top of page

Contre le faux Pacte : pour une gouvernabilité souveraine et des élections libres

Par : Novavox, Notre Éditorial.-


Dans notre Manifeste pour un Renouveau démocratique en Haïti, publié en 2018, nous écrivions déjà : « La crise qui frappe actuellement le pays révèle l’inaptitude totale du pouvoir, des partis politiques et du parlement (sénateurs et députés) à rendre le pays gouvernable, voire à proposer des politiques susceptibles de lutter efficacement contre les inégalités. »

Huit ans plus tard, rien n’a changé, sinon l’audace de ceux qui ont méthodiquement plongé le pays dans l’ingouvernabilité et qui, aujourd’hui, se découvrent soudain une passion pour la « gouvernabilité ». Les mêmes acteurs qui ont prospéré sur le désordre, qui ont transformé l’État en carcasse et la population en variable d’ajustement, se lancent maintenant dans une opération de communication tapageuse autour d’un soi-disant pacte pour la stabilité et les élections.

Les faiseurs du chaos en quête de légitimité

Dans ce tohu-bohu savamment orchestré pour brouiller les repères, une question s’impose, brutale et simple : la gouvernabilité par qui et pour qui?

Par ceux qui ont démantelé les institutions qu’ils prétendent aujourd’hui sauver ? Par ceux qui ont laissé prospérer les inégalités qu’ils jurent désormais combattre ? Par ceux qui n’ont jamais gouverné qu’à coups de deals opaques, de clientélisme et de chaos contrôlé ? Par ceux, enfin, qui ont bradé la souveraineté nationale comme on liquide un actif sans valeur ?

La gouvernabilité n’est pas un slogan de dernière minute ni un rideau de fumée pour amadouer les partenaires internationaux. C’est un contrat exigeant, fondé sur la légitimité, la justice et la capacité réelle à transformer la vie des citoyens. Or, ceux qui s’en proclament les champions sont précisément ceux qui, depuis des années, ont méthodiquement détruit les conditions mêmes de son existence.

Dès lors, il revient au pays de ne pas se laisser hypnotiser par les artifices. De regarder derrière les mots. De poser la seule question qui vaille : ce pacte prétendu vise-t-il la gouvernabilité du pays ou la perpétuation de ceux qui l’ont rendu ingouvernable?

Le véritable Pacte national pour la stabilité et des élections crédibles.

Un véritable pacte pour la stabilité et des élections crédibles est celui qui fonde la gouvernabilité sur la souveraineté. Or les faiseurs du chaos ont cédé face à l’ingérence étrangère, acceptant que d’autres définissent nos priorités, nos échéances et même notre avenir politique. Leur « Pacte de Gouvernabilité » n’est, à y regarder de près, qu’un habillage rhétorique : un texte poli destiné à masquer une réalité autrement plus grave, à savoir la normalisation de la tutelle, la dilution de la souveraineté et la transformation du renoncement en horizon politique.

Un véritable pacte pour la stabilité et des élections crédibles est inclusif et orienté vers le bien-être collectif. Jusqu’ici, les architectes du pacte de gouvernabilité ont contourné le peuple, feignant d’ignorer ses revendications, ses besoins et ses priorités, tout en s’attaquant à ses conquêtes de lutte. Ils gouvernent sans transparence afin de continuer à dilapider les maigres ressources nationales. Le contrat de 500 millions de dollars américains octroyé à une compagnie de sécurité privée américaine en est la preuve la plus éloquente : un nouvel acte de capitulation dans la longue chronique d’abandons d’une classe politique sans vergogne, sans vision et sans la moindre notion de responsabilité nationale.

Cinq cents organisations et cent quarante-quatre personnalités du mouvement social haïtien viennent de tirer la sonnette d’alarme face aux dérives en cours. Leur voix, comme celle de tant d’autres, incarne cette souveraineté populaire indispensable à l’émergence d’un véritable pacte national pour la stabilité et des élections crédibles. Car le pays ne se relèvera pas avec ceux qui ont appris à échouer en boucle. Il lui faut une génération qui n’a pas été dressée à trahir.

Enfin, un véritable pacte national de gouvernabilité doit rompre le cycle du chaos afin d’éviter que le prochain mandat ne sombre, dès son entame, dans la paralysie. Conduire le pays aux urnes sans garantir un fonctionnement institutionnel stable revient à condamner l’alternance à rejouer l’échec.

À ce jour, les auteurs du chaos ont capitulé face à l’effondrement institutionnel, observant la décomposition de l’État comme des spectateurs impuissants, incapables de transformer l’urgence en action. Ils ont abdiqué devant les gangs, laissant la violence s’installer en arbitre ultime de la vie publique. Leur reddition n’est pas un accident : elle constitue une méthode de gouvernement, une manière d’occuper le pouvoir en renonçant à l’autorité, un mode de verrouillage de la démocratie haïtienne.

Bref, le véritable pacte national ne peut plus servir de décor. Il doit devenir l’outil qui stabilise le pays, impose la transparence et ouvre la voie à des élections légitimes, organisées au nom du peuple et non au profit d’intérêts privés. Il revient aux patriotes, aux progressistes et à tous ceux qui refusent ce prétendu pacte de gouvernabilité de s’organiser et de se constituer en alternative face à des choix qui ne produiraient que davantage de violence, de crise et de calamités pour le peuple haïtien. Nous pouvons et nous devons écrire notre avenir autrement, avec la dignité souveraine d’un peuple historique, héritier d’une lutte séculaire et porteur d’une responsabilité qui dépasse le présent.


Audio cover

Commentaires


Top Stories

Receive our analysis and perspectives directly in your inbox. Sign up for our weekly newsletter.

  • Instagram
  • Facebook
  • Twitter

© NONAVOX . Powered and secured by Wix

bottom of page