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- Haïti : L'idéal Révolutionnaire de Jean-Jacques Dessalines, la Trahison des Élites
Par : Hugue Celestin* Le 5 Décembre 1492, des étrangers espagnols accompagnés de Christophe Colomb ont foulé le sol Ayiti, Quisqueya ou Bohio. En moins de 15 ans, ils ont organisé l'extermination de la population autochtone, ce fut un pire génocide. Encouragé par un prêtre catholique, Las Casas ; le roi Charles Quint en 1517 a entraîné l'humanité dans une aventure sinistre. Il autorisa l'importation de 15000 nègres robustes d'Afrique pour les mettre en esclavage à Hispaniola qui va devenir St Domingue, la traite des esclaves dans le monde et l'esclavage dans le nouveau continent a débuté. À l'aube de la colonisation, jusqu'à la période révolutionnaire ; la résistance à la dureté du système et les châtiments auxquels sont soumis les exploités ont fait émerger beaucoup de leaders et des individus qui prennent des initiatives variées pour défier l'ordre établi. Il a fallu attendre plus de deux siècles pour que le soulèvement général des esclaves embrase la colonie le 24 Août 1791, un mouvement structuré, conduit par Boukman. Dans ce tumulte pré révolutionnaire, les luttes engagées débouchent sur la période héroïque de libération nationale. À cette phase, Jean Jacques Dessalines prit les rênes du mouvement après la capture de Toussaint Louverture en 1802, pour débarrasser Saint Domingue des vestiges coloniaux. Figure révolutionnaire emblématique dans l'histoire des luttes contre l'esclavage et le colonialisme, Jean Jacques Dessalines est né esclave en Haïti (alors Saint-Domingue). Après la bataille de Verrières, le 18 novembre 1803, qui vit la défaite définitive des troupes napoléoniennes, il proclame l'indépendance le ler janvier 1804. Il édicta également que la République d'Haïti devait être le refuge de tous les peuples opprimés par l'esclavage et le colonialisme. Ce fut la première nation au monde à naître d'une révolte d'esclaves, et la seule à avoir mené cette révolte à une indépendance absolue. Ceci a valu à Dessalines le titre de « père fondateur » de la nation haïtienne. Convaincu que l'indépendance politique ne pouvait se concrétiser sans une véritable autonomie économique, Dessalines a mis en œuvre une politique agraire, faisant de l'Etat l'unique propriétaire des terres issues des grandes plantations coloniales que seul le nouvel Etat peut garantir. Cette mesure permettait à tous d'accéder équitablement à la terre et favorisait leur exploitation en assurant une économie auto-suffisante et inclusive. Mais, elle se heurta à l'opposition des élites créoles qui cherchaient à maintenir leur domination. Dessalines, consolidait un État militaire fort, une nation libre de toute ingérence, des forces impérialistes de l'époque. Ces décisions étaient nécessaires pour protéger les acquis de la révolution et maintenir la souveraineté du pays. En agissant ainsi, il posait les jalons d'un projet national, dont l'idéal se construit sur ces trois principaux piliers : 1- Libération sans concession de la colonie. Toussaint Louverture, cherchait à négocier une certaine autonomie au sein de l'Empire français. Quant à Jean-Jacques Dessalines, il incarnait la rupture radicale avec le système colonial et esclavagiste qui dominait Saint-Domingue. Sa vision de la libération allait bien au-delà d'une émancipation physique des esclaves : elle consistait à éradiquer toute forme de domination blanche sur la population noire et affranchie de l'île. L'objectif de Dessalines consistait à libérer tous ceux jadis opprimés de toute forme de domination, tant politique qu'économique, au péril de sa vie. Son discours reflétait une détermination inébranlable : « Si nous ne nous vengeons pas de nos oppresseurs, nous ne méritons pas de jouir de la liberté. »? Dessalines promulgue ainsi l'acte fondateur du nouvel État en disant : « Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes. »' Cette déclaration illustre sa détermination à ne jamais permettre que l'île redevienne une colonie. 2- La justice sociale. La révolution menée par Dessalines signifie une refonte sociale en profondeur, fondée sur l'égalité entre tous les citoyens de la nouvelle société, quelle que soit leur couleur ou leur origine. En effet, bien que Dessalines soit souvent perçu par ses détracteurs comme un chef militaire brutal, mais ils doivent admettre que Dessalines portait une vision profondément égalitaire pour l'organisation de la société haïtienne post-coloniale. Pour lui, il était essentiel que ceux qui avaient été esclaves puissent non seulement être libres, mais également avoir accès aux ressources économiques, notamment à la terre. Dans son célèbre discours de 1804, Dessalines mettait tous en garde contre la reconstitution des hiérarchies raciales qui pourraient réintroduire des inégalités dans la société haïtienne. Cette vision de justice sociale impliquait une répartition ou chaque individu pourrait subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, en rupture totale avec le modèle esclavagiste où une minorité profitait de l'exploitation de la majorité. 3- La souveraineté nationale. Enfin, Dessalines croyait que la survie d'Haïti dépendait de son indépendance complète, sa vision résidait dans la défense inébranlable de la souveraineté du pays. Dans l'acte de proclamation de l'indépendance, il déclare que « les Haïtiens ne signeront jamais leur propre honte ». Il est crucial de noter que Dessalines voyait la souveraineté nationale comme étant indissociable de la justice économique et sociale. Il répétait qu'un peuple qui n'est pas maître de ses ressources ou de ses décisions politiques ne peut être véritablement libre. Dessalines avait également une conscience aigüe des menaces extérieures pesant sur la nouvelle république, notamment de la France et des autres puissances coloniales européennes. Par conséquent, il adopte une politique de fermeté à l'égard des nations étrangères, refusant tout compromis qui pourrait remettre en cause l'indépendance d'Haïti. Cette position intransigeante a non seulement permis de consolider la liberté de l'île, mais elle a également inspiré d'autres mouvements anticoloniaux à travers le monde. *Membre de Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) Membre de Inisyativ Patriyot Maryen (IPAM) Membre de Efò ak Solidarite poukonstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP)
- La Démocratie en Otage : Déconstruire le Mythe du Pouvoir Absolu en Haïti
Par Yves Pierre, Politologue. "Des têtes vont tomber". Cette déclaration troublante, prononcée par Leslie Voltaire, alors conseiller-président et aujourd'hui président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), résonne comme un sinistre présage dans les couloirs du pouvoir haïtien. Loin d'être l'expression d'une simple frustration passagère, elle est le reflet alarmant d'une mentalité profondément ancrée au plus haut niveau de l'État. Que l'auteur de tels propos soit maintenant à la tête de l'organe censé guider la transition démocratique du pays illustre de manière frappante la crise de gouvernance qui paralyse Haïti. Ces mots sont le symptôme d'un mal profond qui ronge notre nation depuis sa naissance: une conception du pouvoir ancrée dans l'autoritarisme et le culte de la personnalité. En Haïti, le leader politique s'est longtemps vu comme un 'papa bon kè', détenteur d'un pouvoir quasi absolu, plutôt que comme un serviteur du peuple et des institutions démocratiques. Cette rhétorique de purge politique, émanant du sommet même du pouvoir transitoire, révèle la persistance d'une vision autoritaire et vindicative du leadership. Elle témoigne d'un cycle vicieux où chaque nouvelle administration semble plus préoccupée par l'élimination de ses adversaires que par la construction d'un avenir stable et prospère pour la nation. Cette mentalité, aux antipodes de l'idéal démocratique, persiste malgré les efforts de la Constitution de 1987 pour instaurer un équilibre des pouvoirs. Alors que le pays s'enfonce chaque jour davantage dans le chaos, ses dirigeants, tels des augures aveugles, se déchirent sur l'autel de leurs ambitions personnelles et/ou de clans. Pendant ce temps, l'Artibonite pleure ses morts, victimes de massacres perpétrés par des gangs armés. Les villes de l'Arcahaie et de Léogâne vivent dans la terreur, tandis que Port-au-Prince, autrefois rehaussée au rang de phare des Caraïbes lors de l'Exposition du Bicentenaire, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Cette ville, qui incarnait la fierté et les espoirs d'une nation tout entière, résonne aujourd'hui des cris de désespoir d'un peuple abandonné. Face à ce tableau sombre, une question s'impose : comment Haïti peut-il se libérer non seulement de l'étau de ses crises actuelles, mais aussi du carcan de sa conception archaïque du pouvoir? Comment briser ce cycle infernal où chaque « nouveau départ » n'est qu'un retour déguisé aux vieilles pratiques ? L'Art de la Régression Politique En Haïti, le président a longtemps été perçu comme le "papa bon kè", détenteur d'un pouvoir quasi absolu. Cette vision, aux antipodes de l'idéal démocratique, persiste malgré les efforts de la Constitution de 1987 pour instaurer un équilibre des pouvoirs. Le résultat ? Une classe politique incapable d'embrasser pleinement les principes de partage du pouvoir et de gouvernance collaborative. Pendant que les élites se déchirent pour le contrôle d'un pouvoir qu'elles conçoivent encore comme monolithique, le pays s'enfonce dans le chaos. L'Artibonite