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- Macron en comédien de l'Histoire, Fritz A. Jean en valet du néocolonialisme
Par: Hugue CÉLESTIN Membre de : Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK) & Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP) Le mois de juin prochain marquera la première année depuis le passage de notre ami et frère Louis Magloire, figure emblématique de la localité Cadush et de "Lakou Bois Gradys", vers l'autre rive. Ce matin-là, de très bonne heure, nous étions trois : Tcholit Valcourt, Jean-Michel Magloire et moi-même à prendre la route vers le centre-ville de Limonade. Le rendez-vous avait été fixé au bar Ti Bambou, juste en face de la place Sainte-Anne, à deux pas du commissariat communal. Nos invités nous y attendaient déjà ; Jaccin St Armand, fidèle serviteur du "Lakou Cerca Dorno", et son cousin Obéi, initiateur de cette rencontre singulière. Venus de Bois de Lance, ils avaient emprunté des chemins devenus impraticables, défoncés par la saison des pluies et par les lourds camions exploitant sans relâche les carrières de sable de la rivière qui irrigue les terres fertiles de la section. Autour de quelques verres de jus de citron, soigneusement préparé selon la recette traditionnelle de la limonade, accompagnés de cassave au cocoyer, de pistaches grillées et de figues mûres. Nous échangeons des paroles à voix basse, la conversation s'est doucement engagée sur les misères du moment. Des champs de patates douces et d'ignames ravagés par un parasite ; la récolte de cacao détruite par les rats ; les citrus, encore et toujours, en voie de disparition ; la recrudescence alarmante des vols de bétail dans les sections communales... Le ton s'est ensuite alourdi. Nos hôtes ont évoqué la gangstérisation rampante du Nord, notamment à Limonade et à Quartier-Morin, où des groupes armés s'emparent de terres paysannes, détruisent les plantations, puis revendent à prix d'or ces espaces à ceux fuyant les milices de la capitale. Ces bandes ne sont pas de simples brigands : elles sont les relais territoriaux d'un banditisme du CPT, désormais démasqué, qui domine Port-au-Prince, l'Artibonite et le Plateau Central. Pour Obéi comme pour nous, c'est cela, aujourd'hui, le quotidien de la paysannerie plongée dans un enracinement profond de la dépossession. À ce tableau de douleurs rurales s'ajoutait notre mission du jour ; préparer la cérémonie "Kase Kannari" en hommage à Louis Magloire. Jaccin en serait l'officiant et une neuvaine de prières devait être menée par le "père savane", Siliosin Barthélémy. Dans la tradition haïtienne du vodou, "Kase Kannari" constitue un moment de haute solennité ; une rupture rituelle marquant la séparation irréversible entre l'esprit du défunt et le monde des vivants. Ce rite libère l'âme des attaches terrestres, lui permet de quitter les limbes et d'emprunter le chemin vers Ife, en Guinée, dans le royaume des Alladas, là où résident les ancêtres et où certains, deviennent "lwa". C'est à cet instant précis, alors que le silence retombait lentement autour de notre table, qu'Eddy Lagredelle, propriétaire du bar, alluma discrètement son téléviseur. Le son était faible, presque imperceptible, mais les mots résonnaient avec violence. Le président du Conseil de Protection des Truands (CPT), Fritz A. Jean, s'adressait à la nation. Dans un ton feutré, presque liturgique, il évoquait les 150 millions de francs-or arrachés par Charles X en échange de la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti par la France. Ce jour-là, sous la lumière vacillante du bar Ti Bambou, alors que nous honorions nos morts, les vivants, une fois encore, trahissaient. 1825-2025 : Deux siècles de servitude camouflée Le 11 juillet 1825, sous la menace d'une escadre française mouillant à Port-au-Prince, les autorités haïtiennes, soumises, signent l'ordonnance royale imposant le paiement de 150 millions de francs-or aux anciens colons. Cet acte, sous la présidence de Jean-Pierre Boyer, marque une trahison des idéaux de 1804. Ce chantage impérial a jeté les bases structurelles du sous-développement d'Haïti, dont les conséquences persistent. Dans son discours à l'occasion du bicentenaire de cette rançon, Fritz A. Jean ne fait que reconduire l'esprit de soumission. Son message est un certificat de docilité adressé aux puissances tutélaires, pendant que les masses sombrent dans la faim, fuient les violences des gangs-milices, tandis que les élites pactisent. Aucune rupture, aucun projet de reconquête, aucun sursaut de dignité. Il s'inscrit dans une lignée de compromissions ; Boyer en 1825, Lescot en 1941, Martelly en 2011, Fritz A, Jean et CPT en 2025. Tous ont troqué la souveraineté contre la reconnaissance des maîtres. Car que disait Fritz A. Jean, l'acceptation calme, presque administrative, d'un vol historique ? Que proposait-il, une réparation morale abstraite, un dialogue poli avec les institutions françaises et régionales, sous prétexte que le moment serait venu ? Mais enfin, de quoi parle-t-on ? Deux siècles d'humiliation, de spoliation et de désordre organisé et l'homme qui aspire à présider aux destinées de la nation s'exprime comme un fonctionnaire d'ONG. Aucun rappel des circonstances iniques dans lesquelles ce chantage colonial a été imposé à un peuple libre. Ce n'est pas le peuple haïtien qui a consenti à cette rançon, mais une élite "comprador", infidèle à l'idéal révolutionnaire de Dessalines. En 1825, dans leurs palais, dans la discrétion de leurs salons, le général Boyer, les parlementaires d'alors, la bourgeoisie marchande de Port-au-Prince ont troqué l'indépendance contre le confort illusoire de la reconnaissance. En agissant ainsi, ils ont piétiné l'acte fondateur de 1804. Dessalines proclamait : « Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes. » Eux ont préféré vendre l'âme de la nation pour quelques certificats de respectabilité délivrés par les maîtres d'hier. Le cynisme élevé au rang d'art diplomatique La posture actuelle d'Emmanuel Macron ne diffère en rien du cynisme calculé de ses prédécesseurs. Il reconnaît l'injustice uniquement pour mieux l'ensevelir. Par un habile tour de passe-passe historique, il ose, en 2025, admettre que « faire payer à Haïti le prix de son indépendance était injuste. » Quelle soudaine lucidité, quelle coïncidence commode ! Mais cette reconnaissance tardive, ne sert quà redorer le blason d'une France colonialiste qui, sous des formes renouvelées FMI, ONU, missions de « stabilisation », continue d'écraser le peuple haïtien sous le poids d'une dette à la fois morale, économique et politique. Une note de l'Élysée prétend offrir un « regard lucide » sur le passé, sans rien proposer de concret. Le CPT s'incline et remercie. Le peuple, lui, s'effondre : faim, insécurité, écoles désertées, paysannerie dépossédée. Pendant ce temps, les élites participent à des symposiums diplomatiques vides de sens et de mises en scène protocolaires. C'est une indignité. Une farce géopolitique bien huilée. Le discours d'Emmanuel Macron n'est pas une main tendue, mais une gifle diplomatique pour assurer la permanence des intérêts occidentaux au cœur des affaires haïtiennes. Il salue les efforts de transition du CPT, cette équipe sans vision, sans légitimité, sans base populaire. De son côté, Fritz A. Jean joue son rôle de gestionnaire obéissant d'un pouvoir sous tutelle. Il parle de réformes, jamais de réparations. Son discours, froid et aseptisé, transforme la mémoire des humiliations en prétexte à une nouvelle soumission. Mis en place par des forces étrangères, le CPT entretient le chaos au profit des puissances tutélaires. Bureaucratique et technocratique, le tandem formé par le CPT et son gouvernement dissimule l'absence totale de projet national. De fait, ils deviennent les relais dociles d'une France toujours impériale et d'un ordre international qui exige qu'Haïti demeure à genoux Un outrage à la mémoire des ancêtres Et nous y revoilà, deux siècles plus tard, l'histoire bégaie. Macron maquille le colonialisme, l'impérialisme. Fritz A. Jean récite un texte sans âme. Que penserait Dessalines de cette mascarade ? Lui qui, sabre en main, proclama : « Nous avons osé être libres... » Comment accepter aujourd'hui, en 2025, cette combinaison morbide de silence, de résignation et de reniement ? Non, ce peuple n'a pas combattu pour recevoir des médailles posthumes. Il s'est levé pour être libre, non pour mendier le respect de ses bourreaux. Le peuple haïtien exige la restitution intégrale des fonds extorqués et l'instauration d'une politique souveraine, pensée et décidée par nous-mêmes. C'est cette mémoire que Macron piétine, que le CPT trahit, et que nous devons raviver non par des discours creux, mais par un sursaut collectif d'indignation et d'action. Macron ment avec le vernis de la diplomatie. Fritz A. Jean et son CPT trahissent par confort et lâcheté. Ensemble, ils enterrent une fois de plus Dessalines, tandis que, nous, au Ti Bambou, invoquions les rituels de libération. Mais c'est toute la nation qui a besoin d'un "Kase Kannari". Il faut briser les chaînes d'une mémoire amputée, enterrer les mirages de la coopération internationale, et délivrer l'esprit d'un peuple encore hanté par ses vieux démons coloniaux. L e départ du CPT est un préalable à la libération Le CPT de cette prétendue transition, sans ancrage populaire n'est qu'une gestion technocratique de notre détresse, il incarne la continuité d'un système d'asservissement. Dessalines ne nous a pas laissé un pays de résignation. Il nous a laissé une flamme, une exigence de liberté pleine et entière. Il est temps de la rallumer. À ce moment décisif de notre histoire, l'heure n'est plus aux compromis avec l'oppression. Comme en 1804, c'est la rupture qu'il faut. Il ne s'agit pas de négocier la liberté, mais de l'imposer. Le temps n'est plus à la diplomatie, mais à l'insurrection totale pour la refondation d'Haïti.
