7 février 2026 : Le crépuscule du populisme haïtien
- Renouvo Demokratik
- il y a 21 heures
- 3 min de lecture
Par : Alain Zéphyr, sociologue et
membre du Renouveau Démocratique.
Le 7 février 2026 marque moins une date qu’un verdict. Un demi‑siècle de populisme haïtien arrive à bout de souffle, épuisé par ses propres contradictions, démasqué par l’effondrement institutionnel qu’il a lui‑même nourri. Ce crépuscule n’est pas soudain : il est le résultat d’une longue succession d’échecs retentissants, d’illusions entretenues et de promesses trahies.
Un demi‑siècle d’échecs retentissants
Depuis les Duvalier, les leaders charismatiques haïtiens ont confisqué la souveraineté populaire au lieu de la servir. Ils ont privé les citoyens de leur droit inaliénable à l’autogestion, substituant à la participation démocratique une mise en scène permanente du pouvoir. Les populistes ont modifié constitutions, institutions et systèmes électoraux, mais jamais les structures sociales qui perpétuent l’exclusion. Ils ont changé les formes, jamais les fondements.
En s’appropriant la démocratie au lieu de la consolider, ils ont multiplié les crises et précipité Haïti dans un gouffre institutionnel où prospèrent ceux qui cherchent à remplacer la souveraineté nationale par la tutelle ou le chaos.
Leur maigre bilan met à nu une vérité brutale : le populisme haïtien n’a jamais eu pour horizon la transformation sociale, mais la reconfiguration du pouvoir à son seul bénéfice.
Le grand paradoxe : un peuple qui veut avancer, des populistes qui le retiennent
Les crises économique, sociale et politique qui s’enchevêtrent trouvent leur origine dans un paradoxe devenu insoutenable. Le peuple haïtien réclame participation, décentralisation, justice, sécurité, production nationale, démocratie réelle. Les populistes, eux, s’acharnent à renforcer la république de Port‑au‑Prince, à encourager la contrebande, à consolider un présidentialisme qui a échoué depuis deux siècles, à maintenir un système social inégalitaire, à instrumentaliser les gangs armés, à solliciter l’ingérence étrangère.
À chaque aspiration populaire correspond une manœuvre populiste qui la contredit. À chaque revendication citoyenne répond une stratégie de confiscation.
Leurs actions ont, dès lors, réduit à néant l’idéal de liberté et d’auto‑gouvernement légué par nos fondateurs, ainsi que le pacte moral qui, depuis 1804, lie l’État au peuple. Ce faisant, ils ont accompli l’un des plus graves reniements de notre héritage républicain.
Le théâtre de l’absurde politique
Depuis cinquante ans, les populistes ont transformé la politique haitienne en un théâtre de l’absurde. Ils flattent les instincts les plus bas pour conquérir le pouvoir, puis trahissent ceux qu’ils prétendaient défendre. Ils dénoncent les élites pour mieux devenir une élite prédatrice. Ils instrumentalisent le peuple pour mieux l’effacer.
Ils invoquent sans relâche les héros de l’indépendance dont ils se proclament les héritiers, mais leurs pratiques contredisent radicalement cet héritage. Ceux qui brandissent Dessalines comme un étendard sont les mêmes qui, dans les faits, ouvrent la voie à l’intervention étrangère. En trois décennies, ils ont provoqué et parfois explicitement sollicité pas moins de trois interventions qui ont réduit la souveraineté nationale à une fiction. Ce qu’il en subsiste n’est plus qu’un simulacre : l’exercice méthodique de sa propre négation.

Aujourd’hui, les gangs armés, nourris par l’impunité, instrumentalisés par les dirigeants et tolérés par la communauté internationale, se sont approprié la rhétorique anti‑élite du populisme. En reprenant ce discours à leur compte, ils ôtent aux dirigeants leur ultime ressource stratégique et rendent manifeste l’agonie systémique d’un modèle politique désormais exsangue.
Si Roger Gaillard était encore parmi nous, il chroniquerait avec précision l’effondrement de cette république populiste, rongée par ses propres monstres.
Le crépuscule d’un modèle
La saga des désillusions accumulées au fil d’un demi‑siècle se déploie aujourd’hui avec une limpidité implacable. Le populisme haïtien, pour reprendre les mots de Laurent Jalabert, n’a produit qu’« un populisme de misère, indigne d’un peuple digne ». Ce modèle touche à sa fin, non par la volonté de ses artisans, mais par l’épuisement de ses mensonges.
Le crépuscule du populisme n’est pas une fin en soi. Il ouvre un espace. Il appelle les progressistes, les patriotes, les bâtisseurs à imaginer autre chose : une société libre, juste, décentralisée, productive, égalitaire, souveraine. Une société où chacun dispose des mêmes chances de contribuer et de réussir. Une société qui rompt enfin avec la routine du désastre.
C’est dans cette perspective qu’au‑delà de ceux qui cherchent à imposer à la volonté populaire une logique de domination et de dépendance, le 7 février 2026 marque un tournant. C’est le moment où un pays meurtri, mais toujours debout, peut choisir de sortir de l’ombre d’un demi‑siècle de populisme pour entrer dans la lumière d’un véritable projet national.









