frères, dans la commune de Pétion-Ville, où au moins vingt personnes ont été exécutées.

Ensemble, ces événements dévoilent un pouvoir réduit à l’impuissance, incapable d’assurer la protection la plus élémentaire et de maintenir le minimum d’ordre public. À ce jour, les auteurs de ces actes odieux demeurent impunis, comme si la violence pouvait se répéter à l’infini sans jamais rencontrer de réponse.

Pendant ce temps, le pays avance au bord du gouffre, pris dans une transition qui n’en porte que le nom et qui, loin d’apaiser, a laissé la violence s’enraciner. Les attaques s’intensifient, les territoires s’effondrent, et l’État, réduit à une présence résiduelle, n’assume plus même ses fonctions essentielles.

Dans ces conditions, comment croire qu’un pouvoir qui ne parvient pas à protéger la population, même face à des attaques parfois annoncées, serait en mesure d’organiser des élections générales ? Tout indique que siphonner les maigres ressources de la République constitue pour lui une priorité plus sérieuse que la sécurité des citoyens.

Il devient donc urgent de bâtir des alternatives solides et viables à ce pouvoir défaillant dans tous les domaines, y compris dans celui de la sécurité. Seule une transition fondée sur la souveraineté citoyenne, au service du bien commun, peut ouvrir une sortie de crise crédible et réinscrire le pays dans un horizon de renouveau démocratique.

Commentaires


Top Stories

Receive our analysis and perspectives directly in your inbox. Sign up for our weekly newsletter.

  • Whatsapp
  • Facebook
  • Youtube
  • download (4)_edited
  • TikTok
  • Instagram
  • Twitter

© NOVAVOX . Powered and secured by Wix

bottom of page