- Déclaration du Président de la République sur la relation entre la France et Haïti.
Palais de L'Élysée Publié le 17 avril 2025 Le 17 avril 1825, par voie d’ordonnance le roi de France Charles X reconnaissait l’indépendance d’Haïti, tout en lui imposant une lourde charge. En dépit de la conquête effective de sa liberté, dès 1804, par les armes et le sang, le dernier des Rois de France, en échange de la reconnaissance et de la fin des hostilités, soumettait le peuple d’Haïti à une très lourde indemnité financière, dont le paiement allait s’étaler sur des décennies. Cette décision plaçait alors un prix sur la liberté d’une jeune Nation, qui était ainsi confrontée, dès sa constitution, à la force injuste de l’Histoire. Aujourd’hui, en ce bicentenaire, il nous faut, ici comme ailleurs, regarder cette Histoire en face. Avec lucidité, courage et vérité. Haïti, est né d’une révolution, fidèle à l’esprit de 1789, qui affirmait avec éclat les principes universels de Liberté, d’Egalité et Fraternité. Ce combat d’Haïti, en harmonie avec les idéaux de la Révolution française, aurait dû offrir à la France et Haïti l’opportunité de faire chemin commun. Mais les forces en mouvement de la contre-révolution depuis 1814, la restauration des Bourbons et de la monarchie ont décidé autrement de l’écriture de l’Histoire. Reconnaître la vérité de l’Histoire, c’est refuser l’oubli et l’effacement. C’est aussi, pour la France, assumer sa part de vérité dans la construction de la mémoire, douloureuse pour Haïti, qui s’est initiée en 1825. La vérité de l’Histoire ne doit pas constituer de fracture, elle se doit au contraire d’être ce pont qui permet d’unir ce qui est épars. Dans cet esprit et dans ce but, il nous faut désormais ouvrir tous les espaces de dialogue et de compréhension mutuelle. En conséquence, en ce jour symbolique, j’entends qu’il soit institué une commission mixte franco-haïtienne chargée d’examiner notre passé commun et d’en éclairer toutes les dimensions. Une fois ce travail nécessaire et indispensable accompli, cette commission proposera aux deux gouvernements des recommandations afin d’en tirer les enseignements et construire un avenir plus apaisé. Cette commission, composée d’historiens, de nos deux États, aura pour mission d’explorer deux siècles d’histoire, y compris l’impact de l’indemnité de 1825 sur Haïti, d’analyser les représentations et les mémoires croisées de cet épisode entre nos deux pays, et d’aborder les développements de la relation franco-haïtienne au XXème siècle. Elle sera co-présidée par M. Yves Saint-Geours et Mme Gusti-Klara Gaillard Pourchet. Son travail devra s’inscrire dans une démarche historique de dialogue et d’action. Nous devons penser ensemble les moyens de mieux transmettre cette histoire dans nos deux pays, renforcer la coopération éducative et culturelle, et bâtir une relation renouvelée entre la France et Haïti, fondée sur l’écoute, le respect et la solidarité. Car au-delà du passé, c’est l’avenir qui nous unit. La France est aux côtés d’Haïti face aux multiples défis du temps présent. Elle continuera de l’être, en soutenant les initiatives en faveur de la sécurité - la priorité absolue à l’heure actuelle - du rétablissement de la justice et de la démocratie, de l’éducation et de la santé, mais aussi du patrimoine et de la culture. Comme la Communauté des Caraïbes et les Etats-Unis, la France condamne fermement toute tentative de déstabilisation des autorités de transition. Notre dialogue doit être libre, ouvert, sincère et tourné vers l’avenir. C’est dans cet esprit que nous lançons aujourd’hui ce travail mémoriel commun. La mémoire n’est pas une charge qui obscurcit les consciences, mais une force qui éclaire les esprits. La reconnaissance de la vérité de l’Histoire offre aux Nations la chance exceptionnelle de se bâtir un avenir commun.
- 1825-2025: Deux siècles d'une rançon qui hante encore Haïti.
Par : NOVAVOX, Notre Éditorial. - Credit: Novavox - Aujourd’hui marque le bicentenaire de la rançon imposée à Haïti par la France en 1825, un rappel poignant d’une injustice historique qui continue de résonner et d’alimenter la quête de justice et de réparation. Deux siècles se sont écoulés depuis que la France, par des exigences oppressives, a entravé l'aspiration profonde et légitime du peuple haïtien à la liberté et au progrès. Deux siècles se sont écoulés , et Haïti continue d'endurer les séquelles de cette rançon imposée, un fardeau qui pèse sur chaque génération. À présent, la violence des gangs armés met en péril l’avenir même de la nation. Deux siècles se sont écoulés , et la France, malgré ses déclarations en faveur des droits de l’homme et de l’universalisme idéalisé des Lumières, continue de s’absoudre de cette injustice et d’éluder sa nécessaire réparation. Deux siècles après , la France ne peut plus se soustraire à ses responsabilités historiques. Comme l'ont souligné Sabine Cadeau, Michael Kwass et Mary Lewis dans une tribune publiée le 15 avril 2025 dans Libération , il est impératif que la France engage des actions concrètes pour reconnaître son passé. La création d'une commission d'indemnisation constituerait une avancée majeure, permettant de réparer cette dette historique et de poser les bases d'une réconciliation authentique et pérenne. Deux siècles après , le peuple haïtien demeure inébranlable dans sa quête de justice et de réparation. Porté par une résilience historique, il continue de revendiquer la reconnaissance des torts subis et l’établissement d’un avenir fondé sur l’équité et la dignité. Deux siècles après , les mouvements sociaux haïtiens se tiennent fermement aux côtés du peuple haïtien, exigeant que la France fasse preuve de transparence et assume pleinement ses responsabilités historiques. Ces mouvements incarnent la voix collective d'une nation déterminée à obtenir justice et réparation. Deux siècles après , les célébrations organisées à travers le monde illustrent une rupture décisive avec un passé marqué par l'injustice et le colonialisme. Le moment est venu pour ceux qui rêvent d'un avenir de paix et de justice de saisir cette dynamique et de concrétiser leurs idéaux. Deux siècles après , notre combat, nourri par l'idéal révolutionnaire de 1804, demeure une quête inlassable de justice et de réparation. Portés par la force des idéaux qui ont façonné notre histoire, nous avançons avec détermination, jusqu'à ce que nos revendications soient pleinement satisfaites. Ce chemin, forgé par un courage indomptable et une persévérance constante, dessine les contours d’un renouveau démocratique imprégné d’espoir et orienté vers un changement durable. Deux siècles après , en ce 17 avril, s'ouvre une mobilisation historique en faveur de la restitution et de la réparation. Ce jour, riche de symbolisme et marquant le bicentenaire de l'injustice, inaugure un élan collectif, animé par la mémoire et la quête de justice, pour réparer les injustices du passé et poser les fondations d’un avenir solide,
- Un renouveau se profile à l’horizon
Le pays a besoin d’une large concertation pour la mise en place d'un gouvernement provisoire. Par : Sonet Saint- Louis av. Professeur de droit constitutionnel et de méthodologie de la recherche juridique à la faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'État d'Haiti. - Caricature originale : Le Nouvelliste- Les fondements de notre nation sont profondément ébranlés, et il n'y a plus de temps à perdre. Le moment est venu pour un véritable dialogue politique et une concertation constructive. Un renouveau se profile à l’horizon, et il nous faut nous y préparer afin que le passé, désormais obsolète, ne se répète pas en raison de notre inaction et de notre impréparation face aux enjeux politiques actuels. Une concertation politique authentique doit nous permettre de réévaluer le Conseil présidentiel de transition (CPT), composé d’agents au service d’intérêts étrangers, soutenus par une frange du secteur privé haïtien, souvent impliquée dans des affaires peu transparentes. À travers le CPT, il est impératif d'écarter l’ensemble de la classe politique telle que nous la connaissons, celle qui a émergé après 1987. Elle a échoué pour des raisons évidentes liées à son incapacité manifeste à gouverner Haïti dans un cadre démocratique. Ce n'est pas seulement la démocratie qui a disparu. « Haïti est aujourd'hui gouvernée par une organisation criminelle », a déclaré Monique Clesca. Cette déclaration de la militante rejoint celle d'un responsable d'une