pleure ses morts, victimes de massacres perpétrés par des gangs armés. Arcahaie et Léogâne vivent dans la terreur, tandis que Port-au-Prince résonne des cris de désespoir d'un peuple abandonné. Sur la scène internationale, le spectacle n'est guère plus reluisant. Les États-Unis, dans une danse diplomatique macabre, tentent de transformer une mission multinationale en panne en intervention sous mandat de l'ONU. Cette dernière, dans un réflexe d'auto-préservation ou de lucidité tardive, oppose un refus constant. Pendant ce temps, le Kenya et d'autres pays potentiellement "amis" hésitent, laissant Haïti suspendu dans un limbe d'incertitude et de violence. Réinventer la Démocratie pour Surmonter la Crise du Pouvoir Face à ce tableau sombre, une question s'impose : comment Haïti peut-il se libérer non seulement de l'étau de ses crises actuelles, mais aussi du carcan de sa conception archaïque du pouvoir ? La réponse réside dans une refondation profonde de notre compréhension et de notre pratique de la démocratie. Un vieux proverbe mandingue nous rappelle que : "Ce sont deux personnes intelligentes qui peuvent jongler avec des œufs sans qu'ils se cassent." Cette sagesse ancestrale illustre parfaitement le défi qui se pose à nous, Haïtiens. Notre démocratie est fragile comme un œuf, et sa manipulation requiert une intelligence collective, une délicatesse et une coordination que nous avons trop souvent négligées. Nos leaders politiques, nos citoyens et notre diaspora doivent apprendre à "jongler" ensemble, à partager le pouvoir et les responsabilités sans briser le fragile équilibre de notre nation. C'est dans cet esprit de collaboration intelligente et respectueuse que nous devons aborder les réformes nécessaires pour surmonter notre crise du pouvoir. 1. Repenser l'Éducation Civique et Politique Nos écoles doivent devenir des incubateurs de citoyenneté active. Il est temps d'intégrer un programme robuste d'éducation civique dans nos curricula, de l'école primaire à l'université. Formons nos futurs leaders non pas à être des "chefs", mais des serviteurs de la nation. Créons une École Nationale d'Administration et de Politique Publique qui inculquera une conception éthique et démocratique du pouvoir. 2. Renforcer les Institutions, Pas les Personnalités Brisons le cycle du culte de la personnalité. Plutôt que de chercher à réviser une Constitution déjà bafouée, concentrons-nous sur son application effective. Exigeons une lecture fidèle et une mise en œuvre intégrale des principes de séparation des pouvoirs et de contrôle mutuel déjà inscrits dans notre loi fondamentale. Il est temps que nos institutions fonctionnent comme le prévoyaient les architectes de la Constitution de 1987, avec un réel équilibre des pouvoirs et des mécanismes de contrôle efficaces. Ce n'est pas d'un nouveau texte dont nous avons besoin, mais d'une nouvelle pratique politique qui respecte enfin l'esprit et la lettre de notre Constitution. Valorisons le service public en mettant en place un système de recrutement et de promotion basé sur le mérite. Décentralisons effectivement le pouvoir pour le rapprocher des citoyens. 3. Réconcilier Tradition et Modernité Explorons des modèles de gouvernance adaptés à notre réalité culturelle. Intégrons les formes traditionnelles de leadership et de résolution des conflits dans un système moderne. Promouvons un leadership collectif et participatif, s'inspirant de nos traditions de solidarité comme le "konbit". 4. Une Nouvelle Relation avec la Communauté Internationale Il est temps de redéfinir notre relation avec nos partenaires internationaux. Passons d'une dépendance passive à un partenariat actif. Développons une politique étrangère haïtienne claire, affirmant nos priorités nationales. Renforçons la coopération Sud-Sud pour apprendre des expériences d'autres pays en transition démocratique. En conclusion, la crise du pouvoir en Haïti n'est pas une fatalité. Elle est le produit de notre histoire, de nos choix collectifs, et de notre incapacité à rompre avec des schémas de pensée obsolètes. La vraie révolution haïtienne du 21e siècle ne se fera pas dans les rues ou les palais, mais dans nos esprits et nos cœurs. Il est temps de briser les chaînes mentales qui nous lient à une conception autoritaire du pouvoir. C'est en réinventant notre démocratie, en renouvelant notre citoyenneté, et en repensant notre relation au pouvoir que nous pourrons enfin sortir de ce cycle infernal de crises. Le chemin sera long et difficile, mais c'est le seul qui puisse nous mener vers un Haïti véritablement libre, démocratique et prospère. À nous de choisir : continuerons-nous à nous complaire dans la médiocrité politique qui nous a menés au bord du gouffre, ou oserons-nous enfin embrasser le changement radical dont notre nation a désespérément besoin ?
- Une Nouvelle Page... In Memoriam de Jean-Jacques Dessalines
Par : Michel Legros, Sitwayen pou Respè Konstitisyon. Haïtiennes, Haïtiens ! Dédions notre combat pour la dignité et la nouvelle indépendance d'Haïti à *CELUI* qui est tombé au Pont-Rouge, un 17 octobre. D'entrée de jeu, nous disons à tous ceux qui, résignés à vivre dans l'ignominie en attendant que l'Amérique vienne les sauver, d'espérer plutôt une mort indigne des filles et fils de ceux qui ont fait 1804. Si les Américains voulaient éliminer les gangs, certainement, ils n'auraient pas fait appel à une poignée de Kenyans qu'ils n'ont même pas pris la peine d'armer. Le désastre se poursuit, car de gros intérêts sont en jeu, jusqu'à ce que nous décidions d'y mettre un terme. L'importance de la MMS n'est pas dans sa capacité à combattre les gangs, mais à faire entrer des fonds au nom de ce supposé combat. Avec cette mission ridicule, en un semestre, 620 millions de dollars ont pu être collectés et disparaître. Une mission de paix offre de nombreuses possibilités d'enrichissement à ceux qui, comme Guterres et associés, gèrent son budget: Commissions sur l'octroi des contrats pour la logistique, le logement, l'alimentation et autres. Opportunités d'emploi pour les proches. Enfin, et non des moindres, possibilités de détournement de fonds. Ces quelques mots résument les causes fondamentales du chaos haïtien et les intérêts qu'elles servent. Les massacres à Source-Matelas, à Pont Sondé, les tueries à Saut d'Eau, à Gressier, les incendies à Carrefour-Feuille, les centaines de milliers de déplacés, les milliers de kidnappés, de femmes violées, les humiliations et la persécution en République Dominicaine ne sont que d'inévitables dommages collatéraux aux yeux des planificateurs de ce lucratif *haïtianicide*. Il est temps de faire clairement comprendre à cette prétendue Communauté Internationale que nous avons percé à jour ses manœuvres. *Périr en Haïti ou être humilié à l'étranger, voilà résumé le dilemme haïtien*. Alors, que faire? Il faut d'abord se débarrasser de cette présidence à neuf têtes, en réalité sans pieds ni tête, imposée par la CARICOM. Nous devons immédiatement mettre fin à cette mascarade et à ses simagrées insensées. Ces gardes-chiourmes qui pensent être au pouvoir doivent partir et, s'ils refusent d'entendre raison, nous allons les y contraindre, d'une manière ou d'une autre. Le peuple Haïtien se moque éperdument du conflit entre le CPT et l'actuelle primature, un conflit délétère qui détourne des véritables préoccupations nationales. C'est la première fois que nous assistons à pareille tragi-comédie : deux branches illégales d’un exécutif provisoire qui, au lieu de s'entendre pour essayer de se faire oublier, se chamaillent pour un pouvoir auquel elles n'ont aucun droit et semblent ignorer leur caractère transitoire ainsi que leur mission. Ce gaspillage ďun temps précieux est une circonstance aggravante à verser au dossier et une raison de plus pour se débarrasser au plus vite de ces irresponsables. Du Môle-Saint-Nicolas à Anse-à-Pitres, de Tiburon à Ouanaminthe, en passant par les Cayes, l'Anse-à Veau, Petit Goâve, Léogane, Jacmel, Carrefour, Port-au- Prince, Mirebalais, Hinche, Saint-Marc, Gonaïves, Limbé, Cap-Haitien, Grand Pré, il faut immédiatement monter des *Comités de Soulèvement* et à l'extérieur, particulièrement en Floride, en Géorgie, à New York, au Canada, en France, des *Comités de Soutien au Soulèvement*, pour que notre détermination s'étende bien au-delà des frontières. Nous sommes les héritiers de ces géants qui ont pour nom Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines. Ils nous ont légué un pays où nous devions être souverains et surtout libres. À une époque où l'esclavage était la norme, nous l'avons combattu et aboli. Ce pays martyrisé a été le premier État résolument et fondamentalement anti-esclavagiste, là où la négritude s'est mise debout pour la première fois, comme l'a dit Césaire. Tout esclave qui foulait cette terre devenait libre et Haïtien. Haïti est la mère de la liberté. Osons être dignes de cet héritage. La Police Nationale doit arrêter les usurpateurs, dont trois déjà sont en conflit avec la justice pour tentative de vol. Pendant combien de temps encore nos policiers accepteront-ils de garantir la sécurité de personnes ayant des démêlés avec la justice et de recevoir d'elles des instructions? Nous ne devons plus être perçus comme des « victimes » mais comme des acteurs à part entière de notre destin. La situation actuelle est le résultat d'une peur persistante du "Blanc" qui ne fait pas partie de notre héritage historique et culturel. Le moment est venu de renouer avec la dignité. Fini le temps des Charles Oscar. Ensemble, jusqu'à la victoire !
