26 Grenadiers, une nation debout : Haïti de retour au Mondial après 52 ans d'absence
- Renouvo Demokratik
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Par : Thierry Antoine Michel.-
Le sélectionneur national Sébastien Migné a dévoilé sa liste de vingt‑six (26) joueurs pour la Coupe du monde nord‑américaine de cet été, marquant la deuxième participation d’Haïti au tournoi planétaire depuis 1974.
Une campagne presque sans faute
Haïti sort d’une campagne de qualification âpre et exigeante. Peu d’équipes nationales au monde auraient pu surmonter de telles conditions. Les Grenadiers ont arraché l’unique billet de leur groupe pour rejoindre la phase finale du Mondial nord‑américain. Chaque point comptait pour leur survie, rendant leur parcours encore plus impressionnant.
En raison de la violence persistante et de l’instabilité politique paralysant le pays, aucun match à domicile n’a pu être disputé. La sélection a donc dû se construire loin de son public, de son territoire et de ses repères. Pourtant, elle a tenu bon. Elle a avancé. Elle s’est qualifiée.
Une équipe à la croisée des générations
Sébastien Migné dispose désormais de son groupe de vingt-six joueurs : ceux qui ont survécu aux heures les plus sombres, et ceux qui arrivent pour bâtir. Ensemble, ils forment une sélection à la croisée de deux générations, unie par une ambition commune et indéfectible : inscrire Haïti dans un nouveau chapitre de l'histoire du football mondial.

Au cœur de cette continuité, Johny Placide, Ricardo Adé, Carlens Arcus, tout juste revenu de blessure, ainsi que Derrick Etienne Jr et Duckens Nazon forment la colonne vertébrale historique de l’équipe. Depuis plus d’une décennie, ils portent le bleu et le rouge, soutenant la sélection à travers ses cycles, ses épreuves et ses renaissances successives. Leur trajectoire atteint aujourd’hui son point culminant, avec une participation au plus grand rendez‑vous du football mondial.
Ce noyau d’expérience concentre non seulement la mémoire de la sélection, mais aussi la conscience qui la guide. Et autour d'eux, la jeunesse vient injecter de la vitesse, de l'audace et de l'insouciance, ce mélange rare qui peut faire basculer un tournoi.
Un trio qui redessine l’équilibre des Grenadiers
Parmi les nouveaux visages, deux milieux se distinguent avec force : Jean‑Ricner Bellegarde (Wolverhampton), dont l’impact s’est révélé déterminant, et Josué Casimir (Auxerre), pièce essentielle tout au long de la campagne de qualification. Leur présence apporte de la précision, du volume et de la maturité à un secteur clé du jeu haïtien.
En attaque, Wilson Isidor (Sunderland) s’est imposé comme une option crédible et dynamique, inscrivant un but lors des deux derniers matchs amicaux des Grenadiers. Une contribution modeste en chiffres, mais lourde de sens dans la construction offensive de l’équipe.
La trajectoire rare de Sainté
Du côté des jeunes talents, Carl Fred Sainté occupe une place singulière. Avec cette convocation, il devient le premier footballeur haïtien à participer à deux phases finales de la Coupe du monde dans deux catégories différentes. Natif de Grand‑Goâve, il fut l’un des piliers de la sélection U17 lors du Mondial FIFA 2019 au Brésil. Désormais, il s’apprête à fouler la scène du Mondial nord‑américain qui s’ouvre le 11 juin prochain.

En conférence de presse, Migné a présenté le joueur formé à l’Académie Grand‑Goâvienne des Espoirs du Football (AGEFOOT) comme un élément rare, capable d’évoluer aussi bien au milieu qu’en défense centrale.
Une polyvalence qui, dans un tournoi de cette envergure, vaut autant qu’un talent brut.
Nouveaux Visages et Espoirs Tardifs
Après les intégrations de Jean‑Ricner Bellegarde et Wilson Isidor lors des qualifications et des derniers matchs amicaux, une partie du public haïtien espérait encore d’autres renforts.
Le nom le plus attendu était celui d’Odsonne Édouard, l’attaquant du RC Lens, dont la venue aurait constitué un tournant symbolique. Mais pour l’heure, le joueur de 28 ans n’a toujours pas endossé le maillot national, un silence persistant qui prolonge l’attente et alimente les doutes.
À l’inverse, deux nouveaux visages ont rejoint la sélection dans les ultimes instants, comme des passagers embarqués juste avant la fermeture des portes.
Dominique Simon, milieu de terrain du FC Tatran Prešov (Slovaquie), arrive avec le profil d’un joueur capable d’apporter de la créativité, de la mobilité et de la respiration au cœur du jeu bleu et rouge. Son intégration tardive n’enlève rien à l’importance de son rôle potentiel : celui d’un liant, d’un accélérateur, d’un homme de transition.
Puis vient Lenny Joseph, auteur de sept buts et de deux passes décisives en vingt‑cinq apparitions sous les couleurs du Ferencváros (Hongrie). Un attaquant en pleine maturité, sérieux prétendant à une place dans le secteur offensif, où la concurrence devient enfin réelle, presque féconde.
Un peuple qui hisse ses Grenadiers plus haut que sa douleur
Une chose est certaine : Haïti ne se rendra pas en Amérique du Nord en tant que victime expiatoire. Ce groupe de vingt-six joueurs n'est pas une délégation de circonstance. C'est une nation qui se lève, se rassemble et avance, malgré les fractures, malgré les cicatrices. Le peuple haïtien croit en ses Grenadiers avec une foi profonde et inébranlable. Et dans un contexte aussi éprouvant, cette foi collective vaut déjà une première victoire, avant même que le coup d'envoi ne soit donné.









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