organisation des droits humains, selon lequel certains secteurs représentés au CPT ont été favorisés en raison de leur proximité avec les gangs armés. Le CPT a échoué en tous points Comment peut-on légitimement soutenir le Conseil présidentiel de transition, lorsque des experts en sécurité publique, tel le colonel Himmler Rébu, accusent ses membres d’être responsables des pertes en vies humaines et des destructions causées par les groupes criminels, car ils disposent des moyens nécessaires pour neutraliser ces gangs, mais s’abstiennent délibérément de les utiliser ? Il est indéniable que la question de l'insécurité est intimement liée à la gouvernance actuelle. Haïti est piégée ! Comment s'en remettre ? Nous croyons fermement que seul le peuple peut libérer le peuple. Au-delà de la concertation, qui demeure nécessaire pour l'élaboration de stratégies claires et efficaces, il est impérieux d’encourager des actions résolues visant à mener une insurrection citoyenne à travers tout le territoire national. Cette mobilisation est nécessaire pour préserver notre nation d'une destruction irréversible. L'initiative doit être portée par la jeunesse consciente et les masses populaires, tant dans les villes que dans les provinces, unies dans une action audacieuse et révolutionnaire, déterminées à mettre un terme à ce système en déclin. Ce dernier, en quête de survie, se nourrit de la corruption et du chaos instaurés par des individus qui ne sont que des relais de ce désordre, visant à piller les ressources de l’État et à profiter de l’argent généré par des trafics illicites de toutes sortes. Cette instance exécutive de facto, en dépit de la corruption qui la mine, était totalement inadaptée à la réalité politique du pays. Elle n'était tout simplement pas en mesure de remplir la mission pour laquelle elle avait été créée. Personne n'a créé d'obstacles insurmontables pour le CPT ; son échec résulte de son incapacité opérationnelle et de la philosophie défaillante qui sous-tendait sa création. Comment une telle institution pouvait-elle prétendre être garante de la bonne gouvernance, alors qu'elle n'était elle-même soumise à aucun contrôle ? On met en place un Premier ministre dont le supérieur hiérarchique est le CPT, lequel peut le révoquer à tout moment. Ainsi, le CPT se retrouve comptable de toutes les actions du gouvernement. Pourtant, selon la Constitution de 1987, le Président de la République et le Premier ministre détiennent des compétences distinctes et séparées. Durant cette période, on a instauré un absolutisme présidentiel démesuré, remplaçant le monstre bicéphale qu'était Ariel Henry. C'est ce type de gouvernance que l'on cherche à instaurer dans le pays : un système où ceux qui exercent le pouvoir échappent à toute forme de responsabilité. Nous avons un CPT qui dépense les fonds publics sans être soumis à aucune règle de transparence, de contrôle ni de reddition de comptes. Si le décret créant le CPT avait prévu un organe de contrôle, celui-ci n’aurait été chargé que d’enquêter sur les actions du gouvernement. Toutefois, il n’aurait pas eu le pouvoir d’exercer un contrôle sur le budget, ni de valider ou refuser la décharge des gouvernants à la fin de leur mandat. De plus, il n’aurait pas pu mettre un terme à leurs activités ni se constituer en Haute Cour de justice pour destituer les membres de l’exécutif. L’organe en question, l'OCAG, manquait cruellement de crédibilité. C’était une véritable farce, un assemblage juridique qui n’avait rien de brillant. Le CPT est inconstitutionnel Le droit n'est pas une question de bricolage ; il représente un système de pensée complexe, où chaque élément s'intègre dans un ensemble ordonné et cohérent. Déplacer les pièces au sein de ce système sans en comprendre les implications revient à risquer de le déstabiliser. En effet, quel fondement justifie la fonction du Premier ministre dans un régime parlementaire comme le nôtre, si ce dernier est dépourvu de parlement ? Comment légitimer démocratiquement et constitutionnellement un régime d'exception ? La défaite du CPT était avant tout une défaite intellectuelle. Nous nous souvenons que Leslie Voltaire, ministre à deux reprises et ancien chef de cabinet du président haïtien déchu, avait déclaré, avant l'installation du CPT, que ses membres prêteraient serment devant la nation. Finalement, ils l'ont fait sur la Constitution de 1987. Il n'existe aucun lien entre le CPT, dont l'existence n'a pas été validée par un vote populaire, et la Constitution de 1987. Pourtant, les trois inculpés estiment avoir le droit d’être jugés par la Haute Cour de justice. Le chaos actuel se trouve justifié par l'imbécilité manifeste de nos élites. Comme l'a souligné Leslie Manigat, « aucun ignorant ne peut résoudre les problèmes complexes d’un pays ». Ce n’est pas simplement de la bêtise, c’est bien plus grave que cela : l’objectif était de tromper la nation en présentant une transition politique soi-disant ordonnée, soumise à des principes de bonne gouvernance. Hors du cercle étatique, Fritz Alphone Jean, l’actuel coordonnateur, avait toujours souligné l’importance de respecter les principes de la bonne gouvernance pour garantir le progrès et la stabilité du pays. Aujourd’hui, il dirige une instance étatique qui semble ne s’imposer aucune limite. En collaboration avec les autres membres du CPT, il a mis en place un gouvernement dépourvu de toute éthique gouvernementale. Le CPT semble se lancer dans une course de quelques kilomètres, mais n’a même pas encore franchi le premier mètre de son engagement. En effet, la restauration de la sécurité, indispensable à l’organisation des élections prévues pour cette année, semble de plus en plus éloignée à mesure que les gangs multiplient les actes de violence à travers le pays. Les récents événements à Mirabalais illustrent de manière éclatante l’échec de la gouvernance actuelle. Il est grand temps que les dirigeants se retirent, car ils n’ont rien à apporter. Leur insistance à rester au pouvoir, malgré leur incapacité à remplir la mission pour laquelle ils ont été placés en charge, ne fait qu’aggraver le mécontentement qui, désormais, est presque général. La dernière note de la CARICOM et des États-Unis sur la situation, loin de traduire un soutien aux autorités en place, révèle à mon sens deux constats majeurs : l'existence de forces capables de mettre fin à la gouvernance actuelle et l'impossibilité pour le CPT d'aller au-delà du 7 février 2026, date à laquelle il devrait remettre le pouvoir à des élus. Il est évident pour tout le monde que les élections ne pourront se tenir cette année. Face à la stratégie du bruit avant la défaite totale amorcée par les États-Unis, que faire ? Remettons le pouvoir aux forces armées ! Dans leur situation actuelle, toute tentative de maintenir leur pouvoir ne fera que leur nuire davantage face à un mécontentement populaire de plus en plus transformé en révolte généralisée. Il est grand temps que le bon sens prévale, et que ces conseillers-présidents, confrontés à leur échec, prennent la décision que tout le monde attend, pour éviter l’impensable. Ainsi, je recommande que le pouvoir soit confié aux forces armées et de police, sous la direction de leur commandant, pour une période de soixante-douze heures. Ce laps de temps serait consacré à la négociation en vue de la mise en place d’un gouvernement provisoire, dirigé par un(e) juge issu(e) de la Cour de cassation. Je ne prétends pas que cette démarche ait un quelconque fondement constitutionnel strict, mais elle pourrait mettre un terme au clientélisme politique qui ronge l’esprit du service public dans l’administration, à la captation de l’État qui nourrit une société de privilèges, au pillage des caisses publiques à des fins électoralistes, et, en fin de compte, garantir une neutralité essentielle au gouvernement pendant cette période transitoire. Une telle neutralité est indispensable pour assurer un processus électoral libre et transparent, une étape indispensable vers la restauration des institutions de l’État de droit, visant à permettre à Haïti de réaliser son potentiel de développement économique basé sur la production. Il est urgent que toutes les forces vives de notre nation, les patriotes déterminés et responsables, ainsi que tous les Haïtiens de bonne volonté, s'unissent pour une cause vitale : tracer la voie vers un avenir meilleur en écartant ces dirigeants illégitimes et incompétents qui ont failli à leur devoir envers notre peuple !