- Réinventer la Démocratie Pour Restaurer la Sécurité en Haïti
Par : Alain Zephyr, Sociologue. Nos comportements et nos attentes ont engendré, à tous les échelons de notre société, une culture "le bèf pou wa, savann pou wa" (le bœuf appartient au roi, la savane appartient au roi), qui se manifeste par une permissivité sans limites, symptôme indiscutable de notre crise sociétale. Cependant, aucun changement n'est envisageable sans une transformation de nos actions. Nos échecs peuvent se métamorphoser en opportunités d'apprentissage et de croissance, nous donnant la possibilité de nous adapter, de nous perfectionner et d'explorer de nouveaux chemins menant au succès. Transposée dans le domaine politique, source de nos désastres régressifs, cette préoccupation nous incite à nous interroger sur la manière de réinventer notre démocratie, confisquée par les gangs armés, la communauté internationale et une classe politique défaillante, pour surmonter la crise de sécurité. L'intégration de pratiques politiques innovantes et la revitalisation de la citoyenneté, tant en Haïti que dans sa diaspora, sont cruciales pour aborder cette question. L’art de la Décadence L'affaire de Woostha Louis, mieux connue sous le nom de Tata, illustre parfaitement le précepte bèf pou wa, savann pou wa" (Le bœuf appartient au roi, la savane appartient au roi), qui est prédominant. Cette femme de 48 ans a été arrêtée pour s'être faussement présentée comme policière depuis 1997, trompant ainsi les autorités et le public. Elle portait l'uniforme de la PNH et se faisait passer pour une inspectrice divisionnaire dans le but de mener des activités frauduleuses (Charles, 2024). Elle incarne un cas marquant de la corruption endémique et de la défaillance de nos mécanismes de contrôle. Ces exemples sont si nombreux que l’on s’y perd ! De façon similaire, depuis près de quatre ans, une durée qui correspond presque à un mandat présidentiel, Haïti et ses habitants subissent la brutalité constante des gangs armés, ce qui a des répercussions désastreuses sur les droits humains, le bien-être collectif et l'avenir des générations futures. Ces gangs commettent des viols, des destructions, des enlèvements et des meurtres en toute impunité. Depuis, le leitmotiv en Haïti est « kraze peyi li ye tonton », reflétant la liberté totale des gangs à régir nos vies avec leur brutalité sanglante et infernale, née d'une passion destructrice envers autrui, devenue désormais la norme. Notre inaction et le soutien actif de la communauté internationale sont les véritables fondements de la domination des gangs armés en Haïti. Comme je l'ai démontré dans mes deux articles précédents, de 1993 à aujourd'hui, la communauté internationale a lancé plusieurs missions de paix en Haïti dans le but de contribuer à la stabilisation et à la sécurité. Non seulement ces missions ont échoué, mais elles ont également engendré des résultats contre-productifs. Cela est manifeste à travers la violence des gangs et la crise sécuritaire actuelle qui s'ajoutent aux autres fléaux d'Haïti. Malgré cet échec, les autorités du pays continuent de dépendre de la communauté internationale pour répondre aux besoins de sécurité nationale (Zephyr, 2024a, 2024b). À la lumière des événements récents, il semble que nos politiciens aient du mal à se libérer de leur dépendance historique aux directives des proconsuls de la communauté internationale. Une approche strictement pragmatique les encouragerait à s'affranchir de cette tutelle, en particulier en raison de son inefficacité évidente jusqu' ici. De plus, les dirigeants ne possèdent aucun plan national pour faire face à la crise sécuritaire qui paralyse le pays depuis près de quatre ans. Les priorités du Conseil Présidentiel de Transition, accablé par ses divisions internes et ses scandales de corruption très médiatisés, paraissent divergentes. À la villa d'accueil, le Premier ministre se distingue davantage par ses slogans creux ("Nou pap fè bak", "Sekirite Kay pa Kay”) que par l'élaboration de stratégies concrètes et de réformes efficaces pour résoudre le problème. Le récent massacre perpétré à Pont-Sondé dans l'Artibonite, où des criminels affiliés au gang Gran Griff ont tué plus de soixante personnes, "Kay pa Kay", pour reprendre l'expression mordante d'une journaliste, met en lumière de manière tragique l'insouciance et l’inefficacité de ceux qui prétendent gouverner (Morland & Isaac, 2024) ; (Toussaint, 2024). Soumise aux exigences de la communauté internationale, la classe politique haïtienne, qu'elle soit au pouvoir ou dans l'opposition, paraît négliger les revendications de ses citoyens qui aspirent principalement à une meilleure sécurité et à une participation active dans la société pour devenir les auteurs de leur propre histoire. En revanche, la communauté internationale et les politiciens locaux se concentrent sur l'organisation d'élections susceptibles d'être compromises par la violence des gangs, ce qui empêcherait les citoyens haïtiens de prendre des décisions vitales pour leur avenir et de surmonter la crise. Cette contradiction risque d'engendrer des crises supplémentaires, car depuis la Révolution française de 1789, l’autorité tire sa légitimité du peuple. Aujourd'hui, la communauté internationale et les politiciens qui lui sont affiliés parlent, délibèrent et décident à la place du peuple haïtien, afin de servir au mieux leurs propres intérêts. Réinventer la Démocratie Pour surmonter la Crise de Sécurité Ces débandades reflètent la décadence de nos institutions, fruit de notre propension à compromettre plutôt qu'à améliorer ou perfectionner notre héritage collectif pour les générations futures. Leur influence délétère sur le tissu social constitue la base de la gravité et de l'étendue de notre crise sécuritaire et sociale. Dans "De l'éducation de la crise à la crise de l'éducation", Janil Louis Juste souligne que la crise est transitoire, un moment propice à la réflexion et au changement, qui permet de redéfinir et d'ajuster nos fondements (Louis-Juste, 2003). Albert Einstein semble être d'accord, notant que le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de pensée, mais que les problèmes qu'il engendre ne peuvent être résolus avec le même niveau de réflexion ( Einstein, as cited in Dyson, 2011). Notre avenir dépend donc de notre capacité à reconstruire le capital social au sein de nos familles, de nos écoles, de nos institutions et, plus largement, dans la société. Quelles en sont les implications pour les gouvernants, les gouvernés et la diaspora haïtienne ? L'innovation dans les Pratiques Politiques Les dirigeants politiques haïtiens sont confrontés au défi de mettre en place des pratiques politiques novatrices pour faire face à la crise de sécurité nationale. La culture politique prévalente les place souvent plus comme une partie du problème plutôt que de la solution. En effet, la classe politique haïtienne est en faillite, se complaisant uniquement dans la superficialité et le cynisme Il est impératif de développer de nouvelles compétences politiques qui contribueront à une gestion plus efficace des affaires publiques, indispensables pour dépasser la stagnation et l'impasse sécuritaire actuelles. Cette perspective implique un ensemble de mesures destinées à transformer l'action publique. Elle nécessite des dirigeants politiques affranchis de la domination de la communauté internationale, ce qui leur donnerait un contrôle réel sur les affaires nationales et la capacité de concevoir un plan de sécurité répondant aux attentes du peuple haïtien. Un tel plan est crucial, bien qu'il soit actuellement inexistant, pour lutter efficacement contre les gangs armés. De plus, au lieu de se tourner vers une propagande trompeuse, célébrant constamment de faux triomphes pour calmer leurs citoyens, nos dirigeants doivent communiquer de manière transparente avec les citoyens sur les efforts entrepris pour renforcer la sécurité nationale. Cette communication devrait détailler les actions menées, les avancées obtenues et les réformes à venir afin de préserver la confiance publique et la transparence des initiatives prises. En agissant ainsi, ils se montreront à la hauteur de la responsabilité et de la confiance placées en eux pour diriger le pays en ces temps troublés. De même, Il est capital que les dirigeants adoptent une gestion qui soit à la fois transparente et responsable. Ils doivent se conformer à des normes éthiques rigoureuses pour relever les défis engendrés par les scandales de corruption. La corruption mine les efforts de gouvernance et contribue à l'inefficacité des institutions publiques, notamment celles responsables de la sécurité. Elle détourne les ressources destinées aux services essentiels qui pourraient être allouées à la sécurité et érode la confiance du public envers les autorités. De plus, la corruption exacerbe les inégalités sociales déjà existantes, creusant davantage les écarts socio-économiques entre les populations, ce qui conduit à la violence et à l'instabilité. L’intégrité et la transparence sont, donc, fondamentales pour instaurer une gouvernance efficace de la sécurité publique. Ces modifications de l'action publique s'avèrent plus que jamais incontournables en Haïti. Le rétablissement de la sécurité présuppose une autonomie décisionnelle pour gérer la crise, une préparation adéquate, une communication efficace, ainsi qu'une gestion rationnelle et transparente des ressources publiques. Une Citoyenneté Renouvelée Les citoyens doivent jouer un rôle actif dans la gouvernance en tenant les responsables publics comptables de leurs actes, particulièrement