Haïti : Quand la Cour de cassation devient la Cour de l’impunité
- Renouvo Demokratik
- il y a 1 jour
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26 ans de silence d’État autour de l’assassinat de Jean-Dominique
Par: Jacques Charlemagne.
Le 3 avril 2000, à 6 h 05 du matin, la République a été frappée en plein cœur. Dans la cour de Radio Haïti Inter, sur l’autoroute de Delmas, deux hommes sont tombés sous les balles de forces rétrogrades. Ces forces, véritables agents cancérigènes du changement démocratique et de l’État de droit en Haïti, ont assassiné Jean-Claude Louissaint, gardien de la station, et Jean Dominique, figure emblématique de la presse libre et indépendante haïtienne
Vingt-six ans plus tard, ce double assassinat demeure sans procès définitif. Vingt-six ans de lenteurs, de blocages et de silence judiciaire qui interrogent la conscience nationale.
Une justice sous tutelle ou complice ?
La question dépasse désormais le cadre d’un simple dossier criminel. Elle compromet la crédibilité même de l’appareil judiciaire. Comment la plus haute juridiction du pays, la Cour de cassation, peut-elle laisser un crime aussi emblématique sans décision définitive pendant plus d’un quart de siècle ?
Une démocratie ne meurt pas uniquement sous les balles. Elle s’effondre également lorsque ses institutions abandonnent leurs responsabilités. Une justice qui tarde trop finit par faire l’inverse de sa mission : elle renforce l’impunité.
Un dossier marqué par le sang et l’effacement des preuves
L’histoire judiciaire de cette affaire est un témoignage d’une obstruction systématique. Dès les premières étapes de l’enquête, la stratégie du silence a été déployée :
La disparition des preuves : Des tonnes de dossiers et de pièces de procédure se sont volatilisées dans les couloirs des tribunaux.
L’élimination des témoins : Des témoins clés ont disparu, physiquement supprimés, afin de garantir le silence des morts.
La pression sur les magistrats : Les juges chargés du dossier ont subi de constantes intimidations. Le juge d’instruction Claudy Gassant, qui avait courageusement repris l’enquête, est mort de manière opaque en République dominicaine en 2021. Pour beaucoup d'Haïtiens, les circonstances de son décès restent troublantes et portent la marque des dossiers que l'on veut clore par la force.
L’ordonnance Dabrésil : le verrou politique
Malgré les obstacles, le juge d’instruction Yvickel Dabrésil a osé briser l’omertà. Dans son ordonnance, il a désigné sans ambiguïté les responsables : des personnalités proches de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide et des cadres du parti Fanmi Lavalas.
C’est précisément ici que la machine judiciaire s'est figée. Depuis que les noms de ce secteur puissant ont été cités, la Cour de cassation s'est transformée en un mur infranchissable. Au moment du crime, les principaux leviers de l’État étaient sous le contrôle de la mouvance Lavalas. Pourquoi ce dossier n’a-t-il jamais abouti malgré cette concentration de pouvoir ? En refusant de donner suite à cette ordonnance, la Cour de cassation ne se comporte plus en arbitre, mais en bouclier de l'impunité.
L’impunité comme matrice de l’insécurité
En Haïti, l’absence de justice depuis des décennies envoie un message clair : un crime politique peut rester impuni s'il est commis par les bonnes personnes. Cette impunité, devenue une méthode de gestion politique, alimente l’insécurité qui ravage le pays.
Appel à la conscience nationale : briser le silence des forces vives
À chaque dossier enterré par la Cour de cassation, notre indifférence renforce l’injustice. Une nation qui s’habitue au silence finit par s’habituer à l’injustice. Mais ce silence n'est pas seulement celui des juges ; il est aussi celui d'une société civile et d'organisations de défense des droits humains trop souvent atones.
Où est la mobilisation constante autour de cette affaire ? Lorsque la société civile se tait, l’impunité avance. Lorsque les consciences hésitent, la justice recule. Nous ne pouvons plus détourner le regard. Le jour où la violence frappera à notre porte, il n’y aura peut-être plus personne pour se lever et crier : «Non à l’impunité».
Justice pour la République
Jean Dominique a consacré sa vie à dénoncer les dérives totalitaires et la dilapidation des caisses de l’État. On a tenté de faire taire cette conscience nationale, mais une conscience éveillée ne s’éteint pas sous les balles.
Aujourd’hui, il ne suffit plus de constater l’injustice. Il faut agir. La société civile doit exiger que la Cour de cassation cesse d'être le sanctuaire de l'impunité.
Justice pour Jean-Dominique, Jean-Claude Louissaint et toutes les victimes du silence d'État. C’est le signal indispensable que personne n’est au-dessus de la loi. La mémoire résiste. La vérité persiste. Et la lutte continue. Ensemble, nous pouvons briser le cycle de l’impunité.
Haïti : 26 ans d'impunité
Le 3 avril 2000, ils sont tombés pour la liberté de la presse. Vingt-six ans plus tard, les assassins sont toujours dans la ville, protégés par la complicité de la plus haute instance judiciaire du pays. La Cour de cassation a choisi son camp : celui de l'impunité. À quand la prochaine victime ?









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