Debout, Haïti. Il est encore temps.
- Renouvo Demokratik
- il y a 15 heures
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Par: Yves Pierre, Politologue .-
Assez de mots creux. Assez des communiqués lénifiants. La vérité, c’est qu’on nous vole. Pas à la sauvette, pas dans l’ombre : en plein jour, avec des contrats signés, tamponnés et envoyés à des banques étrangères pour que nos petits-enfants paient la note.
Six milliards pour des prisons privées ? Vingt-deux dollars par détenu et par jour, dans un pays où un repas coûte cinq dollars ? Qui ose appeler ça de la “gestion”? Non, c’est du pillage. Un pillage organisé, légalisé, et servi sur un plateau d’argent à des actionnaires dont on ne connaît même pas les noms.
Et les douanes ? Quinze pour cent des recettes, aspirées comme par magie vers des comptes offshore. Sans vote. Sans débat. L’argent de vos impôts sera directement versé sur des comptes à Dubaï.
Puis viennent les mercenaires. Erik Prince. Blackwater. Nisour Square, des noms qui devraient faire dresser les cheveux sur la tête de quiconque a encore un peu de mémoire. Mais non. On les invite. On leur donne nos rues. On leur donne le droit de tirer. Tout ça, sans Parlement. Sans élection. Sans honte.
Ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est un choix de classe. C’est la bourgeoisie haïtienne compradore qui, depuis 1804, préfère s’allier à l’étranger plutôt que de construire un État au service du peuple. La FJKL l’a dit clairement dans son rapport de mars 2026 : ces contrats constituent une privatisation de l’État, une violation de la Constitution et une hypothèque sur les finances publiques pendant des décennies. Ce ne sont pas des mots de militants, mais ceux des juristes les plus respectés du pays. Et pourtant, on nous traite comme des mendiants.
Trois contrats. Trois trahisons.
Première trahison : nos prisons livrées à Metric Facility
Six milliards de dollars. Cinquante ans. Une firme étrangère qui construira et gérera nos prisons. Nos prisons ! L’enfermement des citoyens haïtiens, cette prérogative la plus intime de la souveraineté judiciaire, confiée à des actionnaires anonymes dont le seul objectif est le profit. Vingt-deux dollars par détenu et par jour dans un pays où le salaire minimum ne dépasse pas cinq dollars. Qui paiera ? Le Trésor public. C’est-à-dire vous. C’est-à-dire les paysans qui vendent leur récolte à perte. C’est-à-dire les mères qui lavent le linge dans les ravines pour quelques gourdes. Ce sont eux qui financeront les profits d’une entreprise dont nous ignorons même les actionnaires.
Toussaint Louverture a été emprisonné par des étrangers qui voulaient briser notre révolution. Deux siècles plus tard, nous confions nos prisons à des étrangers. Quelle capitulation historique.
Deuxième trahison : nos douanes au service d’Evergreen
Quinze à vingt pour cent des recettes douanières. Automatiquement prélevés. Sans vote du Parlement. Sans débat public. Sans même que les citoyen·ne·s haïtien·ne·s sachent qui sont ces actionnaires émiratis et australiens auxquels on vient de confier la fiscalité de la République. Les douanes, c’est le nerf de la guerre budgétaire. C’est de là que vient l’essentiel des recettes de l’État.
En les privatisant, le gouvernement ne s’attaque pas à une administration défaillante ; il détruit la capacité même de l’État à financer ses missions. Santé, éducation, routes : tout cela dépend des recettes douanières. Et ces recettes s’en iront désormais gonfler les comptes de sociétés étrangères. C’est la doctrine du choc appliquée à Haïti : créer une dépendance structurelle pour que jamais un gouvernement progressiste ne puisse se financer.
Troisième trahison : Windward et les mercenaires d’Erik Prince
Erik Prince. Ce nom devrait suffire à susciter l’indignation nationale. Fondateur de Blackwater, l’entreprise mercenaire responsable du massacre de Nisour Square en Irak en 2007, condamné par la communauté internationale, ami des régimes autoritaires du monde entier, voilà l’homme auquel le gouvernement haïtien confie la sécurité du pays. Cinquante-deux millions de dollars par an. Des mercenaires. Des drones. Dans nos rues. Contre nos gangs, et peut-être demain contre nos manifestants, nos syndicalistes, nos militants.
L’histoire coloniale nous enseigne que les forces militaires privées ne sont jamais neutres. Elles servent ceux qui les paient. Et si ceux qui les paient ont des intérêts contraires à ceux du peuple haïtien, que se passera-t-il quand le peuple se lèvera ? Ce n’est pas de la sécurité qu’on nous vend. C’est de la répression en franchise.
L’absence de Parlement : une gouvernance de l’arbitraire
Ces trois contrats ont un point commun : ils violent l’article 111-1 de la Constitution de 1987, qui exige la ratification parlementaire pour tout engagement financier de l’État. Or, le Parlement est inactif depuis 2019. Et ce gouvernement provisoire, que personne n’a élu, en profite pour engager le pays pendant un demi-siècle. C’est de l’arbitraire pur. C’est la négation de toute démocratie. Un gouvernement sans légitimité populaire qui signe des contrats irréversibles au nom de générations qui n’ont pas eu leur mot à dire. C’est cela, dans la tradition haïtienne, qu’on nomme la trahison des élites.
Ce que nous exigeons
Nous ne demandons pas. Nous exigeons. Au nom du peuple haïtien, au nom de 1804, au nom des générations futures :
L’annulation immédiate et inconditionnelle des trois contrats léonins.
Une enquête judiciaire indépendante sur les conditions de signature, les commissions perçues, les pressions exercées.
La convocation d’une Assemblée constituante populaire pour refonder les institutions.
Le renforcement de la Police nationale d’Haïti sous contrôle civil et démocratique.
La transparence totale sur l’ensemble des engagements financiers de l’État haïtien.
Ces exigences ne sont pas radicales. Elles sont constitutionnelles. Ce sont les exigences minimales d’un État de droit.
Debout!
La résistance haïtienne n’a jamais attendu la permission des puissants pour s’organiser. De 1791 à 1804, de 1915 à 1934, de 1986 contre Duvalier à 2019 contre la corruption, le peuple haïtien sait se lever. L’heure n’est pas au désespoir. Elle est à la mobilisation. Chaque citoyen·ne qui dénonce ces contrats, chaque journaliste qui les publie, chaque avocat qui les conteste, chaque membre de la diaspora qui lève la voix, tous participent à la résistance nationale contre la vente de notre souveraineté.
Comme l’écrivait Jacques Roumain dans Gouverneurs de la rosée : « Il faut que chacun porte sa part du fardeau commun, sa part de la misère et de l’espoir. » C’est notre fardeau commun de refuser que notre État soit vendu à des mercenaires et à des actionnaires anonymes.
La démocratie haïtienne mérite mieux que ces contrats signés dans l’ombre. La souveraineté haïtienne mérite mieux que cinquante ans de servitude financière. Et le peuple haïtien mérite mieux que des gouvernements provisoires qui trahissent l’avenir de ses enfants.









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