- La crise actuelle en Haïti : une résultante de la rançon imposée par la France
Position et recommandations du KAAD Au Forum permanent des Nations Unies des personnes d’ascendance africaine Quatrième Session | New York, 14 au 17 avril 2025. -Affiche du documentaire du même nom- Kolektif Ayisyen AfwoDesandan (KAAD) est un collectif de personnalités et d'organisations de la société civile haïtienne et de sa diaspora, qui répond à plusieurs objectifs majeurs. Le KAAD veut se faire l'écho de la voix de la société civile haïtienne, en rappelant les trois précédentes demandes de réparations formulées par le gouvernement de la République d'Haïti : la première en avril 2003 lors du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture ; la deuxième en septembre 2024 à l'Assemblée générale des Nations Unies ; et la troisième, en janvier 2025, par le Conseil présidentiel de Transition. Rappel historique Le 17 avril 2025 marque le 200ème anniversaire de l'ordonnance imposée par la France sous le règne du roi de France Charles X, obligeant Haïti à payer une indemnité de 150 millions de francs (équivalent aujourd'hui à plus de 21 milliards de dollars américains soit environ 20,4 milliards d'euros). Cette somme qui représentait le prix à payer pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, le belligérant vaincu, équivalait (selon l’historienne Gusti Gaillard) à 10 ans de recettes fiscales annuelles d’Haïti mais à 15% environ du budget annuel de la France. Elle était destinée à indemniser les anciens colons et esclavagistes de Saint-Domingue, expulsés lors de la révolution haïtienne. En juillet 1825, sous la menace d’une flotte de navires de guerre qui menaça de détruire le pays, le président Boyer et le Sénat Haïtien, ont signé à tour de rôle le 8 et le 11 juillet, l’ensemble des conditions contraignantes contenues dans l’ordonnance du 17 Avril. En conséquence, Haïti a été contraint de conclure un accord honteux avec ses anciens colons, en payant effectivement à ses esclavagistes pour avoir osé devenir la première nation noire libre du monde moderne et la première nation libre de l’hémisphère occidental. Pendant plus de deux décennies après son indépendance, notre pays subira un ostracisme qui vise à l’isoler économiquement et à la mettre en quarantaine politique: les puissances européennes et américaines ont placé Haïti sous un blocus économique, politique et militaire, l'État haïtien n'était pas reconnu diplomatiquement et les marines européennes le menaçaient souvent d'invasion. Exclu des marchés internationaux, isolé politiquement et incapable de payer cette indemnité exorbitante, Haïti a dû emprunter, à des taux d'intérêt exorbitants, auprès de banques françaises, américaines et allemandes. Cela est devenu connu sous le nom de « double dette », mais mieux décrit comme une « rançon ». Haïti n'a pas été en mesure de rembourser entièrement la dette et la rançon pendant plus de cent (100) ans. Les demandes de réparation d'Haïti s'inscrivent alors dans le contexte de cette histoire brutale d'esclavage, d'extorsion postcoloniale, de subversion néocoloniale par d’anciens esclavagistes européens. L'histoire unique d'Haïti démontre la façon dont la France et les pays blancs d'Europe et des États-Unis ont coordonné pour faire souffrir Haïti indéfiniment pour avoir contesté la suprématie blanche. L'appel à des réparations, notre cri aujourd’hui, représente un aspect de la longue lutte d'Haïti pour la justice et l'autodétermination. Une injustice historique lourde de conséquences La rançon extorquée par la France a paralysé l'économie d'Haïti et a eu un impact sur tous les aspects de la société. Alors que d'autres pays ont investi dans les infrastructures et les services publics, Haïti a été contraint de concentrer toute son économie sur le remboursement de cette dette extorquée. La plupart des ressources du pays ont été utilisées pour couvrir la rançon. En fait, près de 85 % de la plus grande source de revenus d'Haïti – les exportations de café – avait été détournée vers le remboursement de la dette. La rançon a appauvri Haïti pour les deux cents années suivantes. Le pays ne pouvait pas se permettre d'investir dans l'éducation, les soins de santé, les infrastructures et le développement industriel. Pendant ce temps, la France a utilisé l'argent d'Haïti pour renforcer ses propres infrastructures, en construisant des hôpitaux, des écoles, la Tour Eiffel. Ce faisant, elle est devenue l'une des plus grandes économies du monde. Cette rançon est une injustice historique. Elle a déclenché un cycle d'extraction, d'endettement et de dépendance à l'égard de l'aide extérieure, conduisant au sous-développement d'Haïti. Cela a également rendu le pays instable et vulnérable à la domination des élites et à l'ingérence étrangère. La crise actuelle en Haïti, en 2025, où les gangs font la loi ; où le peuple dans sa totalité est aux abois ; où il nous est difficile de frayer un chemin qui donne sens à la vie, à certains égards, est en grande partie la résultante de cette rançon subie pendant près de cent ans. En effet, la source première de la gangstérisassion en Haïti c’est la misère chronique, les inégalités sociales accumulées et reproduites pendant deux siècles d’étouffement de notre économie par ce néo-colonialisme qui nous a toujours mis du mauvais côté. Ce choix délibéré de nous étouffer dans l’ordre mondial, est plus qu’une évidence si nous considérons, entre autres, la place qui nous est réservée sur l'île d’Haïti, et l’attitude passive de l’ensemble de la communauté internationale face à l’injustice que nos frères et sœurs subissent en République Dominicaine. Le KAAD profite de cette tribune pour dire et redire au monde entier que les Haïtiens et leurs descendants en République Dominicaine, en plus des mauvais traitements dont ils sont l’objet au quotidien, subissent une classification. Ce qui rend possible leur déportation sans aucun respect des normes juridiques ; ils ne bénéficient d’aucune protection qui tienne compte de leur dignité. Ils subissent un apartheid sans bornes qui n’est pas trop loin des sévices subis par nos ancêtres au temps de la colonisation. L’on se demande dès lors qu’est-ce-qui rend tout cela possible. La réponse est pourtant évidente : la rançon imposée par la France ne nous a pas permis de bénéficier des moments forts de la modernité. Nous avons raté les bénéfices de la révolution industrielle ; on nous a mis totalement à côté, lors de la percée de la robotique ; et aujourd’hui à l’heure où l’on parle d’intelligence artificielle, nous, en Haïti, on nous maintient dans la gestion des gangs criminels qui détruisent tout en Haïti. Dans cette traversée, nous ne pouvons pas ne pas rappeler que : l'ingérence étrangère et l'extraction économique comprenaient l'invasion et l'occupation d'Haïti par les États-Unis de 1915 à 1934, pour le compte des banques de la ville afin de s'assurer qu'Haïti payait ses dettes. Les États-Unis se sont emparés des réserves d'or d'Haïti, ont pris le contrôle de ses institutions financières et politiques et ont rétabli le travail forcé qui équivalait à celui de l'esclavage. L'occupation a également consolidé le contrôle américain sur la région, renforçant la suprématie blanche des États-Unis tout en faisant dérailler les efforts d'Haïti vers l'autonomie et la libération économique. Mais il y avait aussi le racisme des États-Unis et de l'Occident contre le peuple haïtien. Les États-Unis ont affirmé que leur occupation d'Haïti était une « mission civilisatrice » contre « l'anarchie, la sauvagerie et l'oppression » supposées de la République noire. Ces opinions racistes sur le peuple haïtien continuent de façonner les politiques occidentales à l'égard du pays. De ce combat, il est important de souligner ces points clés : La dimension historique : il y a un besoin de dire la vérité sur les revendications historiques d'Haïti en matière de restitution et de réparations et un besoin de justice. La raison de cette dette : Haïti, né d'une révolution réussie d'Africains réduits en esclavage, a défié l'ordre mondial de la suprématie blanche. L'existence même des Africains libres a remis en question la domination blanche occidentale à une époque où les Européens croyaient que les Africains étaient inférieurs et devaient être réduits en esclavage. Nous ne devons pas sous-estimer le rôle du racisme dans l'imposition de la rançon à Haïti et dans la minimisation du rôle de la rançon dans l'atteinte à la souveraineté haïtienne. Le coût de la dette : les pays européens se sont enrichis grâce à l'asservissement des Africains. La rançon que les Africains de Saint-Domingue ont été forcés de payer après avoir vaincu les esclavagistes et revendiqué l'indépendance a eu un impact sur tous les aspects de la vie au cours des 200 dernières années. Notre Combat Nous, le Kolektif Aysyen Afwodesandan (KAAD), menons la lutte pour la restitution et les réparations en Haïti. Nous exigeons la restitution de la dette payée par Haïti par la France, injustement enrichie par l'indemnité illégale versée à Haïti sous la menace d'un retour à l'esclavage. Cet enrichissement français est directement lié à l'appauvrissement d'Haïti. Nous exigeons réparation pour l'acte préjudiciable et durable des gouvernements français et américain, qui ont imposé une « double dette» – ou rançon – à Haïti. Nous affirmons avec force et conviction que cette dette doit être remboursée et que cette injustice historique, qui a durablement marqué la société haïtienne, doit être réparée. Le KAAD lance un cri de ralliement. Le KAAD appelle à la solidarité mondiale et à l'alignement stratégique avec la cause des réparations pour Haïti. Bien qu'Haïti fasse partie d'une lutte mondiale plus large pour des réparations pour les communautés d'ascendance africaine, elle a un ensemble unique de revendications en raison de l'indemnisation et de la rançon imposées, en particulier par la France et les États-Unis. La rançon a conduit à un long héritage de dettes forcées, d'extorsion par les blancs français et américains et de sous-développement chronique. La demande de restitution d'Haïti est claire ; le coupable de la terrible situation économique et politique d’Haïti est connu. Unissons nos efforts pour réparer cette infamie, Ainsi, cette tribune des Nations Unies s’inscrira dans la marche pour une autre Éthique. Aujourd’hui, le monde en a plus que besoin. Une autre Éthique! Le cas d'Haïti n'est pas seulement une action en justice ; cette demande légale de restitution de la part d'Haïti a des liens inextricables avec le mouvement mondial plus large pour les réparations et la justice réparatrice. En 2025, l'Union africaine (UA)concentrera ses efforts sur la question des réparations dans le cadre de son thème annuel « Justice pour les Africains et les personnes d'ascendance africaine ». La CARICOM se concentrera également sur son Fonds mondial de réparations, créé en 2023, et poursuivra les consultations initiées par le Parlement panafricain, qui ont donné lieu à la Déclaration de Gorée, sur la base de la Déclaration et du Plan d'action de Durban. Ces efforts continueront de mettre en évidence la nécessité d'une justice réparatrice et d'une guérison pour bâtir un avenir plus juste et équitable. Le KAAD appelle également à l'action d'un point de vue juridique, commercial, économique, diplomatique et de développement de la part de l'ensemble de la société civile, et en particulier des jeunes et des femmes : avocats, entreprises, en particulier les banques, les institutions financières internationales pour faire avancer la demande d'Haïti en matière de restitution, de réparations et de justice réparatrice.
