Le contrat Stone : la preuve que le pouvoir ne gouverne plus ; il se protège
Par: NovaVOX, Notre Éditorial.-
Le gouvernement de transition d'Haïti a conclu un contrat de lobbying d'un an avec Drake Ventures LLC, la société de Roger Stone, allié de longue date de Trump, condamné puis gracié. Signé le 2 septembre 2026, l'accord prévoit que le ministère des Affaires étrangères et du Culte versera 65 000 $ par mois, soit 780 000 $ par an, en quatre versements trimestriels de 195 000 $. Le premier est exigible dès la signature.
Le contrat est valable jusqu'au 2 septembre 2027 et se renouvelle automatiquement chaque année, sauf résiliation avec un préavis de 30 jours. Selon la déclaration déposée en vertu de la loi sur l'enregistrement des agents étrangers (FARA), le rôle de Roger Stone est décrit de manière générale comme « défense des questions » et « activités politiques » auprès du gouvernement américain, sans préciser les politiques ou les fonctionnaires visés.
Une dépense qui trahit les priorités d'un pouvoir sans légitimité
L’accord a suscité de vives réactions parmi les organisations haïtiennes, tant au pays que dans la diaspora, qui jugent cette décision inadaptée dans un contexte de violence et de précarité. Elles dénoncent un « gaspillage de fonds publics » et estiment que l’investissement dans le lobbying, alors que l’État peine à garantir l’accès à l’eau, à la santé, à la sécurité, à l’électricité, à la nourriture et à l’éducation, traduit un décalage par rapport aux besoins essentiels.
Selon ces organisations, ce contrat met en lumière une hiérarchie des priorités contestable : alors que de nombreux Haïtiens font face à l’insécurité alimentaire, à la fermeture des écoles et à la dégradation des services essentiels, les autorités privilégient le financement d’une opération d’influence à Washington. Ce choix illustre un pouvoir qui s’éloigne des réalités quotidiennes, ignore les besoins vitaux et s’enferme dans des priorités étrangères à la population.
Avec près de 70 % de Port‑au‑Prince sous la coupe des gangs, l’idée qu’un cabinet de Washington puisse « réparer » l’effondrement interne apparaît pour beaucoup comme une absurdité. Ce contrat devient le symbole d’une élite qui cherche à externaliser la gestion de la crise et à se soustraire à ses responsabilités nationales.
La gouvernance clandestine
Bien que les responsables avancent que le lobbying pourrait renforcer les relations avec les décideurs américains, le manque de clarté quant aux objectifs du contrat ravive un profond scepticisme. L’absence de résultats mesurables, de mécanismes de contrôle et de responsabilités clairement définies s’inscrit dans un schéma familier : des autorités haïtiennes qui prennent des décisions hors du regard public, sans consultation, justification ni reddition de comptes.
Dans ce contexte, ce contrat n’a rien d’exceptionnel. Il s’ajoute à une longue série de choix opaques où la souveraineté et la transparence sont systématiquement reléguées au second plan. Pour de nombreux observateurs, il confirme une tendance structurelle à la prise de décision sans l'implication du public.
Quand le pouvoir s’achète à Washington
La controverse met en lumière une tension sous-jacente. Ce contrat cristallise une dérive : un État en crise qui consacre des ressources considérables à l’achat d’influence à Washington au lieu de reconstruire ses institutions effondrées. Il révèle une logique de survie où le gouvernement de transition cherche davantage à consolider son pouvoir qu’à répondre aux urgences nationales.
En privilégiant l’accès à Washington, le gouvernement semble indiquer que la légitimité se construit désormais auprès des partenaires internationaux plutôt qu’auprès du peuple haïtien. La transition prend alors la forme d’une négociation extérieure, où les acteurs internationaux en influencent le rythme et les priorités.
Cette dépendance, présentée comme une stratégie diplomatique, affaiblit encore davantage la souveraineté nationale. Elle transforme la crise haïtienne en un marché de l’influence, où les acteurs étrangers deviennent les arbitres de la transition. Dans ce système inversé, l’État cesse d’être le centre de gravité politique : il devient un client, un demandeur, un acteur périphérique dans sa propre crise.
Les millions ne sauveront pas un pouvoir à bout de souffle
En résumé, ce contrat est choquant parce qu’il constitue un gaspillage de fonds publics, un acte de déconnexion totale des réalités du pays et une tentative de pérenniser un pouvoir dépourvu de mandat démocratique.
Dans un pays où chaque dollar pourrait financer des services essentiels tels que l’éducation, la santé, les infrastructures ou la sécurité, allouer près d’un million de dollars à un lobbyiste américain relève d’une priorité politique dévoyée. C’est l’illustration d’un gouvernement qui investit dans son propre maintien plutôt que dans la survie de ses institutions.
Haïti n’a pas besoin d’un lobbyiste à Washington. Haïti a besoin d’un gouvernement responsable, transparent et redevable devant son peuple. Le contrat avec Roger Stone ne relève pas de la diplomatie, mais reflète un pouvoir qui cherche à se maintenir plutôt qu’à gouverner.










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