en matière de sécurité publique. Cette pression peut se manifester de diverses manières, telles que la participation à des réunions publiques, l'engagement dans des groupes d'autodéfense, ou l'utilisation des médias sociaux pour la sensibilisation. En restant informés et proactifs, les citoyens peuvent promouvoir des politiques qui renforcent la sécurité et le bien-être communautaire, tout en assurant la transparence et la réactivité des responsables publics aux besoins de la population. Les victimes de violence doivent s'organiser et se mobiliser pour faire entendre leur voix et réclamer justice. La formation de réseaux de soutien et la collaboration peuvent considérablement aider à sensibiliser le public et les autorités face aux injustices endurées. En unissant leurs forces, les victimes peuvent échanger leurs histoires, se soutenir mutuellement et intensifier leur demande de réformes systémiques pour prévenir la violence et garantir une justice équitable et prompte. C'est grâce à la solidarité et à l'action collective que les victimes peuvent aspirer à un changement profond et persistant. Enfin, la diaspora haïtienne peut jouer un rôle déterminant dans la restauration de la sécurité en Haïti. Elle possède les compétences et les connaissances requises pour développer des stratégies de sécurité intégrées, combattre le terrorisme et les gangs, renforcer le contrôle frontalier et lutter contre les menaces transnationales comme le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée. Toutefois, pour optimiser son influence, il devient nécessaire que la diaspora s'organise autour d'une série de politiques et d'initiatives cohérentes, exploite efficacement l'engagement communautaire et les réseaux politiques, et mette en place des mécanismes pour intensifier son implication dans le renforcement de la démocratie et de la prospérité en Haïti. En conclusion, pour freiner la course folle d’Haïti vers l’abime et résoudre la crise sécuritaire, Il est de notre responsabilité de réinventer la démocratie nationale par une innovation des pratiques politiques et un renouveau de la citoyenneté. Cela permettrait de mettre l'accent sur la sécurité de millions de citoyens touchés par la violence des gangs et contribuerait à nos efforts pour reconstruire une Haïti basée sur la justice. Aujourd'hui, il est désolant de constater que nous allons à contre-courant. La communauté internationale et les décideurs locaux semblent favoriser la tenue d'élections factices contrôlées par les gangs, plutôt que de chercher à résoudre une crise sécuritaire qui perdure depuis quatre ans. Ce décalage illustre comment les solutions dictées par la communauté internationale vont à l'encontre des réelles aspirations du peuple haïtien pour la justice, la démocratie et le bien-être. Des élections de façade ne feront que prolonger l'impunité et la violence des gangs. La solution pour surmonter la crise sécuritaire de notre pays se trouve ailleurs. Elle repose principalement sur nos efforts collectifs pour libérer notre démocratie, prise en otage aussi bien par les gangs armés que par nos prétendus sauveurs. References Charles, D. (2024, Septembre 13). Arrestation de Woostha Louis, une fausse policière démasquée après 27 ans d’imposture. Juno7. Retrieved from https://www.juno7.ht/arrestation-woostha-louis-fausse-policiere-demasquee/ Dyson, F. (2011). The Ultimate Quotable Einstein. (A. Calaprice, Ed.) Princeton University Press. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/j.ctt7s22s.27. Louis-Juste, J. A. (2003). De la crise de l'education a l'education de la crise en Haiti. Port-au-Prince , Haiti: Les Presses Imprimeur II. Morland, S., & Isaac, H. (2024, October 5). Haitian gang slaughters at least 70 people as thousands flee. Retrieved from Reuters: https://www.reuters.com/world/americas/un-horrified-least-70-killed-haiti-gang-massacre-2024-10-04/ Toussaint, J. (2024, Octobre 4). Pont-Sondé : « Kay pa kay », les gangs tuent, défient l’autorité de Garry Conille et de Rameau Normil. Hebdo24. Retrieved from https://hebdo24.com/2024/10/04/actualite/pont-sonde-kay-pa-kay-les-gangs-tuent-defient-lautorite-de-garry-conille-et-de-rameau-normil/ Zephyr, A. (2024, September 9). L’échec de La Mission Internationale de Sécurité en Haïti : un Résultat Prévisible. Boukan News. Retrieved from https://boukannews.com/lechec-de-la-mission-internationale-de-securite-en-haiti-un-resultat-previsible/ Zephyr, A. (2024, Septembre 27). L'enjeu Réel d'une Mission de Maintien de la Paix en Haïti. Novavox. Retrieved from https://www.novavox.info/post/l-enjeu-r%C3%A9el-d-une-mission-de-maintien-de-la-paix-en-ha%C3%AFti
- Pont-Sondé : un symbole tragique de la faillite des dirigeants haïtiens
Par: NOVAVOX / NOTRE EDITORIAL. Les Haïtiens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, subissent les conséquences sévères de l'incompétence de leurs soi-disant leaders, ce qui exacerbe la crise profonde de la nation. Les Haïtiens sont traqués, maltraités et agressés partout où ils se trouvent. En Haïti, le récent massacre perpétré à Pont Sondé par le gang Gran Grif a entraîné la mort d'au moins 115 personnes et fait plus de 50 blessés. Cette attaque n'a pas seulement plongé des familles dans le deuil, mais a aussi forcé près de 6 300 personnes à fuir, plongeant le département de l'Artibonite, qui compte environ un million d'habitants, dans un état de choc et de désolation profonde. A Saint-Domingue, près de 11000 Haïtiens sont déportés chaque semaine. Les circonstances qui entourent ces expulsions massives sont extrêmement alarmantes, y compris des traitements inhumains, des extorsions, des actes de violence, et des détentions dans des conditions lamentables. Récemment, la Jamaïque a pris la décision de renvoyer un groupe de citoyens haïtiens qui étaient arrivés sur son territoire. Ces individus, au nombre de vingt-neuf, ont été jugés pour entrée illégale et ont comparu devant le tribunal paroissial de Portland. Ils ont été condamnés à une amende de 7 000 dollars ou à trois jours de travaux forcés chacun. Aux Etats- unis, les Haïtiens sont actuellement confrontés à une campagne raciste, alimentée par des fausses accusations véhiculées par certains politiciens de l’extrême droite américaine, y compris le candidat républicain Donald Trump. De nombreux immigrants haïtiens vivent dans l'angoisse d'une déportation massive qui les prive de sommeil. Parallèlement, ceux qui prétendent nous gouverner démontrent l'étendue de leurs talents et de leur imagination en s'adonnant à des spectacles grotesques qui ne mériteraient que notre mépris si ceux-ci n'avaient pas d'impact sur nos vies et celles des générations futures. À cet égard, il convient de souligner deux événements notables: la mission du Premier ministre aux Émirats Arabes Unis et l'accession de Leslie Voltaire à la présidence du Conseil Présidentiel de Transition. Deux jours après le massacre de Pont-Sondé, le premier ministre a pris l'avion pour les Émirats Arabes Unis et le Kenya. Il a indiqué qu'il cherchait à obtenir des policiers étrangers supplémentaires et du matériel pour renforcer la sécurité nationale. Ironie du sort, ce massacre survient dans un contexte marqué par l'échec de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) et l'absence d'un plan de sécurité nationale pour contrer les gangs armés et résoudre la crise de sécurité. Pont-Sondé est le symbole tragique de la faillite intellectuelle et politique de la classe dirigeante haïtienne, mettant en exergue la défaillance manifeste des autorités haïtiennes et leur inaction face à la violence des gangs ! Actuellement, les habitants de Léogâne et de l'Arcahaie sont en état d'alerte maximale en raison des menaces d'attaques de gangs. Alors que les dirigeants paraissent improviser sans apporter de solutions concrètes, les gangs étendent leur territoire, commettant des assassinats et semant le chaos. Au CPT, l'élection de Leslie Voltaire fait suite à une résolution approuvée par cinq membres du conseil visant à modifier la présidence tournante, y compris les trois conseillers impliqués dans un scandale de corruption. Écartés de la présidence tournante du CPT, ces conseillers sont devenus des faiseurs de rois, continuant à influencer les décisions cruciales du Conseil Présidentiel de transition. Le dédain pour les normes administratives et éthiques est absolu, reflétant l'effondrement moral de la classe politique en Haïti. Les promesses d'une transition radicale sont rapidement éclipsées. Les mobilisations récentes d'une nation entière exigeant la reddition des comptes ne sont plus qu'un souvenir distant. Il y a une précipitation à s'enrichir ou à s'emparer du pouvoir. Ces développements récents compromettent le pacte de gouvernabilité représenté par le CPT, ce qui pourrait compliquer la résolution de la crise multidimensionnelle du pays. Comme toujours, les alliances et mésalliances politiques se forment au détriment des exigences du peuple. Le CPT, en plus d'être le reflet d'un système de corruption étendu, est un véritable bastion d’inefficacité. Il fonctionne comme une machine à recycler, perpétuant les idées et les acteurs qui sont à la base de nos problèmes actuels. En résumé, les pratiques déplorables de cette classe politique, en faillite intellectuelle et morale, ne font qu'aggraver nos crises. Il est temps que les patriotes et progressistes haïtiens leur montrent la porte, pour le bien du pays et de ses citoyens qui réclament sans cesse un projet national capable de générer de l'emploi, de la production nationale, de la dignité et de la démocratie pour une Haïti souveraine.