- Seuls les Haïtiens Peuvent Sauver Haïti
- Credit: LANATIAYIT I- Alors qu'Haïti sombre dans le chaos, une vérité s'impose : seuls les Haïtiens peuvent sauver Haïti. C'est pourquoi il est indispensable de soutenir les initiatives du peuple haïtien dans leur lutte pour se libérer de la violence des gangs et des dirigeants corrompus. En ce moment même, la communauté résiliente de Canapé Vert demeure inflexible dans son engagement. Dans deux éditoriaux vivement salués, nous avons mis en lumière l'immense potentiel de ce mouvement. Si vous les avez manqués, voici un lien pour les consulter et mieux comprendre la portée de ce mouvement. https://www.novavox.info/post/canapé-vert-un-symbole-riche-et-puissant-de-la-lutte-continue-pour-la-justice-la-sécurité-et-la-p https://www.novavox.info/post/canapé-vert-le-signal-d-une-résistance-populaire-pour-un-renouveau-démocratique-en-haïti Après avoir pris connaissance de ces éditoriaux, nous vous encourageons à envisager un don réfléchi pour soutenir cet effort essentiel : https://gofund.me/2e643977 Only Haitians can save Haiti Amidst Haiti's descent into chaos, one certainty has emerged: only Haitians can save Haiti. This is why it is crucial to support the actions of the Haitian people as they strive to free themselves from gang violence and corrupt leadership. At this very moment, the resilient community of Canapé Vert remains steadfast in its determination. In two widely acclaimed editorials, we have highlighted this movement's immense potential. If you missed them, here's a link to explore and gain deeper insight into this movement. https://www.novavox.info/post/canapé-vert-un-symbole-riche-et-puissant-de-la-lutte-continue-pour-la-justice-la-sécurité-et-la-p https://www.novavox.info/post/canapé-vert-le-signal-d-une-résistance-populaire-pour-un-renouveau-démocratique-en-haïti After engaging with the editorials, we invite you to consider donating to sustain this critical effort: https://gofund.me/2e643977
- Quand l'État déserte, le peuple doit se lever
Par : Hugue CÉLESTIN, Membre de :Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK), Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP). Un lundi matin de janvier 2025, dans un petit village oublié du Nord d'Haïti ; comme d'habitude, les coqs chantaient, les houes saignaient la terre dans un fracas familier. Mais ce matin-là, quelque chose avait changé. Là où régnait depuis des mois le silence d'une école fermée, on entendait à nouveau des voix d'enfants. Pas d'annonce officielle, pas de ruban à couper; ce sont les parents qui, fatigués d'attendre un Gouvernement absent, avaient décidé d'agir. Ils avaient fabriqué des bancs avec des troncs d'arbres, ) un tableau avec des planches sciées sur place. Et avaient aussi demandé à une jeune diplômée du village de venir faire classe, bénévolement. Elle écrivait à la craie, mais c'était bien plus que des mots qu'elle traçait; mais un avenir qu'elle esquissait. Ce jour-là, sans tambour, sans caméra, ils ont compris que l'espoir ne viendrait pas d'en haut. Et que pour ne pas sombrer, il fallait se lever. Enfin, il serait grand temps que nos scientifiques haïtiens se penchent sérieusement sur le mystère haïtien. Entre autres, comment se fait-il que le temps semble courir plus vite ici qu'ailleurs ? Peut-être une anomalie spatio-temporelle made in Port-au-Prince. Voilà déjà qu'approche en fanfare le premier anniversaire des protégés de la Communauté Internationale. Ce monstre tentaculaire aux neuf têtes, une queue bien dissimulée, et des bras partout, sauf là où il faut. Un an de gouvernance sous télécommande, et miracle. La misère s'aggrave, les écoles ferment, les hôpitaux s'éteignent, tandis que les gangs, eux, assurent la continuité territoriale à coups de fusils d'assaut. À ce rythme, ce n'est plus une gouvernance, c'est un naufrage sous supervision. Le drame annoncé deux semaines avant le carnage, est désormais relégué au rang de faits divers. Les malfrats toujours fidèles à leur grande tradition de transparence participative avaient prévenu que la vengeance serait implacable contre les brigades de vigilance de Mirebalais. Ces derniers, coupables d'un crime abominable aux yeux de la pègre, ils ont osé intercepter des cargaisons d'armes et éliminé quelques soldats du chaos. Il ne manquait plus qu'un bulletin officiel pour tamponner la menace. Ce n'était pas une farce du 1er avril, mais bien une réalité apparue dans la nuit du 5 au 6 avril. Ils ont méthodiquement ravagé la ville de Benoît Batraville, ce héros qui s'était jadis levé contre l'occupation américaine en 1915. Un siècle plus tard, la République assiste, impassible, à l'humiliation de sa mémoire. Quelle ironie funèbre! Pendant ce temps, notre téléphone, lui, semblait porter le deuil national; il pleurait, vibrait, sonnait en continu comme s'il tentait désespérément de réveiller une conscience collective en coma profond. Des appels pour alerter, d'autres pour confirmer, tous cherchant à donner un sens à l'insensé. Le tableau aurait pu prêter à rire, s'il ne s'agissait pas du cauchemar bien réel d'un peuple nu face à l'impensable. Oui, c'était confirmé ; Mirebalais, chef-lieu du Bas-Plateau Central, est tombée. La ville n'est pas conquise, mais, livrée, abandonnée sans combat, offerte sans scrupule, sous le contrôle total des gangs-milices, en toute exclusivité. La prison Centrale vidée comme on vide un sac d'oranges pourries, et depuis le chaos s'installe calmement, méthodiquement. Ainsi, la ville rejoint avec résignation la longue procession des territoires sacrifiés sur l'autel de la complicité, de l'impuissance et de la lâcheté. Il serait presque naïf de ne pas s'indigner, de ne pas suffoquer, voire de ne pas hurler à la trahison. Car ce qui se joue aujourd'hui en Haïti dépasse largement la notion de crise. C'est une agonie nationale, méthodique, douloureuse, et surtout profondément cynique. Il suffit de regarder cette vidéo surréaliste où deux chefs de gangs paradant fièrement, en plein jour, sur le sol supplicié de Mirebalais. À leur suite, plus d'une dizaine de véhicules blindés, rutilants, tout droit sortis ; qui sait ? Issu du généreux programme international Armes contre Peuple, gracieusement financé par le Budget de Guerre déguisé. Le défilé permet aux criminels en uniforme officieux de s'exhiber dans un cortège triomphal. Et pendant ce temps, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), cette farce institutionnelle à mi-chemin entre la tragédie antique et le théâtre de boulevard, observe en silence. Voilà donc ce qu'est devenue la République : un terrain de jeu pour milices, sous les applaudissements muets d'un État-spectateur. Et pendant qu'ils paradent comme des libérateurs sortis d'un mauvais film post-apocalyptique à petit budget, les deux héros autoproclamés du chaos livrent un message moqueur, dégoulinant d'ironie crasse, dans lequel ils célèbrent leurs propres forfaits comme s'il s'agissait de hauts faits d'armes. Ils se félicitent d'une prise éclair, sans résistance, presque trop facile et remercient, avec une politesse à faire rougir un diplomate, leurs précieux alliés du CPT et du gouvernement haïtien pour leur avoir livré la ville avec une telle délicatesse. Seul petit regret ; ne pas avoir pu leur offrir, en retour, un petit cocktail maison, version drone kamikaze aux portes de Saut-dEau et de Mirebalais. Le ton est joyeux, l'ambiance festive pour un véritable spectacle de propagande armée, en plein air, dans une mise en scène de théâtre macabre. Tous les regards sont tournés vers les caméras, fusils en bandoulière, et pas la moindre trace d'un policier sinon ceux régulièrement affectés aux gangs. Juste un silence lourd, total, complice celui des autorités, ou de ce qu'il en reste. On en viendrait presque à croire qu'il s'agit d'une production officielle, validée avec enthousiasme par le très zélé Conseil de Protection des Truands (CPT), présidé par nul autre que l'illustre Fritz Alphonse Jean, et bénie moralement par le gouvernement d'Alix Didier Fils Aimé. Quant aux fameux drones kamikazes, ils sont retenus à la douane céleste. Et le fameux budget de guerre, toujours coincé dans les limbes poussiéreux d'un Parlement spectral, qui hante encore les couloirs d'un État en décomposition avancée. Tout est en place, semble-t-il, pour une mise en scène d'abandon parfaitement huilée, où chaque détail est pensé pour que l'horreur puisse suivre son cours, sans le moindre accroc. Il faut croire que le CPT et le Gouvernement agissent en prestataire logistique au service de l'expansion territoriale des gangs. À peine six jours après l'assaut, c'est avec un flegme olympien, frôlant le mépris, que les autorités ont daigné constater la catastrophe ; tout en accordant, davantage d'importance à l'effondrement du toit d'un immeuble en République Dominicaine. Pas un mot pour les familles déracinées, pas un souffle pour les blessés, les violées, les disparus, pas l'ombre d'un plan pour les survivants. Rien! Juste le silence complice d'un pouvoir plus préoccupé par la négociation de son maintien que par la protection de la population. Pendant ce temps, plus de 31 000 personnes fuient, errent, s'entassent dans des écoles, des églises, des houmforts, des marchés, des ruines quand elles ne sont pas livrées aux viols collectifs, aux exécutions sommaires ou aux disparitions sans retour. Le tout, bien entendu, dans le plus grand respect de la souveraineté territoriale des gangs Pendant que le pays s'enfonce dans l'horreur, les dignes membres du CPT trouvent encore le temps