Un premier ministre‑gouverneur : l’ultime imposture des faiseurs du chaos
- Renouvo Demokratik
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Par : Novavox, Notre Éditorial.-
En 1990, lors des premières élections véritablement démocratiques organisées en Haïti après la chute de la dictature des Duvalier, Marc Bazin, ancien cadre de la Banque mondiale, choisit de se présenter comme « l’homme des Américains », convaincu que cette étiquette lui attirerait les faveurs de l’électorat. Sa candidature se heurta pourtant à un rejet massif, dans un pays porté par l’élan d’un mouvement démocratique et populaire d’une puissance inédite, né en 1986.
Le pari hasardeux de 2026
Aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé, néophyte en politique, s'engage à son tour dans ce pari hasardeux en pilotant une transition placée sous tutelle, prétendument destinée à déboucher sur des élections démocratiques. Il est vrai que le contexte de 1990 contraste fortement avec celui d’aujourd’hui : le mouvement populaire est en recul, les gangs armés imposent leur loi, et l’accumulation d’ingérences étrangères a gravement affaibli la souveraineté nationale.
Une orientation périlleuse et politiquement dissonante
Mais les choix de Didier Fils-Aimé demeurent périlleux à bien des égards. Ils heurtent de plein fouet un nationalisme haïtien qui s’accommode difficilement de figures politiques associées à une forme de soumission à des puissances tutrices. Une telle allégeance, loin d’ouvrir la voie au renouveau, réactive les mêmes mécanismes d’assujettissement que le peuple haïtien s’efforce de dépasser.
Elle transforme la transition en une simple gestion sous tutelle, où les intérêts extérieurs priment sur les aspirations nationales.
Une contradiction avec la fabrique même de la nation
Plus fondamentalement, les options retenues par Fils-Aimé entrent en contradiction avec la fabrique même de la nation. Elles remettent en cause ce qui constitue le socle profond de l’identité haïtienne : une quête ininterrompue de souveraineté, une vigilance soutenue face aux tutelles et une mémoire collective façonnée par la résistance à la domination.
Il importe de rappeler le contexte historique qui fonde cette exigence de souveraineté. Haïti n’est pas née d’un compromis ni d’un simple transfert de pouvoir : elle est née d’une rupture radicale, d’un soulèvement sans précédent contre l’ordre colonial et l’esclavage. L’indépendance de 1804 n’a pas seulement libéré un territoire ; elle a instauré un principe, un pacte moral, une ligne de conduite. Elle a inscrit dans la chair de la nation l’idée que la liberté ne se négocie pas, que la dignité ne se délègue pas et que la souveraineté exige une vigilance de tout instant.
C’est cette mémoire fondatrice qui rend les choix actuels d’autant plus inacceptables. Dans un pays qui a arraché sa liberté au prix du sang, toute orientation politique ouvrant la voie à une tutelle, même déguisée, prend la dimension d’une trahison symbolique. Elle rompt avec l’héritage de Dessalines, l’esprit de 1804 et la promesse faite aux générations futures de ne jamais retomber sous l’emprise d’intérêts extérieurs.
En ce sens, les options de Fils-Aimé s’inscrivent à rebours de l’histoire même qui a donné naissance à la nation. Elles affaiblissent la souveraineté au moment où elle devrait être défendue avec la plus grande fermeté. Elles brouillent la ligne de rupture que le peuple haïtien a tracée dès sa naissance et dont chaque génération a la responsabilité de maintenir vivante.
Ainsi, Fils-Aimé ne met pas seulement en péril une transition ; il touche aux fondements symboliques et historiques qui assurent la verticalité d’un peuple. Ce n’est pas simplement une orientation discutable : c’est une compromission avec les forces qui fragilisent la nation, au moment précis où elle a besoin de clarté, de courage et d’un engagement sans équivoque envers la souveraineté.
La légitimité populaire comme ultime rempart
Le peuple haïtien, les patriotes et le camp progressiste prennent acte de cette dérive qui met en péril notre souveraineté et notre avenir collectif. Et nous le proclamons avec force : la seule légitimité pour décider du destin, des institutions et de l’avenir d’Haïti appartient au peuple haïtien, et à lui seul.
Toute tentative de contourner cette légitimité, de la confisquer ou de la subordonner à des intérêts étrangers sera dénoncée pour ce qu’elle est : une trahison de l’histoire qui nous a façonnés et une remise en cause de notre droit inaliénable à l’autodétermination.
Appel à la vigilance et à la mobilisation
C’est pourquoi nous appelons chaque citoyenne et chaque citoyen, chaque organisation, chaque conscience éveillée à se tenir debout, à refuser la résignation, la peur et la confiscation de notre avenir. Nous appelons à la vigilance, à la lucidité et à la mobilisation démocratique et populaire. Car la souveraineté n’est pas un mot ancien : c’est un combat vivant, un devoir partagé, une responsabilité historique.
Nous le disons avec la fermeté que commande l’heure : Haïti ne sera pas gouvernée par procuration. Nous refusons toute tutelle, ouverte ou déguisée. Nous refusons toute transition imposée. Nous refusons toute confiscation de la volonté populaire.
L’avenir d’Haïti ne se négocie pas dans des chancelleries. Il ne se décide pas dans des bureaux fermés. Il ne se dicte pas de l’extérieur. Il se construit ici, par nous, avec nous, pour nous.