- Entre Humiliations et Absurdités
Par : Michel Legros, Sitwayen pou Respè konstitisyon. Plus grave que l'accent grave, telle est notre situation. Il faut bien se rendre à l'évidence : jamais nous n'avons été autant en péril dans toute notre existence de peuple. Après la destruction programmée d'Haïti, c'est maintenant la chasse aux Haïtiens à l'extérieur. En République Dominicaine, avec Luis Abinader, le crime, se sentant protégé par le pouvoir, n'a plus peur de la loi et se montre au grand jour. La bestialité, la dépravation et le racisme anti-haïtien atteignent leur paroxysme. Qui n'a pas vu cette vidéo révoltante d'un homme en train d'être horriblement violé par deux autres, entouré de complices qui applaudissent et lancent des propos anti-haïtiens ? Qui n'a pas vu ces défilés de rue anti - haïtiens organisés un peu partout en République Dominicaine ou il ne manque que l'uniforme SA ? Luis Abinader, à bien des égards, révèle des similitudes troublantes avec un certain Adolf Hitler. Sa rhétorique teintée de haine évoque des pratiques caractéristiques du régime nazi. En promouvant des actes de violence et d'exclusion sous couvert de souveraineté nationale, en favorisant une xénophobie ciblée et la déshumanisation, il adopte la tactique des nazis, au mépris des valeurs fondamentales de respect et de dignité humaine. Aux États-Unis, l'affaire des Haïtiens accusés de manger des chiens et autres animaux de compagnie, mise en avant dans la campagne de Donald Trump, ravive les sentiments anti-Haïtiens, renforçant les stéréotypes et les préjugés contre cette communauté. Ces accusations ont entraîné une augmentation de la discrimination à notre égard. Parallèlement, lors d'une récente interview, Donald Trump, en réitérant sa menace de déportations massives, nous a particulièrement indexés. Pendant ce temps, l'administration Biden a mis fin à son propre programme d'immigration. Cette montée de la haine de l'étranger, que l'on retrouve un peu partout, a de quoi nous inquiéter. Nous savons déjà que la recherche du bouc émissaire est récurrente chez les hommes politiques incapables de relever certains défis. Nous en faisons les frais. Que devons-nous faire? Nous devons d'abord reconnaître que nous n'avons plus de temps à perdre avec des aberrations politiques telles que les histoires de CPT, un soi-disant Conseil Présidentiel rotatif composé de sept présidents votants, dont trois, disons-le en passant, doivent comparaître au cabinet d'instruction, et de deux présidents observateurs. Le ridicule est littéralement en train de nous détruire. Le moment est donc venu de mettre fin à cette farce qui ne fait plus rire, en rétablissant une présidence véritablement fonctionnelle. Au lieu de ces expérimentations hasardeuses, pourquoi ne pas revenir à une solution éprouvée en faisant appel, comme de coutume, à un juge de la Cour de cassation? Cette formule a toujours fonctionné. Ces comédiens doivent reconnaître que leur expérience a échoué. Mettre fin à cette absurdité est plus qu'une urgence, c'est un impératif historique. Sinon ce sera notre fin. Pendant que nos compatriotes sont arrêtés de manière arbitraire, détenus dans des conditions inhumaines et expulsés sans aucune considération pour leurs droits, leur sécurité et leur dignité, les gangs continuent de tuer, de mettre le pays à feu et à sang, chassant des populations entières qui n’ont plus d'endroit où aller. Nous ne pouvons tolérer que nos hommes et femmes politiques continuent de "bêtiser" dans la plus complète inconscience.
- Un gang en Haïti a tué plus de 20 personnes et en a blessé des dizaines après avoir attaqué une petite ville, selon un responsable
Des membres de gangs ont attaqué une petite ville du centre d'Haïti et tué plus de 20 personnes, dont des enfants, selon un groupe de défense des droits de l'homme. Par l'Associated Press 3 octobre 2024, PORT-AU-PRINCE, Haïti – Des membres de gangs ont attaqué une petite ville du centre d’Haïti tôt jeudi, tuant plus de 20 personnes, dont des enfants, selon un groupe de défense des droits de l’homme. Une cinquantaine de personnes ont été blessées lorsque le gang Grand Grif a incendié des maisons et des voitures dans la ville de Pont-Sondé, a déclaré Bertide Harace, porte-parole de la Commission de dialogue, de réconciliation et de sensibilisation pour la sauvegarde de l’Artibonite. « Beaucoup de gens ont fui et ont quitté la zone », a-t-elle déclaré à Radio Kiskeya. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux montre un groupe de personnes fuyant à travers les broussailles, avec une femme essoufflée qui dit : « Nulle part où aller. Nulle part où aller. » Dans une autre vidéo, des dizaines de personnes se mettent à courir dans une rue après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles le gang approchait. Harace et d’autres ont critiqué la police de la ville côtière voisine de Saint-Marc, affirmant qu’elle ne s’était pas mobilisée pour aider les personnes attaquées à Pont-Sondé. Venson François, un procureur du gouvernement basé à Saint-Marc, a qualifié l’attaque de « massacre » dans une interview à Radio Caraïbes. Des dizaines de personnes se sont rassemblées autour d'un hôpital de Saint-Marc où les blessés ont été transportés, un homme déclarant aux journalistes que les autorités locales ne font pas assez pour protéger les gens. L'attaque de Pont-Sondé a été imputée au gang Gran Grif. Il opère dans la région centrale de l'Artibonite et les experts le décrivent comme l'un des gangs les plus cruels d'Haïti. Il a pris le contrôle de davantage de territoire depuis 2022 sous la direction de Luckson Elan, qui a été sanctionné par le département du Trésor américain le mois dernier. En janvier 2023, le gang Gran Grif a été accusé d'avoir attaqué un commissariat de police à Liancourt, situé près de Pont-Sondé, et d'avoir tué au moins six policiers. Les violences déclenchées par le gang ont également entraîné la fermeture d'un hôpital en février 2023, qui dessert plus de 700 000 personnes. L'ancien député haïtien Prophane Victor, qui représentait le département de l'Artibonite, a commencé à armer des jeunes hommes qui ont fini par former le gang Grand Grif pour sécuriser son élection et son contrôle sur la région, selon un rapport de l'ONU. Les États-Unis ont également sanctionné Victor le mois dernier. Le gang compte environ 100 membres et est accusé de crimes tels que meurtres, viols, vols et enlèvements, selon le rapport. Si la plupart des violences des gangs se concentrent dans la capitale Port-au-Prince, elles se sont étendues ces dernières années à la région de l'Artibonite, où est produite une grande partie de la nourriture haïtienne. (Traduction : NOVAVOX)
- Une fois n'est pas coutume