de se chamailler pour les meilleures chaises, les per diem en souffrance, les budgets les plus juteux et, bien sûr, les postes les plus stratégiques qui rapportent du fric. Quant au Gouvernement, il excelle dans sa discipline favorite ; enchaîner les déclarations creuses, distribuer quelques miettes humanitaires, pendant que le Premier ministre, en tournée dans un camp de déplacés, s'offre une séance photo avec un enfant soigneusement sélectionné pour l'occasion. Et tout cela, bien entendu, sans jamais faillir à son rôle de relais docile des consignes de ses parrains locaux et étrangers avec une obéissance de chien de Pavlov. Tenez, encore une nouvelle insolite ! Hier, le Chef Principal des Truands, Monsieur Fritz A. Jean, était en réunion, et pas avec n'importe qui. Bien sûr, il échangeait avec les achetés, les vendus, les éternels recyclés, les grands budgétivores du Conseil Électoral Provisoire (CEP), pour discuter sans rire d'élections. Oui, vous avez bien lu, des élections, en plein cœur du chaos. Sérieusement, la dynamique entre pouvoir, corruption et dépendance ne conduit-elle pas à la folie chez ceux que l'avidité d'argent consume? Face à ce désastre soigneusement planifié, le temps des simples dénonciations est révolu ; elles ne sont plus, reconnaissons-le, qu'un vain exercice d'intellectualisme stérile. Il s'agit désormais de résister. De refuser l'humiliation, de se lever, de s'organiser sans attendre les bénédictions des puissances tutélaires ni les lubies du CPT. Là où les gangs n'ont pas encore planté leur drapeau, le peuple doit s'ériger en rempart. Là où le CPT et le Gouvernement ont abdiqué, les communautés doivent inventer une contre-offensive populaire en érigeant des brigades disciplinées, structurées, enracinées dans la dignité. Il faut verrouiller nos villes avec possibilité de ravitaillement, bloquer nos quartiers, barrer la route à cette peste armée qu'on appelle gangs-milices. Il faut les contenir, les détruire, et dans le même souffle, éliminer leurs commanditaires ; ceux-là mêmes qui préfèrent les tractations aux insurrections citoyennes. Le Conseil de Protection des Truands (CPT) accompagné de son gouvernement fantoche, n'est plus qu'une double imposture politique, une farce tragique. Ils ne représentent rien d'autre que la continuité du désastre, la perpétuation méthodique du malheur haïtien. Il faut les balayer, sans détour ni complaisance, par une insurrection civique massive. Une mobilisation nationale, populaire, patriotique, éclairée. Une lame de fond à la fois politique et morale, pour imposer un projet de société digne de ce nom ; fait de justice, de souveraineté, de reconstruction. Maintenir ce théâtre de marionnettes, c'est signer le bail de la décadence et applaudir l'effondrement définitif de l'État haïtien. Il est temps de débrancher la machine à trahir. Debout ! Organisons l'alternative L'heure n'est plus aux illusions ni aux demi-mesures. Il faut choisir : la peur ou la dignité, la corruption endémique ou une gestion responsable, l'abandon honteux ou la résistance courageuse, la soumission servile ou la reconquête souveraine. Et qu'on ne s'y trompe pas ; l'alternative ne tombera pas du ciel, ni des incantations diplomatiques de Washington, ni des communiqués soporifiques de son ambassade, encore moins des recommandations stériles de l'ONU ou des bulletins de moralité du CORE Group. Elle ne surgira ni d'un président providentiel, ni d'un leader cloné en laboratoire de la coopération internationale. Non, elle viendra de nous, uniquement de nous. Le combat qui s'engage est celui du peuple dans son entier, pas d'une élite recyclée ou d'un comité de gestion de crise. Il exige de l'organisation, une unité stratégique, et la constitution urgente d'un front patriotique de libération nationale. Pas dans un an, pas dans six mois, il faut agir maintenant . Car l'histoire, la nôtre, celle d'un peuple qui s'est arraché à l'esclavage à la force de sa volonté, nous rappelle qu'un peuple qui se lève, qui s'organise, qui revendique sa dignité, est tout simplement invincible. Remplaçons les truands par l'intelligence collective Puisque même les comédies les plus absurdes ont une fin, nous proposons, pour ce premier acte de salubrité publique, une formule visant à remplacer le fameux Conseil de Protection des Truands (CPT), une fois celui-ci renvoyé par la volonté populaire. Ce sera le point de départ d'une transition fondée sur la compétence et la légitimité citoyenne. Un collège composé de deux membres du Conseil de l'Université d'État d'Haïti (UEH) et de cinq personnalités mandatées respectivement par les regroupements des Universités Publiques en Région (UPR) et des Universités Privées du pays, auront la responsabilité de mettre en place, sans délai, un cadre de consultations nationales inclusives. Et pas de palabres éternelles, ces consultations devront se dérouler dans un délai strict de quinze jours. Leur objectif ? Aboutir à la sélection rigoureuse de 20 personnalités de haute crédibilité : 10 femmes et 10 hommes, issues des 10 départements du pays et de la diaspora haïtienne. Ce collectif sera chargé de: 1 - Élaborer une feuille de route claire et ambitieuse, visant à restaurer l'ordre et la sécurité, amorcer une réforme institutionnelle en profondeur pour poser les bases du redressement national sur les plans économique, social, politique et organiser à moyen terme, des élections véritablement souveraines et démocratiques, affranchies de toute ingérence extérieure et du clientélisme politique qui gangrène les institutions. 2 - Désigner un(e) président(e) de transition, sur la base d'un large consensus national, une figure intègre et indépendante des influences politiques, économiques et étrangères, incarnant l'intérêt supérieur de la nation avec obligation d'observer et de faire respecter la feuille de route par le gouvernement. 3 - Former un gouvernement de salut public restreint sans Premier ministre, dirigé par le président de la République, composé de personnalités compétentes et intègres, indépendantes des influences politiques, économiques et étrangères, ayant l'obligation stricte d'observer la feuille de route. 4 - Les 20 personnalités resteront en fonction jusqu'à l'installation de la prochaine législature, percevant des émoluments et tous les privilèges liés au statut d'un sénateur de la République. Elles siégeront en permanence, exerceront un contrôle rigoureux sur l'action gouvernementale et pourront en cas de crime, prévarication, corruption dûment constatés renvoyer le membre du gouvernement ou le président accusé et pouvoir à leur remplacement.
- 38 ans de la Constitution de 1987: Fort-Liberté, Sentinelle de la démocratie et de son héritage
Par : NOVAVOX, Notre Éditorial. Le 38ème anniversaire de la Constitution de 1987 a été marqué à Fort-Liberté par un rassemblement de paysans, exprimant leurs aspirations profondes à une gouvernance stable et démocratique. Ce rendez-vous a également servi de tribune pour dénoncer le référendum orchestré par le pouvoir en place et les forces du statu quo, visant à affaiblir ou abolir cette charte historique de 1987. Environ 300 paysans ont pris part à cet événement, organisé par le Comité des petits paysans du Nord- Est, l'Initiative Patriotique de Maryen (IPAM) et la coordination du mouvement de résistance du Nord-Est (KRMN). L'ancien sénateur Paul Antoine Bien-Aimé et l'ancien député Hugues Celestin ont rejoint les paysans pour condamner le projet de référendum frauduleux visant à imposer une nouvelle constitution, mettant ainsi en péril les acquis démocratiques et populaires consacrés par celle de 1987. Cette démarche, selon un participant à la rencontre, illustre leur prétention à vouloir imposer leur volonté au peuple. Mobilisation paysanne à Fort-Liberté pour la défense des acquis démocratiques de la Constitution du 29 mars 1987 Les protagonistes de cette rencontre ont dénoncé l'incapacité des soi-disant dirigeants à résoudre les problèmes du pays, se limitant à appliquer des solutions dépassées aux défis actuels. Ils affirment leur détermination à œuvrer pour contrer le projet de référendum frauduleux initié par le CPT et ses alliés. Le 29 mars, tandis que des citoyens engagés célébraient et défendaient avec ferveur les acquis précieux de la Constitution de 1987 lors d'une réunion historique de paysans et de patriotes à Fort-Liberté, M. Tardieu, sur les ondes de Radio Métropole, attribuait à cette loi fondamentale la responsabilité des nombreux maux qui affligent le pays. Nous ne cessons de le répéter : le projet Tardieu, et plus largement la tentative de démantèlement de la Constitution de 1987, constitue une démarche profondément anti-démocratique et anti-populaire, visant à perpétuer le statu quo en Haïti. Cette initiative, loin de répondre aux aspirations du peuple, menace les acquis démocratiques et sociaux essentiels à la reconstruction et au progrès du pays. La réunion de Fort-Liberté et l'intervention de M. Tardieu, bien que séparées par leur contexte et leur localisation, révèlent les enjeux profonds et les défis cruciaux liés à la bataille constitutionnelle. Ils témoignent des tensions existantes entre les critiques adressées à la Constitution de 1987 et les efforts déterminés de ceux qui s’unissent pour en défendre les acquis démocratiques et sociaux. Cette dualité illustre les divergences profondes quant à l'avenir institutionnel du pays et souligne l’importance d'une mobilisation citoyenne résolue en vue de bâtir une nation orientée vers des solutions durables et équitables.
