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Hommage à Méhu Milius Garçon (1948–2021)

  • Photo du rédacteur: Renouvo Demokratik
    Renouvo Demokratik
  • 25 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Par : Jacques Charlemagne,

Membre, Efforts Solidarité pour Construire une Alternative Nationale et Populaire (ESCANP),

Réseau des Organisations de la Zone Ouest (ROZO) & Renouveau Démocratique (RED).

-Méhu Milius Garçon-
-Méhu Milius Garçon-

Le 25 décembre 2021, Méhu Milius Garçon nous a quittés à l’âge de soixante-et-onze ans. Professeur d’université, avocat, parlementaire et militant haïtien, il a consacré toute sa vie à l’éducation, à la justice et à la défense des droits du peuple.Cet hommage retrace le parcours d’un homme qui, par son engagement inébranlable, a incarné la conscience critique, la cohérence politique et la résistance citoyenne en Haïti.

Une vie engagée pour la justice, l’éducation, la démocratie et la souveraineté

Quatre ans déjà que Méhu Milius Garçon nous a quittés. Dans l’exercice du devoir de mémoire et dans la construction exigeante de notre histoire collective, nous honorons la trajectoire d’un homme debout, combattant, militant révolutionnaire, intellectuel engagé et d’une rare cohérence. Son combat, entièrement voué au peuple, demeure un repère éthique majeur et une invitation pressante à poursuivre la lutte avec la même rigueur, la même fidélité et la même intransigeance envers les principes.

Certaines vies deviennent des témoignages, et certains engagements, des références. Méhu Milius Garçon fait partie de ces rares Haïtiens qui ont choisi de mettre leur savoir, leurs fonctions et leur sécurité personnelle entièrement au service du peuple.

Professeur d’université, avocat, professeur de littérature et de géographie, éducateur populaire, formateur de paysans, ancien parlementaire, membre du Conseil supérieur de la Cour des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), membre fondateur du parti régional de l’ESCANP, il fut un militant conséquent qui ne sépara jamais la parole de l’action.

Racines, formation et engagement militant exceptionnel

Natif d’Acul-du-Nord, Méhu Milius Garçon a grandi dans une réalité rurale marquée par de profondes inégalités sociales et par l’absence quasi totale de services de base. Cette expérience forgea très tôt sa conscience sociale et politique. Sa formation en littérature et en droit lui permit de former plusieurs générations de jeunes, de cadres et de militants à travers le pays.

Intellectuel organique dans un contexte où trop souvent les élites sont coupées des réalités populaires, Méhu n’a jamais utilisé son savoir comme un simple levier de carrière personnelle. Il l’a mis au service de la construction d’une pensée critique sur la société haïtienne, sur le rôle de l’État et sur la place centrale des masses populaires dans tout projet démocratique, en particulier les femmes en milieu rural. Dès ses premiers engagements, il croyait en l’éducation comme outil de libération, en la justice comme espace de réparation et d’égalité, et en l’organisation populaire — sous toutes ses formes — comme fondement d’une démocratie réelle.

Combat parlementaire pour la scolarisation universelle (1995–1996)

Au milieu des années 1990, dans un contexte politique dominé par le mouvement Lavalas et la présidence de Jean-Bertrand Aristide, Méhu Milius Garçon fut élu sénateur de la république après le retour à l’ordre constitutionnel en 1994.

Lors des débats sur le budget national 1995–1996, il marqua l’histoire en constituant, au Parlement, un groupe majoritaire adoptant une position courageuse et fondée sur le principe.

Il défendit avec fermeté le principe de la scolarisation universelle, exigeant que les ressources publiques servent directement à garantir à tous les enfants haïtiens l’accès à une éducation de qualité, conformément à l’esprit et à la lettre de la Constitution de 1987.

Il refusa que les fonds destinés à l’éducation soient instrumentalisés à des fins partisanes, y compris lorsque ces pratiques émanaient du camp politique majoritaire dont il était issu.

En rompant avec la logique de discipline partisane et en privilégiant l’intérêt général à la loyauté de camp, Méhu Milius Garçon s’exposa à de fortes tensions au sein même de l’appareil du pouvoir. Cette position éthique et indépendante accrut son isolement politique, à une époque où toute voix critique était de plus en plus perçue comme une menace.