Michel Legros, Sitwayen pou Respè Konstitisyon * Écrit le 10/09/2024, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Le "Blanc" a dans sa sacoche deux projets pour Haïti. Le premier vise à sa destruction, afin de légitimer une mission militaire de maintien de la paix coûteuse qui permettra à certains acteurs internationaux de s'enrichir. Nous y sommes déjà plongés : 300 millions de dollars ont été dépensés en un trimestre pour un effectif de 380 soldats, alors qu'il devait en compter 2 500, et la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MMS) est déjà à sec. Posons-nous la question: qu'ont-ils fait de cet argent ? En tout cas, Blinken veut encore renflouer les caisses avec 45 millions de plus qui partiront tout aussi vite en fumée. Que les misères d'Haïti sont rentables pour les requins ! Le second projet concerne les élections. Elles auront bel et bien lieu, qu'elles soient "chanpwèl", "pike kole" ou "bouyi vide", ainsi que nous désignons nos élections truquées ; peu importe au "Blanc". De toute façon, elles ne seront pas les premières de ce genre, mais, comme toujours, nous en subirons les conséquences pour les 15 ou 20 ans à venir, comme cela s'est produit depuis 1957. Si, face à cela, nous opposons une résistance passive faite de dénonciations stériles et d'abstentions – par exemple en ne désignant pas de représentants au Conseil Électoral Provisoire, dans le but de renverser ce Conseil Présidentiel de Transition pour le remplacer par une autre entité, même moins absurde – c'est que même les bénéficiaires n'ont pas compris les intérêts qui les ont placés au pouvoir, ni les raisons de la création de cet organe aujourd'hui décrié. La MMS en Haïti représente une étape cruciale dans la dynamique internationale concernant le pays. Le fait que les États-Unis et les Nations Unies envisagent de transformer la MMS en une mission de maintien de la paix relève d’une anticipation logique, non d’une surprise. Ce développement est la conséquence directe d'une série de manœuvres diplomatiques complexes, où la mission actuelle sert de tremplin pour une intervention plus substantielle sous l'égide de l'ONU. Cette tentative de transformation est une évolution attendue. António Guterres, secrétaire général de l'ONU, a bataillé pour une mission de maintien de la paix, mais le véto russe au Conseil de sécurité a limité les options disponibles. L'accord actuel, qui ne relève pas du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, est donc une solution intermédiaire. Cependant, il était évident que cette mission temporaire devait préparer le terrain pour une intervention plus intégrée, similaire à la MINUSTAH (Juin 2004 - Octobre 2017). Lorsque la coalition américano-onusienne a constaté qu'elle n'obtiendrait pas une mission de l'ONU, elle s'est résignée à une mission internationale autorisée par le Conseil de sécurité, ne relevant pas du Chapitre VII. Pour les Américains et Guterres, la MMS n'est pas encore une victoire, mais un premier pas vers l'objectif souhaité. En attendant, le duo Guterres et l'administration américaine ne fait pas la fine bouche. Chez nous, on dirait : « Lè w pa gen manman ou tete grann », signifiant qu’un enfant sans mère est allaité par sa grand-mère. La MMS, telle que définie, n'est que partie remise. L'objectif a toujours été une nouvelle MINUSTAH, au budget annuel de 600, 700 ou 800 millions de dollars pendant 10, 15 ou 20 ans. Les Haïtiens devraient voir dans la réussite de la mise en place d'un Conseil présidentiel de 7 membres votants et 2 membres non votants – pour remplacer Ariel Henry – un compromis international qui a permis un partage du pouvoir, mais non un précédent à rééditer. Cette structure a été une concession internationale : de l'herbe dans la bouche de l'âne pour qu'une fois le ventre plein, il ne se plaigne pas, et une fois la bouche occupée, il ne hennisse pas de chamailleries constitutionnalistes, patriotiques ou autres contre cette lucrative mission de maintien de la paix, préparée de main de maître par Michele Sison, ambassadrice des États-Unis en Haïti, et Helen Lalime, cheffe du Bureau Intégré des Nations Unies (BINUH). Il faudrait être lunatique pour envisager de réutiliser les mêmes méthodes de lobbyisme auprès du "Blanc" et de ses mandataires pour imposer une nouvelle structure de pouvoir. Il est des moments où, contre toute attente, une idée saugrenue ou une entreprise manifestement hasardeuse semble porter ses fruits. Ce triomphe inattendu peut donner l'illusion d'avoir découvert une recette infaillible, une formule secrète capable de défier la rationalité. Pourtant, ce n'est pas parce qu'une absurdité a réussi une fois qu'elle est vouée à se reproduire et à devenir un modèle à suivre. Nous avons souvent tendance à surestimer l'importance de nos réussites alors qu'elles relèvent du hasard. Il est facile de se laisser emporter par la satisfaction immédiate d'un résultat fortuit, d'oublier l'élément aléatoire qui l'a accompagné, et de croire qu'il s'agit d'une stratégie à répéter. C'est le comble de la folie de penser maîtriser l'art de réussir malgré des décisions irrationnelles. Une telle illusion peut mener à des erreurs coûteuses. Marx a bien dit que l'histoire se répète parfois sous forme de farce, mais il n'avait pas prévu le cas où deux farces se succéderaient. Réfléchir aux raisons pour lesquelles une stratégie ou une idée a fonctionné, ou non, permet de distinguer ce qui relève du hasard de ce qui est dû à la compétence. Il est essentiel pour les dirigeants haïtiens de ne pas transformer un coup de chance en habitude, car, comme le dit l'adage, "une fois n'est pas coutume", et répéter une absurdité qui a réussi une fois est souvent le meilleur moyen de s'assurer de futurs échecs. En résumé, la tentative de reproduire des triomphes passés dans des contextes politiques changeants comporte des risques importants.
- L'ONU prolonge le mandat de sa mission en Haïti, suite à l'abandon de ses tentatives pour une opération de maintien de la paix plus vaste.
PAR BRAD DRESS 30/09/24 The Hill Le Conseil de sécurité des Nations Unies a renouvelé lundi à l'unanimité une mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti pour lutter contre les gangs armés, après que les États-Unis ont abandonné leur projet d'élargir l'effort à une force de maintien de la paix. La résolution, menée par les États-Unis et l'Équateur, prolonge la MSS d'un an, jusqu'en octobre 2025, donnant aux forces de police plus de temps pour faire face à la montée des gangs violents dans la nation insulaire des Caraïbes. L'ambassadrice des États-Unis auprès de l'ONU, Linda Thomas-Greenfield, a déclaré que le renouvellement « envoie un message fort au peuple haïtien ». « Le monde est à vos côtés et nous sommes déterminés à rétablir la sécurité et la stabilité », a-t-elle déclaré aux médias à New York. « Haïti continue de faire face à une crise prolongée, aggravée par les activités des gangs criminels et leurs attaques violentes et aveugles qui touchent de manière disproportionnée la population civile, en particulier les femmes et les enfants. » L’effort américain pour transformer la MSS en une mission de maintien de la paix s’est heurté à l’opposition de la Chine et de la Russie, qui sont membres permanents du Conseil de sécurité et détiennent un droit de veto. Les deux pays avaient exprimé leur inquiétude quant au fait que la mission n’était pas encore prête pour une telle transformation, et la résolution a finalement été amendée pour supprimer la mention d’un effort de maintien de la paix. La MSS, dirigée par le Kenya, a été déployée en juin et compte aujourd'hui quelque 400 policiers en renfort de la Police nationale haïtienne. Elle a réalisé quelques progrès dans la lutte contre les gangs armés dans la capitale haïtienne Port-au-Prince, mais ses efforts restent sous-financés et n'ont pas encore réussi à chasser les gangs qui contrôlent la majeure partie de la ville. Le président kenyan William Ruto a déclaré qu'il était « profondément reconnaissant » pour le soutien financier apporté à la mission, mais que celle-ci était « entravée par un manque d'équipement, de logistique et de financement ». « J'appelle tous les États membres à faire preuve de solidarité avec le peuple haïtien », a-t-il déclaré dans un discours à l'ONU la semaine dernière. « Les progrès réalisés jusqu'à présent en Haïti démontrent que ce qui était autrefois considéré comme une mission impossible est en effet une possibilité actuelle et indéniable ».