- Haïti et la Rançon de 1825: un cri pour la justice historique résonne en France.
Par: NOVAVOX, L'ACTUALITÉ DE LA RANÇON Le débat concernant la restitution à Haïti de la rançon de 1825 s’intensifie en France, porté par un nombre grandissant de voix exigeant une reconnaissance des injustices passées et une réparation équitable. Imposée par la France en contrepartie de la reconnaissance de l'indépendance haïtienne, cette rançon est largement perçue comme une injustice historique qui a profondément aggravé la précarité économique et sociale d’Haïti, avec des conséquences durables sur son développement. En effet, à l’approche du bicentenaire de cet événement, les initiatives se multiplient en France, tant au niveau académique que citoyen, pour examiner les implications historiques et morales de la rançon d’Haïti. En effet, le 28 mars dernier, plusieurs associations françaises, en quête de justice historique, ont interpellé l’Élysée par une lettre officielle. Elles ont exhorté les autorités à prendre des mesures concrètes pour la restitution de la rançon de 1825, considérée comme une injustice marquante de l’histoire coloniale. Cette initiative reflète une volonté croissante de reconnaitre les torts du passé et d’ouvrir un dialogue constructif entre les nations. Le 10 avril, le groupe parlementaire La France Insoumise tiendra un colloque à l’Assemblée nationale de France sur le thème : Haïti, 200 ans après la dette. Cet événement s’inscrit dans une réflexion sur les conséquences historiques et contemporaines de la rançon imposée à Haïti en 1825, marquant deux siècles de débats sur la justice et la réparation. Il est également annoncé que la prestigieuse Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne collaborera avec l’Association pour l’étude de la colonisation européenne (1750-1850) et l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine pour organiser un colloque international du 9 au 12 avril 2025, ayant pour thème : Contre la Révolution française, contre la Révolution haïtienne, les indemnités de 1825. Affiche du colloque international sur les indemnités de1825 Selon les organisateurs du colloque, en 1825, le roi de France, Charles X, impose aux peuples français et haïtien le paiement de deux sommes considérables. Ces indemnités visaient à compenser les pertes de propriétés subies en raison de la Révolution française et de ses répercussions dans la partie française de Saint-Domingue, devenue indépendante en 1804 sous le nom de Haïti. Le peuple et l’État haïtien furent contraints de verser 150 millions de francs or en cinq annuités de 30 millions, tandis que le peuple français devait s’acquitter de trente-trois annuités de 30 millions, soit un total de 990 millions, près d’un milliard, connu sous le surnom de « milliard des émigrés ». Cette double imposition, rarement explorée de manière comparative, invite à s’interroger sur les discussions et les compromis ayant conduit à son établissement. Ces initiatives reflètent-elles une montée en puissance d'une mobilisation en faveur d'une justice historique, témoignant d'une prise de conscience collective des injustices héritées du passé ? Les patriotes haïtiens, en France et ailleurs, observeront avec attention ces débats, tout en demeurant fermement engagés dans leur quête de restitution de la rançon de 1825. Cet argent représente une opportunité essentielle pour Haïti de reconstruire ses institutions et de promouvoir le bien-être de son peuple, en insufflant un nouvel élan démocratique digne de son glorieux passé. La réussite de cette mobilisation pourrait être le socle sur lequel le printemps haïtien prendra son essor.
- Canapé-Vert : Le Signal d’une Résistance Populaire pour un Renouveau Démocratique en Haïti.
NOVAVOX/ EDITORIAL Par: Alain Zephyr, Sociologue. - Cr édit : Le Relief Inter- Le quartier de Canapé-Vert, désormais perçu comme l’étendard de ceux aspirant à un changement profond en Haïti, s’est transformé en théâtre d’une nouvelle manifestation d’envergure ce mercredi 2 avril 2025.Ce deuxième rassemblement témoigne de l'intensification des revendications citoyennes face à une violence croissante des gangs et à une crise politique qui perdure depuis plusieurs années. Canapé-Vert symbolise l'émergence d'un mouvement populaire résolu à réclamer une démocratie véritable et opérationnelle, tout en rejetant fermement l'inaction et l'inefficacité du gouvernement. Quelles en sont les implications pour les gangs armés, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et la démocratie haïtienne ? Implications pour les gangs armés La montée en puissance des gangs armés constitue l'un des principaux moteurs des manifestations. Les gangs ne contrôlent pas seulement des territoires, mais infiltrent également des aspects sociaux et économiques de nos communautés, exacerbant la précarité. La mobilisation populaire à Canapé-Vert incarne une démonstration éclatante de la détermination des citoyens à résister à l'influence croissante des gangs armés. Elle illustre leur exigence de mesures concrètes et efficaces pour restaurer la sécurité. La mobilisation exige une réponse immédiate et tangible, notamment à travers des mesures de sécurité renforcées, le démantèlement des réseaux criminels, et une stratégie cohérente pour restaurer la confiance des citoyens. Elle marque, aussi, une étape cruciale dans la lutte pour la souveraineté citoyenne et le rétablissement de l’ordre public. Ce soulèvement reflète une prise de conscience collective de l’urgence de sortir du cycle d’insécurité et d’instabilité qui affaiblit la société haïtienne depuis trop longtemps. Ce mouvement amplifie la voix des citoyens et pourrait inspirer d'autres communautés à emboîter le pas, nourrissant ainsi une dynamique nationale de résistance et de revendication face au terrorisme de Viv asanm (vivre ensemble), ironiquement rebaptisé Viv Nan San (vivre dans le sang) par la sagesse populaire haïtienne Implications pour le CPT Les manifestations de Canapé-Vert, révélatrices d'une perte de confiance envers les autorités, mettent en évidence un déséquilibre inquiétant entre les attentes citoyennes en matière de sécurité et les actions perçues des dirigeants. - Manifestation au Canapé-Vert- Si le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ne parvient pas à rétablir la confiance, il risque une érosion irréversible de sa légitimité, doublée d'une fragilisation accrue de l'ordre institutionnel. Placé au cœur de cette crise de légitimité, le CPT se retrouve confronté à un dilemme complexe, tandis que les promesses de réformes s'avèrent souvent insuffisantes face à l'ampleur de la crise actuelle. Dans ce contexte, les forces patriotiques et progressistes doivent s'unir et engager un dialogue constructif pour formuler des solutions adaptées à ces dynamiques, susceptibles d'alimenter une instabilité prolongée et de fragiliser encore davantage la transition démocratique. Implications pour la démocratie haïtienne Les événements au Canapé-Vert ne sont pas seulement un mécontentement face à la violence des gangs, mais représentent aussi un appel à reconsidérer le concept de démocratie en Haïti. Les manifestants ne souhaitent pas seulement un changement, mais une refonte complète d'un système politique souvent perçu comme corrompu et défaillant. Pour qu'une démocratie fonctionne, elle nécessite des institutions solides soutenues par une participation active des citoyens. La mobilisation à Canapé-Vert est une démonstration de la volonté du peuple de revendiquer son pouvoir et d'exiger des réformes systémiques. Un tournant décisif pour Haïti La mobilisation du Canapé-Vert marque un moment charnière pour le pays. Elle illustre non seulement la lutte des citoyens contre la tyrannie des gangs et l'inefficacité du gouvernement, mais elle témoigne aussi d'un désir profond de revigorer la démocratie. Ce cri d’un peuple insoumis retentit à travers Haïti, soulignant l'importance d'un engagement civique actif et d'une résistance face à l'injustice. Le chemin vers une démocratie inclusive sera semé d'embûches, mais les habitants de Canapé-Vert montrent qu'ils sont prêts à se battre pour leurs droits et un avenir meilleur. Les yeux du monde sont tournés vers eux, plein d'espoir pour voir émerger un Haïti libre et juste. Ces événements récents pourraient bien marquer le commencement d'une transformation profonde, posant les bases essentielles pour instaurer la paix et la sécurité dans notre chère Haïti. La lutte s'engage avec force, et sa dynamique ne cesse de gagner en intensité. Demain s’annonce comme le printemps d’un nouvel élan démocratique. Résistons, enflammés par la force, le courage et une détermination inébranlable, pour qu’éclose une Haïti libre et lumineuse !