Une tentative d’assassinat politique

C’est dans ce climat de crispation politique que Méhu Milius Garçon survécut à une tentative d’assassinat sur la Route nationale, dans la zone de Cité Soleil. Lors de cette attaque, son agent de sécurité, Charles Obas, perdit la vie. Cet acte demeure l’une des premières grandes tentatives d’élimination politique de l’après-1994, annonçant une longue série d’assassinats ciblés et de répressions systématiques.

Loin de le faire reculer, cette violence ne fit que renforcer sa détermination. Méhu savait que défendre l’intérêt populaire n’est jamais sans coût, et il considérait ce sacrifice comme une exigence morale devant l’histoire

Justice alternative, mouvement populaire et communication engagée

Parallèlement à son combat institutionnel à la Cour des comptes, Méhu Milius Garçon, avec ses collègues, s’engagea à faire toute la lumière sur le dossier PetroCaribe.

Professeur et éducateur populaire, il contribua activement à la formation paysanne et à la réflexion sur la justice alternative, notamment aux côtés du père Freud Jean , du père Jean-Marie Vincent et de l’avocat Max Antoine, ancien ministre de la Justice, dans le cadre du Plaidoyer et Programme pour une alternative à la justice (PAJ).

L’objectif était de rompre avec une justice élitiste et répressive pour promouvoir une justice ancrée dans les réalités communautaires et respectueuse des droits humains, en particulier ceux des paysans.

Militant exceptionnel, il fut membre fondateur de l’Alliance nationale des organisations populaires (ANOP) et joua un rôle déterminant dans la structuration et l’orientation de l’ANOP/Nord en tant que conseiller et formateur.

Il fut également cofondateur et soutien financier du projet Radio Révolte entre 2019 et 2020, un outil médiatique communautaire engagé destiné à porter la voix des sans-voix, à préserver la mémoire des luttes populaires et à construire une conscience politique collective.

Pour Méhu, le micro était un espace de résistance, au même titre que le Parlement, le tribunal, les cercles de formation populaire, la cour et le péristyle.

Engagement jusqu’au dernier souffle

Dans les derniers moments de sa vie, malgré le diabète qui affaiblissait gravement sa santé, Méhu Milius Garçon resta pleinement engagé. Il travaillait avec plusieurs secteurs organisés, et en particulier avec l’équipe de Radio Révolte, à l’élaboration d’une stratégie visant à mettre en place la Haute Cour constitutionnelle d’Haïti, conformément à la Constitution de 1987 — une nouvelle tentative pour renforcer les institutions, l’État de droit, la démocratie et la souveraineté nationale. C’est au cœur même de ces réflexions et de cette planification qu’il nous a quittés. Le vendredi 25 décembre 2021, Méhu Milius Garçon est décédé dans un hôpital aux États-Unis, à l’âge de 71 ans.

Héritage
Il laisse derrière lui bien plus que des titres et des fonctions. Il laisse :
  • Une éthique de combat et de responsabilité ;

  • Une vision d’un État redevable devant le peuple ;

  • Une lutte sans compromis pour l’éducation, la justice et la dignité humaine.

Alors qu’Haïti traverse aujourd’hui l’une des plus graves crises de son histoire, la mémoire et la voix de Méhu Milius Garçon ne relèvent pas de la nostalgie. Elles constituent un appel à l’engagement, à la cohérence et à la fidélité aux principes, même lorsque cela expose à la violence politique.

Méhu Milius Garçon ne meurt pas dans la lutte.

Il circule dans chaque sursaut de dignité, dans chaque refus du silence, dans chaque bras qui se lève contre le détournement des fonds publics. Il vit dans chaque combat pour une éducation ouverte à tous et dans chaque voix de Radio Révolte qui, envers et contre tout, continue de dire la vérité.

Honneur, respect et reconnaissance à ce grand camarade, ce pilier : Méhu Milius Garçon. Lorsque la nuit s’étire et semble vouloir engloutir l’horizon, il demeure cette certitude têtue : le jour finit toujours par renaître.

Au nom de Méhu Milius Garçon et de tous les combattants et combattantes conséquents tombés pour la liberté, la lutte continue pour une autre Haïti. Méhu Garçon s’éteint à l’âge de soixante et onze ans, mais naît en même temps un modèle de principes et d’inspiration : celui de l’humaniste révolutionnaire qui, durablement, nous rappelle le sens de notre engagement et l’exigence de donner le meilleur de nous-mêmes dans la lutte pour l’émancipation des opprimés.

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