- Quand le Sacrilège est Applaudi
Par : Hugue Célestin, Membre de Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren , Militant de Inisyativ Patriyòt Maryen (IPAM) Edgard Leblanc, président du Conseil Présidentiel De Transition (CPT), à l'ONU, s'est fait le commis-messager de leur patron. Il a essayé de légitimer le projet, probablement mort-né, américain de transformer la folklorique mission kenyane en une mission de maintien de la paix sous l'égide des Nations Unies. Son discours était celui d'un néocolonisé, indigne de l'héritier des hommes de 1804 qu'il a prétendu incarner. Il a renié cet héritage. Sur la tribune des Nations Unies, il n'a fait que transmettre le message qu'Antony Blinken lui avait apporté lors de sa visite à Port-au-Prince, où, méprisant le protocole, il avait exigé que le président et le premier ministre se déplacent chez l'ambassadeur américain pour écouter ses diktats. Après avoir récité les formules convenues sur la paix et la sécurité mondiales, sur les menaces écologiques, sur la pauvreté, la malnutrition, passage obligé de ces rencontres internationales, Edgard Leblanc est finalement entré dans le vif du sujet : son plaidoyer en faveur de la prochaine mission militaire de l'ONU en Haïti. Il accomplissait ainsi sa principale tâche. En s'alignant sur le discours occidental, Monsieur Leblanc semble avoir oublié les exactions de la précédente mission de maintien de la paix en Haïti. La MINUSTAH a été accusée d'abus sexuels sur des mineurs, elle a introduit le choléra, et a collaboré avec les gangs. Il est criminel de souhaiter leur retour en Haïti. D'ailleurs, les États-Unis n'ont aucun intérêt à éradiquer ces gangs qu'ils ont eux-mêmes fédérés, et qui garantissent l'insécurité et l'instabilité dans le pays. Nous nous indignons du fait qu'au lieu de dénoncer la politique de cette communauté internationale en Haïti, Edgard Leblanc ait choisi de la remercier pour ses crimes passés et futurs. Nous connaissons tous l'objectif ultime de cette mission qu'il est allé réclamer à l'ONU. À lire les commentaires, il semble que le public n'ait retenu qu'une chose de ce discours : Edgard Leblanc, dans la lignée de Delorme, Firmin et Janvier, aurait timidement évoqué la restitution de la dette de l'indépendance payée à la France. Rien de plus. Et puisque, depuis quelque temps, nos attentes envers nos dirigeants se sont réduites à si peu, il n'y a plus qu'à applaudir le strict minimum. Mais il n'est jamais trop tard pour que la fierté haïtienne se réveille même si elle semble étouffée par l'influence étrangère. Une fois que la conscience collective s'éveillera, elle repoussera toute forme de tutelle imposée pour bâtir un avenir digne de l'héritage des héros de 1804.
- Les États-Unis changent de cap sur les opérations de maintien de la paix en Haïti face à l'opposition de la Chine et de la Russie
Par Michelle Nichols 29 septembre 2024 16h20 NATIONS UNIES, 29 septembre (Reuters) - Les Etats-Unis ont renoncé à demander au Conseil de sécurité de l'ONU d'élaborer un plan pour transformer une mission de sécurité aidant à combattre les gangs armés en Haïti en une opération officielle de maintien de la paix de l'ONU, une décision qui, selon certains diplomates, a été prise pour apaiser la Russie et la Chine. Un haut responsable de l'administration américaine a toutefois rejeté cette évaluation, affirmant que Washington avait changé sa stratégie pour soutenir l'appel lancé la semaine dernière par le chef du conseil de transition d'Haïti, Edgard Leblanc, en faveur d'une mission de maintien de la paix de l'ONU. "Nous ne nous inclinons pas devant ceux qui n'ont pas à cœur les intérêts du peuple haïtien", a déclaré le responsable, s'exprimant sous couvert d'anonymat. "Nous adoptons une approche stratégique et nous nous appuyons sur l'élan que nous avons entendu de la part du président haïtien". Le Conseil de sécurité, composé de 15 membres, votera lundi sur un projet de résolution visant à prolonger le mandat de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) jusqu'au 2 octobre 2025. L'ONU avait approuvé la mission pour la première fois il y a un an après que le pays des Caraïbes eut demandé de l'aide. Selon des diplomates, la Russie et la Chine ne voulaient pas que le Conseil demande un plan pour transformer la force de sécurité soutenue par l'ONU en une opération officielle de maintien de la paix de l'ONU, c'est pourquoi les États-Unis ont supprimé cette formulation du projet de résolution, consulté par Reuters. La Russie souhaite donner plus de temps à la force de sécurité pour se mettre en place, a déclaré dimanche l'ambassadeur adjoint russe à l'ONU, Dmitri Polyanskiy, ajoutant : "Nous ne voulons pas préjuger du résultat du MSS. Il est trop tôt pour tirer des conclusions". Les dirigeants haïtiens s'exprimant devant l'Assemblée générale des Nations Unies la semaine dernière ont mis en garde contre l' aggravation de l'insécurité dans le pays malgré le déploiement partiel de la force de sécurité. De puissants gangs, équipés d'armes provenant en grande partie des États-Unis, se sont réunis dans la capitale sous une alliance commune et contrôlent désormais la majeure partie de la ville et s'étendent aux zones voisines. « Je suis convaincu que ce changement de statut, tout en reconnaissant que les erreurs du passé ne peuvent pas se répéter, garantirait le plein succès de la mission en Haïti », a déclaré jeudi M. Leblanc à l'Assemblée générale de l'ONU. Le haut responsable américain a déclaré que Washington « travaillerait avec ses partenaires au cours des prochaines semaines pour soutenir cet appel ». Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a évoqué la question de la transformation de la force de sécurité en une opération de maintien de la paix de l'ONU lors d'une visite en Haïti au début du mois. De nombreux Haïtiens se méfient d’une présence armée de l’ONU, après que les missions précédentes aient laissé derrière elles une épidémie dévastatrice de choléra et des scandales d’abus sexuels. La mission de sécurité internationale actuellement dirigée par le Kenya, bien qu'autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU, n'est pas une opération des Nations Unies. Les pays fournissent volontairement de l'argent et du personnel . La mission n’a fait que peu de progrès pour aider Haïti à rétablir l’ordre, avec seulement 400 policiers kenyans sur le terrain jusqu’à présent et un manque de financement. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré plus tôt ce mois-ci que la création d'une force de maintien de la paix de l'ONU ne serait pas la meilleure solution pour Haïti, qui est confronté à une crise humanitaire avec des déplacements massifs, des violences sexuelles et une faim généralisée. Selon les estimations de l'ONU, la violence des gangs a déplacé plus de 700 000 personnes en Haïti. (Traduction Novavox)
- L'enjeu Réel d'une Mission de Maintien de la Paix en Haïti
Par : Alain Zéphyr, Sociologue. Notre précédent article a mis en lumière qu'une combinaison de facteurs, incluant l'absence de plan de sécurité, le décalage avec les conditions réelles et le manque de légitimité auprès de la population haïtienne, a conduit à l'échec de la Mission Multinationale d'Appui à la Sécurité (MMAS) en Haïti (Zephyr, 2024). Désormais, le projet d’une mission de maintien de la paix s'impose comme le mantra de toutes les discussions, ou plutôt comme la nouvelle panacée prônée par nos politiciens charlatans. Quel l’enjeu réel d’une mission de maintien de la paix en Haïti ? Une analyse des précédentes missions de maintien de la paix et de leur coût peut fournir des réponses à cette interrogation. Chronique d’une fin Annoncée Lors de sa récente visite à Port-au-Prince, le Secrétaire d'État américain, M. Antony Blinken, a semblé rendre un ultime hommage à la mission kenyane en déclarant : « Nous voulons également nous assurer que nous avons une solution fiable et durable. Nous examinerons toutes les options pour y parvenir. Une opération de maintien de la paix serait l'une de ces options » ( The Associated Press, 2024). Peu de temps après, le Conseil de sécurité des Nations Unies, basé à New York, a entamé l'examen d'une résolution visant à initier une nouvelle mission de maintien de la paix en Haïti. À Port-au-Prince, les défenseurs du statu quo vantent déjà les mérites d'une force de maintien de la paix comme solution à la grave crise de sécurité du pays, se cantonnant à leur rôle de perroquets vaniteux, incapables de proposer des solutions novatrices aux problèmes complexes du pays. Bilan des Précédentes Opérations de Maintien de la Paix en Haïti Avant d'aborder l'enjeu crucial d'une mission de paix en Haïti, il est essentiel de dresser un bilan des précédentes opérations de maintien de la paix dans le pays. Les opérations de maintien de la paix en Haïti ont été marquées par plusieurs missions importantes sous l'égide des Nations Unies. La MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) a été l'une des plus longues et des plus significatives, ayant débuté en 2004 suite à une période d'instabilité politique et ayant pris fin en 2017. Elle a été remplacée par la MINUJUSTH (Mission des Nations Unies pour l'appui à la justice en Haïti), qui a poursuivi le travail de stabilisation jusqu'en 2019. Par la suite, le BINUH (Bureau intégré des Nations Unies en Haïti) a été mis en place pour aider le pays à consolider ses institutions politiques et son système judiciaire. Dans l'ensemble, ces missions devraient garantir la sécurité nationale, former les forces de police, promouvoir les droits humains et soutenir le processus politique. La situation actuelle en Haïti montre clairement que les trente