- Rançon d'Haïti : Des organisations interpellent la France pour des excuses et réparations historiques
Monsieur le Président de la République Palais de l’Élysée 55 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris France Paris, le 26 mars 2025 - Manifestation des Haïtiens à Paris, le 22 mars dernier, en faveur de la restitutio n - M. le Président de la République, Le mois prochain marquera le bicentenaire de ce que le New York Times a appelé en mai 2022 la « Rançon d’Haïti ». C’est en effet le 17 avril 1825 que, par une ordonnance du roi Charles X, la France a imposé une indemnité écrasante de 150 millions de francs-or aux habitants d’Haïti pour prix de leur indépendance – une indépendance qu’ils avaient pourtantgagnée les armes à la main depuis plus de vingt ans, après avoir infligé au Premier consul Napoléon Bonaparte sa première défaite militaire. Ramenée finalement à 90 millions de francs-or en 1838, cette somme a servi à indemniser les anciens colons (puis leurs descendants, créanciers, ayant-droits...) qui avaient tiré profit de l’esclavage colonial à Saint Domingue en continuant à faire travailler pour eux, pendant des décennies, le peuple d’Haïti qu’ils avaient exploité. Haïti a intégralement payé cette somme exorbitante, en s’endettant à plusieurs reprises auprès de la France, permettant à l’ancienne puissance coloniale de remettre la main par ce biais sur l’économie de son ancienne colonie. L’ordonnance de Charles X et ses suites forment l’une des plus grandes injustices de l’Histoire, qui a ajouté aux crimes contre l’humanité de l’esclavage et de la colonisation l’indécence d’une spoliation inique, modèle de toutes les prédations néocoloniales des deux derniers siècles. M. le Président de la République, Nous, représentants d’associations, de fondations, de syndicats de France, d’Haïti, solidaires des Haïtiennes et Haïtiens et conscients de ce que ce peuple a apporté au monde, pensons qu’il est temps que la France reconnaisse officiellement cette injustice, et en tire toutes les conséquences. D’abord dans les mots : nous vous demandons, le 17 avril prochain, de demander pardon au peuple haïtien au nom de la France pour plus de cent ans de colonisation, de traite et d’esclavage, et pour l’injustice redoublée qu’a été ensuite pour lui l’imposition de cette « double dette » qu’il a intégralement remboursée, à force de sacrifices. Ensuite dans les actes : car cette reconnaissance doit engager la France à agir en faveur d’Haïti dans un esprit de réparation, d’abord pour aider le pays à sortir de la crise actuelle, et ensuite pour l’accompagner sur le chemin de sa reconstruction. Cette démarche de réparations doit d’abord être celle de l’Etat, parce que l’ordonnance a été un acte résultant d’une volonté de l’Etat, le premier d’une longue série pendant tout le 19ème siècle, et parce que c’est finalement au Trésor Public français qu’est allé, au siècle suivant, le reliquat des sommes trop versées par Haïti pour rembourser sa double dette. Cette démarche de réparations doit aussi associer les institutions financières et bancaires qui ont ensuite organisé la captation des revenus d’Haïti pour payer la « double dette » : d’abord la Caisse des Dépôts et Consignation, qui l’a gérée pendant exactement cent ans, de 1825 à 1925, et ensuite toutes les autres institutions françaises qui se sont enrichies en prêtant à Haïti durant cette période. Cette démarche de réparations doit enfin être aussi celle des sociétés françaises et haïtiennes elles-mêmes, en mobilisant tous les moyens possibles pour transmettre la mémoire de cette histoire commune et en partager le sens que nous voulons lui donner : celui de la justice et de la solidarité, par-delà les blessures du passé. - Annonce d’un colloque à l’Assemblée Nationale Française à l’occasion du bicentenaire de la rançon de 1825- La forme que prendront ces réparations doit être débattue, dans un dialogue organisé entre la France et Haïti, auquel devront être associées des représentants des sociétés civiles des deux pays ainsi que de la diaspora haïtienne. Nous sommes prêts à participer à ce dialogue, et nous vous invitons à créer les conditions pour qu’il s’engage effectivement, dès cette année. M. le Président de la République, Le 17 avril prochain, vous avez la possibilité de poser un geste historique, dont l’écho sera mondial. Ne ratez pas cette occasion de mettre un peu plus de progrès, d’espoir et de fraternité dans notre monde qui en manque tant. C’est comme cela que nous continuerons de faire vivre le message universel de liberté et d’égalité que la Révolution Haïtienne a porté dans le monde en étant la première à renverser l’esclavage et la colonisation, il y a plus de deux siècles. Vous comprendrez que nos organisations signataires et la Plateforme française de solidarité avec Haïti aient décidé de rendre publique cette lettre. Mackendie Toutpuissan Président d’honneur de la Plateforme des associations haïtiennes de France (Pafha) Fabien Cohen Secrétaire général de France-Amérique latine Ornella Braceschi Présidente du Collectif Haïti de France Patrick Baudouin Président d’honneur de la FIDH (Fédération internationale pour les droits humains) Nathalie Tehio Présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)
- Haïti : Se Battre ou Capituler
Par : Michel Legros, Sitwayen pou Respè Konstitisyon. Baillergeau vient de tomber. À Debussy, policiers et brigades abandonnent déjà leurs positions. Si rien ne les arrête, les gangs seront bientôt devant Canapé-Vert. L’effondrement de l’aire métropolitaine s’accélère sous nos yeux, et la Police Nationale d’Haïti (PNH), dépassée, semble incapable de contenir l’avancée des groupes armés. Dans l’Artibonite, trois blindés ont été capturés. On estime qu’au moins une quinzaine de policiers armés devraient se trouver à bord. Pourquoi ne se sont-ils pas battus ? La question mérite d’être posée. C’est exactement ce qui s’est produit à Delmas 19 — et qui semble désormais se généraliser : un refus de combattre, un désengagement assumé. Nous appelons Fritz Alphonse Jean, président du CPT, et Didier Fils-Aimé, chef du gouvernement et du CSPN, à sortir de leur aveuglement volontaire. Fermer les yeux sur le danger ne le fera pas disparaître. Il est temps de préparer la reconquête. Le directeur général de la PNH, Normil Rameau, fait fausse route. Il agit comme un chef de pompiers, pas comme le commandant en chef de notre principale force armée. Il devrait savoir qu’il ne peut efficacement, avec un effectif si réduit, combattre sur plusieurs fronts à la fois. Il lui faut faire des choix tactiques et l'esprit de décision. La reconquête de la zone métropolitaine doit être méthodique — quartier par quartier, sans perdre de nouvelles zones. Normil Rameau doit viser une première victoire, puis une deuxième, pour restaurer la confiance dans les troupes. En attendant, tout s’écroule autour de lui — non par manque de bonne volonté, mais par entêtement dans l’erreur et absence de stratégie. Pendant que cette débâcle se poursuit, Washington réitère ses promesses. Le secrétaire d’État Marco Rubio aurait assuré au président du CPT que les États-Unis allaient venir en aide à la PNH. Une promesse que l’on entend depuis au moins trois ans, tandis que la situation se dégrade et que les gangs progressent. Mais lorsqu’il s’agit de la Mission de Sécurité Multinationale (MSS), les paroles se transforment en actes. Pourtant, cette mission n’est pas motivée par des impératifs de sécurité. Si tel était le cas, elle serait déjà pleinement déployée, équipée, et composée des 2 500 hommes annoncés depuis deux ou trois ans. Or, elle reste incomplète, sous-équipée, et incapable de faire reculer Viv Ansanm — une impuissance qui, au fond, paraît intentionnelle.De toute façon, lorsqu'ils veulent régler une question, ils viennent avec leur propre troupe qui peut aller jusqu'à 23 000 hommes. Demain, après la chute totale de la zone métropolitaine, la MSS se déploiera en province pour une guerre d’usure qui pourrait durer dix ans. Et c’est peut-être cela, le vrai plan. Avec un budget initial de 350 millions de dollars par an, la MSS devient un projet lucratif pour ses promoteurs. Sur une décennie, cela représente une bien rondelette somme. Et pour cela, toute solution nationale est systématiquement écartée. On refuse de renforcer la PNH et les FAD’H, les empêchant de se développer et de devenir opérationnelles. L’international ne veut pas que Viv Ansanm soit vaincu. Point final. Il faut avoir le courage de le dire. Et surtout, de comprendre pourquoi. La première raison est économique : plus le chaos dure, plus il rapporte.Mais la seconde est plus grave encore par son indécence. Nous y reviendrons dans un instant. À cette crise interne s’ajoute une menace extérieure. Donald Trump a annoncé, dès sa campagne, la fin du programme humanitaire de Joe Biden. Entre 200 000 et 220 000 Haïtiens sont concernés et pourraient être expulsés d’ici un mois. Le non-renouvellement du TPS place plusieurs dizaines de milliers de compatriotes dans l’illégalité, les rendant expulsables à tout moment. Peut-on sérieusement croire qu’Haïti, dans son état actuel, pourrait absorber un tel retour massif ? Ce serait une catastrophe. Alors pourquoi nous écrase-t-on chez nous avec une telle brutalité ?Nous avons déjà répondu à cette question — et venons encore de le faire.En même temps, on nous expulse ailleurs — comme ces cent cinquante mille Haïtiens refoulés de la République Dominicaine. Mais pourquoi, au-delà des seuls intérêts financiers, refuse-t-on aux Haïtiens le droit de se battre efficacement contre les gangs ? Parce qu’il y a derrière cela un projet inavoué : négocier avec Viv Ansanm. Les diplomates accrédités en Haïti nous l'ont toujours dit. Tous, quand ils ne l’affirment pas ouvertement, le suggèrent dans leurs regards, leurs allusions. Certaines ONG militent aussi dans ce sens depuis des années. Le message est clair : il faut dialoguer avec les gangs. Mais avec qui exactement ? Peut-on considérer Barbecue comme un interlocuteur fiable ? Et qui représenterait la nation ou l’État dans cette affaire ? Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), sans légitimité, sans autorité, sans mandat populaire, sans crédit ? Et pourtant, c’est vers cette impasse qu’on nous pousse.La guerre est donc inévitable.Reste à savoir si nous aurons les hommes pour la mener. Le temps presse, messieurs Jean et Fils-Aimé.