années d'opérations de maintien de la paix n’ont pas atteint les objectifs escomptés. La crise démocratique en Haïti est si profonde qu'il n'existe actuellement aucune autorité élue dans le pays. Du conseil de transition au conseil d'administration des sections communales, la légitimité est attribuée plutôt qu'élue. Les Haïtiens sont confrontés à de graves violations de leurs droits humains fondamentaux. Les attaques de gangs compromettent la sécurité et le bien-être des citoyens, entravant l'accès à des nécessités vitales telles que l'eau potable et la nourriture, ce qui aggrave la malnutrition, en particulier chez les enfants. De plus, la violence sexuelle est utilisée comme un outil de terreur et de contrôle, avec des cas rapportés de viols collectifs et d'autres formes d'abus sexuels commis par des gangs armés. Cette situation catastrophique est renforcée par une impunité répandue et un accès aisé aux armes lourdes et munitions, souvent fournies par le trafic illégal. La Police Nationale d'Haïti (PNH) reste insuffisamment formée, sous-équipée et manque de ressources tandis que le système de justice pénale reste dysfonctionnel et marqué par une corruption omniprésente. En outre, les opérations de maintien de la paix en Haïti, et en particulier la MINUSTAH, ont fait l'objet de critiques, notamment pour avoir introduit le choléra en Haïti, une épidémie qui a eu des répercussions dévastatrices sur la population haïtienne avec plus de 185 000 cas suspects et des milliers de morts. Des allégations d'abus sexuels impliquant des membres de la MINUSTAH ont aussi soulevé des questions sur le comportement des casques bleus. Ces événements ont exacerbé la méfiance d’une bonne partie de la population haïtienne envers les interventions internationales (Rahmouni, Baron, & Bradol, 2024), (Maillet & Costini, 2020). En somme, une étude intitulée "L'ONU en Haïti depuis 2004: Ambitions et déconvenues des opérations de paix multidimensionnelles" (Di Razza, 2010) a analysé les actions et les impacts de la MINUSTAH sur cinq ans, et a conclu que les avancées ont été restreintes. De son côté, Devert (2024) dans "Radiographie des opérations de paix de l'ONU en Haïti" a évalué les cinq missions de l'ONU pour le maintien de la paix en Haïti depuis 1993, et a déterminé qu'elles n'ont pas permis d'établir une paix durable dans le pays. Les Coûts des Opérations de Maintien de la Paix de l'ONU en Haïti Les dépenses liées aux missions de maintien de la paix de l'ONU en Haïti ont varié en fonction de leur ampleur et de leur durée. Ces missions sont financées par les États membres de l'ONU en proportion de leur économie. Par exemple, un rapport de 1996 du US General Accounting Office, issu de la National Security and International Affairs Division (NSIAD) et adressé au sénateur américain Robert Dole, révélait que les dépenses des agences américaines pour les opérations de paix en Haïti entre 1992 et 1995 atteignaient 1,616 milliards de dollars. Les détails des dépenses annuelles étaient de 79,7 millions pour 1992, 130,4 millions pour 1993, 530,8 millions pour 1994, et 875,8 millions pour 1995 (United States, General Accounting Office, 1996). De plus, le budget validé pour les opérations de la MINUSTAH durant l'exercice fiscal 2013-2014 s'élevait à 576 619 000 dollars américains, destiné à couvrir les dépenses des personnels militaire et civil, ainsi que les besoins opérationnels. Après treize années d'activité, la MINUSTAH aurait bénéficié d'un financement total s'approchant des 7,5 milliards de dollars (Nations Unies, 2015). Récemment, le budget de la Mission Multinationale d'Appui à la Sécurité en Haïti (MMAS) a été évalué à environ 589 millions de dollars pour sa première année. Ces données partielles mettent en lumière le coût substantiel des missions de paix déployées en Haïti depuis 1993. Face à leurs résultats limités et parfois contre-productifs, il est crucial de s'interroger sur les véritables attentes rationnelles des investissements de la communauté internationale en Haïti. L'enjeu Réel d'une Mission de Maintien de la Paix en Haïti En 1990, l'émergence inattendue des masses populaires haïtiennes dans l'arène politique, réclamant justice, transparence et participation dans la gestion des affaires publiques, a pris de court les technocrates de la mondialisation et leurs alliés politiques, partisans de la dépolitisation et opposés au pluralisme. En conséquence, le fameux plan américain pour Haïti a été rejeté par le vote populaire. Cela a mené à un coup d'État sanglant orchestré par les États-Unis et une intervention militaire américaine qui ont mis fin au mouvement populaire revendicatif. Cette conjoncture a entraîné une réduction des droits de douane nationaux et une ouverture du marché économique, ce qui a eu pour conséquence de freiner la production locale. Dans son analyse du bilan de dix ans d'opérations de maintien de la paix, Thierry Tardy révèle que, dans l'euphorie du nouvel ordre mondial du début des années 1990, ces opérations étaient considérées comme des outils appropriés pour gérer les nouveaux dysfonctionnements (Tardy, 2000). Les résultats des missions de paix initiées en Haïti en 1993 démontrent nettement leur implication dans la promotion d'un agenda néolibéral. De façon similaire, depuis 2018, Haïti connaît une recrudescence de mobilisation populaire qui expose les conséquences de la corruption et des inégalités sociales flagrantes sur le bien-être de la population. Les manifestants réclament une refonte du système, proclamant que « la panne se trouve dans le système ». Une violence coordonnée et sophistiquée de la part des gangs armés, aidée par le programme de parole humanitaire de l'administration Biden, qui a autorisé des milliers d'Haïtiens à venir vivre et travailler légalement aux États-Unis pour une durée de deux ans, a mis fin à cette vague de protestations. Le parallélisme est frappant. En 1994, la violence paramilitaire orchestrée par le Front Révolutionnaire pour L'Avancement et le Progress Haïtien (FRAPH) a entraîné le déploiement d'une mission de maintien de la paix, cruciale pour l'instauration de politiques néolibérales. Aujourd'hui, ce schéma se répète : des missions de paix sont mises en place pour succéder ou remédier à la violence des gangs armés, afin de contenir les revendications légitimes des citoyens pour le bien-être collectif et l'établissement d'un État moderne et responsable. Le rôle des missions de paix en Haïti fait écho à autre un précédent historique, la double rançon exigée par la France en 1825 et 1838 en échange de la reconnaissance de l'indépendance nationale. Cette exigence visait à contrer la révolution de 1804 qui avait menacé le système colonial esclavagiste, et par la suite, à aligner la nouvelle république d'Haïti avec la contre-révolution française qui cherchait à annuler les changements issus de la Révolution française de 1789 et à rétablir l'Ancien Régime (Belizaire, 2024). En conclusion, les millions de francs-or octroyés à la France au début du XIXe siècle, il y a bientôt 200 ans, peuvent être comparés aux milliards de dollars investis par la communauté internationale en Haïti pour financer des missions de paix, visant à maintenir leur influence géopolitique et économique. Incapables d'aider les Haïtiens à bâtir un avenir meilleur, la communauté internationale et, en particulier, le gouvernement américain s'efforce actuellement d'établir en Haïti une apparence de démocratie, ou une démocratie sans le peuple, où la justice, la sécurité et le bien-être collectif demeurent inaccessibles. Les alliés locaux sont prêts à assumer ce rôle néfaste par vanité et incompétence. Leur contradiction avec les aspirations profondes du peuple haïtien à la liberté, à la justice sociale et à la dignité est à l'origine de la grave crise qui secoue notre pays et de l'échec des missions de maintien de la paix. References The Associated Press. (2024, September 5). Blinken arrives in Haiti to show US support for fighting gang violence. Retrieved from https://abcnews.go.com/US/wireStory/blinken-arrives-haiti-show-us-support-fighting-gang-113421248 Belizaire, R. (2024, Septembre 8). Ki klas moun ki peye ki peye ranson 1825 lan ? [Webinar]. Kolektif yo sou Ranson 1825 lan . Devert, M. (2024). Radiographie des opérations de paix de l'ONU en Haïti. Di Razza, N. (2010). L'ONU en Haïti depuis 2004. Ambitions et déconvenues des opérations de paix multidimensionnelles. L'Harmattan. Maillet, L., & Costini, C. (2020, Juillet 14). Quid Justitiae. Retrieved from https://www.quidjustitiae.ca/fr/blogue/exploitation-sexuelle-dans-le-cadre-de-la-minustah-partie-i Nations Unies. (2015, Mai 12). Rapport du CCQAB sur le financement de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Retrieved from https://press.un.org/fr/2015/agab4155.doc.htm Rahmouni, E., Baron, E., & Bradol, J.-H. (2024, Mars 19). L’origine de l’épidémie de choléra à Haïti en 2010. Alternatives Humanitaires (Numéro 25 ). Retrieved from https://www.alternatives-humanitaires.org/fr/2024/03/19/lorigine-de-lepidemie-de-cholera-a-haiti-en-2010/ Tardy, T. (2000). Le bilan de dix années d’opérations de maintien de la paix. 65 (2), 389–402. Retrieved from http://www.jstor.org/stable/42677156 United States, General Accounting Office. (1996). Peace Operations: U.S. Cost in Support in Haiti, Former Yugoslavia, Somalia and Rwanda (GAO/NSIAD-96-38). Government Printing Office, Washington D.C. Zephyr, A. (2024, September 9). L’échec de La Mission Internationale de Sécurité en Haïti : un Résultat Prévisible. Boukan News . Retrieved from https://boukannews.com/lechec-de-la-mission-internationale-de-securite-en-haiti-un-resultat-previsible/









